lundi 4 mai 2015

Quatre Belges défendent un islam des Lumières

BOSCO D'OTREPPE  La Libre Belgique



Quatre jeunes musulmans signent une carte blanche ce lundi dans "La Libre" (lire en intégralité plus bas). Connus, ils profitent de leur expérience pour ruer dans les brancards. Partout, les propos susciteront le débat, mais l’ambition est bien de tracer les contours d’un islam "moderne".

 

La carte blanche publiée dans "La Libre" de ce lundi 4 mai et sur notre site internet par quatre jeunes Belges de confession musulmane se présente comme un fameux pavé dans la mare.

Les propositions audacieuses et, pour certaines, inédites ne manquent en effet pas de pointer "d’importantes failles" au sein des institutions musulmanes en Belgique, "le vide intellectuel et spirituel" qui régnerait au sein des mosquées du pays, mais aussi un climat "inquiétant" qui caractériserait un contexte post-Charlie, confient les signataires.

"VISER L’EXCELLENCE"

Il est vrai que derrière les dix propositions pour un islam de Belgique se cachent une réelle inquiétude et une absolue nécessité "d’enfin dire les choses".

"Depuis le mois de janvier, nous nous réjouissons d’un climat général de bienveillance. La Belgique fait beaucoup pour dissocier islam et terrorisme", explique Tewfiq Sahih, enseignant et fondateur du think tank "Pensée d’islam en Belgique". "Mais combien de temps cela va-t-il durer ?" "Les choses vont mal et pourraient aller encore plus mal", ajoute l’islamologue Michael Privot. "Le contexte que nous connaissons ne pourra que conduire à un prochain attentat, et nous souhaitons prendre les devants pour éviter tout dérapage."

Les quatre signataires sont donc convaincus qu’il appartient aux musulmans d’engager et de proposer, "dans un juste dialogue avec l’Etat", des réformes concrètes.

"Nous aimons notre religion, nous la trouvons belle, mais il faut la sauver du marasme ambiant dans lequel elle patauge. Nous devons viser l’excellence et, pour viser cette excellence, nous devons rendre à l’islam les moyens de ses ambitions. Le rendre plus institutionnel est un de ces moyens."

REPARTIR DES MOSQUÉES

Pour ce faire, les quatre signataires souhaitent repartir des mosquées et leurs propositions sont multiples (voir plus bas).

Cette excellence, précisent-ils encore, se doit d’être aussi intellectuelle que spirituelle. "La soif des jeunes est immense, je le vois dans les débats que nous avons après chacun de mes spectacles, mais les mosquées sont incapables d’y répondre. Le discours y est totalement creux et inadapté au contexte belge", insiste Ismaël Saïdi, l’auteur de la pièce "Djihad".

DES NOMS CONNUS

"Une réelle volonté politique est indispensable, mais nous sommes convaincus que ce que nous proposons ne relève pas de l’utopie, même si cela ne va pas toujours être bien perçu, que ce soit dans le monde musulman ou en dehors", prévient Michael Privot.

"En matière d’institutionnalisation, nous partons de rien. L’islam en Belgique s’est créé dans l’anarchie. Tout cela demandera du temps", ajoute Tewfiq Sahih. "C’est pour cette raison que nous ne devrons pas avoir peur d’aller voir ce qui se fait ailleurs. Au sein de l’Eglise, par exemple", encourage Ismaël Saïdi.

Dans les mondes musulman et médiatique cependant, tous les quatre peuvent compter sur une certaine notoriété qui s’est construite à travers des parcours très différents.

"Le seul problème, c’est que ce sont souvent les mêmes noms, parfois critiqués, qui se retrouvent dans une multitude de structures", précise un spécialiste qui gardera l’anonymat. "Dire qui ils représentent vraiment est difficile. Pourtant, si certains leur accolent des étiquettes pour les décrédibiliser trop facilement, il serait idiot de ne pas les écouter."

"Nous n’avons pas l’ambition de représenter qui que ce soit", réagit ZehraGünaydin, ancienne membre de l’Exécutif des musulmans de Belgique. "Pendant des années personne ne nous a écoutés, nous ne pouvons cependant pas ne pas dire ce qui nous semble capital."

UN MOUVEMENT GÉNÉRATIONNEL

Cette prise de position apparaît dans un "moment charnière" - tout le monde le reconnaît. L’avenir semble se dessiner aujourd’hui entre les immigrés de la première génération, qui tiennent la majorité des rouages, et des jeunes nés en Belgique, qui rêvent de prendre leurs responsabilités dans un contexte international difficile. "Oui, il y a une dimension générationnelle dans le combat que nous menons", assume sans hésiter Michael Privot. Une dimension générationnelle qui porte avec elle le souhait d’un droit à l’affirmation de son identi té .

 

PREMIER "POINT FAIBLE" : LES MOSQUÉES

Un Exécutif des musulmans de Belgique "passif", incapable de "gagner en légitimité", et "mis sous tutelle par certains pays d’origine en vue de contrôler leurs diasporas respectives".

Des mosquées au discours "inapproprié", "pauvre et creux".

Des musulmans qui "rentrent la tête entre les épaules" et qui ne se considèrent pas comme des "forces de proposition".

L’essentiel de la carte blanche s’apparente donc à un véritable coup de pied à l’endroit des institutions musulmanes "qui ne réfléchissent jamais à la structure même de l’islam en Belgique".

VISER L’AUTONOMIE

A travers l’exemple de la Turquie et, dans une moindre mesure, du Maroc, à travers les financements qui proviennent des pays exportateurs de pétrole tels que l’Arabie saoudite, les mosquées belges sont à la merci de ce qui leur est dicté depuis l’étranger, affirment les quatre signataires.

"Les imams turcs lisent tout simplement le prêche que l’ambassade de Turquie leur envoie. Ils ne se posent pas plus de questions. Ils oublient qu’un imam est censé guider le troupeau dont il est le pasteur""On ne peut rêver construire un islam de Belgique sans mettre le doigt où cela fait mal. Et les mosquées sont le point faible de l’islam aujourd’hui", regrette Michael Privot.

, poursuit Ismaël Saïdi.

OPÉRER UN SAUT QUALITATIF

Tous les quatre rêvent de mosquées ouvertes et réellement accueillantes pour les femmes, des mosquées reconnues et respectueuses d’un cahier des charges précis.

Les imams auraient ainsi l’obligation de délivrer les prêches dans la langue de la région où ils se situent, et de les diffuser en direct sur le site web de leur mosquée.

"Il faut plus d’inclusion pour que tout le monde, musulman ou non musulman, puisse entrer dans une mosquée comme on peut entrer dans une église. Mais, de manière générale, nous misons aussi sur un saut qualitatif dans l’enseignement et l’exercice de la spiritualité", explique Tewfiq Sahih.

"Nous nous adressons aux 80 % des musulmans qui ne rentrent plus dans des mosquées", acquiesce Michaël Privot.

"Si des jeunes se tournent vers les extrêmes, c’est en réponse au vide, c’est parce que les mosquées ne sont plus capables de répondre à leurs questionnements. Elles sont pourtant un endroit central capable dans l’absolu d’offrir du savoir et du spirituel. Elles sont donc la pierre d’angle sur laquelle rebâtir un islam de Belgique", conclut Ismaël Saïdi.

 

UN APPEL À LA SOCIÉTÉ

C’est du donnant-donnant." A travers leur carte blanche, c’est aussi l’Etat et la société belge que les signataires mettent au défi. Notamment à travers une réflexion autour des concepts de laïcité et de neutralité.

"Il ne pourra être fait l’économie d’une réflexion plus large sur le rapport de nos sociétés à la pratique religieuse dans le monde du travail", rappelle le texte, mentionnant sans les nommer des accommodements raisonnables qui sont loin de faire l’unanimité dans le pays.

UNE IDENTITÉ BELGE

Ismaël, Tewfiq, Michael et Zehra sont, il est vrai, issus d’une génération soucieuse de gagner son autonomie pour construire un islam de Belgique. Soucieuse également d’être comprise telle qu’elle est, et dans toutes les dimensions qui contribuent à son identité.

"Dans mes spectacles, je dis toujours que ma foi est le chiffre après la virgule", explique Ismaïl Saïdi. "Je suis un Belge 1,1."

"L’islam est une éthique qui nous nourrit et qui contribue à un tout", acquiescent les autres.

"NOUS AURONS PRIS NOS RESPONSABILITÉS"

Témoins d’une génération active dans la société civile et assumant une foi plus décomplexée, ils mettent donc au défi la société belge et ses autorités de pouvoir les comprendre dans toute leur diversité. Sans doute s’annonce là le défi le plus complexe à relever. A travers cette carte blanche cependant, ils rappellent qu’il faudra compter avec eux.

"Nous prenons nos responsabilités. Plus personne ne pourra dire que nous n’agissons pas face aux dérives extrémistes. Nous prenons l’initiative pour ne pas que nous soit imposée une réforme pour laquelle nous n’aurions eu voix au chapitre."



 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

POUR UN ISLAM DÉCOMPLEXÉ


Ce texte est fondamental. Il vient à son heure et mérite que chacun d’entre nous, croyant, athée, agnostique en prenne connaissance et en médite chaque phrase. Représentatifs ou pas, ces quatre donneurs d’alarme (c’est ainsi qu’on désigne leprophètes dans le Coran) mettent le doigt là où cela fait mal, abordent les questions qui clivent et qui fâchent. On ne peut que louer leur lucidité et leur courage. Un pays qui produit quatre personnalités de cette envergure et de cette trempe est un pays qui peut croire en son avenir quelques soient les épreuves qu’il traverse aujourd’hui. Ce sont quatre cygnes noirs, quatre envoyés de l’imprévisible comme dirait Morin. Espérons que ces quatre hirondelles annoncent un printemps musulman en Belgique et en Europe. Nous leur souhaitons une très large audience. 

"Les choses vont mal et pourraient aller encore plus mal", "Le contexte que nous connaissons ne pourra que conduire à un prochain attentat, et nous souhaitons prendre les devants pour éviter tout dérapage."

Les quatre signataires se disent convaincus qu’il appartient aux musulmans d’engager et de proposer, "dans un juste dialogue avec l’Etat", des réformes concrètes. Bravo ! Puissent-ils réussir.

"Nous aimons notre religion, nous la trouvons belle, mais il faut la sauver du marasme ambiant dans lequel elle patauge. 

Nous devons viser l’excellence et, pour viser cette excellence, nous devons rendre à l’islam les moyens de ses ambitions. Le rendre plus institutionnel est un de ces moyens."

Cette excellence, précisent-ils encore, se doit d’être aussi intellectuelle que spirituelle. "La soif des jeunes est immense, je le vois dans les débats que nous avons après chacun de mes spectacles, mais les mosquées sont incapables d’y répondre. Le discours y est totalement creux et inadapté au contexte belge"

Cela nous le pensons depuis longtemps mais nous manquions d’arguments pour étayer cette intuition. Merci de nous éclairer enfin !

Ce que nous proposons ne relève pas de l’utopie, même si cela ne va pas toujours être bien perçu, que ce soit dans le monde musulman ou en dehors"

L’islam en Belgique s’est créé dans l’anarchie. Nous ne devrons pas avoir peur d’aller voir ce qui se fait ailleurs. Au sein de l’Eglise, par exemple".

"Nous n’avons pas l’ambition de représenter qui que ce soit"

Peu importe qu’ils soient représentatifs ou non, après tout ni Siddhârta, ni Jésus, ni Mohammed, ni Gandhi ne l’étaient au départ.

Cette prise de position téméraire et d’une belle lucidité apparaît dans un "moment charnière" : "Oui, il y a une dimension générationnelle dans le combat que nous menons" notamment contre « Un Exécutif des musulmans de Belgique "passif", incapable de "gagner en légitimité", et "mis sous tutelle par certains pays d’origine en vue de contrôler leurs diasporas respectives". Des mosquées au discours "inapproprié", "pauvre et creux".

Il s’agit d’un « véritable coup de pied à l’endroit des institutions musulmanes qui ne réfléchissent jamais à la structure même de l’islam en Belgique".

Il fallait oser le dire et surtout l’écrire. Chapeau bas pour ces mousquetaires, ces « hussards » d’un islam moderne, non littéral, critique et adapté à nos latitudes.

Nous recevons ici confirmation que les mosquées belges sont « à la merci de ce qui leur est dicté depuis l’étranger ». On s’en doutait un peu : "Les imams turcs lisent tout simplement le prêche que l’ambassade de Turquie leur envoie. Ils ne se posent pas plus de questions. Ils oublient qu’un imam est censé guider le troupeau dont il est le pasteur" "On ne peut rêver construire un islam de Belgique sans mettre le doigt où cela fait mal. 

LES MOSQUÉES SONT LE POINT FAIBLE DE L’ISLAM AUJOURD’HUI".

Eux rêvent de mosquées ouvertes et réellement accueillantes pour les femmes, des mosquées reconnues et respectueuses d’un cahier des charges précis. Nous en avons visité une, à Paris (la mosquée Addawa) dans le quartier de Stalingrad, rue de Tanger animée par le brillant recteur Larbi Kechat qui y organise régulièrement des débats contradictoires avec des orateurs non musulmans ?

Les imams auraient ainsi l’obligation de délivrer les prêches dans la langue de la région où ils se situent, et de les diffuser en direct sur le site web de leur mosquée.

"Il faut plus d’inclusion pour que tout le monde, musulman ou non musulman, puisse entrer dans une mosquée comme on peut entrer dans une église. Mais, de manière générale, nous misons aussi sur un saut qualitatif dans l’enseignement et l’exercice de la spiritualité", 

"Si des jeunes se tournent vers les extrêmes, c’est en réponse au vide, c’est parce que les mosquées ne sont plus capables de répondre à leurs questionnements. Elles sont pourtant un endroit central capable dans l’absolu d’offrir du savoir et du spirituel. Elles sont donc la pierre d’angle sur laquelle rebâtir un islam de Belgique"

"L’islam est une éthique qui nous nourrit et qui contribue à un tout".

A l’évidence, c’est un immense pas dans la bonne direction. Reste à se demander quel écho il aura dans les communautés musulmanes de Belgique et ne particulier de la région Bruxelles. Un dossier capital à suivre de très près.

MG  

 


10 PROPOSITIONS RADICALES POUR FAIRE ÉMERGER L’ISLAM DE BELGIQUE

Contribution lecteur  La Libre


Une opinion de Ismaël Saïdi (comédien, auteur de Djihad), Tewfiq Sahih(enseignant, fondateur du think tank « Pensée d’islam en Belgique »), Zehra Günaydin (doctoresse, membre du précédent EMB), Michael privot(islamologue et directeur de l'ENAR European Network Against Racismaisbl)

Récemment, le Vice-Président de la Fédération Wallonie-Bruxelles a mis sur pied une commission avec mandat de produire des recommandations sur la mise en place d’un curriculum universitaire visant à former des imâms, des aumôniers, des professeurs de religion islamique ou encore des cadres associatifs « du cru ». L’idée maîtresse : tarir l’importation de clercs musulmans en produisant localement des cadres parfaitement rompus aux arcanes de la neutralité belge, empreints de nos valeurs et de nos références, car « bien de chez nous ».

Il est trop tôt aujourd’hui pour savoir quels seront les résultats de ce projet ambitieux. Cependant, il nous paraît impératif de ne pas limiter à la formation de ces cadres, l’émergence d’un islam de Belgique, ou plus précisément européen, qui se voudrait inclusif, intégrateur, émancipateur et respectueux de son contexte. L’émergence de cet islam ne peut se limiter à des considérations philosophiques et théologiques, mais doit aussi s’enraciner dans des institutions communautaires efficaces et ambitieuses qui planteraient les germes d’une pensée positive de l’islam. En effet, il est impératif de fournir un environnement institutionnel au sein duquel ces cadres pourront déployer leurs connaissances et leurs savoir-faire au bénéfice des communautés musulmanes et de l’ensemble de notre communauté nationale.

Aujourd’hui, il faut faire le constat douloureux mais lucide que les structures communautaires musulmanes sont en ruines : l’Exécutif des Musulmans de Belgique (EMB) ne parvient pas à gagner en légitimité auprès des populations musulmanes et a été contraint de réduire sa base effective aux quelques dizaines de mosquées officiellement reconnues par l’Etat. De par la complaisance inacceptable de tous les gouvernements belges qui se sont succédés depuis 40 ans, la mise sous tutelle de l’EMB par certains pays d’origine en vue de contrôler leurs diasporas respectives, a achevé d’en faire un organe sans véritables moyens d’action et dont il conviendra de repenser en profondeur l’organisation et la fonction. Quant aux mosquées, élément crucial du maillage des communautés musulmanes, centres potentiels de diffusion de savoirs et de connaissances, elles n’ont jamais véritablement été l’objet des préoccupations politiques et communautaires en tant que telles.

Les fédérations de mosquées existantes, divisées par nationalités, idéologies ou approches théologiques, ont des forces et des intérêts divergents qui ne facilitent pas la coopération, que ce soit du niveau local au niveau national. Bref, rien n’existe qui favorise l’émergence d’un islam qui se déclinerait dans la grammaire culturelle, sociale, économique et politique de notre pays. L’islam se retrouve ainsi condamné à l’étrangeté, à l’absence d’enracinement voire à la déterritorialisation complète. Avec pour conséquence des discours « hors sol » et simplistes qui n’offrent aux musulman-e-s aucune possibilité d’approfondir et d’intérioriser la richesse spirituelle de leur foi.

Or, dans le contexte « post-Charlie », un certain nombre d’autorités nationales et européennes s’interrogent quant à la possibilité d’un cadrage renforcé de l’organisation du culte musulman. Nous en voulons pour preuve l’engouement suscité par la récente loi autrichienne à ce propos. La quête au nouveau paradigme bat son plein. Les musulmans, quant à eux, rentrent la tête entre les épaules, une fois de plus, résignés à attendre le coup de boutoir qui suivra un prochain attentat jihadiste, malheureusement inévitable.

En aucun cas ils ne se considèrent comme des forces de proposition qui pourraient susciter dès à présent un débat constructif, et certainement plus serein qu’il ne pourra jamais l’être après la prochaine catastrophe.

En tant que musulman-e-s actif/ve-s dans la société civile et concerné-e-s par la situation de nos communautés, nous lançons aujourd’hui des pistes de réflexion ambitieuses pour sortir du marasme ambiant, en essayant d’explorer ce que pourrait apporter un équilibre délicat entre une extension maximaliste de l’intervention d’un Etat neutre en matière d’organisation du culte et des standards exigeants que s’imposeraient les institutions communautaires musulmanes. Quitte à ce que cela serve d’exemple pour d’autres cultes dont l’institutionnalisation est également problématique. Nous partons du principe qu’il est préférable de s’infliger à soi-même un mal nécessaire plutôt d’attendre qu’il nous soit imposé par la force, inéluctablement, comme le fit Napoléon envers les Juifs de France en leur imposant sa réforme.

Dès lors, pour réussir le pari d’un islam de Belgique, il est impératif de mettre en œuvre les actions suivantes :

1. Arrêt de l’ouverture et de la construction de toute nouvelle mosquée préalablement à l’établissement d’un « plan urbanistique-mosquée » au sein de chaque commune avec une population musulmane suffisamment importante. Chaque commune devra cartographier les mosquées existantes, leur répartition géographique, leur fréquentation les vendredis, les quartiers à forte densité de population musulmane et explorer, en concertation avec les communautés musulmanes locales, les endroits où de nouvelles mosquées pourraient être installées, avec le soutien des autorités locales, en cas de saturation des mosquées existantes, en favorisant l’implantation de mosquées « de quartier » visant à éviter les déplacements urbains et interurbains inutiles.
2. Obligation imposée à toutes les mosquées d’être reconnues par l’Etat endéans les 5 prochaines années sur base d’un cahier des charges précis énumérant leurs droits et devoirs. Chaque mosquée devra procéder à l’établissement d’une « communauté islamique locale » (équivalent de la fabrique d’église) avec un statut juridique indépendant, et soumise, comme toute organisation, au dépôt des comptes et à leur audit indépendant. Elles veilleront à ce que leurs conseils d’administration soient paritaires entre hommes et femmes. Toute mosquée qui ne sera pas en règle sera fermée par les autorités. Toute mosquée qui n’aura pas commencé le processus de reconnaissance sera fermée par les autorités compétentes.
3. Sur base d’un plan d’investissement négocié, pour chaque mosquée, avec la Province en Wallonie et Flandre et la Région à Bruxelles, la collectivité contribuera au financement des travaux nécessaires à la mise aux normes des bâtiments en matière de sécurité incendie, d’hygiène, d’isolation, d’économie d’énergie et d’accessibilité pour les personnes moins valides. Les mosquées devront obligatoirement être ouvertes aux femmes, en leur offrant les mêmes conditions de confort matériel que pour les hommes. Devenues ainsi lieux publics, les mosquées devront être ouvertes à toute personne musulmane ou non qui souhaiterait assister à l’office ou visiter les lieux. Ce financement devra se faire ex-ante et permettre ainsi aux musulmans d’obtenir des lieux de culte agréables et dignes.
4. Obligation pour les imâms de délivrer les prêches du vendredi dans la langue de la région où ils se trouvent. Il est inacceptable qu’après plus de 50 ans d’une présence importante de musulmans en Belgique, les prêches ne puissent être communiqués dans nos langues nationales. Pour les imâms déjà reconnus, une période de transition sera instaurée au cours de laquelle ils auront pour obligation de compléter leurs connaissances avec examen de validation. Les prêches seront obligatoirement diffusés en live stream sur le site web des mosquées de telle sorte qu’ils soient accessibles aux personnes qui ne peuvent se rendre à la prière ainsi qu’à toute personne intéressée par le contenu des messages délivrés. De la sorte, les imâms seront obligés d’améliorer la qualité et le niveau de leurs prêches, tout en fournissant une offre de discours constructive.
5. Obligation pour les imâms d’être détenteurs d’un grade académique ou équivalent dans des domaines pertinents pour leur fonction. Pour les imâms déjà nommés qui ne pourraient démontrer un tel parcours, une période de transition sera instaurée pour permettre leur mise à niveau, en coordination avec l’EMB. En attendant la publication et la mise en œuvre des recommandations de la Commission Marcourt, un moratoire sera appliqué quant à la nomination de tout nouvel imâm, en particulier des imâms « importés », et ce tant qu’un tableau d’équivalence des diplômes, un système efficace de test linguistique et un module de formation aux réalités politico-sociales de la Belgique ne seront pas mis sur pied. Les nouveaux imâms seront désignés par l’EMB en fonction des spécificités de chaque communauté islamique locale.
6. Mise en place rapide d’un projet de « mosquée pilote » par région qui serviront de centre de diffusion du renouveau d’un islam pacifique, inclusif, égalitaire et œcuménique. Ces « mosquées pilotes » seront caractérisées par une présence paritaire des femmes dans l’auditoire ainsi qu’au Conseil d’administration. Elles seront des lieux de vie inclusifs de toute la diversité de l’islam. Les prêches diffuseront et contribueront à l’articulation concrète de cet islam européen conciliant vie spirituelle épanouie et inclusion au cœur de la Cité.
7. Adoption par l’EMB d’une charte interne quant au respect de toutes les tendances et options théologiques et juridiques, passées ou contemporaines, existant au sein des communautés, sans jugement de valeur, dans le cadre de la reconnaissance de mosquées, des imâms (hommes etfemmes), des aumôniers ainsi que du contenu des cours de religion islamique. L’EMB n’est pas l’Exécutif des sunnites malékites ou hanéfites de Belgique, mais des musulmans dans l’ensemble de leur diversité, qui doivent être également respectés dans le cadre de la gestion du temporel de leur culte.
8. Mise sur pied par le Ministère des Cultes d’un fonds dédié à la production de traductions et de vulgarisations de qualité de traités en sciences islamiques classiques et contemporaines pour renforcer l’offre disponible sur le marché belge, présentement extrêmement limitée et d’un niveau déplorable. Le fonds serait géré conjointement par l’EMB, le Ministère des Cultes et des universitaires spécialistes de l’islam en provenance des trois communautés linguistiques de notre pays.
9. Mise sur pied et financement de programmes d’échange internationaux entre mosquées et instituts universitaires islamiques promouvant activement le développement de pensées islamiques contemporaines, ancrées dans leurs contextes nationaux respectifs (par exemple : BayanClaremont de l’Université Claremont Lincoln et le Zaytuna College(USA), Université d’Etat Islamique Syarif Hidayatullah (Indonésie)).
10. Mise en place d'un volet général d’histoire des religions au sein du nouveau cours de citoyenneté proposé dans les écoles. Il montrera la contribution effective de toutes les grandes religions et philosophies à notre héritage désormais commun. Cela participera au renforcement d’un sentiment d'appartenance à une identité européenne commune à tous les jeunes élèves, comme fondation nécessaire au développement de politiques de « faire-ensemble » favorisant l’inclusion au lieu de l’exclusion.

 

Il ne pourra être fait l’économie d’une réflexion plus large sur le rapport de nos sociétés à la pratique religieuse dans le monde du travail par exemple. Bien que le code du travail soit très ouvert sur la question, la pratique concrète des employeurs et des syndicats est extrêmement frileuse en ce domaine. En complément aux réformes auxquelles nous appelons, il serait intéressant que le Législateur définisse, en concertation avec les partenaires sociaux et les représentants des différents cultes et de la laïcité organisée, un cadre de négociation réglementaire qui permette, sur demande des travailleurs, d’organiser des espaces communs de recueillement sur le lieu de travail. Cela s’inscrirait dans l’évolution structurelle, au niveau européen, du concept de « work-life balance », comprenant les demandes de temps dédiés, entre autres, à la méditation dont il est prouvé aujourd’hui qu’elle a un impact positif sur la productivité des travailleurs.

Nous anticipons que ces propositions ne manqueront pas de déranger bon nombre d’habitudes et d’approches traditionnelles en matière d’organisation du culte, tant en intra qu’en extracommunautaire. Les défis de l’époque nous contraignent cependant à l’excellence, à sortir des sentiers battus, à la prise de responsabilités et de décisions susceptibles de déranger certaines parties prenantes et des intérêts bien compris. De tous côtés.

Nous sommes convaincus que l’heure de l’indécision touche à sa fin et que l’avenir paisible et épanoui des communautés musulmanes d’Europe se joue pour le moment. La cohésion de notre communauté nationale est aujourd’hui en jeu. Il est impératif de saisir les opportunités que nous impose la crise profonde que nous traversons pour rebondir et fonder les bases de cet islam des lumières que tant d’entre nous appellent de leur vœux depuis trop longtemps. C’est sans aucun doute en Europe que nous puiserons les forces nécessaires pour reconstruire le rayonnement d’un apport civilisationnel de cette belle et grande religion qu’est l’islam.


 

RELIGION ET MORALE: DISPENSES NOMBREUSES EN VUE

BELGA La libre Belgique


La ministre de l'Education Joëlle Milquet a demandé aux parents de se prononcer d'ici le 18 mai pour savoir s'ils souhaitent maintenir leur(s) enfant(s) en morale ou religion ou s'ils demandent une dispense. En primaire, les demandes de dispense sont peu nombreuses alors que la courbe s'envole dans certaines classes de secondaire, lit-on lundi dans Le Soir. "En prenant de l'âge, l'élève prend de l'aplomb et peut forcer la main des parents. Et les ados auront sans doute été séduits par l'idée, qui vécut un temps, que la dispense leur offrirait 2x50 minutes de quiétude à l'étude", souligne Le Soir.

Dans certaines classes de morale de 2e et 3e degrés du secondaire, les demandes de dispense sont très importantes. Un préfet a notamment signalé que les demandes de dispense atteignaient 1/3 d'une classe.

 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

LES SIGNES D’UN REJET

C’est dire combien les élèves sont peu passionnés par ces cours. Reste à savoir si c’est la matière qui rebute ou la manière dont celle-ci est dispensée. Comme préfet, j’ai connu une époque où les élèves de plus de 18 ans choisissaient non pas le cours correspondant à leurs convictions mais le prof le plus intéressant selon la rumeur ambiante.

Ce n’était pas forcément le prof de morale…Je comprends donc que certains soient demandeurs de rien. La riposte de Milquet qui veut leur imposer de la « matière » est grotesque.

MG

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