vendredi 29 mai 2015

La fin des intouchables?

Christophe Berti, rédacteur en chef 


Christophe Berti, rédacteur en chef du Soir.

Christophe Ber

Une surprise ? Sur la forme, évidemment. Sur le fond, beaucoup moins. Si l’action spectaculaire menée mercredi matin dans leur palace zurichois par la justice suisse et le FBI est digne d’une super-production américaine (des cadors du football mondial, qui se croyaient au-dessus des lois, arrêtés dès potron-minet dans leur suite luxueuse : quel scénario !) et stupéfie par son ampleur, ses moyens et son côté ostentatoire, elle n’étonne pas grand-monde, par contre, sur sa pertinence et, même, sur son côté inéluctable. Voire tardif, ajouteront les journalistes lassés par des années d’enquêtes médiatiques sur la Fifa sans vraie conséquence jusqu’ici.

Car la Fédération internationale de football traîne des casseroles depuis des années déjà et donne l’image depuis plus d’une décennie d’un mastodonte financier opaque, tourné sur lui-même, hors de contrôle et où la transparence n’est qu’un leurre. On pourrait rire, en effet, si on n’en pleurait pas, de l’« autocontrôle » dérisoire de la Fifa à propos de l’attribution de la Coupe du monde au Qatar. On pourrait rire, si on n’en pleurait pas, du copinage à tous les étages au siège de Zurich, du cinquième mandat brigué par Sepp Blatter, 79 ans, à la tête de l’institution ou de l’archaïsme du mode de fonctionnement (24 personnes qui désignent par vote secret le pays qui organise un Mondial, c’est moyenâgeux). On pourrait rire de tout cela, mais on ne peut faire que pleurer. Car la Fifa, c’est tout simplement l’une des plus grandes institutions du monde, avec plus de membres qu’à l’ONU, une puissance financière énorme, une influence réelle sur les Etats (organiser un Mondial, ça change la vie d’un pays) et une présence sur tous les continents. Une espèce de « World Company » dans les mains d’une caste qui ne rend des comptes à personne ou presque.

Une caste aveuglée par son pouvoir, par l’argent, par sa puissance et qui, à cause de tout cela, n’a pas été capable de se réformer. Dans ces cas-là, c’est souvent la justice qui doit ramener les autocrates à la réalité. Comme ce fut le cas pour le CIO après le scandale des JO de Salt Lake City en 2002. Le Comité international olympique a eu le mérite de tirer (en partie) les leçons de ses dérives. En sera-t-il de même avec la Fifa ? Ce n’est pas certain, même après le tsunami de ce mercredi. Blatter a déjà résisté à bien des tempêtes, notamment lors du scandale d’ISL, qui était alors le premier groupe mondial de marketing sportif. On parlait alors, en 2001, de 50 millions d’euros. Une peccadille par rapport aux montants cités par la justice américaine.

Quoi qu’il en soit, une prise de conscience des dérives du football est plus que nécessaire. A la Fifa, en Europe et en Belgique. Car le processus est le même partout ; une petite poignée d’hommes qui gèrent souvent en vase clos les destinées d’un sport qui n’existe que grâce à une seule chose, l’enthousiasme incroyable de millions de supporters mus par une passion de plus en plus aveugle. 

 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY

LES PASSIONS AVEUGLES


Le foot est aujourd’hui l’opium des peuples, au même titre que les religions dans leur version intégriste. Le foot-spectacle, c’est le triomphe du nationalisme par d’autres moyens. Les peuples sont affamés de jeux qui leur fassent oublier les rudesses du quotidien.

Le foot, comme le monde des finances, est ivre de dérégulation et il se livre à des dérapages mal, voire non contrôlés. On constatera que, comme il n’existe pas d’opinion publique européenne, ni d’équipe de foot européenne, il n’y a pas de peuple européen, seulement des Etats exacerbés par la fibre nationaliste. Par chance, la Belgique est immunisée contre le virus nationaliste, nonobstant quelques faiblesses passagères en faveur de ses Diables rouges. En foot aussi, le régional prend chez nous le pas sur le national.

MG

 

 

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