mercredi 15 avril 2015

Le pesant silence qui entoure les chrétiens persécutés


Un édito de Christophe Lamfalussy. La Libre Belgique

 

Pourquoi les intellectuels - à quelques exceptions près - ne s’insurgent-ils pas contre les persécutions que subissent les chrétiens dans le monde ? Pourquoi ne manifeste-t-on pas dans la rue ? Pourquoi les gouvernements indiquent-ils rarement, dans leurs communiqués indignés, que les victimes l’ont été parce qu’elles étaient chrétiennes ? Comme s’il n’était bon ni de désigner la victime, ni d’ailleurs le bourreau, et préférable de noyer tout cela sous le vocable fourre-tout de la "lutte contre le terrorisme".

Et, pourtant, les chrétiens sont visés au Kenya, au Pakistan, en Irak, en Syrie, en Egypte… "Ils sont persécutés, exilés, tués, décapités, pour le simple fait d’être chrétiens", a dit le Pape lors du lundi de Pâques. Les chrétiens ne sont pas les seules communautés à subir le joug d’un islam intolérant, mais ils sont en première ligne, notamment parce que les chrétiens sont éparpillés un peu partout dans le monde et très peu protégés par plusieurs pays en prise à un effrayant radicalisme.

Révélatrice est l’affaire du métro parisien début avril, lorsqu’on a vu la RATP interdire des affiches d’un concert du groupe Les Prêtres avec la mention "en faveur des chrétiens d’Orient". La RATP estimait que cette affiche contredisait "le principe de neutralité de service public".

La neutralité de l’Etat ne signifie pas qu’il faille fermer les yeux. Nos pays sont venus au secours des Bosniaques, des Kosovars, des Palestiniens... Il est incompréhensible qu’ils ne protègent pas les chrétiens aujourd’hui. Il n’y a pas de bonnes ni de mauvaises victimes. Il n’y a que des victimes. Et il faut que cela cesse.



 

COMMENTAIRE DE DIVERCiTY

« NOUS POURRIONS NOUS ENFONCER DANS UNE GUERRE MONDIALE COMME SI NOUS ÉTIONS SOMNAMBULES » 

(G. Grass)


« Pourquoi les intellectuels - à quelques exceptions près - ne s’insurgent-ils pas contre les persécutions que subissent les chrétiens dans le monde ? Pourquoi ne manifeste-t-on pas dans la rue ? Pourquoi les gouvernements indiquent-ils rarement, dans leurs communiqués indignés, que les victimes l’ont été parce qu’elles étaient chrétiennes ? »

Tout simplement, j’imagine, de crainte d’être soupçonné d’organiser lecroisades des temps modernes, ce dont les accusent d’ores et déjà les djihadisteselon une stratégie médiatique machiavélique d’une redoutable efficacité. De crainte de donner raison à la théorie « du choc des civilisations » de Huntington. La mauvaise conscience de l’Occident est sans doute son pire ennemi mais elle est le frein que s’impose une ancienne civilisation confrontée à des défis qui soudain la dépassent. La balle est dans le camp des Nations Unies. Quand le pape s’insurge, il joue sa partition à la perfection. Quand il dénonce le génocide des Arméniens, il laisse entendre, habilement, qu’un autre génocide est à l’œuvre dans le monde, celui des chrétiens. Tout ce qui de loin ou de près serait de nature à ressembler à une expédition de croisés visant à voler au secours des chrétiens qu’on assassine risque de susciter une vague d’islamophobie sans précédent et provoquer ce que Günter Grass redoutait : une troisième guerre mondiale. Mais sans doute a-t-elle déjà commencé. 

Günter Grass, vieille sentinelle toujours en éveil a sonné l’alarme :

"Il y a des guerres partout. Nous sommes face au risque de commettre les mêmes erreurs qu'auparavant. Et sans nous en rendre compte, nous pourrions nous enfoncer dans une guerre mondiale comme si nous étions somnambules." 

Toutefois :

"Nous vivons maintenant et avons la possibilité de faire quelque chose maintenant avec nos vies. C'est le mythe de Sisyphe, que j'ai découvert après la guerre."

C’est un peu difficile à imaginer mais, de fait, Grass était un fils spirituel de Albert Camus : c’est aussi cela, c’est surtout cela, l’interculturel et le dialogue des cultures, la dynamique interculturelle.

« Ce qui a changé, c'est que désormais, l'avenir des hommes ne dépend plus des aléas de la nature mais d'eux-mêmes. Avant, "on disait que la nature était la cause des famines, des sécheresses, la responsabilité était ailleurs". Maintenant, "pour la première fois, nous sommes responsables, nous avons la possibilité et la capacité de nous détruire", dit-il en évoquant le changement climatique. C’était déjà vrai avec l’invention des armes nucléaires et leur dangereuse prolifération.

"Nous ne sommes que des invités qui passons un temps court et très précis dans ce monde et nous ne laissons derrière nous que les déchets atomiques."

Le « invités », les « Gäste », comme il dit, a un sens légèrement différent en Allemand nous dirions plus volontiers dans ce cas-ci que nous somme les « locataires » de cette demeure terrestre. La grande angoisse c’est que le bail ne soit plus renouvelé. 

Avec le décès de Günter Grass, l’Europe perd encore un immense donneur d’alarme. Certes, son incorporation volontaire dans les WaffenSS à 17 ans, quand les Russes se préparaient à bousculer l’Allemagne jette un trouble sur sa stature monumentale. 

De fait, on n’est pas sérieux quand on a 17 ans, disait Rimbaud mais nous avons pourtant raison de jeter l’opprobre sur les ados qui partent rejoindre les djihadistes pour « casser » du shiite ou du chrétien. MG

 

GRASS ÉVOQUE SA CRAINTE D'UNE GUERRE MONDIALE DANS UN ENTRETIEN INÉDIT.

 

El Pais publie mardi un entretien inédit avec Günter Grass, dans lequel le Prix Nobel de littérature décédé lundi évoque la "douleur", source d'inspiration, et sa crainte d'une nouvelle guerre mondiale dans laquelle l'humanité, désormais "responsable", s'enfoncerait comme une somnambule.




Günter Grass - MARCUS BRANDT - BELGAIMAGE

L'entretien du journal espagnol, réalisé le 21 mars chez lui à Lübeck (nord de l'Allemagne), fut pourtant joyeux, portant tour à tour sur la création, son prochain ouvrage (un livre de poèmes, dessins et nouvelles qu'il devait publier à l'automne) et les affaires du monde, selon son auteur Juan Cruz.

Günter Grass, Prix Nobel de littérature 1999 et référence morale de l'Allemagne, emporté par une pneumonie, y évoque notamment un certain complexe de survivant.

"Vous savez, comme je le raconte dans 'Pelures d'oignons' (2006), qu'à 16 ans, j'ai pu survivre presque par hasard", dit-il en évoquant cette autobiographie dans laquelle il avait décrit son enrôlement dans les Waffen-SS, secouant l'Allemagne et ses lecteurs.

"Pendant ce laps de temps de trois ou quatre semaines, j'ai eu cinq ou six possibilités de succomber comme bien d'autres à mon âge."

"Je reste conscient de cela", dit l'auteur de gauche, avant de poursuivre: "Le fait de travailler au maximum me sert pour me prouver que j'ai survécu".

Dans son essai "Le mythe de Sisyphe", rappelle-t-il, le Français Albert Camus assure que son personnage était "heureux" car la lutte suffisait à remplir son coeur, même s'il souffrait en soulevant une pierre qui retombera inexorablement: "Au fond, toute la cause (du travail), c'est la douleur", dit Günter Grass.

"La douleur est la raison principale pour laquelle je travaille et je crée", dit l'écrivain, dont le dernier ouvrage devait explorer "la relation intense" entre prose et poésie.

Puis, l'auteur du "Tambour" (1959) parle de sa douleur face aux affaires du monde.

"Nous avons d'une part l'Ukraine, dont la situation ne s'améliore pas. En Israël et Palestine, cela va de mal en pis; il y a le désastre que les Américains ont laissé en Irak, les atrocités de l'Etat islamique et le problème de la Syrie."

"Il y a des guerres partout. Nous sommes face au risque de commettre les mêmes erreurs qu'auparavant. Et sans nous en rendre compte, nous pourrions nous enfoncer dans une guerre mondiale comme si nous étions somnambules."

Günter Grass aborde ainsi les tensions avec la Russie et les "traumatismes russes", que les Européens semblent oublier. "Ils ont à nouveau peur d'être cernés par l'ennemi. Je ne dis pas que cela justifie ce qu'ils ont fait en Crimée, c'est injustifiable. Mais il faut le comprendre et c'est ce que nous devons faire, comprendre la Russie."

Günter Grass, qui a réalisé l'entretien avec une assistance respiratoire mais sans se séparer de sa pipe, appelle les hommes à prendre conscience de leurs responsabilités.

"Nous vivons maintenant et avons la possibilité de faire quelque chose maintenant avec nos vies. C'est le mythe de Sisyphe, que j'ai découvert après la guerre."

Ce qui a changé, c'est que désormais, l'avenir des hommes ne dépend plus des aléas de la nature mais d'eux-mêmes. Avant, "on disait que la nature était la cause des famines, des sécheresses, la responsabilité était ailleurs". Maintenant, "pour la première fois, nous sommes responsables, nous avons la possibilité et la capacité de nous détruire", dit-il en évoquant le changement climatique.

"Nous ne sommes que des invités qui passons un temps court et très précis dans ce monde et nous ne laissons derrière nous que les déchets atomiques."


Belga

 

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