jeudi 30 avril 2015

Frères ennemis plus que jamais

Béatrice Delvaux, Editorialiste en chef (Le Soir) 



ANALYSE DES RÉSULTATS DU GRAND BAROMÈTRE CONCERNANT LES INTENTIONS DE VOTE.

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Attention, les chiffres donnés aujourd’hui sont un sondage. Usons donc de prudence, du recul dans le temps et de la confrontation à la réalité. Mais il n’empêche que le tableau politique projeté, va secouer dans les états-majors des partis. Le PS en chute en Wallonie, devancé par le MR : c’est un peu comme si le rêve secret des libéraux, longtemps vu comme un inaccessible Graal, était soudain à leur portée.

Il reste du temps d’ici la prochaine élection. Mais à ce stade, il semble en tout cas possible que la transgression ne soit pas nécessairement kamikaze. La transgression ? Monter au pouvoir avec la N-VA, seul francophone dans une coalition de partis flamands, reculer l’âge de la pension, faire un saut d’index, défendre Bart De Wever seul avec lui, contre tous (l’épisode berbère) : les gestes posés par Charles Michel depuis son accession au 16 rue de la Loi ne semblent pas l’anéantir. « Tout ce qui ne vous tue pas, vous rend plus fort » : l’adage vaudrait donc aussi en politique. Car à ceux qui objecteront que dans notre sondage, le MR ne gagne pas, mais reste stable, il semble évident à l’aune de l’enfer qu’on lui avait promis, qu’en soi, cette « stagnation » est un succès. D’autant que le PS lui encaisse, et lourdement.

Les socialistes le savent : ils ont un problème d’existence. Dans l’opposition au fédéral mais aussi en Wallonie comme à Bruxelles, où l’incarnation manque de force à gauche. On tient des discours de critique, de lutte contre le fédéral, mais on peine à donner du contenu et de la vision stratégique au destin des régions. Magnette peut corriger le tir très vite, pour Vervoort cela reste à prouver. Souci donc à Bruxelles aussi, où les socialistes doivent leur moins mauvaise prestation aussi la faiblesse libérale.

Gare à l’ivresse bleue : une législature, c’est long. Et Charles Michel devra régler son déficit de popularité et de charisme francophone. Il faudra à un moment donné se souvenir que c’est au sud du pays, pas au nord qu’il devra gagner les élections. Le resserrement des positions PS-MR ne devrait lui, qu’attiser la guerre que se livrent aujourd’hui les deux partis. Rien ici n’est de nature à calmer le duel Magnette/Michel. Sauf peut-être le constat dangereux rappelé hier : l’urgence est de redonner au citoyen le goût de la politique. Ce défi concerne tous les partis.


 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

REDONNER AU CITOYEN LE GOÛT DE LA POLITIQUE.  UN DÉFI POUR TOUS LES PARTIS.


Il est là, le vrai défi. Le citoyen fait peu de cas de l’idéologie, il veut que le pays tourne, or il ne tourne pas rond et tous les efforts de l’opposition de gauche pour torpiller la suédoise ne font qu’empirer les choses sans rien résoudre du tout. L’échec de la tentative d’organiser une nouvelle grève générale achève de décrédibiliser l’opposition tandis que le MR dépasse le PS dans les sondages. Mais tout cela ne réussit pas à rendre la suédoise populaire en Wallonie. Paradoxe des paradoxes, Charles Michel est plus populaire en Flandre qu’en Wallonie. Et voilà qu’on apprend que les Flamands en ont marre des réformes institutionnelles et redécouvrent les charmes de la Belgitude. Décidément pays est carrément surréaliste. 


VLAMING IS STAATSHERVORMING BEU

De Morgen BronBelga

Voor het eerst sinds de jaren negentig kalft in Vlaanderen de steun voor eenstaatshervorming afDat blijkt uit een onderzoek van het Instituut voorSociaal en Politiek Opinieonderzoek (ISPO) van de KU Leuven, waaroverDe Standaard en Het Nieuwsblad berichten.

Uit het onderzoek blijkt dat voor nauwelijks 5,7 procent van de Vlaamse kiezersde staatshervorming een rol speelde bij het maken van een keuze tijdens de verkiezingen van vorig jaarZelfs bij de N-VA-kiezers haalt slechts een op de negen kiezers de staatshervorming aan als een stembepalend onderwerp.

In 2007 speelde de staatshervorming wel mee bij 13,3 procent van de kiezers in VlaanderenDrie jaar later, na de val van de regering over de BHV-kwestie, was dat zelfs 19,7 procent

De kiezers die meer of alle bevoegdheden in Vlaamse handen willenhebbenvoor het eerst sinds lang geen meerderheid meerVlamingen identificeren zichdaarentegen meer dan vroeger met België.

VLAMING HOUDT WEER VAN BELGIË

De Standaard Wim Winckelmans


Voor het eerst sinds de jaren negentig kalft de steun voor een staatshervorming afDat blijkt uit een onderzoek van de KU Leuven. Meer dan vroeger krijgt België de voorkeur.

Na de verkiezingen van mei 2014 bevroeg de KU Leuven in haar gereputeerdeISPO-onderzoek 1.183 kiezers over hun overtuigingenDe communautaire trendbreukvergeleken met de verkiezingen van 2007 en 2010, springt in het oog.

Voor het eerst sinds de jaren 90 neemt de animo voor meer Vlaamsebevoegdheden af. Het aantal separatistische kiezers halveertterwijl de groep die voorstander is van de huidige staatsstructuur meer dan verdubbelt. De kiezersdie meer of alle bevoegdheden in Vlaamse handen willenhebben voor het eerstsinds lang geen meerderheid meerVlamingen identificeren zich daarentegenmeer dan vroeger met België. De voorkeur voor Vlaanderen als ultiembeslissingscentrum ligt lager dan ooit en de tendens naar verdere vervreemdingvan de Franstalige Belgen lijkt omgebogen.

Die vaststellingen zijn opmerkelijkaangezien de Vlaams-nationalistische N-VA de grote overwinnaar van de afgelopen verkiezingen was. Die zege kan volgensde ISPO-onderzoekers niet verklaard worden door een toenemend Vlaams-nationalistisch bewustzijnVeeleer lijkt het dat de N-VA anticipeerde op het veranderende denkpatroon bij de kiezers met de befaamde ‘bocht van Bracke’, waarin de partij volop ging voor een ‘sociaaleconomische herstelregering’. 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY

LE VIRAGE DE BRACKE

Il s’agissait de mettre les problèmes communautaires en arrière-plan pour donner la priorité au socio-économique. C’est un virage en épingle à cheveu qui risque de faire déjanter la N-VA tandis qu’il sert les intérêts du MR qui y retrouve son corebusiness à la grande joie de ses électeurs.  

'VLAMINGEN HOUDEN WEER MEER VAN BELGIË'

Knack

Voor het eerst sinds de jaren negentig kalft in Vlaanderen de steun voor eenstaatshervorming afDat blijkt uit een onderzoek van van het Instituutvoor Sociaal en Politiek Opinieonderzoek (ISPO) van de KU Leuven. Voorslechts 5,7 procent van de kiezers is de staatshervorming stembepaldend.

© BELGA

De Standaard en Het Nieuwsblad berichten over het onderzoek.

Daaruit blijkt dat voor nauwelijks 5,7 procent van de Vlaamse kiezers de staatshervorming meespeelde bij het maken van een keuze tijdens de verkiezingen van vorig jaarZelfs bij de N-VA-kiezers haalt slechts een op de negen kiezers, 11 procent, de staatshervorming aan als een stembepalendonderwerp.

'BOCHT VAN BRACKE'

In 2007 speelde de staatshervorming mee bij 13,3 procent van de kiezers in VlaanderenDrie jaar later, na de val van de regering over de BHV-kwestiewasdat 19,7 procent, en bij N-VA-kiezers zelfs 40 procentDe kiezers die meer of alle bevoegdheden in Vlaamse handen willenhebben voor het eerst sinds langgeen meerderheid meerVlamingen identificeren zich daarentegen meer danvroeger met België.

Volgens onderzoeker Koen Abts heeft de N-VA geanticipeerd op de veranderende verzuchtingen bij de kiezers door de 'bocht van (Siegfried) Brackete makenen het regeringswerk vooral op economischethema's te richten.

(Belga/RR)

 

N-VA KLOPT WEER OP NAGEL VAN GELDTRANSFERS VAN VLAANDEREN NAAR WALLONIË

NU AL VOORPROEFJE VOOR KIESCAMPAGNE VAN 2019

Bron: Het Laatste Nieuws

Vlaams minister-president Geert Bourgeois gaat de geldtransfers tussenVlaanderen en Wallonië in kaart brengen. Dat N-VA plots weer de communautaire kaart bovenhaaltheeft volgens politicoloog Bart Maddensmaar één reden: "Het Vlaams-nationalistische blazoen opblinken tegen de verkiezingen van 2019."

Vlaams Belang blijft op de geldtransfers hameren. Drie parlementaire vragenheeft de partij erover aan N-VA gesteld. Pas bij de derde kreeg Vlaams Parlementslid Stefaan Sintobin een antwoord van Vlaamse minister-presidentGeert Bourgeois (N-VA). 

Een opmerkelijk antwoord: Bourgeois gaat een studie bestellen naar de transferstussen Vlaanderen en Wallonië. De N-VA'er laat Sintobin ook weten dat hij de geldoverdracht naar Wallonië wil monitorenHoe precies is afhankelijk van de resultaten van de nieuwe studie

Tegelijk kan Bourgeois geen vermindering of stopzetting van de geldtransfersgaranderen. "Daarvoor is onvoldoende democratisch draagvlak", stelt de minister-president. "Bij de zesde staatshervorming is de financieringswetaangepast en die kreeg de steun van de meerderheid bij de Vlaamse partijen."


COMMENTAIRE DE DIVERCITY

LE GRAND RETOUR DU DOSSIER COMMUNAUTAIRE

CHASSER LE COMMUNAUTAIRE EN BELGIQUE ET IL REVIENT AU GALOP.

Mais voilà, si ces petits jeux passionnent le personnel politique de la N-VA, ils semblent amuser de moins en moins le peuple flamand qui s’éloigne d’eux (ils sont tombés sous la barre des 30% dans les sondages) et ils redécouvrent le mot Belgique. C’est un scoop et c’est tout à fait hallucinant. Comme quoi en politique, c’est l’imprévisible qui mène la danse. 

"Je ne parviens plus, en conscience, à croire en l'avenir de notre Etat », pensait le grand François Perin qu’il faut relire absolument.  . « Il est difficile de rester parlementaire d'un Etat auquel on ne croit plus et dont le système politique paraît absurde." Et cela pour trois raisons : « trois maux, "incurables et irréversibles", dont souffre selon lui la Belgique : le nationalisme flamand, la particratie et le pouvoir exorbitant des syndicats. » "J'ai cru qu'une réforme institutionnelle de type fédéral serait de nature à garantir la cohabitation paisible des deux grandes communautés du pays et je me suis investi politiquement dans ce sens, confessera Perin en juin 2013, trois mois avant sa mort. « Mais j'ai compris très vite que le fédéralisme, que nous considérions, nous les francophones, comme un aboutissement, n'était pour les Flamands qu'un moyen de progresser plus vite sur la voie de l'indépendance."

Et voilà pourquoi nous autres Belges nous éloignons-nous, et nous désintéressons-nous tellement de la politique. « En Wallonie, que de conservatisme de tout bord, que de bornés et d'aveugles, que de sclérose et de vieillissement ! D'une certaine façon, nous devons être reconnaissants à l'égard des Flamands tentés par l'égoïsme et le goût de l'hégémonie de nous faire sortir de notre inertie !"

Quelle lucidité.

MG

 

QUAND LE FÉDÉRALISME ÉTAIT UNE UTOPIE

François BrabantJournaliste politique au Vif/L'Express

Plusieurs écrits de François Perin, l'un des artisans de la transformation de la Belgique en un pays fédéral, sont réédités. L'occasion de redécouvrir cette figure majeure du mouvement wallon, dont les idées ont inspiré les fondateurs d'Ecolo.



Francois Perin en compagnie de Jean Gol© BELGAIMAGE

Une démission-désertion, du dépit, et même un soupçon de dégoût. Le 11 juin 1985, François Perin claque la porte du Parti réformateur libéral et met un terme à sa carrière politique. L'intellectuel liégeois justifie son acte en déclarant ne plus pouvoir "cautionner la politique conservatrice" menée par la coalition Martens-Gol, qui rassemble sociaux-chrétiens et libéraux. L'ancien ministre reproche à son président de parti, Louis Michel, de s'éloigner du libéralisme des Lumières pour lorgner la droite dure, incarnée au Royaume-Uni par Margaret Thatcher. Mais la motivation profonde de sa décision réside ailleurs : esprit caustique, inclassable, Perin éprouve le besoin de recouvrer une totale liberté de pensée.

Son geste de 1985 est, à vrai dire, le prolongement d'un autre, survenu cinq ans plus tôt. Le 26 mars 1980, François Perin démissionne, à la surprise générale, de son mandat de sénateur. En plein débat sur la création des premiers gouvernements régionaux, il laisse apparaître l'énorme scepticisme que lui inspire l'avenir du pays"Je ne parviens plus, en conscience, à croire en l'avenir de notre Etat, lâche-t-il. Il est difficile de rester parlementaire d'un Etat auquel on ne croit plus et dont le système politique paraît absurde." Au cours de sa brève allocution, le sénateur expose les trois maux, "incurables et irréversibles", dont souffre selon lui la Belgique : le nationalisme flamand, la particratie et le pouvoir exorbitant des syndicats.

La Belgique, François Perin ne l'a jamais beaucoup aimée. En revanche, il a longtemps cru que le fédéralisme serait à même de donner au pays un nouveau souffle, une nouvelle cohérence. Cet espoir déçu le fera basculer vers un rejet total de l'introuvable patrie belge, comme l'illustre un florilège de ses écrits, aujourd'hui réédités et commentés par l'essayiste Jules Gheude"J'ai cru qu'une réforme institutionnelle de type fédéral serait de nature à garantir la cohabitation paisible des deux grandes communautés du pays et je me suis investi politiquement dans ce sens, confessera Perin en juin 2013, trois mois avant sa mort. Mais j'ai compris très vite que le fédéralisme, que nous considérions, nous les francophones, comme un aboutissement, n'était pour les Flamands qu'un moyen de progresser plus vite sur la voie de l'indépendance."

ECOLO ET LE FÉDÉRALISME RADICAL

De 1974 à 1976, Perin intègre le gouvernement Tindemans II, où il obtient le portefeuille des Réformes institutionnelles. Peu après, il se rapproche des libéraux. A la même époque, un bouillonnement nouveau gagne les sociétés européennes. Un peu partout, et notamment en Wallonie, les pionniers de l'écologie politique s'organisent. Cette préhistoire du parti Ecolo est racontée par Benoît Lechat, ancien journaliste à l'agence Belga, dans un livre publié en janvier dernier, quelques semaines avant son décès. L'un des grands mérites de l'ouvrage est de montrer à quel point les écologistes wallons ont été imprégnés par les thèses fédéralistes.

Le père fondateur d'Ecolo, Paul Lannoye, a lui-même été l'un des dirigeants du Rassemblement wallon. Ce physicien namurois, assistant à l'ULB, partage avec François Perin l'idée que la particratie gangrène la Wallonie et que la région a besoin d'un sursaut. Même si les deux hommes se sont distanciés au début des années 1970, leur diagnostic reste identique. "Nous prenons conscience que le combat est d'abord un combat contre nous-mêmes, professe Perin. En Wallonie, que de conservatisme de tout bord, que de bornés et d'aveugles, que de sclérose et de vieillissement ! D'une certaine façon, nous devons être reconnaissants à l'égard des Flamands tentés par l'égoïsme et le goût de l'hégémonie de nous faire sortir de notre inertie !"

Ironie de l'Histoire : c'est à peu près au moment où François Perin quitte la politique que le parti se rallie à des positions plus conventionnelles, ou plus réalistes, et délaisse le fédéralisme radical de ses débuts. La fin d'une utopie.˜

François Perin. Une plume, par Jules Gheude, Les éditions de la province de Liège.

Ecolo. La démocratie comme projet, par Benoît Lechat, éd. Etopia.

 

 

 

 

 

mardi 28 avril 2015

Obligation scolaire : le parlement de la Fédération ne doit pas attendre le fédéral pour agir

Le Vif

Source : Belga

Ecolo juge un peu timide la résolution PS-cdH relative à l'âge de l'obligation scolaire. Selon les Verts, le parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles doit se saisir de la question, plutôt que de la laisser au gouvernement, et peut imposer aux parents d'inscrire leur enfant à l'école à partir d'un certain âge.



© Belga

"On a un peu l'impression que la majorité PS-cdH essaie de se donner bonne conscience en s'adressant au fédéral alors qu'ils n'ont rien fait quand ils s'y trouvaient", a regretté la députée Barbara Trachte.

Les écologistes sont favorables à l'abaissement de l'âge de l'obligation scolaire. En attendant une initiative fédérale, ils proposent l'obligation d'inscription (et non de fréquentation) des enfants à partir de 3 ans.

Selon eux, une telle disposition ne créerait pas un conflit de compétences avec le pouvoir fédéral. "Ce qui est important, c'est que les parents soient en lien avec une école le plus rapidement possible", a expliqué Mme Trachte. Ecolo estime en revanche que le mécanisme de rechange proposé par la majorité pourrait créer un conflit de compétences.

Le PS et le cdH proposent l'obligation d'inscrire l'élève en maternelle dans sa cinquième année, assortie d'une obligation de participation à un certain nombre de demi-journées, comme condition d'inscription en primaire.


 

COMENTAIRE DE DIVERCITY

UNE EXCELLENTE INITIATIVE



C’est à l’évidence une nécessité pédagogique et un levier d’intégration linguistique et social pour les enfants de primo-arrivants et tous ceux qui ne parlent pas français chez eux. Il faut agir en amont sur de tous jeunes esprits linguistiquement malléables. Apprendre une langue à cinq ans, en l’occurrence celle de l’école, est un jeu d’enfant.

Mais cette opération qui profitera surtout à Bruxelles a un coût dont on n’est pas certain que les finance de la Fédération Wallonie-Bruxelles pourront le supporter cette charge  financière supplémentaire.

MG

Enfin des idées pour la gestion des fins de carrière


Béatrice Delvaux Éditorialiste en chef 

On l’a souvent écrit : réformer les pensions s’impose pour garantir leur financement, mais reculer l’âge de la fin de carrière n’est ni crédible ni jouable, si ce n’est pas assorti d’un projet concret pour les fins de carrière. L’espérance de vie a beau augmenter, la réalité dans les entreprises pour les hommes et femmes de plus de 55 ans n’est pas toujours le roman rose que certains voudraient écrire. Cadre ou ouvrier, ils entendent ainsi souvent qu’ils sont une charge financière, un boulet technologique. Les restructurations d’entreprise le prouvent à souhait. L’avis rendu hier par la Commission pension vient donc à point et doit être salué.

1. Ce rapport comble en partie le trou béant de la gestion des fins de carrière dans la politique « pensions » du gouvernement Michel. La proposition qui est sur la table – la pension à temps partiel – apporte en effet une réponse à la suppression déraisonnable des crédits temps, ainsi qu’à la volonté de mettre fin aux prépensions. La Commission propose, de plus, un système flexible, qui rend à l’individu une certaine maîtrise de ses choix de (fin de) carrière et intègre les éléments d’évolution de la société (espérance de vie et mutation technologique par métier). Il offre ainsi des possibilités à ceux qui veulent lever le pied plus vite. Ajoutons que la pension à temps partiel a le mérite de permettre aussi la transmission de l’expérience graduellement.

2. Le point négatif réside dans le prix que le travailleur aura à payer pour cette pension anticipée, qu’il devrait désormais s’offrir, alors qu’elle était autrefois payée par la collectivité. Ce choix a priori dès lors réservé aux « riches » est corrigé socialement dans l’avis par une compensation prévue pour les métiers pénibles.

3. Cette compensation est-elle trop restrictive ? La pension à temps partiel est-elle praticable ? Le lien individualisé à l’espérance de vie, choquant ? Messieurs, Dames, les autres experts, les partenaires sociaux, les hommes politiques, « tirez » avec de bonnes munitions. C’est tout l’intérêt de ce rapport : il existe, et les jours qui viennent doivent servir à abreuver le gouvernement et la Commission de remarques, critiques, etc. Car il y a dans cet avis de quoi en tirer une politique équitable, finançable et de ce temps.

 



COMMENTAIRE DE DIVERCITY

LES VIEUX PROFS

J’ai passé quelques heures ce week-end avec une brochette de profs en fin de carrière. Un régal ! Tous sont intarissables sur leur passion professionnelle et leurs enthousiasmes de pédagogues. Mais il faut y mettre un triple bémol : ces intellectuels sont affligés par la baisse du niveau des élèves que leur impose le décret inscription, indignés par les directives infantilisantes des inspections imposées par la Communauté française et surtout, ils sont anéantis par les perspectives d’un allongement général des carrières. Bref ils se sentent mal compris et mal aimés. Plus qu’une erreur, c’est une faute politique grave. Nos enseignants ne sont-ils pas les sentinelles de la démocratie ? Il n’est pas bon de les décourager.

MG

 

dimanche 26 avril 2015

"L'homme politique est toujours dans l'ambiguïté"

François BrabantJournaliste politique au Vif/L'Express

Le politologue Jérôme Jamin (ULg) analyse le côté obscur des luttes de pouvoir. Une constante : en politique, les manipulations s'avèrent souvent payantes.



© Belga

LE VIF/L'EXPRESS : POUR TRIOMPHER SUR LA SCÈNE POLITIQUE, FAUT-IL ÊTRE UN AS DE LA MANIPULATION ?

Jérôme Jamin : Il est impossible de s'adonner à la politique sans faire des calculs et sans échafauder des stratégies, ce qui peut impliquer de la manipulation. Pourquoi ? Une explication forte réside dans le fait qu'un homme politique doit certes avoir des objectifs et les mettre en oeuvre, mais aussi "exister", survivre, s'imposer comme un acteur de pouvoir. Ce deuxième volet, personne n'aime en parler car il renvoie à la pure conquête du pouvoir pour le pouvoir.

"ON NE SORT DE L'AMBIGUÏTÉ QU'À SON DÉTRIMENT", A ÉCRIT LE CARDINAL DE RETZ, QUI S'EST OPPOSÉ À LOUIS XIV ET À MAZARIN.

C'est tout le drame du métier d'homme politique. Sa justification première, c'est de s'impliquer pour la société, dans le but de changer les choses. Mais pour y arriver, il faut des stratégies de pouvoir, afin de peser suffisamment sur le jeu politique. Voilà pourquoi l'homme politique est toujours dans une ambiguïté. Agit-il pour accroître son pouvoir personnel ou pour améliorer la société ? Là-dessus, il n'est jamais très clair. Pourtant, il est normal de penser à sa propre carrière, ne fût-ce que pour réaliser des choses. On ne peut pas déplacer des montagnes si on est incapable d'actionner des leviers, si on n'a pas des amis dans l'administration, dans les médias, dans le business, dans le monde culturel... Tout ça se construit lentement. D'où une dose d'ambiguïté nécessaire, pour éviter qu'on vous reproche de penser plus à vous qu'à la société.

QUI DIT AMBIGUÏTÉ, DIT MANIPULATION DES ÉLECTEURS ?

Jean Gol, l'ancien leader des libéraux francophones, disait : la politique, c'est l'art de décevoir. Par définition, un homme politique ne peut jamais faire ce qu'il promet. Et donc, il s'agit d'arriver à décevoir tout en faisant en sorte que les gens continuent à voter pour vous. Si vous décevez mal, on ne votera plus pour vous. Si vous décevez bien, vous serez réélu. 

FAUT-IL CONDAMNER CE CYNISME ?

Non, non. Le cynisme, c'est simplement être un peu léger par rapport à certaines choses. On a des normes, des valeurs, des idéaux, et tout cela cogne en permanence contre le réel. Et donc, en étant cynique, vous sélectionnez les sujets qui vous touchent et ceux au-dessus desquels vous passez sans vous émouvoir. En politique, ce ne sont pas les plus gentils ou les plus honnêtes qui réussissent. Ce ne sont pas forcément les plus méchants non plus... Mais pour survivre, il faut accepter que les mauvais gagnent et que les bons perdent, que ceux qui n'ont aucune valeur détrônent ceux qui ont des convictions. Si on n'est pas cynique face à ça, on prend tout sur soi, et on finit alcoolique, dépressif ou suicidé.

DANS LE MONDE POLITIQUE BELGE, QUI SONT SELON VOUS LES MAÎTRES DE LA MANIPULATION ?

Elio Di Rupo, Joëlle Milquet et Didier Reynders sont tous les trois très emblématiques de cet art de la manipulation. S'ils sont encore là aujourd'hui, c'est uniquement parce qu'ils ont su survivre aux coups, continuer à se lever le matin et avancer, malgré les couleuvres, les défaites électorales, les peaux de banane, les tentatives de les abattre. Quand on dit que ce sont des bêtes politiques, ce n'est pas du tout injurieux. Ce sont des individus qui consacrent leur vie à 100 % aux jeux de pouvoir.


 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY 

« LA POLITIQUE, C'EST L'ART DE DÉCEVOIR. »

Hitler avait promis un Reich de mille ans à son peuple crédule, son règne dura 12 ans et se termina par l’anéantissement de l’Allemagne.

On est souvent très dur avec nos hommes et nos femmes politiques.

On a tort : « ce sont des individus qui consacrent leur vie à 100 % aux jeux de pouvoir ». Il est bon de s’en souvenir quand on en vient à maudire la « médiocrité » du spectacle politique. La politique n’est jamais que l’art du possible quand le totalitarisme n’est rien d’autre  que la promesse de l’impossible.

MG

 

 

 

samedi 25 avril 2015

Francken: "L'Europe, une forteresse ? Foutaise..."

BELGA 



"Parler de forteresse Europe, c'est de la foutaise. Il suffit de regarder les chiffres. L'an dernier, la Belgique a traité 17.000 demandes d'asile. Nous en avons reconnu plus de la moitié des dossiers, ce qui est une première", a indiqué samedi dans L'Echo et De Tijd, Theo Francken, secrétaire d'Etat à l'Asile et aux Migrations. Theo Francken plaide pour une meilleure répartition des réfugiés arrivés en Europe. "Il n'est pas normal que cinq États membres - l'Allemagne, la Suède, l'Italie, la France et le Royaume-Uni - doivent absorber plus de 70% des demandes d'asile", dit-il encore.

Concernant une ouverture plus prononcée des frontières, Theo Francken estime que "combiner l'ouverture des frontières avec une sécurité sociale performante ce qui reste une réussite européenne par excellence, c'est tout simplement impayable". "

"Soit vous ouvrez vos frontières et vous démantelez votre sécurité sociale. Soit vous conservez une sécurité sociale accessible au plus grand nombre et vous surveillez vos frontières. Je choisis la deuxième option", ajoute-t-il.



COMMENTAIRE DE DIVERCITY

LE COMBLE DE L’AMBIGUÏTÉ


Francken dit tout haut ce que son électorat exprime au café du commerce.




L'AVENIR DE L'EUROPE SE JOUE EN MÉDITERRANÉE

Le Vif

La nouvelle crise migratoire que l'Union européenne connaît depuis quelques semaines à ses confins méridionaux diffère des précédentes par son ampleur (1 500 personnes décédées depuis le 1er janvier, 90 pour la même période de 2014), par son foyer presque unique (la Libye) et par son éventuelle instrumentalisation par des groupes islamistes. Les mêmes raisons en font un défi inédit pour une Union européenne assoupie par les contraintes économiques et paralysée par l'essor de l'extrême droite.



© Belga - ANGELOS TZORTZINIS

Ni autoflagellation culpabilisante, ni déni de responsabilité. Bien sûr, les principales causes de cet exode reposent sur des potentats prêts pour le pouvoir à plonger leur pays dans le chaos de la guerre, sur des dictateurs prédateurs des richesses nationales ou insensibles aux aspirations à la liberté de leurs concitoyens, sur des passeurs-trafiquants sans foi ni loi.

Mais l'Europe ne peut s'exonérer pour autant de sa part de paternité dans le désastre qui s'écrit en Méditerranée. La Libye en est la plus cynique illustration. C'est bien par impréparation de l'après-guerre que les acteurs de celle-ci, France et Royaume-Uni en tête, ont échoué à stabiliser la région et ont troqué un Mouammar Kadhafi, devenu un garde-chiourme docile, contre des chefs de milices incontrôlables.

Sur les 170 000 migrants que l'Italie a accueillis en 2014, 110 000 auraient transité par la Libye. Parmi eux, des ressortissants du Bangladesh pour lesquels le passage par Tripoli n'est pas le chemin le plus direct pour gagner les quartiers asiatiques de Londres. La Libye est donc bien devenue une "bombe migratoire" pour l'Union européenne. Et l'Italie sa première cible.

L'île de Lampedusa ou la Sicile ne sont pourtant que les étapes d'un périple vers l'Angleterre, l'Allemagne, la Suède, la France, la Belgique... Existe-t-il dossier plus adapté à une réponse communautaire européenne que celui de l'immigration ? Imagine-t-on sérieusement de laisser Rome (ou Athènes, ou Madrid) isolée pour gérer cette problématique mondialisée ? Pourtant, alors que c'est ici qu'elle devrait s'exprimer avec la plus grande vigueur, la solidarité européenne, malgré les précédents, peine encore à se mettre en place.

Les réunions des ministres des Affaires étrangères, de l'Intérieur et des chefs d'Etat et de gouvernement ont, comme à l'habitude, répondu à l'émotion immédiate suscitée par le drame des clandestins. L'ampleur du défi impose pourtant aujourd'hui d'aller plus loin, d'adopter une vraie politique, de l'appliquer et de s'y tenir sur la durée. Qu'après le drame de Lampedusa en octobre 2013, l'opération Triton, censée mutualiser l'effort européen, ait succédé à son homologue italienne Mare Nostrumavec un budget trois fois moindre situe le niveau d'implication antérieur des Vingt-huit. Rien n'indique qu'il ait fondamentalement évolué. Malgré les 800 morts du dimanche 19 avril.

Or l'exil vers l'Europe n'est pas une fatalité. La coopération fructueuse entre l'Espagne et le Sénégal, partenaire autrement plus solide il est vrai que l'actuelle Libye, le démontre. Un véritable combat contre les trafiquants et leurs alliés islamistes, une répartition plus équitable des demandeurs d'asile, une politique de visa intelligente... sont autant de pistes pour forger une politique commune durable. Pour une Europe qui n'inspire plus guère que le désenchantement, l'ambition de construire une société respectueuse des droits de l'homme, soucieuse d'un vivre ensemble harmonieux et entretenant des relations apaisées avec ses voisins ne pourrait-elle pas être source de motivation pour une jeunesse obsédée par l'individualisme ? Mais quel dirigeant européen osera donner du souffle à cette perspective ?