mardi 30 juin 2015

Poussée radicale dans les mosquées françaises

Le Figaro

 


Les salafistes, adeptes d'un islam rigoriste, multiplient les offensives pour déstabiliser les salles de prière modérées en France. Selon un dernier bilan du ministère de l'Intérieur, 89 lieux de culte sont déjà sous influence et 41 font l'objet d’entrisme.

Le spectre d'une véritable contagion radicale plane sur les mosquées de France. Aiguillonnés par une profonde abhorration de l'islam institutionnel volontiers qualifié comme la «religion des judéo-croisés» et vomissant les imams des mosquées qu'ils désignent comme des traîtres et des «impies» dès lors qu'ils prônent une pratique modérée de l'islam, des groupes salafistes ont lancé une vaste offensive souterraine pour tenter d'étendre leur emprise sur les lieux de culte les plus fragiles. Selon un dernier état des lieux, le nombre des mosquées et salles de prière passés aux mains des fondamentalistes a plus que doublé en quatre ans, passant de 44 à 89 entre 2010 et l'année dernière. Si ce bilan semble s'être stabilisé, du moins en apparence et de manière provisoire, les analystes ne cachent guère leur inquiétude.

En effet, selon des données des services de renseignements portés à la connaissance du Figaro, pas moins de 41 autres lieux de culte sont aujourd'hui déstabilisés par ce que les experts appellent les «attaques salafistes». De plus en plus virulents dans leur prosélytisme, ces religieux d'inspiration quiétiste ont mis sur pied une stratégie assez redoutable, en tout point analogue à celle du «coucou». En général assez jeunes, bien structurés et parfois conseillés par des avocats, ils installent d'abord une petite salle de prière ou créent une école ultra-orthodoxe juste à côté du lieu de culte ciblé, en général de taille modeste sachant que 72 % des 2 502 mosquées et salles de prière musulmanes, gérées en associations de type 1901, accueillent moins de 150 fidèles en moyenne. «Ensuite, ils laissent infuser leurs thèses radicales qui plaisent aux jeunes et alimentent de rumeurs sur la prétendue mauvaise administration du lieu de culte en exigeant la convocation d'une assemblée générale, décrypte un expertLorsque les imams en place, souvent de vieux chibanis ayant une gestion à l'ancienne, se trouvent dépassés, les salafistes exigent la convocation d'une assemblée générale avant de prendre le contrôle du bureau qui gère l'association cultuelle…»

VIVIERS DE COMBATTANTS

Même si les salafistes se déclarent hostiles au djihad, les lieux de culte qu'ils noyautent représentent de véritables viviers, pour ne pas dire des «couveuses» pour les futurs combattants volontaires vers les zones de combat. «En effet, ils y prônent un retrait du monde et une rupture quasi totale avec les non-musulmans afin de se consacrer à la religion, rappelle un expert du bureau des cultes du ministère de l'Intérieur dans un compte rendu porté à la connaissance duFigaroCette vision exclusive considère toute soumission aux lois de la République, dans le cadre d'une convocation au commissariat ou au tribunal, comme illicite car revenant à cautionner un ordre impie.» Par ailleurs, son discours, qualifié de même source comme «victimaire et complotiste sur les événements touchant les musulmans en France et dans le monde», fait mouche auprès des esprits les plus faibles et des jeunes de banlieue en perte de repèresL'embrigadement de type sectaire est d'autant plus efficace qu'il cherche à codifier les comportements du quotidien pour trier ce qui est «licite», le «halal», de ce qui ne l'est pas, c'est-à-dire le «haram». «Les quiétistes offrent un cadre, des codes vestimentaires et alimentaires. Ils prônent un modèle de vie plus attrayant, confie un officier de renseignement. On y parle d'abord de lumière, de groupes d'amis pour ceux qui sont isolés, de maris et d'épouses pures pour celles et ceux désireux de fonder un foyer, puis arrivent les cours coraniques et la prise en main radicale.» Chantres du repli identitaire, les salafistes phagocytent les esprits au point d'inquiéter au sommet de l'État. Ainsi, Manuel Valls est monté le 9 février au créneau avec véhémence, appelant à «combattre le discours des Frères musulmans dans notre pays, combattre les groupes salafistes dans les quartiers». «Par la loi, par la police, par les services de renseignement, beaucoup de choses sont faites», a insisté le premier ministre, pour qui «une religion ne peut pas imposer son discours dans nos cités».

Affaibli par des querelles intestines et une présidence devenue à peine audible, le Conseil français du culte musulman ne semble plus en mesure de contrecarrer cette offensive des radicaux. Aussi, même si nombre d'imams des mosquées menacées sont encore rétifs à alerter les services spécialisés et à appeler l'État à la rescousse, certains responsables religieux plus avisés commencent à s'entourer de conseils extérieurs pour éloigner les velléités des «putschistes» fondamentalistes. Ils renforcent notamment leurs statuts associatifs en imposant des bulletins d'adhésion nominatifs et signés, des règles d'ancienneté pour devenir électeurs, des verrous pour les votes par procuration ou encore des clauses spécifiques en cas d'empêchement ou de décès d'un responsable. Ces garde-fous, bien que trop parcellaires encore, sont les seuls garants d'un islam modéré compatible avec les valeurs de la République.



COMMENTAIRE DE DIVERCITY

HALLUCINANT


C’est la jeunesse maghrébine paumée qu’ils entendent radicaliser pour la transformer en fer de lance islamiste contre le modèle de société cher au Européens. Il n’y a qu’un contre-feu : l’école. Mais elle est en pleine crise, en France, chez nous, partout. Souvenons-nous de la leçon de Soumission de Houellebecq : le parti musulman qui prend le pouvoir en 2030 n’exige aucun ministère, sauf celui de l’éducation.

C’est la faillite de l’enseignement de masse qui précipitera le déclin et la chute de l’Occident et singulièrement de l’Europe.

MG  

 

 

Les pages noires du christianisme

Le Vif Source : Le Vif/l'express

Deux mille ans d'histoire laissent des traces, certaines pour le moins contrastées. Aujourd'hui encore, l'image de marque du christianisme souffre de certains épisodes passés. Avec le recul du temps, dans un esprit de repentance, il est désormais possible de les évoquer avec lucidité.



Galilée © the art archive / SM/SSPL

Les croisades

En 1095, le pape Urbain II, qui souhaite tempérer l'ardeur guerrière des chevaliers et étendre son pouvoir spirituel, appelle tous les chrétiens à délivrer les lieux saints de Jérusalem, dont le tombeau du Christ, occupés par les musulmans depuis 638.

Il y eut, durant ces deux siècles, huit croisades, qui seront pour beaucoup de véritables itinéraires de pénitence. Ces expéditions seront très coûteuses en hommes. Jérusalem sera conquise dans un bain de sang en 1099, puis reprise par les Turcs.

La présence croisée en Terre sainte n'excéda pas trois générations, mais sa violence a laissé des traces profondes jusqu'à nos jours. Les relations entre chrétiens d'Orient et d'Occident, entre chrétiens et juifs, entre chrétiens et musulmans, furent envenimées pour des siècles. L'islam, notamment, vit encore intensément cette humiliation.

LA CROISADE DES ALBIGEOIS

Menée au xiiie siècle par les seigneurs du nord de la France contre les Albigeois (ou cathares) du Sud, cette guerre fut extrêmement sanglante. Pour les cathares, lointains adeptes du manichéisme, une doctrine religieuse prêchée en Perse au iiie siècle, l'homme n'est bon que dans ses aspects spirituels : sa part charnelle serait vouée au péché ; le mariage est ainsi condamné et la sexualité objet de méfiance. Cette opposition entre principes du bien et du mal apparut incompatible avec la foi chrétienne, en laquelle l'homme est sauvé corps et âme. Les derniers Albigeois furent impitoyablement pourchassés par l'Inquisition.

L'INQUISITION

Vers la fin du Moyen Âge, en 1229, le pape décide de créer un tribunal pour juger les chrétiens qui sont soupçonnés de déformer la foi. Les méthodes sont brutales. Ceux qui sont reconnus coupables d'être de mauvais chrétiens sont soit excommuniés (rejetés hors de l'Église, c'est-à-dire, à l'époque, hors de la société), soit condamnés à mort et brûlés. En Espagne, l'Inquisition est particulièrement féroce envers les juifs et les musulmans. Dès la reconquête de l'Espagne en 1492, les rois catholiques décrètent l'expulsion des juifs. Des mesures semblables seront prises au Portugal.

LES AFFAIRES COPERNIC ET GALILÉE

Le chanoine polonais Copernic affirme, en 1543, que la Terre n'est pas au centre du monde, mais tourne autour du Soleil. Catholiques et protestants s'inquiètent : Copernic contredit la Bible, selon laquelle "le soleil se lève et le soleil se couche". En 1600, le moine Giordano Bruno est brûlé à Rome comme hérétique pour avoir soutenu la théorie de Copernic. Seize ans plus tard, l'Inquisition romaine condamne ces théories, reprises par Galilée. En 1633, celui-ci sera contraint à affirmer la fixité de la Terre. "Et pourtant, elle tourne !", aurait-il déclaré, avant de mourir en résidence surveillée.

Il faudra attendre 1943 pour que l'encyclique Divino afflante spiritu de Pie XII admette la possibilité d'une critique scientifique des textes bibliques, et 1962 pour voir le concile Vatican II regretter les anciennes attitudes négatives de l'Église catholique à l'égard des sciences. En 1992, Jean-Paul II déclare : "Le douloureux malentendu entre la science et la foi appartient au passé."

LES GUERRES DE RELIGION

Au xvie siècle, pendant près de cent ans, les Européens vont se déchirer pour des raisons religieuses. Princes et rois prennent parti, qui pour les catholiques, qui pour les protestants, et entraînent leurs peuples dans ces choix. Les papes demandent de lutter par la force contre les protestants, qui se battent âprement pour obtenir la liberté de conscience et la liberté de culte. Le 24 août 1572, jour de la Saint-Barthélemy, les chefs catholiques réunis à Paris pour le mariage d'Henri de Navarre, chef de file des protestants, avec la soeur du roi Charles IX, décident de tuer tous les protestants. Jusqu'au 29 août, il y aura plusieurs milliers de morts.

En 1589, Henri de Navarre, devenu le roi Henri IV, se convertit au catholicisme et proclame l'Édit de Nantes, qui permet aux protestants de pratiquer leur religion. Moins d'un siècle plus tard, en 1685, Louis XIV révoquera cet édit et pourchassera de nouveau les protestants. En 1787, Louis XVI leur rendra leurs droits par l'Édit de Tolérance.

LE SYLLABUS

Depuis le siècle dit "des Lumières", qui a préparé la Révolution, la société européenne a pris de la distance par rapport aux institutions religieuses : il s'agit de s'émanciper de toute transcendance en faisant droit à l'autonomie de la raison et de l'individu. Or, l'Église catholique, attachée à une vision du monde hiérarchique et dominée par le commandement divin, a longtemps accusé les philosophies et l'autonomie de l'individu de mettre en cause l'ordre voulu par Dieu.

C'est ainsi qu'en 1864 le pape Pie IX dressa le Syllabus, une liste de quatre-vingts erreurs contemporaines à l'encontre de la doctrine catholique. Il y récuse notamment la liberté de la pensée et de la presse, le libéralisme, le progrès, l'abandon de l'État confessionnel, etc. Cette attitude marqua très fortement, à l'époque, une part importante des catholiques.


 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

TOUS COUPABLES ?


Et quid des pages noires de l’islam ?

Toujours on nous ressasse le miracle andalou où il faisait bon vivre à à Séville, à Grenade, à Cordoue entre une mosquée une synagogue ou une église en pleine activité. Selon les spécialistes, cette période bénie n’aurait pas duré plus de soixante ans au siècle de Maimonide et d’Averroès.  Mais elle eut le mérite d’exister et nous nous plaisons sur DiverCity à rêver éveillé de nouvelles Andalousies. Ce qui est sûr c’est qu’il devient de plus en plus  difficile d’y croire. Il est de bon ton , comme ici, de rappeler qu’en matière de cruauté et d’intolérance, le catholicisme n’a pas grand-chose à envier à l’islamisme conquérant et dominateur. Cela participe de l‘effacement de notre identité que nous dénonçons jour après jour et ne mène pas à grand-chose.

L’islamisme, comme le catholicisme inquisiteur des 16ème et 17ème est un totalitarisme qu’il faut combattre de toutes les manières avec conviction et fermeté et idéalement au nom de l’islam.

MG

Schaerbeek trinque aux échanges interconfessionnels

BOSCO D'OTREPPE 
La Libre


137 nationalités pour 125 000 habitants. Septante pour cent de la population âgée de moins de trente ans. On ne peut le dire autrement, Schaerbeek, si elle porte le sceau de la diversité bruxelloise, n’est pas une commune comme les autres. La carte qui la représente et qui trône au milieu d’une table de l’hôtel de ville, la confond d’ailleurs avec un vaste plateau qui requiert une vigilance de tous les instants pour être maintenu en équilibre.

Autour de cette table justement, Mireman Gjanaj, le président de l’association des mosquées de Schaerbeek (ADMS) se félicite avec des représentants de la commune du réel travail accompli depuis des années.

Trois jours plus tard, les conversations relèveront de la même tonalité.

Jeudi en effet, en bordure de la gare, dans la salle de fête "Mon Plaisir", les plats comme les invités attendent patiemment l’heure de la rupture du jeûne. Pour la première fois depuis son lancement en 2002, l’association des mosquées (qui en regroupera bientôt dix), organisait son premier iftar entouré de représentants communaux, d’acteurs de terrain, de citoyens, mais aussi et surtout de représentants des autres cultes et philosophies (catholiques, orthodoxes et laïques).

"C’EST VRAI, ON SE DÉBROUILLE BIEN"

La soirée était doublement exceptionnelle tant elle réunissait ceux qui "cohabitent sans toujours pouvoir se rencontrer", mais aussi en ce qu’elle célébrait le dialogue permanent au sein de la communauté musulmane par le biais de l’ADMS.

Il est vrai, expliquent des acteurs de terrain, qu’une commune comme Schaerbeek peut tanguer à tout instant. Et pourtant s’étonnent-ils, elle tient le coup à travers les bourrasques de l’actualité internationale qui pourraient trouver une certaine résonance auprès de la jeunesse.

"Il y a eu des départs", reconnaît l’équipe, "mais il n’existe pas dans la commune de lieux qui nous échapperaient totalement."

"Sans aucun doute la commune bénéficie-t-elle du climat de dialogue qui s’est renforcé depuis des années", poursuit l’échevin Michel De Herde, à l’unisson avec l’échevin des Cultes Etienne Noël.

"C’est vrai que nous nous débrouillons bien", confirme à son tour Ricardo Romero, coordinateur général des éducateurs de rue. "Mais les situations évoluent lentement, imperceptiblement parfois, et nous nous devons de rester vigilants pour pouvoir nous adapter sans cesse."

Dans son discours qui inaugure l’entame du repas, Mireman Gjanaj évoque la charte qui confirmera bientôt le travail entrepris en commun.

En attendant et sans occulter les défis permanents, l’assemblée porte à son tour le témoignage du dialogue permanent qu’essaye de cultiver la commune de Schaerbeek.

 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY

EN AVANT LENTE

Certes , l’interculturel progresse mais infiniment lentement et c’est dommage. Toute initiative de ce type est un pas dans la bonne direction. 



L'ESCP EUROPE JOUE SA CARTE INTERCULTURELLE

Natacha Lefauconnier 

letudiant.fr



ESCP Europe, campus de Paris // © ESCP Europe

Approfondir l’identité multiculturelle de l’ESCP Europe : tel est le projet porté par son directeur général, Frank Bournois, à l’horizon 2019. Parmi les chantiers lancés : systématisation des parcours multicampus, développement de la recherche en management interculturel ou trilinguisme des étudiants.

“Cultures for Business” ou “C4B” : tel est le nom donné à la stratégie de l’ESCP Europe pour les quatre années à venir et dévoilée par Frank Bournois le 25 juin 2015. Elle repose sur dix chantiers, qui visent essentiellement à renforcer l’aspect interculturel de la business school.

FRANCK BOURNOIS VA PRENDRE LES RÊNES DE L'ESCP EUROPE18.07.2014

D’ici à 2019, tous les diplômés auront été formés dans au moins deux des six campus de l’école : Berlin, Londres, Madrid, Paris et Turin, et, à partir de cet automne, Varsovie. Cela est déjà largement le cas, puisque les élèves des programmes généralistes Grande école passent au moins 50% de leur temps à l’étranger, mais le système sera étendu progressivement à tous les MSc, mastères spécialisés et Executive MBA.

Dans l’optique d’internationaliser le recrutement, un Bachelor ouvrira à Londres à la rentrée 2015 : la première promotion de 45 élèves testera ce cursus en “3 ans, 3 pays et 3 langues”, la deuxième année pouvant se réaliser à Madrid ou à Turin, et la dernière année à Berlin.

DES DIPLÔMÉS MAÎTRISANT 3 LANGUES

Qui dit interculturalité dit multilinguisme. En plus de leur langue maternelle et de l’anglais, les jeunes diplômés devront tous maîtriser une troisième langue, “un moyen pédagogique puissant pour aller explorer la complexité qui existe en matière de managament interculturel, explique Frank Bournois, qui leur permettra d’être plus performants dans le monde des affaires.” 

Créer une plateforme pédagogique pour l’apprentissage des langues, favoriser la pratique de tandems entre élèves de langues maternelles différentes, poursuivre les “Compagny Projects” (qui permettent d’aborder des situations concrètes de management) sont trois des voies qui devraient mener l’école à cet objectif. “Fini le ‘lu, écrit, parlé’ sur les CV !, s’exclame le directeur de la Business School. Un dispositif de scoring sera mis en place pour mesurer précisément la pratique professionnelle des trois langues de chaque étudiant, avec un certificat à la clé.”

Parallèlement, de nouveaux programmes de l’Executive Education permettront aux cadres dirigeants d’entreprise d’adapter leur business modèle en fonction des pays où ils souhaitent se développer.

LA RÉFÉRENCE EN MATIÈRE DE MANAGEMENT INTERCULTUREL

La Business School veut ainsi devenir la référence en matière de management interculturel, avec plus de 50% de sa recherche axée dans des domaines comme les sciences de gestion ou le management comparé.

Parallèlement, un think tank “Cross-Cultural Management for Business Performance” sera lancé prochainement à Berlin, avec pour ambition d’accumuler les résultats portant sur la création de valeur liée au management interculturel pour les entreprises. Une création de valeur que l’ESCP Europe espère au rendez-vous pour sa propre stratégie.


lundi 29 juin 2015

Au coeur du piétonnier à Bruxelles: «C’est génial!»

Bastien Doyen

Les boulevards du centre sont fermés à la circulation depuis ce lundi matin. Reportage.


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Ce lundi, les Bruxellois et les navetteurs ont découvert pour la première fois le boulevard Anspach et ses rues avoisinantes… sans voiture ! Le piétonnier est donc devenu réalité, causant quelques embarras de circulation et des mécontents. « C’est lamentable. Le projet a été fait à l’envers, il aurait d’abord fallu prévoir l’infrastructure avant de tout fermer », estime un voisin. Mais, pour Yvan Mayeur, les sourires des piétons depuis la fête inaugurale de dimanche valent toutes les critiques du monde.« C’était un vrai succès. Les animations étaient appropriées pour les familles, ce qui était agréable. Toute la journée, on a entendu ‘ Merci, continuez, tenez bon face aux critiques… ‘ ».

Pour le bourgmestre de la Ville de Bruxelles, les gens sont dans une situation où ils vont devoir apprécier eux-mêmes les choses. « Ils voient, ils observent, entendent les critiques, et puis ils viennent juger par eux-mêmes. Il faut s’en remettre au jugement personnel de chacun », estime-t-il. Arrivé vers 7h15 devant la Bourse, Yvan Mayeur ne pouvait que constater le calme olympien qui régnait dans le centre de la capitale.


INSALUBRITÉ DANS LES RUES

Mais l’apaisement du lieu était quelque peu perturbé par l’insalubrité des rues au réveil : les agents de Bruxelles-Propreté ne travaillent pas la nuit, offrant une image peu nette du nouveau piétonnier.

La Ville de Bruxelles n’est pas compétente en la matière, et renvoie la balle à la Région. Yvan Mayeur le souligne lui-même, le piétonnier va (doit ?) changer le rythme de travail des agents. « Ils devront nettoyer la ville plus vite  ».


LE PIÉTON N’EST PAS COMPLÈTEMENT ROI

Si vous pensiez ne pas croiser le moindre véhicule, détrompez-vous ! Sur la place De Brouckère, les voitures sont encore admises du côté du cinéma.

Et, pour parcourir l’ensemble de la zone piétonne, il vous faudra faire attention à deux carrefours où des automobilistes déboulent de rues perpendiculaires. Sans compter le va-et-vient (parfois incessant) des livreurs, jusqu’à 11 heures. Pour leur part, les taxis, qui ont provisoirement trouvé refuge en face de la Bourse, ont reçu un code pour pénétrer dans la zone piétonne en cas de course.

Pour les distraits n’étant pas munis du laissez-passer adéquat, la police était massivement présente pour les rappeler à l’ordre. « Certains n’ont pas encore compris, mais cela se met en place tout doucement  », lançait le bourgmestre.

Pendant ce temps, cyclistes et piétons s’appropriaient leur nouvel espace. Le tout, dans la bonne humeur. « C’est agréable. Rien que pour la qualité de vie au niveau du bruit et l’ambiance, c’est vraiment génial ! »assure une cycliste de longue date. Pas sûr que les milliers d’automobilistes bloqués lundi soient de cet avis...

 

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COMMENTAIRE DE DIVERCITY

LA MÉTHODE MAYEUR : J’AGIS, ENSUITE JE RÉFLÉCHIS.


Les anciens se souviendront de la devise d' Achille Van Acker dit Asil Sarbon : zazzi et puis ze reflesi. Mayeur l’a adoptée pour imposer le piétonnier et 100.000 Bruxellois lui ont emboité le pas avec enthousiasme à l’inauguration. Idée folle ou de génie ? L’avenir nous le dira. On ne peut pas dire que la méthode soit d’une grande souplesse ni le reflet d’un vrai élan démocratique. La fin justifie-t-elle les moyens ? L’exemple de Gand souvent cité ici montre que oui mais le Gantois est discipliné quand le Bruxellois l’est beaucoup moins.

L’idée de lancer le projet au cœur de l’été est excellente, elle permettra à des milliers de flâneurs de roder l’espace piétonnier et à de nombreux cyclistes de se risquer sur ce vaste parcours.

DiverCity souhaite bonne chance à cette expérience téméraire.

MGdit Asil Sarbon : zazzi et puis ze reflesi. Mayeur l’a adoptée pour imposer le piétonnier et 100.000 Bruxellois lui ont emboité le pas avec enthousiasme à l’inauguration. Idée folle ou de génie ? L’avenir nous le dira. On ne peut pas dire que la méthode soit d’une grande souplesse ni le reflet d’un vrai élan démocratique. La fin justifie-t-elle les moyens ? L’exemple de Gand souvent cité ici montre que oui mais le Gantois est discipliné quand le Bruxellois l’est beaucoup moins.

L’idée de lancer le projet au cœur de l’été est excellente, elle permettra à des milliers de flâneurs de roder l’espace piétonnier et à de nombreux cyclistes de se risquer sur ce vaste parcours.

DiverCity souhaite bonne chance à cette expérience téméraire.

MG

Sousse, le plus difficile: dépasser le dégoût et l’abattement

Baudouin Loos Le Soir

L’attentat de Sousse, en Tunisie, a fait 37 morts. Dans la rue, la colère gronde.



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Comment ne pas être envahi, submergé, par un puissant sentiment de dégoût mêlé d’abattement ? Ces tueries qui s’accumulent. Au nom, soi-disant, d’une religion, cet islam qui a bon dos…

Il n’y a plus de lieu sûr. Cela s’est passé hier à Sousse, à Koweït-City et près de Lyon, mais cela pourrait être demain – à nouveau – à Bruxelles, à Miami, à Bangkok ou ailleurs. A la veille des vacances pour la majorité des gens. Dégoût et abattement, oui.

Pour la Tunisie, c’est une catastrophe d’ampleur nationale. « Si tu ne viens plus, les terroristes ont gagné », nous disait au téléphone un ami qui habite Sousse où il est né. Il a raison. En même temps, ceux qui ont annulé, qui annulent et qui vont annuler leurs réservations ont de bonnes raisons aussi, hélas !

Les nombreux appels à la solidarité façon « Je vais en Tunisie » qui avaient fleuri sur les réseaux sociaux après l’attentat déjà sanglant du Musée du Bardo à Tunis le 18 mars dernier vont-ils résister à ce nouvel assaut fanatique ? On peut en douter.

Un tweet relevé par notre confrère français Pierre Haski, du site Rue89, en dit long.« Après 4 ans de sacrifices et d’énergie dépensée, le terrorisme va réussir à nous ramener au régime policier  », lâchait Farah Hached, présidente du Labo démocratique, une ONG tunisienne. Oui, car la Tunisie, quatre ans après sa révolution et toutes les autres de ce qu’on osa appeler « les printemps arabes », restait seule au firmament des réussites potentielles. Grâce à la vigueur d’une société civile tunisienne mature, décidée et combative.

Il n’existe pas de recette toute faite pour vaincre l’extrémisme religieux. Ni dans le monde musulman ni chez nous. Mais les autorités tunisiennes, par laxisme sinon parfois par complaisance, n’ont pas pris la mesure du danger après la révolution. Les signes n’ont cependant pas manqué. Attentats sanglants contre policiers et soldats perpétrés par des terroristes passés dans le maquis, nombre record de jeunes perdus dans les chimères djihadistes en Syrie : des marqueurs clairs qui auraient dû secouer les décideurs…

Les marges de manœuvre, certes, semblent étriquées. Transition démocratique et préservation des droits et libertés de chacun riment mal avec discriminations régionales et injustices sociales.

Plus globalement, convoquer l’amalgame et le manichéisme sont autant de postures funestes et erronées que les terroristes espèrent imposer par l’effroi. Toutes leurs cibles, à Tunis, Bruxelles et partout ailleurs, sont prévenues.

 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

IDEOLOGIES CONTAGIEUSES

Il y a des ’idéologies contagieuses, plus virulentes à certains moments qu’à d’autres. L’islamisme, ce totalitarisme qui ne dit pas son nom, est de celles-là. Il est vraiment difficile de nier le rapport que cette idéologie entretient avec l’islam, un islam identitaire, conquérant et dominateur. La vraie question, 20 ans après le décès du grand traducteur et admirateur du Coran que fut Jacques Berque, est de savoir de quel côté se situe la grande masse des musulmans : du côté de sa zone lumineuse et pacificatrice ou du côté de sa face ténébreuse et belliqueuse. Difficile d’avoir le moindre égard, le moindre respect pour une démarche religieuse essentiellement identitaire, fondamentaliste et fondamentalement hostile au modèle de société occidental. L’islamisme conquérant, maniant la terreur avec une cruauté étourdissante est une pollution de l’esprit à laquelle la jeunesse n’est pas indifférente que ce soit eu Maghreb, en Egypte, en Arabie ou sous nos latitudes.  Ni la Lybie, ni la Tunisie, ni l’Algérie n’en sont venues à bout. Seule l’Egypte y est parvenue par la force des baïonnettes.  Mais comme disait Talleyrand à Napoléon : « on peut tout faire avec des baïonnettes sauf s’asseoir dessus ». L’islamisme donne raison à Huntington, l’historien qui avait prédit un inévitable choc des civilisations. Il nous donne tort, nous qui plaidons pour le dialogue des cultures et des convictions. Il ne manie ni le verbe, ni les idées mais la kalachnikov, les ceintures d’explosif et le fil du couteau : le plus difficile en effetdépasser le dégoût et l’abattement.

Notre conviction c’est que la stratégie des islamistes consiste à nourrir le dégoût et l’abattement à leur endroit dans le sinistre dessein de provoquer et nourrir l’islamophobie et, par ricochet, radicaliser les masses musulmanes qui spontanément pratiquent la modération.

Le sursaut démographique post Charlie fut de très courte durée.

L’Occident est dans l’abattement permanent.

MG

 

 

 

 

 

 

"Le communautarisme n'a pas toujours été du même côté"

Marie-Cecile Royen

Source : Le Vif/l'express


Homme de l'ombre de la démocratie chrétienne, l'ancien député Denis Grimberghs, échevin des Finances à Schaerbeek, a été le mentor de Mahinur Özdemir. Il tire les leçons de l'éviction de la jeune Belgo-Turque.


Denis Grimberghs© Laurie DieffembacqBelgaimages pour Le Vif/L'Express

Le Vif/L'Express : Joëlle Milquet vous impute la responsabilité du recrutement de Mahinur Özdemir. Vrai ?

Denis Grimberghs : Mahinur s'est affiliée au CDH dans le cadre de la transformation du PSC en CDH, à une époque où de nombreux jeunes de moins de 30 ans, y compris belgo-belges, se sont intéressés à la chose publique et ont adhéré à notre parti. A Schaerbeek, Clotilde Nyssens et moi-même avons piloté ce renouvellement. Aux élections communales de 2006, bien que n'étant pas la mieux placée, Mahinur a créé la surprise en étant élue. La question de son couvre-chef ne s'est jamais posée car elle reflétait assez naturellement la diversité du public de Schaerbeek et elle avait fait ses études à l'ULB. Je n'ai pas perçu de rejet à son égard. Elle s'est intégrée comme n'importe quel "petit jeune" qui adhère à un parti, avec une certaine ambition. En 2009, elle a exprimé sa volonté de participer aux élections régionales. Pour ma part, alors que j'étais chef de groupe sortant au Parlement bruxellois, j'ai fait le choix de ne pas me présenter.

ETIEZ-VOUS CONSCIENT DES DIFFICULTÉS QU'ALLAIT POSER SON VOILE ?

En 2006, au moment de la campagne, j'ai indiqué qu'il me semblait impossible qu'une fonction exécutive soit confiée à un élu qui marquerait ses convictions religieuses par une tenue vestimentaire manifestement en lien avec ses convictions personnelles. Cela vaut pour tous les cultes, évidemment. Une seconde recommandation, également en 2006, s'adressait à tous les candidats de Schaerbeek : je leur demandais de ne pas se positionner sur des enjeux communautaires relevant de la politique internationale. Un candidat d'origine marocaine avait posé avec un drapeau palestinien, ce qui n'était pas très intelligent, et, pourtant, chacun sait la sympathie que j'ai pour cette cause.

LA DÉCISION DU COMITÉ DE DÉONTOLOGIE DU CDH DE LUI RETIRER LE LABEL DU PARTI VOUS A-T-ELLE SURPRIS ET VOUS SEMBLE-T-ELLE JUSTIFIÉE AU REGARD DES STATUTS ?

Je fais confiance aux instances nationales de mon parti et, manifestement, le cas de Mahinur dépassait le contexte d'un débat au sein de la section locale. L'engagement pris dans le cadre du nouveau code de déontologie de reconnaître tous les génocides reconnus internationalement était-il suffisamment clair ? Les conditions d'une exclusion étaient-elles remplies ? Je n'ai pas à me prononcer mais, localement, l'exclusion de Mahinur est perçue comme un véritable gâchis. L'amertume des militants est d'autant plus grande que nous sommes convaincus que le CDH doit poursuivre sa politique d'ouverture.

COMMENT VOYEZ-VOUS L'AVENIR DES CANDIDATS D'ORIGINE ÉTRANGÈRE EN POLITIQUE ?

L'idéal serait que chaque élu s'occupe de tout le monde, indépendamment de son origine. Longtemps, cela n'a pas été le cas. Lorsque Roger Nols dirigeait la commune de Schaerbeek, il ne s'occupait que des quartiers belgo-belges. Le communautarisme n'a pas toujours été du même côté.


 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

SALE TEMPS POUR LES CANDIDATS COMMUNAUTARISTES

Faut-il jeter la pierre à Grimberghs pour avoir recruté une candidate à double visage ? Ce serait de très mauvaise guerre. Les arguments qu’il avance sont de bonne foi. Ce sont les candidats issus des communautés qui se doivent de faire un effort de pédagogie pour se faire accepter également par les Belges qui ne soient pas seulement des citoyens issus de leur pays d’origine.

Le communautarisme est une voie sans issue : il exige purement et simplement l’effacement des valeurs du pays d’accueil au seul bénéfice des valeurs du pays d’origine. C’est la négation même du dialogue interculturel.

MG

 

Alexandra Laignel-Lavastine : «Face à l'islamisme, certains intellectuels «progressistes» sont dangereux»

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 Par Alexandre Devecchio


FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN : Dans son essai La pensée égarée, Alexandra Laignel-Lavastine explore plus d'une décennie de capitulation des « élites » face à la montée de l'islamisme radical. Après l'attentat de Saint-Quentin- Fallavier, elle a accordé un entretien fleuve à FigaroVox.



Alexandra Laignel-Lavastine est philosophe et historienne des idées. Elle a publié chez Grasset La pensée égarée , Islamisme, populisme, antisémitisme: essai sur les penchants suicidaires de l'Europe.

FIGAROVOX: DANS VOTRE DERNIER LIVRE, LA PENSÉE ÉGARÉE, RÉDIGÉ POUR L'ESSENTIEL AVANT LE TRAUMATISME DE CHARLIE, VOUS ESTIMEZ QUE NOUS N'AVONS PAS PRIS LA MESURE DES ATTENTATS DE JANVIER. LES ÉVÉNEMENTS VOUS DONNENT TRAGIQUEMENT RAISON. CES NOUVELLES ATTAQUES VOUS ONT- ELLES SURPRISES?

ALEXANDRA LAIGNEL-LAVASTINE : C'est plutôt l'étonnement général qui me surprend. Un intellectuel musulman laïc et démocrate me lançait il y a quelques jours: «Les intellectuels progressistes européens se comportent à l'égard des islamistes comme des collabos!». Sévère, mais juste. Jusqu'à présent, les tenants du politiquement correct ont de loin préféré avoir tort avec les islamo-fascistes qu'avoir raison avec les réalistes. Et ce, au nom d'un antifascisme hors de saison, ce qui constitue le comble du paradoxe! Après avoir trop longtemps baissé les bras face au communautarisme et à l'islamisme par crainte de se voir traité d'«islamophobes», il y aurait urgence à ce que nous redescendions de la planète mars pour faire place au réel. Et au courage.

Que nous apprend le monde réel? Qu'une guerre ouverte a été déclarée au monde occidental et à ses valeurs humanistes et universalistes les plus précieuses, donc les plus fragiles. Que cette peste verte est désormais planétaire et que nous n'en sommes probablement qu'au début. Que cette guerre est menée sur notre sol et que l'ennemi, aujourd'hui, est aussi bien intérieur qu'extérieur. On savait que la menace djihadiste était à son comble en France — ou plutôt, nous aurions dû le comprendre. Depuis janvier, plusieurs attentats ont été déjoués, les uns dans une phase préparatoire, les autres de justesse. De nombreuses cellules djihadistes dormantes ont été réactivées et nous sommes également au courant des crimes de masse quotidiennement perpétrés par les nouveaux barbares sur les vastes territoires qu'ils contrôlent. Que nous faut-il de plus? Pourquoi cette étrange stupéfaction, au-delà de l'horreur évidemment justifiée que suscitent ces nouveaux attentats, après ceux de Merah en 2012, de Nemmouche en 2014, après les pancartes «Mort aux Juifs!» de l'été, les décapitations en série de Daesh cet automne, suivies des atroces tueries du début de l'année?

OUI, MAIS JUSTEMENT, POURQUOI CETTE DIFFICULTÉ À PERCUTER LA MENACE? SOMMES-NOUS DÉSARMÉS INTELLECTUELLEMENT ET MORALEMENT?

Si nous prenons un peu de champ, je vois plusieurs raisons à cet invraisemblable aveuglement, à commencer par le fait que les esprits sont empoisonnés par plus d'une décennie de «trahison des clercs». Des élites passées maîtresses dans l'art positif et méthodique de se crever les yeux face à la montée du fondamentalisme musulman le plus agressif et le plus rétrograde, au motif que le Mal — la haine, la terreur, l'obscurantisme — ne saurait surgir de ce qu'elles croyaient être le camp du Bien, celui des anciens damnés de la terre.

Ce catéchisme binaire et rance, qui remonte au tiers-mondisme des années 60 et qui consiste à opposer avec paresse un monde européen forcément coupable à un monde musulman ontologiquement innocent, est tout à fait obsolète. 

L'ensemble des musulmans éclairés, dont nous relayons bien peu la parole alors qu'il s'agirait d'épouser leur combat comme hier celui des dissidents du bloc soviétique, nous le répètent pourtant à longueur de journée. Mais peu importe pour nos bien-pensants de service, très présents dans les médias, qui ont préféré s'en tenir à une curieuse pratique de la pensée magique en interdisant aux faits toute incursion malvenue dans l'univers de leur croyance idéologique. En cela, oui, ils ont œuvré à notre désarmement intellectuel et moral. Cette couardise, doublée de la perte horrifiante de la lucidité la plus élémentaire, me fait penser au mot de Yves Montand à propos de sa génération, fascinée par la stalinisme: «Nous étions dangereux et cons».

CE CATÉCHISME BINAIRE ET RANCE, QUI REMONTE AU TIERS-MONDISME DES ANNÉES 60 ET QUI CONSISTE À OPPOSER AVEC PARESSE UN MONDE EUROPÉEN FORCÉMENT COUPABLE À UN MONDE MUSULMAN ONTOLOGIQUEMENT INNOCENT, EST TOUT À FAIT OBSOLÈTE.

«DANGEREUX ET CONS»?

Avec un peu d'honnêteté, nombreux sont nos intellectuels qui, en France, seraient bien inspirés de s'approprier cette observation autocritique. J'ajouterais même un appendice: non contents d'être redevenus «dangereux et cons» depuis le 11-Septembre 2001, nos «beaux esprits» somnambules, particulièrement nombreux à gauche, se sont aussi distingués par leur insondable lâcheté. En effet, quelle est cette irresponsabilité qui, depuis des années, a poussé tant de faiseurs d'opinion — journalistes, politiques, sociologues vertueux — à s'enferrer à ce point dans le déni, à être incapables de mettre leur montre à l'heure, d'appeler un chat un chat et d'admettre que c'est l'islam radical qui, ces derniers temps, a un peu tendance à armer le bras des assassins et non des hordes de bouddhistes déchainés?

N'oublions pas qu'entre le 6 et le 10, nous sommes subitement passés de la thèse, confortable mais fausse, des «loups solitaires» — et autres «enfants perdus du djihad», des formules partout reprises en cœur —, à la reconnaissance officielle d'un fléau planétaire. N'oublions pas qu'Edwy Plenel parlait encore du terrorisme «dit islamiste» dans son livre récent, intitulé Pour les musulmans. Ou comment mélanger au passage, dans une même condescendance postcoloniale, les terroristes et leurs suppliciés. Et on pourrait multiplier les exemples à l'infini. D'ailleurs, le vendredi 26 juin au soir, les bandeaux «Encore un loup solitaire?» s'inscrivaient derechef sur nos écrans de télévision. Vertigineuse régression.

Le dispositif global d'intimidation par l'«islamophobie» — l'intimidation étant caractéristique de la mentalité fasciste — a fait le reste: quiconque ne partageait pas cette vision irénique se voyait traité de raciste ou, plus à la mode, de «néo-réactionnaire». Brisons les avertisseurs d'incendie et le feu s'éteindra de lui-même. Tel est à peu près l'état d'esprit toxique qui domine depuis des années en France et nous empêche, aujourd'hui encore, de percuter l'ampleur du danger. On ne réadapte pas ses catégories mentales du jour au lendemain. Plus largement, il me semble que les Européens de bonne foi ont exorcisé depuis si longtemps le cauchemar des guerres de religion qu'ils ont du mal à en imaginer le retour. Or, on peine toujours à voir ce que l'on peine à concevoir.

SOMMES-NOUS RETOMBÉS DANS L'AVANT-CHARLIE AUSSITÔT APRÈS?

Force est de constater que le sursaut aura été de très courte durée. «Esprit du 11-Janvier, es-tu là?», en était-on à se demander un mois après les tueries. Tous les alibis étaient déjà bons pour penser à autre chose. Comment un événement aussi grave, porté par le contexte international radicalement nouveau et explosif que l'on sait, a-t-il pu déboucher sur des résultats aussi misérables? À ce degré d'absence de soi, on hésitait entre faire tourner la table ou la renverser. Car voilà qu'il nous a très vite fallu compter avec les revenants. On les avait d'abord cru tapis dans le remord et la honte, ceux qui n'avaient pas trouvé de termes assez durs pour condamner, entre autres prouesses, le Manifeste des Douze publié par Charlie Hebdo en mars 2006. Un texte salutaire qui énonçait sans détours ce qui crevait déjà les yeux, à savoir qu'après le fascisme, le nazisme et le stalinisme, l'islamisme est un totalitarisme religieux qui met la démocratie en danger.

Mais non. Il faudra à peine un jour ou deux aux esprits frappeurs pour resurgir de l'au-delà. Et pour nous expliquer quoi dans leur rhétorique tordue? Que l'islamisme n'est pas un cancer qui prolifère sur les maux qui ravagent le monde musulman, sur son arriération dramatique et sur ses propres échecs, mais qu'il procède d'un Occident très méchant qui n'aime pas les musulmans. Que les vrais auteurs des crimes de janvier ne seraient pas de sombres tueurs apocalyptiques, mais tous les «islamophobes» de France et de Navarre… Au moins, n'allaient-ils pas oser hurler, comme au lendemain des crimes de Merah, au «renforcement de l'arsenal sécuritaire»? Décence minimale oblige. Et bien si. Une semaine après la sidération et l'horreur, ces esprits faux devenus littéralement fous mettaient déjà en garde, non pas bien sûr contre la barbarie djihadiste, mais contre… «letriomphe du Parti de l'ordre». On apprendra dans la foulée que c'est le Front national qui, à force de «jouer sur les haines», serait indirectement responsable du carnage. Le président François Hollande en a même remis une couche dans son discours du Panthéon en évoquant, dans un pluriel hautement confusionniste, «le devoir de vigilance face aux haines de la démocratie» — soit trois poncifs en une proposition. Une prouesse. Ou comment annuler le courageux discours de Manuel Valls du 13 janvier. On se frotte les yeux.

LE LIVRE D'EMMANUEL TODD, QUI EST CHARLIE?, VOUS PARAÎT-IL REPRÉSENTATIF DE CETTE DÉRIVE?

Oui, emblématique même. Nous sommes passés de l'hibernation à la perversion, et de la perversion à l'inversion. Surtout, aucun esprit sain n'aurait pu prévoir, dans ses plus pessimistes prophéties, le succès d'une thèse transformant, par un sinistre tour de magie, les meurtriers en «victimes» du racisme. Ni imaginer que tant de micros allaient lui être si avidement tendus. Voilà donc qu'avec ce best-seller au mois de mai, il ne s'agissait déjà plus de combattre l'islamisme radical, mais «le laïcisme radical» ; et voilà que le pire, à suivre Todd, aurait moins consisté dans les massacres sanglants que dans l'odieuse manifestation «totalitaire» (je vous laisse apprécier l'oxymore) et naturellement «islamophobe» du 11-Janvier… En vérité, un simple «non» opposé de façon massive, spontanée et responsable à des barbares qui venaient de s'en prendre à un minimum civilisationnel commun absolu.

En clair, la folle spirale du déni ne s'est pas atténuée, comme on aurait pu s'y attendre: elle s'est étrangement aggravée. On pense à la réplique d'un personnage de Skakespeare: «Je me suis si longtemps vautré dans l'erreur qu'il m'est plus facile de poursuivre dans cette voie que de m'arrêter en chemin». À ce niveau de déraison, on se demande à quel discours nous auront droit d'ici quelques jours… Attendons-nous à ce que la loi sur le Renseignement, adoptée en mai et qu'il était de bon ton de juger «liberticide» dans les salons parisiens, soit tenue pour la grande coupable des derniers attentats et qu'il aurait mieux valu ne pas la voter pour ne pas offusquer «les musulmans». Je relève à cet égard que pour d'incompréhensibles raisons, les «faucons» républicains ont voté contre avec l'extrême gauche. La lâcheté, de nos jours, traverse l'ensemble de l'échiquier politique.

VOUS PRÉCISEZ DANS VOTRE LIVRE QUE VOUS VIVEZ DANS LE 93 DEPUIS TRENTE ANS. QU'EN DISENT LES MUSULMANS EUX-MÊMES QUE VOUS CÔTOYER TOUS LES JOURS?

Vous n'imaginez pas à quel point les musulmans «normaux» n'en peuvent plus de ce «Padamalgame» absurde — et désormais criminogène — qui tient lieu de prêt-à-penser à une partie de nos élites. Beaucoup d'entre eux ne le comprennent même pas: «La vérité n'a jamais stigmatisé personne», me faisait ainsi remarquer mon voisin tunisien en janvier. Il ajoutait: «Il fallait au contraire qu'elle soit dite et que l'ennemi soit enfin désigné pour que nous ne nous sentions plus obligés de raser les murs de honte». Bref, un soulagement pour la majorité d'entre eux, armés d'un bon sens qu'on aimerait trouver chez nos énarques. Quant aux jeunes du coin, shootés aux sites internet de Dieudonné ou Soral, nous avions bien entendu affaire à un «complot sioniste» dès le lendemain matin…

LES POLITIQUES PUBLIQUES CONDUITES DEPUIS JANVIER VOUS SEMBLENT-ELLES À LA HAUTEUR?

Le problème vient de ce que nous avons quinze ans de retard à l'allumage. Le plan Vigipirate est essentiel, mais sait-on que nos courageux soldats, dépourvus d'armes de poing, patrouillent avec des fusils de guerre inutilisables en milieu urbain au risque de provoquer un carnage? Sait-on que dans le 93, certaines mairies ont donné il y a quelques jours pour consigne à leur police municipale de ne plus verbaliser les femmes portant un voile intégral dissimulant leur visage, alors même qu'une loi a été votée et que la police est en principe chargée de la faire respecter? Ramadan oblige, sans doute... Que les mêmes élus locaux ne cessent de rhabiller des salafistes en militants associatifs par peur de perdre les prochaines élections? C'est dire si notre capitulation en rase campagne a persisté bien au-delà du 11-Janvier. Et nous revoilà à feindre de se demander sur tous les plateaux comment nous en sommes arrivés là!

VOUS RENVOYEZ DOS À DOS LA MONTÉE DE L'ISLAMISME ET CELLE DU POPULISME. MAIS LES POPULISMES RESPECTENT LA RÈGLE DU JEU DÉMOCRATIQUE TANDIS QUE LES INTÉGRISTES MUSULMANS SÈME LA TERREUR ET LA MORT. NE TOMBEZ-VOUS PAS, À VÔTRE TOUR, DANS LE POLITIQUEMENT CORRECT QUE VOUS DÉNONCEZ?

Non. Quand je dis que nous avons du souci à nous faire pour l'avenir de l'Europe — pris entre ceux qui ne pensent plus à force de bien-penser et ceux qui ne voient plus les limites du mal-penser sans penser à mal —, la logique qui gouverne mon raisonnement est celle de l'engendrement, pas du renvoi dos-à-dos. Je veux dire qu'à force de s'obstiner dans un «padamalgame» obtus, à force d'accorder à l'islamisme la clause de l'idéologie totalitaire et massacreuse la plus excusée, on fait chaque jour la campagne de Marine Le Pen, laquelle pourrait, à ce rythme, partir à la plage jusqu'aux prochaines présidentielles. En refusant de prendre en charge les angoisses identitaires, l'insécurité culturelle et le sentiment d'abandon exprimés par plus de la majorité des Européens, gauche et droite républicaines abandonnent le monde aux populistes. Pour leur plus grand bonheur et pour notre plus grand malheur à tous. Cette attitude est suicidaire et l'issue sera catastrophique car ce sont ces nouvelles formations qui, à coup sûr, emporteront la mise de toutes nos lâchetés.

En effet, ce n'est pas l'instauration de la charia qui menace en Europe à brève ou moyenne échéance, mais un «populisme patrimonial» d'autant plus présentable qu'il s'est habilement relooké. Il serait souhaitable, là aussi, d'entrouvrir un œil car ces partis mutants se sont mis à prospérer sur l'ensemble du Vieux Continent, comme on vient encore de s'en apercevoir au Danemark — mais s'en aperçoit-on vraiment? En cela, le politiquement correct n'a cessé, ces derniers temps, de nourrir le politiquement abject — en grande partie par réaction et par exaspération. C'est en ce sens qu'à mes yeux, ils font désormais cause commune. Il me semble qu'il existe pourtant un boulevard entre la xénophilie angélisante et la xénophobie diabolisante, entre la stratégie de l'enfouissement et l'apocalypse du «grand remplacement». Il serait grand temps de l'emprunter. À moins qu'on ne préfère secrètement le retour d'une bonne vieille «bête immonde» à l'ancienne, laquelle épargnerait à nos bonnes consciences d'épuisantes contorsions mentales face à cet islamo-fascisme qui ne cadre pas. Tel serait en tout cas l'objectif qu'on ne saurait mieux s'y prendre.

 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY 

« ON NE RÉADAPTE PAS SES CATÉGORIES MENTALES DU JOUR AU LENDEMAIN » ».

«LES INTELLECTUELS PROGRESSISTES EUROPÉENS SE COMPORTENT À L'ÉGARD DES ISLAMISTES COMME DES COLLABOS!». 


Nous n’avons pas cessé depuis la création de ce blog de faire un distinguo clair et radical entre un islam positif, islam des lumières, islam européen, islam modéré et pacificateur d’une part et d’autre part la dérive délétère de type islamiste, fondamentaliste, intégristesallafiste, bref djihadiste comme on l’appelle désormais. C’était bien avant la création de l’Etat islamiste et de son califat. Nous n’avons eu de cesse de relancer la question fondamentale, celle que posait inlassablement feu Mohamed Arkoun : allons-nous assister à la modernisation de l’islam ou à l’islamisation de la modernité ?

Nous devons à la vérité de dire que l’islamisation de la modernité prend largement le pas sur une modernisation espérée de l’islam. Cette dernière, trop discrète, trop effacée se révèle peu mobilisatrice auprès des jeunes beurs frustrés en déshérence. Pascal Bruckner ne se trompe pas quand il affirme que  «l'islam radical a déclaré la guerre à l'Europe» Et d’ajouter : le mot d'ordre de l'État islamique diffusé il y a un an quand notre armée s'est engagée dans la coalition: tuer les Français par n'importe quel moyen: couteau, pierre, fusil, automobile…

Et enfin de conclure : 

(…) Chaque victoire de l'État islamique, en Irak ou en Syrie, est pour eux la preuve que Dieu est de leur côté. D'où la multiplication des fous furieux, au sens propre du terme, qui partent là-bas. Pour eux, la religiosité réside dans le nombre d'ennemis qu'ils peuvent tuer.


Qu’on le veuille ou non nous sommes entrés dans une logique et surtout dans une dynamique de guerre de tous  (les djihadistes islamistes) contre tous  (les mécréants d’Europe et d’occident).

Ce n'est pas l'instauration de la charia qui menace en Europe à brève ou moyenne échéance, mais un «populisme patrimonial» d'autant plus présentable qu'il s'est habilement relooké. Il serait souhaitable, là aussi, d'entrouvrir un œil car ces partis mutants se sont mis à prospérer sur l'ensemble du Vieux Continent, comme on vient encore de s'en apercevoir au Danemark — mais s'en aperçoit-on vraiment? En cela, le politiquement correct n'a cessé, ces derniers temps, de nourrir le politiquement abject — en grande partie par réaction et par exaspération. C'est en ce sens qu'à mes yeux, ils font désormais cause commune. Il me semble qu'il existe pourtant un boulevard entre la xénophilie angélisante et la xénophobie diabolisante, entre la stratégie de l'enfouissement et l'apocalypse du «grand remplacement». Il serait grand temps de l'emprunter. À moins qu'on ne préfère secrètement le retour d'une bonne vieille «bête immonde» à l'ancienne, laquelle épargnerait à nos bonnes consciences d'épuisantes contorsions mentales face à cet islamo-fascisme qui ne cadre pas. Tel serait en tout cas l'objectif qu'on ne saurait mieux s'y prendre.

 

On ne saurait mieux résumer l’imbroglio dans lequel, imperceptiblement, nous avons glissé depuis le fameux attentat du 11 septembre 2001, il y a quatorze ans déjà. Nous étions quelques-uns à dire, ce jour-là que plus rien ne serait plus comme avant.

Mais nous n’avions pas prévu qu’il s’en suivrait un début d’ effacement : effacement de nos valeurs phares et de nos idéaux fondamentaux (séparation du culte et du politique, pluralisme, démocratie, droits de l’homme, égalité des sexes etc.) effacement de nos identités culturelles, effacement de nos  cultures et surtout de nos convictions. Il serait temps qu’on se décide à emprunter le   grand boulevard entre la xénophilie angélisante et la xénophobie diabolisante, entre la stratégie de l'enfouissement et l'apocalypse du «grand remplacement».

C’est à cela que s’emploie ce blog depuis sa création, avec d’assez maigres résultats - il faut bien l’avouer.

MG

 

PASCAL BRUCKNER : «L'ISLAM RADICAL A DÉCLARÉ LA GUERRE À L'EUROPE»


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 Par Vincent Tremolet de Villers

 



FIGAROVOX/EXTRAITS - L'essayiste Pascal Bruckner revient sur l'attentat de Saint-Quentin-Fallavier. Il plaide pour une évaluation lucide de la menace terroriste et appelle de ses vœux une action d'envergure de l'État.

Pascal Bruckner est romancier et essayiste.
LE FIGARO.- LA DÉCAPITATION D'HERVÉ GOURDEL, SELON VOUS, ANNONÇAIT LE MÊME TYPE DE CRIMES SUR NOTRE TERRITOIRE…

PASCAL BRUCKNER. - On a toujours raison d'être pessimiste dans ce genre de phénomènes puisqu'ils sont cumulatifs, s'inscrivent dans une logique de la surenchère. Les décapitations en Irak et en Syrie deviennent, c'est horrible à dire, un produit d'appel. Chacun veut faire «mieux» que son voisin. C'est le désir mimétique de l'horreur qui galvanise un certain nombre de candidats. Loin d'être révulsés par les atrocités, ils en éprouvent une véritable excitation.

Reste que cette décapitation est une «première» en France. Un cran supplémentaire dans la barbarie. Il n'y a pas de retour en arrière, une fois cette étape franchie. Chaque djihadiste en herbe, derrière son ordinateur ou dans son studio, se dit qu'il doit se mettre au même niveau. Un meurtre au couteau lui apparait comme dérisoire. Enfin, il ne faut pas oublier que ce mode d'exécution est celui que l'on emploie, en public, en Arabie saoudite. Pays qui est le berceau même de l'islam, pays où se trouve La Mecque et qui est le fer de lance du wahhabisme dont se réclament en France de nombreux imams. Pays enfin qui a financé, aux côtés du Qatar, l'État islamique même si la créature qu'ils ont enfantée se retourne contre eux. Les criminels s'y réfèrent sans complexe et habillent, pour les esprits faibles, de légitimité religieuse leur crime abominable.

QUE VOUS INSPIRE LE PROFIL DU SUSPECT?

Thibault de Montbrial et d'autres experts nous avaient prévenus. Les services secrets redoutent les camions bourrés d'explosifs qu'on lance sur un bâtiment mais tout autant les attentats low-costs bricolés avec les moyens du bord. Il faut toujours avoir en tête le mot d'ordre de l'État islamique diffusé il y a un an quand notre armée s'est engagée dans la coalition: tuer les Français par n'importe quel moyen: couteau, pierre, fusil, automobile…

LE CALIFAT EST NÉ IL Y A UN AN…

L'État islamique a fait naître une génération de ce que les États-Unis appellent les copycat killers, ces disciples de tueurs en série qui prolifèrent après chaque grand assassinat. Chaque victoire de l'État islamique, en Irak ou en Syrie, est pour eux la preuve que Dieu est de leur côté. D'où la multiplication des fous furieux, au sens propre du terme, qui partent là-bas. Pour eux, la religiosité réside dans le nombre d'ennemis qu'ils peuvent tuer. À l'heure où nous parlons, des jeunes gens de toutes origines, de tous milieux se disent, sans doute: ce qui s'est passé dans l'Isère, c'est merveilleux. C'est mon tour. Dieu me convoque.