dimanche 8 mars 2015

Le classement des écoles favorisées et défavorisées, à prendre avec des pincettes


Caroline Lallemand

Source : Le-Vif-L-Express

La Fédération Wallonie-Bruxelles a établi un classement des écoles défavorisées et favorisées qui donne une cote allant de 1 à 20 pour chaque établissement. Cette classification qui démontre de grandes inégalités socio-économiques est à prendre avec de grosses pincettes, car elle ne tient nullement compte de la qualité de l'enseignement prodigué dans chaque établissement.


© BELGAIMAGE

La Fédération Wallonie-Bruxelles a établi un classement des écoles défavorisées et favorisées, avec une cote allant de 1 à 20 pour chaque établissement. Ce classement permet de distribuer des subsides aux écoles dont les étudiants sont les plus précarisés. Le document n'est pas neuf (il date de 2011), Joelle Milquet, la ministre de l'Enseignement, l'a sorti de ses cartons suite à une question récente du député Patrick Lecerf (MR). Ce dernier désirait connaître la liste des écoles différenciées dont le financement a été récemment remis en question, explique le journal La Meuse. 

Il ressort de ce classement qu'à travers la Wallonie et Bruxelles, les écarts sont très grands entre les différentes écoles, principalement dans le secondaire. C'est à Bruxelles que la disparité est la plus forte. Dans la capitale se côtoient des écoles très bien notées et des établissements qui n'affichent qu'un maigre 2/20. La province de Liège et le Hainaut, tout comme celle du Luxembourg rencontrent aussi des problèmes. Dans le Brabant wallon, par contre, la plupart des établissements culminent allègrement au-dessus des 18 sur 20. Logique, quand on sait que cette province est l'une des plus riches avec celle d'Anvers.

Par ce système de cotation, les subsides vont en priorité aux écoles ayant une faible note (de 1 à 5) en vue de réduire les inégalités. L'argent est ainsi alloué à l'organisation d'écoles des devoirs, à l'achat de matériel pédagogique, au financement de voyages scolaires, ou encore, à l'encadrement pédagogique. Il est demandé aux écoles qui obtiennent entre 14 et 20/20 d'aider leurs consoeurs plus précarisées. Entre 6 et 13/20, les écoles ne doivent rien donner, mais ne reçoivent rien non plus.

LES ÉCOLES "DE RICHES" FACE AUX ÉCOLES "DE PAUVRES"

Ce classement est à prendre avec des pincettes, car il ne tient nullement compte de la qualité de l'enseignement prodigué dans les différents établissements scolaires ni du taux de réussite des écoliers. Mal interprété, il pourrait être vu comme un classement entre les meilleures écoles opposées aux écoles dites "poubelle", ce qui n'est pas le cas. Le classement offre principalement un aperçu des établissements qui sont confrontés à des difficultés socio-économiques. Il se base pour ce faire sur le niveau socio-économique du quartier où vivent les parents d'élèves (et non pas sur l'implantation de l'école). En résumé, ils opposent plutôt "les écoles de riches" aux "écoles de pauvres".

Et c'est bien là le danger que peut représenter une telle classification, car la tentation est grande pour les parents de choisir une école arborant fièrement un 20/20 à une école n'affichant qu'un maigre 2/20, alors que les enseignements prodigués dans l'un ou l'autre établissement ne font, eux, l'objet d'aucune évaluation. Il est important de noter qu'une école peut très bien avoir une cote faible mais bénéficier d'une bonne réputation et être plus prisée lors des inscriptions. La Meuse remarque aussi une plus grande disparité entre les écoles aux sections techniques et professionnelles qui récoltent une plus faible note alors que d'autres établissements d'enseignement général, situés dans une même zone géographique, sont mieux cotés.

Face à ce constat, Joelle Milquet déclare dans le quotidien plancher sur une autre manière de calculer l'indice socio-économique des quartiers d'origine des parents d'élèves. Une nouvelle méthode est en cours d'élaboration, car certaines données commencent à dater, des écoles doivent être ajoutées, d'autres retirées.

 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

APARTHEID SCOLAIRE

« Dans le Brabant wallon, la plupart des établissements culminent allègrement au-dessus des 18 sur 20. Logique, quand on sait que cette province est l'une des plus riches avec celle d'Anvers. »

Ce paragraphe résume tout. En effet, la classe moyenne bruxelloise a fui les 19 communes pour s’installer dans la périphérie verte et épargner à sa progéniture la promiscuité de garçons et de filles issues de l’immigration. Tout le reste n’est qu’emballage et maquillage. « Mal interprété, ce classement entre les meilleures écoles opposées aux écoles dites "poubelle", pourrait être vu comme ce qui n'est pas le cas. » Dites-lvite pour ne pas mentir longtemps.

«  Le classement offre principalement un aperçu des établissements qui sont confrontés à des difficultés socio-économiques. En résumé, ils opposent plutôt "les écoles de riches" aux "écoles de pauvres".

Voilà qui est beaucoup plus clair.  Certes « une école peut très bien avoir une cote faible mais bénéficier d'une bonne réputation et être plus prisée lors des inscriptions. »

Ce qui paraît évident, c’est que le facteur qui prime dans le choix d’une école c’est, pour la majorité des parents, la composition socio-économique de sa population scolaire. 

Que le vrai critère d’excellence (pour parler comme Joëlle) d’une école réside dans la qualité et le talent de l’équipe pédagogique et la personnalité du chef d’école, la majorité des parents n’en ont cure. Ils préféreront toujours inscrire leur enfant dans un établissement « chic » quitte à le faire redoubler plusieurs fois ses classes.

Enlever des moyens au « écoles de riches «  pour les donner aux écoles de pauvres pour l’organisation d'écoles des devoirs, l'achat de matériel pédagogique, le financement de voyages scolaires, ou l'encadrement pédagogique. »

Seul ce dernier point fait sens, les autres ne sont que condescendance. Nous avons assez dit ici tout le mal que nous pensons de la majorité des écoles de devoir. 

Cette stratégie est comme un coup d’épée dans l’eau. Et toute la politique visant à imposer artificiellement la mixité sociale dans les écoles est un leurre.  Manuel Valls, fils d’immigré semble l’avoir compris en optant résolument pour une politique « globale » dans le dessein de venir à bout des discriminations. 

A terme, il ne saurait y avoir d’autre stratégie gagnante (TNA : there is no alternative). 

MG

 

«APARTHEID SOCIAL» : UN MILLIARD D'EUROS SUR TROIS ANS POUR FAVORISER LA MIXITÉ SOCIALE



Le Figaro

Manuel Valls a présenté vendredi les principales mesures du gouvernement pour lutter contre la ghettoïsation des quartiers les plus pauvres.

Les préfets devront faire des propositions pour contraindre les communes réfractaires à produire des logements sociaux.

Une agence de la langue française va être créée et un grand débat national sera organisé «avant l'été».

 

Quelques semaines après son utilisation du mot «apartheid», Manuel Valls a annoncé vendredi des mesures emblématiques pour favoriser la mixité sociale. Ce terme a «permis de traduire une réalité: ce sentiment de relégation dont souffrent beaucoup de nos concitoyens», a estimé en guise d'introduction le premier ministre. «Face à ce constat, certains avancent leurs solutions dangereuses, car en rupture totale avec nos valeurs et notre modèle social», a dénoncé Manuel Valls, avant de détailler quelques-unes de la soixantaine de mesures en direction des quartiers défavorisées. Un plan qui représente «autour d'un milliard d'euros» sur les trois prochaines années, sans compter certaines mesures liées à l'école et à l'accès à l'emploi, a détaillé Manuel Valls.

 

LE LOGEMENT

Manuel Valls a annoncé que «5 milliards d'euros seront affectés à de nouveaux programmes de rénovation, générant 20 milliards d'investissement et de travaux». Les projets de rénovation en cours seront par ailleurs «avancés de deux ans» afin de voir le jour «dès 2015-1016». Les logements sociaux détruits devront également être reconstruits en priorité en dehors des quartiers sensibles.

Le gouvernement entend par ailleurs renforcer sa fermeté à l'égard des communes ne respectant pas les seuils de logements sociaux. Les préfets seront notamment sollicités avant le mois de juin pour produire des logements sociaux dans les communes ne respectant pas les obligations légales, en délivrant au besoin les permis de construire.

À l'inverse, des instructions seront données aux préfets pour limiter la construction de logements sociaux dans les 1500 quartiers prioritaires de la politique de la ville dès lors que le taux de logement social y dépassera 50%». Les personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté dans ces zones -les bénéficiaires du droit au logement opposable- ne seront plus relogés dans ces quartiers les plus pauvres car «il faut arrêter d'ajouter de la pauvreté à la pauvreté», juge Manuel Valls. 

 

L'ÉCOLE

«Nous devons lutter contre les contournements réguliers de la carte scolaire», a affirmé le premier ministre, afin d'encourager la mixité. «Une offre éducative par correspondance sera développée» et le «périmètre de recrutement des lycées» va évoluer. Le gouvernement entend également renforcer la formation des enseignants: «le choix d'enseigner dans les établissements relevant des conventions d'éducation prioritaire doit être valorisé».

Le premier ministre a également annoncé que l'accent serait mis sur l'apprentissage du français, «socle de la citoyenneté». La deuxième partie du quinquennat verra donc l'arrivée de nouveaux programmes scolaires, en 2015 pour la maternelle et 2016 pour le primaire. Une «agence de la langue française» sera créée afin de lutter contre «l'inégalité majeure qui existe entre ceux qui maîtrisent le français et ceux qui ne le maîtrisent pas».

 

LA LUTTE CONTRE LES DISCRIMINATIONS

«Depuis 2012, par la loi, beaucoup a été fait en matière d'égalité femmes-hommes», a insisté Manuel Valls, indiquant que cette lutte devait continuer, notamment dans l'accès à l'emploi. «Lutter contre toutes les discriminations, c'est l'objectif de la politique de “testing” que nous mettrons en place dès cet automne», a annoncé le premier ministre. Le “testing” consiste a effectuer des tests de recrutement en proposant à des recruteurs ou à d'autres organismes un CV faisant apparaître un ou plusieurs critères de discrimination.

Manuel Valls a par ailleurs confirmé la mise en place d'actions de groupe contre les discriminations. Cette procédure juridique, qui permet à une catégorie de consommateurs ou de locataires qui se considèrent lésés par une décision d'aller ensemble en justice, pourra être sollicité dans des affaires de discrimination.

Des mesures devraient également toucher le recrutement dans la fonction publique. «L'État, la fonction publique, doivent être à l'image de ce qu'est la réalité de ce pays», a affirmé Manuel Valls. Pour ce faire, «l'accès au concours doit donc être beaucoup plus ouvert et diversifié».

 

LA SÉCURITÉ

«Dans certains quartiers, c'est l'insécurité qui domine. Ces quartiers nous les connaissons. Nous y avons mis des ZSP», a réaffirmé le premier ministre. Prônant des «méthodes de travail plus globale», le chef du gouvernement a indiqué que le «pack deuxième chance», jusqu'ici testé en région Rhône-Alpes, sera généralisé. Cet outil prévoit notamment un «dispositif d'accompagnement individuel» à destination des «jeunes sans emploi, sans formation».

«Plus de moyens» doivent également être concentrés dans ces quartier «pour offrir une formation à tous», telle que l'apprentissage ou le parrainage.

 

LA LAÏCITÉ

Le respect du principe de laïcité «n'est plus une question de loi» mais de «mise en œuvre» du texte de 1905, a estimé Manuel Valls. «Cela commence une nouvelle fois par l'école en formant mieux les enseignants», a indiqué le premier ministre. Plus largement, le chef du gouvernement estime que le statut de l'ensemble des fonctionnaires «doit rappeler que la laïcité est un principe essentiel de la fonction publique».

Dans les entreprises, le premier ministre souhaite que «chaque chef d'entreprise ou de service sache à qui s'adresser lorsque se pose une question de droit» lié à la notion de laïcité, sur un régime alimentaire spécifique ou une tenue vestimentaire particulière, par exemple. Une «démarche entre les partenaires sociaux et organisations professionnelles» doit permettre d'avancer sur ce point. Manuel Valls a également appelé les organisations professionnelles, «notamment le Medef, à s'investir dans les quartiers».

 

UN GRAND DÉBAT NATIONAL

Ces annonces constituent «à la fois les grands axes, les valeurs, la philosophie qui vont s'appliquer à court ou moyen terme», a expliqué Manuel Valls. Pour autant, il reste «nécessaire» d'envisager des «pistes nouvelles qui correspondent aux aspirations de notre époque». En conséquence, «un grand débat national sera organisé avant l'été dans un maximum de quartiers».

«Nous voulons faire vivre cette passion de la citoyenneté et de l'égalité. Nous voulons aussi porter un message d'espérance», a réaffirmé Manuel Valls, ajoutant que «tout ne se réglera pas à coups d'euros supplémentaires». «À travers cette réunion, ces propositions, cette démarche, cette méthode, nous voulons répondre avec gravité et volontarisme à cette exigence des Français qui s'est exprimée au mois de janvier.» Une autre réunion sera organisée le 13 mars afin d'envisager des mesures en direction, cette fois, des territoires ruraux.

 

 

 

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