samedi 25 avril 2015

Adolf Hitler hante toujours notre société

PASCAL MARTIN 

Le Soir

70 ans après son suicide, il reste l’incarnation du Mal absolu. Ses idées pullulent à nouveau en Europe. Le Soir publie un supplément spécial ce samedi.



• Image AF

Le 30 avril 1945, Adolf Hitler se suicidait à Berlin dans un dernier effet de tragédie. En une quinzaine d'années, l'homme avait réussi à prendre démocratiquement le pouvoir en Allemagne avant de pousser l'Europe et la planète vers la Seconde Guerre mondiale. Un conflit qui fit 50 millions de morts et modifia radicalement la marche du temps.

70 ans plus tard, Adolf Hitler reste le Mal absolu pour beaucoup d'entre nous. La guerre totale conjuguée à la rage exterminatrice du IIIe Reich ont donné à ce régime une dimension diabolique, irréelle.

Hitler pourtant est promis à échapper à la mémoire pour gagner la tranquillité des livres d'Histoire. Les générations passeront, le souvenir s'estompera, c'est ainsi. Mais on n'en est pas là. Il existe toujours de jeunes Allemands prêts à endosser la responsabilité historique de leur pays. Un coup de sonde parmi nos lycéens nous apprend que Hitler est perçu comme l’un des hommes les plus destructeurs du XXe siècle.

Parallèlement, la parole se libère. A raison, lorsqu'il s'agit de comprendre ce qui reste à plus d'un titre incompréhensible. A tort, lorsqu'à force d'être banalisé, le passé le plus lourd devient digeste, admissible au présent.

Pour l’historien allemand Thomas Weber,« l’aura de Hitler va s’accroître avec le temps ». « Si nous prenons l'« autre » Hitler, dit ce chercheur de Harvard, celui qui est farouchement anti-libéral et anticapitaliste, alors c'est peut-être encore plus inquiétant pour l'Europe, car ces idées pullulent de nouveau, sous la forme des mouvements de contestation populistes, comme Pegida en Allemagne, le Front National en France, le Vlaams Belang en Belgique, le FPÖ en Autriche ou le Fidesz en Hongrie. Les dirigeants de ces partis affichent un pragmatisme comparable, teinté d'anti-libéralisme  ».

Comment résister à cette perte de repères essentiels ? Il paraît inutile d'imposer une mémoire clé sur porte qui dirait ce qu’il faut penser de Hitler et de ses abominations. Mais une société responsable doit tout faire pour mettre en œuvre la pédagogie qui évitera demain la répétition des erreurs d'autrefois. Comme le souligne Thomas Weber, l'actualité nous ramène en permanence à des faits présentant une ressemblance confondante avec des événements qui ont conduit l'humanité au bord du gouffre.

Le supplément que nous publions ce samedi a pour ambition d'aider à mieux comprendre la manière dont Hitler hante encore ou non notre société. Son fantôme la propulse-t-il toujours vers un meilleur ? C'est le « plus jamais ça » de 1945 qui a inspiré l'unification d'une Europe basée sur le respect commun et la paix. Hitler fut ce répulsif ultime qui ne laissa d'autres choix que la refondation et l'entente entre des pays autrefois ennemis. Cet héritage est inestimable.

Pour capter le sentiment que notre temps voue à ce passé et à sa symbolique particulière, nous avons rencontré philosophes, historiens et enseignants. Des jeunes également venus de différents horizons. Leur regard nous apprend que cette histoire-là n'est pas encore morte. Elle est en évolution permanente.

 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY

ERADIQUER LES CAUSES POUR EVITER LA REPETITION DES CONSEQUENCES

« Une société responsable doit tout faire pour mettre en œuvre la pédagogie qui évitera demain la répétition des erreurs d'autrefois »

Plutôt que de mettre l’accent sur la radicalité du mal, il me paraît plus judicieux de dénoncer comme Hannah Arendt sa banalité. Personne mieux qu’elle n’a analysé les causes et la nature profonde du phénomène totalitaire. Car c’est du phénomène totalitaire qu’il faut à tout prix se garder, c’est lui qu’il importe de combattre impitoyablement. Il est à l’œuvre partout, en Corée du Nord, en Chine, en Afrique, en Gambie en Erythrée, en Egypte, en Iran et bien sûr dans l’Etat islamique, ce califat auto proclamé mais aussi chez nous, au sein de nos démocratie sous forme d’un nationalisme populiste de plus en plus arrogant. C’est lui qui fait fuir les citoyens affamés de liberté qui n’hésitent pas à s’embarquer dans les rafiots de la mort pour gagner  les rivages de la démocratie. La lutte contre le totalitarisme ne peut se gagner qu’à l’école et dans les medias. C’est la raison pour laquelle la réflexion sur l’organisation d’un cours de citoyenneté et ses contenus est un débat fondamental autour d’un enjeu crucial.

MG

 

 

 

 

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