dimanche 3 mai 2015

Génocide arménien: l’hypocrisie coupable

Béatrice Delvaux, éditorialiste en chef (Le Soir) 

L’histoire se déroule il y a quelques années. Le droit de vote venait d’être accordé aux étrangers. Le Soir avait soutenu l’idée, comme un élément clé du dispositif permettant l’intégration. Après les premières élections suivant ce momentum, une enquête sur le terrain bruxellois nous faisait conclure que certains partis n’avaient pas été très regardant sur le pedigree ou les idées de certains candidats, choisis surtout pour leur popularité dans certains quartiers. PS et CDH apparaissaient comme ayant largement usé de la technique, sans vraiment se soucier par exemple – nous l’évoquions à l’époque – de leur avis sur le génocide arménien.

Si au lieu de juste s’insurger contre nos conclusions, les responsables de ces partis s’étaient efforcés de faire coïncider les convictions défendues par leur parti, avec celles de tous les candidats sur leurs listes, ils n’auraient pas aujourd’hui à s’embourber dans cette mascarade de la « minute de silence pour le génocide arménien ». L’épisode du Parlement bruxellois où chacun fut invité par le président à faire silence pour ce qui l’arrange, est une insulte à l’intelligence du citoyen.

Les dirigeants du PS ne découvrent ainsi pas du tout le problème. C’est en connaissance de cause, qu’ils vivent avec cette bombe à retardement, misant sur le fait sans doute que le génocide arménien ne fait pas débat tous les dimanches. Ce qui semble aujourd’hui surtout gêner, c’est que cette dissidence s’exprime en plein jour.

Va-t-on forcer ces élus à changer d’avis ? Leur recommander de la jouer discrète ? Histoire que le temps passe ? Mais personne n’aura oublié, et le manque de maîtrise de ces questions pourrait toucher d’autres différends « culturels » que le génocide arménien, dans plusieurs partis. Or ce sont ces faux fuyants, ces instrumentalisations électoralistes qui minent l’amour du politique.

En dissimulant les problèmes, en niant leur réalité par peur de perdre des voix, les partis ne font que gagner un peu de temps, voire une élection, pour mieux scier ce qu’ils ont de plus précieux pour assurer leur pérennité : leur crédibilité et leur âme. La règle des convictions partagées et le refus des accommodements non raisonnables avec l’éthique du parti, vaut pour toutes les catégories de candidats, les parvenus autrefois, Emir Kir & co aujourd’hui.

 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

« CES INSTRUMENTALISATIONS ÉLECTORALISTES QUI MINENT L’AMOUR DU POLITIQUE »

De compromissions en accommodements, pas forcément raisonnables, certains partis politiques, clairement identifiés et nommés par la très courageuse et toujours lucide éditorialiste du Soir minent la crédibilité du monde politique et sabordent la démocratie. « Ces faux-fuyants, ces instrumentalisations électoralistes minent l’amour du politique » Nous l’avons dit souvent sur DiverCity, la démagogie communautariste est un calcul qui fait gagner des voix, donc des élections à court terme. A long terme, cette stratégie favorise la mentalité de ghettos multiculturels c’est-à-dire l’exact contraire d’une dynamique qui se voudrait interculturelle. En cela le communautarisme électoraliste est une pratique détestable.

C’est une tactique qui consiste à choisir une fille d’imam populaire comme candidate plutôt que de mettre sur la liste un médecin issu de la même communauté mais qui, forcément, fera moins de voix. Agir ainsi c’est favoriser, à terme, la création de partis ethniques voire islamistes. 

MG  



RIK VAN CAUWELAERT : "REMETTRE DI RUPO À LA TÊTE DU PS EST UNE ERREUR MONUMENTALE"

DORIAN DE MEEÛS & JONAS LEGGE  La Libre Belgique



"On a senti que les ministres N-VA étaient des débutants." Le chroniqueur du Tijd et ancien directeur du magazine Knack livre son analyse concernant la stratégie de la N-VA, les querelles récurrentes entre partis flamands, les premiers mois de Charles Michel au "16" et l’opposition virulente du PS. Rik Van Cauwelaert.

Extraits:

LA N-VA A LANCÉ UNE NOUVELLE CAMPAGNE DE COMMUNICATION AUTOUR D'UNE MAIN OUVERTE. QUEL EST L'OBJECTIF RECHERCHÉ ?

Les membres de la N-VA savaient dès le départ que le communautaire ne serait pas abordé dans les années à venir. En faisant en sorte qu'aucun article de la Constitution ne soit révisable, le gouvernement Di Rupo a rendu un énorme service à Bart De Wever. Il m'a d'ailleurs affirmé qu'il allait chaque matin à l'église brûler un cierge en guise de remerciement. Car, de la sorte, il peut se concentrer uniquement sur l'économique et le social. Et il a pu mener une campagne anti-PS. Ensuite, Di Rupo a scellé dare-dare des coalitions à Bruxelles et en Wallonie donc il a encore aidé De Wever. Ce n'était pas malin... Aujourd'hui, il peut poursuivre sur cet élan économique et social. Mais quelques mesures difficiles vont devoir être prises. Faire passer ce message sert donc à montrer qu'on pousse la charrette. C'est une façon de communiquer avec leurs troupes, ni plus ni moins...

(...)

LE FAIT QUE LES SYNDICATS ANNULENT LA GRÈVE GÉNÉRALE DU 12 MAI, C'EST UNE VICTOIRE POUR LE GOUVERNEMENT ?

C'est surtout la preuve que les syndicats se sont trompés dans la façon de s'y prendre. Ils auraient mieux fait d'engager directement un dialogue approfondi, avec chiffres sur table. Marc Leemans, de l'ACV, et Rudy De Leeuw, président de la FGTB, sont régents à la Banque national. Or, s'il y a un lieu où trouver tous les chiffres de notre économie, c'est là. En interne, quand la FGTB doit justifier pourquoi elle est opposée à une mesure, la réponse est toujours "parce que nous sommes opposés aux patrons". Au 19e, je comprendrais mais de nos jours...

QUELLE EST L'IMAGE QUE CHARLES MICHEL VÉHICULE EN FLANDRE ?

Elle est plutôt bonne, même si tout le monde a l'impression que Bart De Wever tire les ficelles. Michel est plus présent dans les médias flamands que Di Rupo, et c'est certainement dû à la façon de parler le néerlandais. Moi je préférais que Di Rupo parle en français avec sous-titres, parce que c'était gênant pour lui et pour nous... Charles Michel, lui, passe mieux et il semble plus à l'aise, plus sûr de lui.

 

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