samedi 25 avril 2015

Francken: "L'Europe, une forteresse ? Foutaise..."

BELGA 



"Parler de forteresse Europe, c'est de la foutaise. Il suffit de regarder les chiffres. L'an dernier, la Belgique a traité 17.000 demandes d'asile. Nous en avons reconnu plus de la moitié des dossiers, ce qui est une première", a indiqué samedi dans L'Echo et De Tijd, Theo Francken, secrétaire d'Etat à l'Asile et aux Migrations. Theo Francken plaide pour une meilleure répartition des réfugiés arrivés en Europe. "Il n'est pas normal que cinq États membres - l'Allemagne, la Suède, l'Italie, la France et le Royaume-Uni - doivent absorber plus de 70% des demandes d'asile", dit-il encore.

Concernant une ouverture plus prononcée des frontières, Theo Francken estime que "combiner l'ouverture des frontières avec une sécurité sociale performante ce qui reste une réussite européenne par excellence, c'est tout simplement impayable". "

"Soit vous ouvrez vos frontières et vous démantelez votre sécurité sociale. Soit vous conservez une sécurité sociale accessible au plus grand nombre et vous surveillez vos frontières. Je choisis la deuxième option", ajoute-t-il.



COMMENTAIRE DE DIVERCITY

LE COMBLE DE L’AMBIGUÏTÉ


Francken dit tout haut ce que son électorat exprime au café du commerce.




L'AVENIR DE L'EUROPE SE JOUE EN MÉDITERRANÉE

Le Vif

La nouvelle crise migratoire que l'Union européenne connaît depuis quelques semaines à ses confins méridionaux diffère des précédentes par son ampleur (1 500 personnes décédées depuis le 1er janvier, 90 pour la même période de 2014), par son foyer presque unique (la Libye) et par son éventuelle instrumentalisation par des groupes islamistes. Les mêmes raisons en font un défi inédit pour une Union européenne assoupie par les contraintes économiques et paralysée par l'essor de l'extrême droite.



© Belga - ANGELOS TZORTZINIS

Ni autoflagellation culpabilisante, ni déni de responsabilité. Bien sûr, les principales causes de cet exode reposent sur des potentats prêts pour le pouvoir à plonger leur pays dans le chaos de la guerre, sur des dictateurs prédateurs des richesses nationales ou insensibles aux aspirations à la liberté de leurs concitoyens, sur des passeurs-trafiquants sans foi ni loi.

Mais l'Europe ne peut s'exonérer pour autant de sa part de paternité dans le désastre qui s'écrit en Méditerranée. La Libye en est la plus cynique illustration. C'est bien par impréparation de l'après-guerre que les acteurs de celle-ci, France et Royaume-Uni en tête, ont échoué à stabiliser la région et ont troqué un Mouammar Kadhafi, devenu un garde-chiourme docile, contre des chefs de milices incontrôlables.

Sur les 170 000 migrants que l'Italie a accueillis en 2014, 110 000 auraient transité par la Libye. Parmi eux, des ressortissants du Bangladesh pour lesquels le passage par Tripoli n'est pas le chemin le plus direct pour gagner les quartiers asiatiques de Londres. La Libye est donc bien devenue une "bombe migratoire" pour l'Union européenne. Et l'Italie sa première cible.

L'île de Lampedusa ou la Sicile ne sont pourtant que les étapes d'un périple vers l'Angleterre, l'Allemagne, la Suède, la France, la Belgique... Existe-t-il dossier plus adapté à une réponse communautaire européenne que celui de l'immigration ? Imagine-t-on sérieusement de laisser Rome (ou Athènes, ou Madrid) isolée pour gérer cette problématique mondialisée ? Pourtant, alors que c'est ici qu'elle devrait s'exprimer avec la plus grande vigueur, la solidarité européenne, malgré les précédents, peine encore à se mettre en place.

Les réunions des ministres des Affaires étrangères, de l'Intérieur et des chefs d'Etat et de gouvernement ont, comme à l'habitude, répondu à l'émotion immédiate suscitée par le drame des clandestins. L'ampleur du défi impose pourtant aujourd'hui d'aller plus loin, d'adopter une vraie politique, de l'appliquer et de s'y tenir sur la durée. Qu'après le drame de Lampedusa en octobre 2013, l'opération Triton, censée mutualiser l'effort européen, ait succédé à son homologue italienne Mare Nostrumavec un budget trois fois moindre situe le niveau d'implication antérieur des Vingt-huit. Rien n'indique qu'il ait fondamentalement évolué. Malgré les 800 morts du dimanche 19 avril.

Or l'exil vers l'Europe n'est pas une fatalité. La coopération fructueuse entre l'Espagne et le Sénégal, partenaire autrement plus solide il est vrai que l'actuelle Libye, le démontre. Un véritable combat contre les trafiquants et leurs alliés islamistes, une répartition plus équitable des demandeurs d'asile, une politique de visa intelligente... sont autant de pistes pour forger une politique commune durable. Pour une Europe qui n'inspire plus guère que le désenchantement, l'ambition de construire une société respectueuse des droits de l'homme, soucieuse d'un vivre ensemble harmonieux et entretenant des relations apaisées avec ses voisins ne pourrait-elle pas être source de motivation pour une jeunesse obsédée par l'individualisme ? Mais quel dirigeant européen osera donner du souffle à cette perspective ?



 

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