mercredi 6 mai 2015

Les profs de morale contre-attaquent

Le Soir

Les enseignants envisagent d’attaquer l’arrêt de la Cour constitutionnelle qui a estimé qu’ils n’étaient pas neutres.



• © Le Soir/René 

Le 25 mars, la Cour constitutionnelle a jugé que les parents n’étaient pas obligés de choisir entre religion et morale. Elle fait valoir que, depuis 1994, l’intitulé du cours de morale a changé pour devenir un « cours de morale inspirée par le libre examen ». Elle en déduit qu’il s’agit désormais d’un « cours engagé » qui « autorise le titulaire de ce cours à témoigner en faveur d’un système philosophique déterminé. » La morale ne serait donc plus un cours neutre.

Prenant acte, la Communauté française va permettre aux élèves d’être dispensés des cours de religion ou de morale. Ce système devrait agir dès septembre. Il inquiète les profs de morale, qui redoutent de perdre des élèves. Ils ont créé un collectif. Réuni ce 2 mai à Huy, il va se constituer en association de fait avant, sans doute, de s’habiller en ASBL. Nous avons rencontré ses chevilles ouvrières. Elles envisagent(« sérieusement ») d’attaquer (à Strasbourg sans doute) l’arrêt de la Cour. « Nous voulons prouver que les professeurs de morale sont des profs neutres », explique Pierre-Stéphane Lebluy, l’un des membres du collectif. Lequel assène avec force :« Nous ne sommes pas des abbés laïques ! »

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COMMENTAIRE DE DIVERCITY

« NOUS NE SOMMES PAS DES ABBÉS LAÏQUES ! »

« Nous voulons prouver que les professeurs de morale sont des profs neutres » .« La Cour constitutionnelle a jugé que les parents n’étaient pas obligés de choisir entre religion et morale. Elle fait valoir que, depuis 1994, l’intitulé du cours de morale a changé pour devenir un « cours de morale inspirée par le libre examen »

Ce que personne ne relève, c’est que le libre examen n’est pas une idéologie mais une attitude, une posture intellectuelle dont l’origine remonte à la réforme qui préconisait un libre examen, autrement dit une  lecture libre, personnelle et critique des évangiles contrairement à la lecture catholique fondée sur un commentaire du chef des ecclésiastiques seul autorisé à interpréter le verbe divin fait chair. Même un musulman peut être libre-exaministe. Il lui suffit de suivre le bel hadith : lis le Coran comme s’il t’était révélé à toi-même.

Cela dit, dans la pratique, défendre le libre examen relève d’un engagement éthique. Autrefois, mon préfet, le génial Aris Berré regardait le cours de morale comme un avant-poste de combat.

Pour le surplus, l’ULB regarde le librex comme sa bannière militante.

Que penser alors de ces profs du réseau libre catho et de l’UCL qui proclament haut et clair leur adhésion au libre examen ?

"La pensée ne doit jamais se soumettre, ni à un dogme, ni à un parti, ni à une passion, ni à un intérêt, ni à une idée préconçue, ni à quoi que ce soit, si ce n'est aux faits eux-mêmes, parce que, pour elle, se soumettre, ce serait cesser d'être.", Henri Poincare 

Autrement dit la pensée se doit d’être neutre et non orientée et libre, c’est-à-dire libérée de tout préjugé.

Retenons  que si la pensée religieuse est soumise elle ne peut que former des êtres soumis. «Soumission » est le titre du dernier roman de Houellebecq qui mérite d’être lu et médité. Le salut, disait Burgers avant d’être exécuté par les nazis, ne saurait venir d’esprits au garde à vous. Pardon lecteur de le citer encore une fois.

MG

 

LE PRINCIPE DU LIBRE EXAMEN

L'article premier des statuts de notre Université (ULB) proclame que son enseignement a pour principe le libre examen. Celui-ci postule, en toute matière, le rejet de l'argument d'autorité et l'indépendance de jugement.

"Le libre examen qui est à la base de la méthode scientifique, est aussi un principe auquel on souscrit par engagement... Le libre exaministe s'engage donc à mettre ses paroles et ses actes en accord avec ce qu'il tient pour vrai. Sa vérité, il a le courage de la dire et de la défendre."

Notre institution, en raison même de la nature de son engagement, "accueille en tant qu'étudiants à part entière, ceux qui ne partagent pas son idéal...". Toutefois, ceux qui choisissent délibérément de venir chez nous, ont le devoir d'acquérir une connaissance personnelle de nos principes. La vie communautaire à laquelle nous convions tous les étudiants, sans exception, implique compréhension et tolérance mutuelles. Mais cette tolérance que nous préconisons n'impose pas à proprement parler le respect des opinions d'autrui. "Comment en effet, respecter ce qui est jugé faux, ce que l'on condamne, ce que l'on s'efforce de détruire '".

La tolérance que nous proclamons est le respect de la personne et de la liberté d'autrui.

"Nous jurons d'inspirer à nos élèves, quel que soit d'ailleurs l'objet de notre enseignement, l'amour pratique des hommes qui sont frères, sans distinction de caste, d'opinion, de nations; nous jurons de leur apprendre à consacrer leurs pensées, leurs travaux, leurs talents au bonheur et à l'amélioration de leurs concitoyens et de l'humanité.", Auguste Baron, Premier secrétaire de l'Université de Bruxelles (Discours d'ouverture, 20 novembre 1834).

"La pensée ne doit jamais se soumettre, ni à un dogme, ni à un parti, ni à une passion, ni à un intérêt, ni à une idée préconçue, ni à quoi que ce soit, si ce n'est aux faits eux-mêmes, parce que, pour elle, se soumettre, ce serait cesser d'être.", Henri Poincare (Fêtes du LXXVe anniversaire, 21 novembre 1909).

"Examiner, en dehors de toute autorité politique ou religieuse, les grandes questions qui touchent à l'homme et à la société, sonder librement les sources du vrai et du bien, tel est le rôle de notre Université, telle est aussi sa raison d'être.", Pierre-Théodore Verhaegen, Fondateur de notre maison (Allocution au Roi Léopold Ier, 1er janvier 1854).

"La tolérance n'est ni l'hésitation, ni la transaction sur les principes, ni la pusillanimité, ou l'équivoque dans leur expression, car à ce compte, elle consisterait à n'en point avoir ou à ne pas oser les dire... Elle n'impose pas à proprement parler le respect des opinions d'autrui: comment respecter ce qui est jugé faux, ce que l'on condamne, ce que l'on s'efforce de détruire ' Elle est le respect de la personne et de la liberté d'autrui. Elle consiste à affirmer ce que l'on tient pour vérité, en même temps que l'on reconnaît, à d'autres, le droit d'affirmer leurs erreurs, en même temps qu'en les combattant, on se refuse à recourir pour les vaincre à l'injure, à la violence, ou à la proscription.", Charles Graux

 

 

 

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