vendredi 8 mai 2015

Les propos de Bart De Wever l’honorent


Béatrice Delvaux Éditorialiste en chef (le Soir) 

Respect. C’est le mot qui s’impose à la suite des propos tenus par Bart De Wever à Anvers, devant la communauté juive. Sa condamnation de la Shoah et du nazisme est nette. Mais c’est surtout sa reconnaissance et sa condamnation, sans aucune ambiguïté, des faits de collaboration du mouvement nationaliste flamand qui forcent ce sentiment.

«  Je suis président d’un parti nationaliste flamand et dans le passé personne ne peut nier que ce mouvement s’est égaré dans les voies de l’Ordre nouveau et s’est massivement rapproché de l’occupant par la collaboration. C’est la page noire de l’histoire du nationalisme flamand.  » Le président de la N-VA regarde, comme il le dit, le passé dans les yeux et ne cherche cette fois pas d’excuses. On ne peut que saluer la volonté de l’homme qui exerce aujourd’hui la plus grande influence sur une certaine frange de la population, d’inciter à tirer les leçons du passé pour aller de l’avant, «  sans oublier  ». Ses déclarations rejaillissent sur son parti et ses ultras, car il s’est exprimé mercredi comme bourgmestre de la Ville d’Anvers, président de la N-VA, mais aussi comme petit-fils de collaborateur. Il couvre ainsi l’ensemble du spectre des militants de son parti.

On pourrait estimer que ses paroles ont tardé, notamment par rapport aux ambiguïtés coupables de ses ministres Jambon et Francken en début de législature. Bart De Wever n’était alors pas intervenu, si ce n’est pour évoquer des «  foutaises francophones  ». On pourrait dire qu’il reste à prouver que la totalité des membres du parti s’alignent pour de bon sur la position de leur leader. On pourrait gloser sur la part de tactique et de manipulation électorales que recèlent ces propos, qui visent (surtout ?) à aider un parti à l’idéologie politique très spécifique et qui est lesté par les «  trous noirs  » de son passé, à accéder au statut d’un mouvement populaire de centre droit, séparatiste mais fréquentable. Il y a évidemment beaucoup de tout cela dans les mutations successives imprimées par le chef nationaliste à la N-VA (de l’institutionnel à l’économique, du selfish au helfie, du séparatisme au confédéralisme, de la compréhension à la condamnation de la collaboration), et qui ont à prouver leur pérennité.

Mais aujourd’hui, l’heure est à l’effacement du terme négationniste qui avait été associé – notamment dans notre journal – à l’attitude de Bart De Wever en 2007, lorsqu’il avait contesté les excuses du bourgmestre Patrick Janssens à la communauté juive d’Anvers. Ce mercredi, il a mis un point d’arrêt au chapitre du passé « collabo » de son mouvement et de certains des siens, non en le niant ou en le nuançant, mais en l’assumant. Il prend ainsi sur lui, comme homme et comme président, la page honteuse du nationalisme flamand, sans plus se dire victime de la vilenie des autres. Cela honore la personne, cela grandit l’homme politique et cela respectabilise son parti.

 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

BÉATRICE A ÉVIDEMMENT RAISON

Cela va sans dire mais tellement mieux en le disant en toute transparence. Merci Béatrice pour votre belle lucidité.

 

MG

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