samedi 18 avril 2015

Verdict/sanction philosophique du 8 mai

Béatrice Delvaux, éditorialiste en chef 

Le Soir

On ne peut que saluer la démarche de la ministre de l’Education Joëlle Milquet. En demandant aux écoles d’interroger les parents sur le choix qu’ils vont faire sur la participation de leur enfant aux cours philosophiques, la ministre anticipe et permet donc aux écoles de faire la clarté à temps sur la situation qui les attend à la rentrée prochaine. La Cour constitutionnelle a en effet tranché : les écoles doivent organiser des cours de religion ou de morale non confessionnelle, mais les enfants seront désormais libres d’y assister ou non.

En demandant aux parents de donner leur choix pour le 8 mai, et aux écoles de traiter l’information pour le 18 mai, la ministre fait en sorte d’être fixée très vite et très précisément sur ce qui attend les écoles primaire et secondaire à la rentrée. Aujourd’hui, personne en effet ne connaît le degré d’engouement, d’adhésion réelle, d’effet d’habitude lié au fait d’inscrire ses enfants dans ces cours philosophiques.

Et rien ne permet de savoir si les francophones feront comme les Flamands, qui disposent depuis longtemps de cette liberté de ne pas inscrire leurs enfants à ces cours, mais n’en font pratiquement pas usage.

Le résultat obtenu au sud du pays le 18 mai donnera aussi en parallèle l’appréciation par une partie de la société francophone de ces cours de religion ou de morale non confessionnelle. Il sortira de ce questionnaire une possible sanction des uns, des autres ou de l’ensemble de ces cours, si le pourcentage de parents/élèves qui décident de ne plus y assister est élevé.

Si le nombre de « refus » d’assister est important, le problème posé à la ministre et aux écoles ne sera pas mince. Que faire durant ces deux heures « vides » ? Les remplir avec du contenu ? Mais comment, vu la configuration multiple des choix et des horaires qui se présentera par année, et entre classes de la même année ? Ou les laisser « vides », permettant ainsi d’alléger un peu l’horaire des élèves, au risque de s’attirer les foudres de parents, de l’opposition, etc. ? Le casse-tête risque d’être d’autant plus grand qu’il vaut pour un an car, dès 2016, il faudra gérer en plus la suppression d’une de ces deux heures de cours philosophiques et la conception de cette fameuse heure de citoyenneté, qui tient aujourd’hui, quand on écoute les propositions qui circulent, du fourre-tout, allant de l’histoire des religions au code de la route. On attend en tout cas avec curiosité le verdict du 18 mai.

 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

BIENVENUE EN ABSURDIE


Comme toujours, Béatrice Delvaux va à l’essentiel relayée par Kroll qui en a cap la substantifique moelle.

Reste à trancher ce nœud gordien. L’opération conseil d’Etat a toute les apparences d’un coup monté par un groupe de parents rebelles. Il y a donc de bonnes chances, qu’à Bruxelles du moins, il y ait un grand nombre de demandeurs de « rien ». On imagine que les autorités musulmanes ne resteront pas les bras croisés et pousseront le dossier visant la création d’un réseau scolaire musulman.  Peu intéressés par le cours de citoyenneté dans lequel ils verront un plaidoyer pro domo pour nos valeurs citoyennes, il y a fort à parier qu’ils mettront la pression pour obtenir le même statut que le réseau catho ou le réseau israélite avec deux heures de religion organisées à leur mode. C’est dire que le réseau officiel perdra une grande masse d’élèves en quelques années. Le cours de morale y a fondu comme neige au soleil au profit de la religion islamique.  Autant dire qu’à Bruxelles, le réseau officiel est pratiquement condamné à disparaître. Il restera alors à la Communauté française la possibilité de regarder ces réseaux confessionnels comme des écoles privées et d'en diminuer drastiquement la subsidiation. Mais ceci n’est qu’une hypothèse, une simple élucubration.

MG  

 

 

 

C’EST VOUS QUI LE DITES:«MORALE OU RELIGION? ENSEIGNONS LE CIVISME»

« Le Soir » vous a demandé de faire un choix entre des cours de morale, de religion ou rien du tout. Voici vos réactions. 

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Cours de morale, de religion, ou rien du tout : aux parents de trancher. Suite à la décision de la Cour constitutionnelle qui établit que l’on ne peut obliger les élèves à choisir entre cours de religion ou de morale, Joëlle Milquet demande aux parents de faire un choix. Ils devront soumettre leur décision avant le 8 mai. Les écoles récolteront les résultats qu’elles devront communiquer au ministère pour le 18 mai.

L’enjeu pour le ministère  ? Savoir que faire des élèves dispensés. S’ils sont peu nombreux, ils iront à l’étude, mais dans le cas inverse, il faudra inventer un nouveau cours, et vite. Le Soir a fait son propre sondage, voici les résultats.

MORALE, RELIGION OU RIEN ? 

Les choix s’équilibrent. À la question « Morale, religion, ou rien pour votre enfant : quel sera votre choix ? », chacun des trois choix possibles est choisi à hauteur de 33 % des votes. Les avis divergent et le débat est animé sur la toile.

«  Moi, je n’inscrirai mon enfant ni en morale, ni en religion mais plutôt à un cours de civisme  », déclare Étienne Laurent.

André-Marie Gahide, lui aussi, dit «  non à quelque religion que ce soit. Mais mille fois oui à une présence massive de données sur le civisme, la morale humaniste et l’approche philosophique au travers d’une information de l’histoire des philosophies et de l’histoire générale de l’humanité.  »

Pour Marie-Jo Fest-noz, par contre, rien ne sert de réformer le système : «  tant de tintouin pour une chose qui autrefois n’a jamais posé de problèmes à qui que ce soit. Nous, au début de chaque année scolaire, on nous distribuait un formulaire, sur lequel on indiquait ses préférences. D’après ce dernier, on nous dispatchait dans les diverses classes où on enseignait l’objet de notre demande et cela contentait tout le monde !  »

D’autres sont en faveur d’un cours de morale, qu’ils jugent plus neutre qu’un cours de religion. C’est le cas de Victorine Therasse, qui considère que ce «  cours apprend les choses de la vie de tous les jours, la tolérance et le respect, de manière totalement neutre. Bref, un cours intelligent qui devrait être donné à tous, peu importe la religion.  »

«  Dans une école publique, seule la morale devrait être enseignée. Ce n’est pas démocratique dans un pays laïque de payer ces profs de religion. Un enseignement public doit enseigner sans distinction de races ou de religion. Les cours de religions quels qu’ils soient, cela doit être une option après les heures de cours, ainsi que le coût  », estime Robert-Edouard Raucy.

 

 

 

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