vendredi 27 mars 2015

Une réponse ferme, mais pas assez forte

Véronique Lamquin 

Le racisme est un délit. Intolérable. Inacceptable. (…) C’est la responsabilité politique de faire en sorte que chaque citoyen, parce qu’il est un citoyen et pas parce qu’il appartient à une communauté donnée, jouisse de droits, de devoirs. » Dans son intervention, très attendue, sur les propos de Bart De Wever, Charles Michel dit encore que « l’accord gouvernemental prévoit que la lutte contre toutes formes de discrimination revêt une importance cruciale ». Les propos sont fermes, sans ambiguïté… Mais ils sont insuffisants. Charles Michel répète à l’envi qu’il est le Premier ministre de tous les Belges. Donc, aussi, des Asiatiques, des Marocains, des Berbères, et de toutes celles et ceux, Belges depuis une, deux, vingt générations, qui se sont sentis stigmatisés ou blessés par la N-VA. Tous ces citoyens, qui s’expriment depuis samedi, attendaient légitimement une autre réponse, plus forte. Ils espéraient sans doute que le Premier ministre condamne, en les nommant, Bart De Wever et Theo Francken. Il n’en a rien été. Au Seize, on aura beau jeu de dire qu’Olivier Chastel l’a fait, que ces choses-là se règlent entre présidents de partis. Ou encore que le secrétaire d’Etat a été prié, comme ses collègues, « de se mobiliser pour mettre en œuvre l’accord de gouvernement », dont la lutte contre la discrimination et la haine. Ces considérations-là relèvent d’une stratégie exclusivement politicienne. C’est d’autant plus regrettable que le contexte actuel clive la société plus qu’il ne la rassemble. La peur (de l’autre, des autres) s’est installée comme bruit de fond nauséabond. Le vivre-ensemble se résume de plus en plus à une expression politiquement correcte, qui masque une réalité bien différente. La communauté juive vit dans l’angoisse, la communauté musulmane dans la honte. La crise n’est pas qu’économique, elle est profondément sociétale ; les hommes et femmes politiques ont la lourde responsabilité d’y apporter, aussi, des réponses.

Ce jeudi, Charles Michel n’a pas donné l’impression de mesurer pleinement l’enjeu. Il a, au contraire, projeté l’image d’un Premier ministre qui ne dévie pas de son cap – réformer notre modèle socio-économique – et est prêt à tout pour ne pas fragiliser davantage son gouvernement, alors que les vraies difficultés arrivent (budget, tax shift)… Il a, au passage, accrédité la thèse de l’opposition, qui l’accuse d’avaler toutes les couleuvres de la N-VA. Il a surtout, et c’est le plus regrettable, oublié que la cohésion d’une société ne se crée pas seulement en améliorant les indicateurs économiques.



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COMMENTAIRE DE DIVERCITY

LE TOURNANT


« Le contexte actuel clive la société plus qu’il ne la rassemble. La peur (de l’autre, des autres) s’est installée comme bruit de fond nauséabond. Le vivre-ensemble se résume de plus en plus à une expression politiquement correcte, qui masque une réalité bien différente. La communauté juive vit dans l’angoisse, la communauté musulmane dans la honte. La crise n’est pas qu’économique, elle est profondément sociétale » 

Voilà qui résume tout. Curieusement, on n’entend pas s’élever la voix du chef de l’opposition et président du PS Elio di Rupo. La stratégie de DeWever est basique, jeter l’opprobre sur la communauté berbère pour qu’ils quittent Anvers et satisfaire, en donnant des gages, à son électorat issu du Vlaams Belang. Il y a fort à parier que la tension ne cessera de monter dans les quatre années de vie de ce gouvernement fédéral. 

MG

 

 

 

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