samedi 11 avril 2015

Buchenwald: 80 survivants aux 70 ans de la libération du camp de concentration

Afp

Le Soir

Entre 1937 et 1945, plus de 250.000 personnes y ont été emprisonnées.

Plus de 80 survivants de Buchenwald ont observé samedi une minute de silence sur le site de l’ancien camp de concentration allemand, 70 ans jour pour jour après sa libération.

«  La minute de silence a eu lieu à 15h15  », une heure choisie car elle correspond à celle de leur libération, a expliqué à l’AFP une porte-parole de la fondation du mémorial de Buchenwald.

Aux côtés des survivants, plusieurs vétérans de l’armée américaine, des représentants de la ville voisine de Weimar (centre) et de nombreux habitants de l’Etat-région de Thuringe ont assisté à la commémoration, a constaté un journaliste de l’agence de presse allemande dpa.



Bertrand Herz, ancien prisonnier du camp de Buchenwald. © EPA

Au milieu des pleurs, certains participants portaient des uniformes de détenus, en souvenir des 250.000 personnes qui ont été emprisonnées entre 1937 et 1945 à Buchenwald, à l’instar du prix Nobel de la paix Elie Wiesel et l’écrivain français Stéphane Hessel entre 1937 et 1945.



Petro Mischtschuk, ancien prisonnier ukrainien. © EPA


© DPA Reporters

Buchenwald, un des premiers camps libérés

Quelque 56.000 détenus ont péri à Buchenwald, de faim, de froid, de maladie, ou après avoir été exécutés. Parmi eux, environ 11.000 Juifs, des Tsiganes, des Roms, ainsi que des opposants politiques, des homosexuels et des prisonniers de guerre soviétiques.

Buchenwald, un des plus grands camps de concentration allemands, est aussi le premier à avoir été libéré lors de l’avancée des troupes américaines.

Le 11 avril 1945, les soldats américains ont atteint le camp, mettant en fuite la plupart des SS chargés de sa surveillance. Ils ont rapidement poursuivi leur marche sur Weimar. Certains prisonniers ont alors sorti des armes cachées en vue d’une éventuelle insurrection et ont achevé la libération du camp.


 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

WEIMAR-BUCHENWALD OU LE DOUBLE VISAGE  DE L’ALLEMAGNE


Lors d’un séjour à Weimar après la réunification, j’ai visité avec des amis allemands de ma génération, nés après 1945, les maisons où Goethe résidait avec ses collections et sa Gartenhaus, la thébaïde que lui offrit le duc régnant Carl August, son élève, disciple et ami. C’est là qu’il écrivait dans au milieu d’un domaine très vert  que traverse la rivière Ilm et qui fait penser, en plus sauvage, au parc Josaphat.


Quand, le lendemain, je leur dis mon intention de visiter le camp de Buchenwald  tout proche,  tous refusèrent de m’accompagner. J’insistailes traitant de lâches. Ils firent valoir que cela ne les concernait pas. L’un d’eux accepta de partager cette visite avec moi. Il en fut bouleversé et en ressentit une honte profonde. Il ne reste rien du camp sinon les fondations de quelques baraquements mais le musée est impressionnant. Des photos de détenus, des amoncellements de lunettes, de chaussures, d’objets personnels et surtout des clichés de geôliers paradant dans leur uniforme feldgrau : des hommes simples, serruriers, électriciens, menuisiers. En somme, le mal dans toute sa banalité comme l’a si bien compris Hannah Arendt. Weimar c’est la face lumineuse olympienne,  faustienne de l’Allemagne, Buchenwald sa part d’ombre, grimaçante, méphistophélique.  « Zwei Seelen wohnenachin meiner Brust »

Deux âmes, hélas, s’affrontent dans ma poitrine » 

Ce vers célèbre peut s’interpréter certes comme le destin goethéen mais plus encore comme la grande tragédie de la complexité allemande : sublime et atroce. 

MG

Zwei Seelen wohnen, ach! in meiner Brust, Die eine will sich von der anderntrennen; Die eine hält, in derber LiebeslustSich an die Welt mit klammerndenOrganen; Die andere hebt gewaltsam sich vom Dust (= StaubZu den Gefildenhoher Ahnen. 
(Faust I, Vers 1112 1117)

Gérard de Nerval traduit très librement : 

Deux âmes hélas habitent en mon sein, dont l’une tend continuellement à se séparer de l’autre. L’une vive et passionnée, participe du monde et s’y tient attachée ; l’autre ennemie des ténèbres, aspire à s’envoler dans les demeures de nos aïeux

 

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