samedi 28 mars 2015

L’effet Valls


ALAIN DUHAMEL (LIBÉRATION)



L’alliance UDI-UMP est arrivée nettement en tête du premier tour des élections départementales, contrairement à ce qu’indiquaient les sondages. Elle va triompher au second tour et remporter plusieurs dizaines de nouveaux départements. Le FN a effectué, pour sa part, une percée historique, dépassant les 25% lors d’une consultation ou d’ordinaire il n’existait pas. La victoire politique appartient à l’UDI-UMP, la victoire arithmétique revient au FN. La gauche apparaît donc comme la grande perdante de ce nouveau scrutin. Avec un peu moins de 22% des suffrages exprimés, le PS obtient son deuxième plus mauvais score pour ce type d’élections de toute l’histoire de la Ve République. Dimanche prochain, sur la carte électorale de la France, les taches roses vont subitement diminuer de moitié. Le PS devrait donc être en deuil, or, il sort de cette cuisante défaite comme revigoré. Ce miracle baroque porte un nom : Manuel Valls.

La stratégie élaborée par le président de la République, et par son Premier ministre, a fonctionné. Pendant que François Hollande multipliait, jour après jour, les gestes de rassemblement, se situant ostensiblement au-dessus des clivages partisans, Manuel Valls dramatisait à outrance et pilonnait inlassablement le FN. Le chef de l’Etat ouvrait les bras, le chef du gouvernement tendait le poing. Répartition du travail entre le râteau présidentiel et la bêche gouvernementale. Le climat en a été changé, la présentation des résultats en a été modifiée. On aurait dû souligner la victoire de Nicolas Sarkozy, le succès de Marine Le Pen, la défaite de Manuel Valls. On a au contraire détaillé la naissance d’une France politique tripolaire où sur la ligne de départ les trois forces se retrouvent presque à égalité. C’est l’effet Valls.

En choisissant, avec le plein accord de François Hollande, de porter théâtralement le fer contre le FN, le Premier ministre a obtenu trois résultats. En premier lieu, il a remobilisé un peu l’électorat. Certes, la moitié des Français a choisi l’abstention par découragement, par scepticisme ou par ressentiment. Il n’empêche : la participation a été nettement supérieure (6 à 7 points) à ce qu’avançaient auparavant les sondages. L’offensive théâtrale, et néanmoins sincère, (la mémoire catalane du franquisme) de Manuel Valls a réveillé sans doute plus d’un million de citoyens désabusés. Il est d’ailleurs probable que l’alliance UDI-UMP a en partie bénéficié du phénomène. Celui-ci a constitué la première surprise de ces élections. Le fatalisme a reculé.

Le deuxième résultat est une leçon de choses que le Premier ministre a serinée à satiété : les gauches françaises, désunies comme jamais, paient chèrement leurs divisions. Le PS va perdre plusieurs dizaines de départements. Cela s’appelle une hécatombe. Le Front de gauche va voir fondre le nombre de ses élus et le tissu territorial du Parti communiste achèvera de se déchirer. Quant aux écologistes, éparpillés entre au moins quatre stratégies électorales, ils se sont fait hara-kiri. La gauche divisée est une gauche battue. Cela se vérifiera aux régionales de décembre. Si la même dispersion se poursuit, l’élection présidentielle de 2017 sera perdue d’avance. Peut-être la démonstration de Manuel Valls fera-t-elle réfléchir certain dirigeants de la gauche de la gauche et une fraction de leurs électeurs. De ce côté-là, le vote utile n’est plus un choix mais une nécessité. C’est la conclusion implacable de ce scrutin. C’est aussi à la fois le handicap et la chance de François Hollande.

Enfin, l’offensive à outrance de Manuel Valls a prouvé une troisième chose : en politique, les climats changent aussi vite que les saisons. Une campagne ardente et bien ciblée peut percer les nuages les plus noirs. Encore faut-il évidemment que la situation économique et sociale ne paraisse pas bloquée.

Sans résultats manifestes et rapides, la bataille de 2017 serait d’ores et déjà perdue pour une gauche qui ne pourrait même pas espérer figurer au second tour. En revanche, si la croissance se réanime enfin et que l’emploi se décongèle, l’étreinte mortelle qui condamne aujourd’hui la gauche peut se desserrer à temps. Encore faut-il accélérer et renforcer la politique Macron et non pas l’édulcorer. Encore faut-il élargir la base de la majorité gouvernementale et non pas l’éroder, ce qui exige le retour au gouvernement d’écologistes, d’aubrystes, voire de frondeurs s’ils parviennent à comprendre qu’il faut s’unir ou périr. Encore faut-il enfin que la féroce bataille de rejets qui s’annonce 

 



COMMENTAIRE DE DIVERCITY

« LE FATALISME A RECULÉ »

 

Duhamel prédit le rejet de Marine Le Pen, le rejet de Nicolas Sarkozy, enfin, le rejet de François Hollande, au profit d’une figure politique totalement inédite mais habilement pilotée.

C’est comme si nous devions envisager chez nous le rejet de Michel, De Wever et Di Rupo au profit d’un petit nouveau. Maggie De Block ?

« Les climats changent aussi vite que les saisons »

 MG

 

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