mercredi 25 mars 2015

"Le thème de l’immigration est crucial pour la N-VA"

La Libre

VINCENT ROCOUR, BOSCO D'OTREPPE ET JACQUES LARUELLE 



Bart De Wever a de nouveau fait parler la poudre. Tout commence samedi, dans l’impressionnante maison communale d’Anvers. Le maître des lieux a invité son homologue rotterdamois Ahmed Aboutaleb à la présentation de "#Radicalisme#Extrémisme#Terrorisme", un essai de Bilal Benyaich (VUB) sur les jeunes partis en Syrie. Au cours du débat qui s’ensuit, Bart De Wever déclare qu’avec une autre politique d’immigration et d’intégration, "je ne serais pas bourgmestre d’une ville qui a vu 70 des jeunes prendre part à un conflit qui n’est pas le leur". Il ajoutera que "plus l’enseignement et les politiques d’emploi permettent d’éviter les discriminations et donnent une chance d’éviter la relégationplus nous parviendrons à endiguer la radicalisation des jeunes sur le long terme" .

Le lendemain, ces propos sont commentés en boucle sur les plateaux des télévisions flamandes et dans les médias sociaux. Les associations de défense des minorités se félicitent que le bourgmestre d’Anvers reconnaisse enfin l’existence de discriminations qui rendent difficile l’intégration des jeunes immigrés. Mais font remarquer que l’intégration est une compétence du gouvernement flamand, dans lequel siège la N-VA presque sans discontinuer depuis onze ans. C’est même la N-VA qui a en charge le dossier depuis 2009.



COMMENTAIRE DE DIVERCITY

AFFAIRE A SUIVRE


Il y a fort à parier que le grand affrontement PS/N-VA se jouera sur le thème de l’immigration.  Ce n’est pas sans danger pour la paix sociale et le vivre ensemble. Il y a fort à parier que le PS va faire monter la tension sur ce thème et aussi que De Wever finisse par s’emmêler les pinceaux. Le bourgmestre d’Anvers risque de desservir le président de la N-VA. Du rififi et du suspense en perspective. Les libéraux ont dit stop, au risque de rendre la tension insupportable au sein de la suédoise.

MG



REDOUTABLES, TROIS FOIS REDOUTABLES

Béatrice Delvaux Éditorialiste en chef 
Le Soir

Il y a beaucoup à dire des propos « berbères » de Bart De Wever, mais une évidence s’impose : la communication et la « rhétorique » de la N-VA, en particulier de son leader, sont redoutables.

Primo, parce que celui qui critiquera cette sortie fera la pub de la N-VA et accroîtra la popularité du parti et de son chef.

Secundo, ces sorties sont redoutablement efficaces. La « parole » de De Wever et des siens consiste à légitimer les raisonnements de café du Commerce avec aplomb et une apparence scientifique. C’est l’idée de chômeurs qui ne cherchent pas de travail, touchent une indemnité alors qu’ils sont propriétaires, ce sont les étrangers qui sont trop nombreux et/ou sources de criminalité, etc. Comme le dit le philosophe Edouard Delruelle, les propos de De Wever «  rationalisent et légitiment certains sentiments qui ont l’air intuitifs  ». Quel efficace véhicule de popularité que de donner le sentiment à l’homme de la rue que ce qu’il pense, ou ce qu’il ressent, correspond à l’analyse de son leader éclairé ! La tactique est d’autant plus redoutable que les affirmations de la N-VA, rarement prouvées par la réalité statistique, surfent sur un « fond » de vérité. Ainsi, qui pourrait dire que la politique d’intégration fut une totale réussite ?

Tertio, la communication de Bart De Wever est redoutable car elle est dangereuse. Comme le dit Patrick Charlier, du Centre pour l’égalité des chances, «  prononcer ce discours qui a l’air réfléchi, rationnel et débité sur le ton de l’évidence  » sur l’intégration, la criminalité, le chômage (autrefois les Wallons) autorise les comportements racistes ou, comme l’exprime Delruelle, «  justifie un racisme de café du Commerce  ». Avec quelles solutions au bout du compte, quelles propositions de politiques ? Quel progrès lundi, les propos de M. De Wever ont-ils fait faire aux questions de l’intégration sur le fond, si ce n’est « antagoniser » les positions, créer de l’humiliation et donc du rejet et potentiellement du conflit ?

Difficile, vu l’habileté populiste (populaire) du « discours », de trouver la parade. Mais ne pas en avoir n’est pas une option. Il est fondamental que les autres forces politiques dénoncent les amalgames, refusent de valider les mélanges insidieux, donnent des faits, démêlent le vrai du faux. Hier, cette réaction salutaire est venue du MR et de l’Open-VLD, qui se taisent pourtant depuis des mois pour éviter tout conflit avec la N-VA. Preuve ultime, s’il en fallait, que les propos de De Wever sont inacceptables, mais une donnée cependant avec laquelle ils vont devoir continuer à gouverner.

 

 

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