lundi 1 juin 2015

Ce gouvernement n'est qu'un gouvernement comme un autre, malgré toutes les promesses musclées et toutes les peurs qu'il a suscitées. Ce n'est pas un gouvernement qui force notre admiration

Le Vif

Carl Devos

Politologue à l'Université de Gand

 

Le premier anniversaire des élections du 25 mai était l'occasion toute trouvée de faire un bilan intermédiaire du gouvernement fédéral. Même si l'équipe Michel n'est au travail que depuis huit mois, elle devrait déjà avoir montré l'un ou l'autre résultat. Car de nombreuses promesses avaient été faites, surtout en Flandre.


Le gouvernement Michel I. © Belga

Après une formation gouvernementale inédite, une "coalition logique" est arrivée au pouvoir, une équipe disposant de cinq ans pour gouverner, sans élections régionales "intermédiaires", avec des partis relativement proches sur l'échiquier politique. Sans pression communautaire aussi, et avec la grande promesse de s'attaquer à la réforme structurelle des matières importantes, puisque, pour une fois, les socialistes ne sont pas au pouvoir. Cette perspective a débouché sur un accord gouvernemental ambitieux. L'intention y était, mais la mise en oeuvre n'a pas suivi.

Cette équipe cherche toujours ses marques. Non pas qu'elle soit gênée par une opposition féroce, puisque les socialistes se trouvent même sur la défensive. Ce n'est pas non plus la faute au MR qui, contre toute attente, ne joue pas au kamikaze et se révèle même un facteur relativement stable en proposant des compromis qui, souvent, aboutissent spontanément à proximité de son programme. Même si la qualité de l'équipe MR est assez ténue : Charles Michel avait trop de mandats à distribuer et tout le monde n'a pas sa place dans l'équipe première. En outre, il n'était pas prévu qu'après la formation du gouvernement, la majorité flamande poursuive sa lutte pour la conquête du centre. Ces partis pêchent dans les mêmes eaux et avec une telle assiduité qu'ils veulent se balancer l'un l'autre par-dessus bord. Ces manoeuvres brouillent le travail du gouvernement. De plus, elles font en sorte que la communication reste faible, empêchant le gouvernement de présenter un projet mobilisateur.

Le gouvernement est incontestablement de centre-droit et ça, c'est un changement de cap notoire, sans pour autant passer par une politique d'assainissement sévère comme aux Pays-Bas ou en Grande-Bretagne. Des mesures douloureuses ont pourtant été prises. Peu d'augmentations d'impôts, mais une baisse du service et une hausse de son prix. Des mesures qui pèsent surtout sur les classes moyenne et inférieure.

MAIS CE GOUVERNEMENT N'EST QU'UN GOUVERNEMENT COMME UN AUTRE, MALGRÉ TOUTES LES PROMESSES MUSCLÉES ET TOUTES LES PEURS QU'IL A SUSCITÉES. CE N'EST PAS UN GOUVERNEMENT QUI FORCE NOTRE ADMIRATION

Ces mesures ont donné lieu à une levée de boucliers. L'équipe Michel n'a pas réussi à corriger fondamentalement l'idée d'une répartition déséquilibrée des efforts. La frustration reste vive. Elle s'est même invitée au sein de la coalition. Ainsi, d'une évocation quasi laconique dans l'accord gouvernemental, le tax-shift est devenu le projet phare de l'exécutif Michel. Il a évolué d'une opération destinée à renforcer la compétitivité à un projet d'équité. Il est devenu le dossier symbolique par excellence, surtout en Flandre. La probabilité que cette opération réussisse dans toute son ampleur est quasi inexistante. Cette coalition manque trop de cohésion et de courage pour la mener à bien. Les politiques au pouvoir se préparent d'ores et déjà aux prochaines élections. Et ils craignent les électeurs du centre.

Certes, Michel et ses alliés ont pris des décisions importantes, mais ils auraient dû en faire plus. Pourtant, les circonstances, les défis et les ambitions ne manquent pas. Mais ce gouvernement n'est qu'un gouvernement comme un autre, malgré toutes les promesses musclées et toutes les peurs qu'il a suscitées. Ce n'est pas un gouvernement qui force notre admiration. Il y a certes de nombreux chantiers dans l'air mais la piste d'atterrissage est plongée dans l'obscurité. La faute en incombe surtout à la majorité flamande.

Cette équipe ne gouverne pas clairement bien ou mal, mais l'illusion que cet exécutif serait à l'origine du grand chambardement a déjà disparu. La "force du changement" est domptée. Compte tenu du contexte unique, on en attendait davantage. La mise en route des réformes structurelles a de quoi décevoir. N'était-il pas urgent de s'y attaquer pour sauver notre modèle ? Non seulement l'exécutif Michel prend son temps, mais tout indique qu'il n'a pas la moindre intention de se presser.

Peut-être que cinq ans sans élections, c'est trop long après tout...


 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

PARTICRATIE 2


Devos l’a pourtant souligné plus d’une fois: la Belgique est une particratie avant d’être une démocratie. En conséquence, mettre le PS hors-jeu au fédéral est un exploit politique dont se targue la suédoise et que la N-VA voudrait péréniser.  Didier Reynders a même osé affirmer que cela valait une réforme de l’Etat.

En particratie, le citoyen électeur n’a de pouvoir qu’au moment où il dépose son vote dans l’urne. Aprèstout le pouvoir est aux mains des partis. Le PS l’a perdu au fédéral ; il s’en mord les doigts. Il fera tout pour le reconquérir. Le MR est peinard, son programme électoral est devenu la feuille de route du gouvernement fédéral. Bingo. «l'illusion que cet exécutif serait à l'origine du grand chambardement a déjà disparu. La "force du changement" est domptée. Un gros bémol cependant et non des moindres : La mise en route des réformes structurelles a de quoi décevoir.

Il est urgent d’ouvrir ce chantier qui se promet impopulaire. Il reste quatre ans pour réformer le système avant que le communautaire ne fasse exploser la porte du frigo où il est enfermé.

MG

 

 

 

 

 

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