jeudi 11 juin 2015

Ces jeunes de 17 ans sont l’avenir

La Libre Belgique


 

Une chronique de Myriam Tonus.

 

Qu’ont en commun Nico, Coline, Sara, Mourad, Lily et Aïcha ? Ils ont tous 17 ans, nés en Belgique, et vivent dans la même ville wallonne. Tous sont différents, ont peur de l’avenir et font l’objet de méfiance. Mais qu’est-ce qui les rassemble ?

Question : qu’ont en commun Nico, Fatiha, Coline, Sara, Mourad, Lily, Jimmy et Aïcha ? Réponse : ils ont tous 17 ans, tous sont nés en Belgique et vivent dans la même ville wallonne. Mais encore ? Eh bien, c’est à peu près tout. Ils n’habitent pas dans le même quartier, ne fréquentent pas la même école, n’ont pas les mêmes loisirs ni les mêmes goûts. Certains ont des parents divorcés, d’autres non; Aïcha et Fatiha sont musulmanes, la première porte le hijab, pas la seconde; Coline se dit athée et Sara fête chaque semaine le shabbat en famille; Nico fréquente un mouvement de jeunesse, Mourad fait du sport et Jimmy traîne dans la rue avec ses potes. Ils et elles habitent dans la banlieue verte, les cités sociales, les appartements urbains. N’ont-ils donc vraiment rien à partager, sinon le port du jean, qui a fini par remplacer le bon vieil uniforme scolaire ? N’ont-ils vraiment aucune ressemblance, sinon cette allure parfois incertaine, cette espèce de fragilité adolescente qui se protège d’une carapace d’autant plus rude ?

Si, ils ont en commun cette chose incontestable : toutes et tous, et leurs semblables, font partie de cette catégorie sociale qu’on désigne comme : les jeunes. C’est-à-dire que c’est parmi elles et eux que se trouve peut-être le (la) futur(e) premier(e) ministre, celui ou celle qui mettra au point le vaccin contre la maladie d’Alzheimer ou qui sera prix Nobel de la paix. Parce que l’avenir, c’est eux qui l’habiteront - et souvent (ça aussi, ils l’ont en commun !), ça leur fait peur. Car ce sont elles et eux, et leurs enfants, qui devront répondre aux questions qui commencent à peine à se poser, résoudre les problèmes qui ne font que se profiler. Les dérèglements climatiques, les migrations massives, mais aussi les questions éthiques que pose l’explosion de la technoscience, ces garçons et ces filles ne pourront plus les éluder, à coup de colloques et de débats parlementaires, de vœux pieux et de bonne volonté parfaitement impuissante. Nous nous inquiétons de ce que le moteur chauffe - elles et eux auront les mains dans le cambouis. Comme tous les jeunes de toutes les époques, alors qu’ils sont au milieu du gué entre enfance et âge adulte, ils et elles rêvent d’une vie heureuse, ils rêvent d’une société où ils pourront prendre place, sur laquelle ils pourront agir. Et comme tous les jeunes de toutes les époques, ils font l’objet de méfiance : ils ne croient à rien ! Ils ne pensent qu’à eux ! Ils passent leur temps devant leur console ou scotchés à leur GSM plutôt que d’étudier ! Rien ne les intéresse ! Etc. De tels propos sont parfaitement injustes. Ils témoignent simplement de la difficulté qu’ont les aînés à accepter qu’ils ne sont ni éternels ni indispensables; que lorsque le monde change - et en ce moment, il est en pleine mutation ! - les enfants qui n’ont rien connu d’autre sont forcément différents de la génération précédente. Certains savoirs et aptitudes se sont perdus, d’autres les ont remplacés, qui ne valent pas moins.

Mais la question fondamentale se situe en amont : si la diversité est une richesse, pour porter et améliorer la vie en commun - ce que l’on appelle la citoyenneté -, il faut un sentiment d’appartenance. Il faut, au quotidien, se sentir non seulement individu (ça, c’est acquis, avec même quelque boursouflure !), mais aussi se sentir membre d’une communauté… mais laquelle ? La patrie ne fait plus recette, la région pas davantage, l’Europe aurait pu être rassembleuse si elle ne s’était enlisée dans le delta de la finance et du réglementarisme. Alors quoi ? Quelles valeurs partagent Sara, Jimmy et les autres, à l’heure où l’on ne cesse de multiplier les compartimentages entre autochtones et émigrés, entre croyants (avec ici des sous-sections à n’en plus finir !) et non-croyants, entre métiers manuels et intellectuels, entre actifs et assistés, entre jeunes et vieux ? Et ce ne sont pas quelques heures de cours, si généreux soient-ils, qui viendront à bout de ces murs invisibles que l’on est en train d’élever. Depuis Berlin, Hébron et quelques autres lieux, on sait combien il est plus facile d’élever des barrières que d’en supprimer la malfaisance…

Il n’est pas trop tard pour donner à Nico, Aïcha et leurs congénères de quoi nourrir leurs rêves d’un monde relié, pacifié, vraiment humain. Mais il n’y a plus de temps à perdre.


 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

CITOYEN DU MONDE EST LE MÉTIER QUE NOUS LEUR VOULONS APPRENDRE


Comment ne pas être d’accord avec cette analyse.

Le constat est irréfutable mais quid de la riposte ?

Certes, le cours de citoyenneté est un début de réponse, surtout s’il pose un cadre de référence et de compétences susceptible de percoler dans toutes les matières du curriculum. Un vent favorable nous a… 

Levons un coin du voile et voyons ce que Philippe Van Parijs et Didier Viviers regardent comme les fondements du cours de citoyenneté à mettre en place :

Devenir citoyen, c’est devenir un membre à part entière d’une société démocratique, conscient des responsabilités qui lui incombent autant que des droits dont il jouit, capable et soucieux de participer activement à la vie de la cité, dans un esprit de respect et de solidarité à l’égard de l’ensemble de ses concitoyens. L’objectif d’un cours de citoyenneté est d’aider chaque élève à devenir pleinement un citoyen de sa cité, de sa région, de son pays enfin du monde.

À tous les niveaux d’enseignement, il est essentiel que ce cours de citoyenneté puisse être une incitation et une initiation 

1. à l’apprentissage d’un vivre ensemble, tout autant par soi que par les autres, qui révèle les similitudes sans ignorer les différences. 
2. À l’acquisition de savoirs et de pratiques propres à l’exercice du métier de citoyens
3. à l’exercice de l’esprit critique, particulièrement dans l’accès à l’information (médias, Internet, réseaux sociaux,…)
4. À la conquête, à la maîtrise de la complexité du monde (dont on doit s’employer à réduire la peur qu’elle pourrait induire), ainsi que de la complexité des discours, qui doivent y être abordé dans la perspective d’une plus grande confiance.
5. Au penser librement, sans garde-fou, cher à Hannah Arendt.
6. À la construction d’une pensée propre dans le respect de celle des autres, en valorisant la diversité des cultures, comme vecteur d’épanouissement individuel mais aussi d’intégration sociale dans le respect et la pleine reconnaissance de l’universalité des droits.
7. À la responsabilisation des propos que l’on tient : prendre conscience de ce que l’on dit et être responsable de ses paroles.

Ces principes de base généreusement esquissés dans un premier élan sont développés dans cinq pages  qui élaborent une méthodologie pratique pour les atteindre et les incarner. Il s’agit bien là d’une révolution copernicienne par rapport à l’obligation pour tous de suivre, dans l’enseignement officiel un cours de religion ou de morale laïque, dite désormais morale du Libre Examen. 

Il n’est pas trop tard pour donner à Nico, Aïcha et leurs congénères de quoi nourrir leurs rêves d’un monde relié, pacifié, vraiment humain. Mais il n’y a plus de temps à perdre.

Le futur cours de citoyenneté ne saurait être regardé comme la panacée universelle, le remède à tous les maux. C’est l’ensemble de la formation scolaire qui doit être revue dans sa dimension européenne –voire mondiale- dans le sens qu’avait imaginé l’équipe de Jacques Delors à un époque où la Commission était encore animée par un souffle puissant et une vraie vision du rêve européen.

MG

 

 

 

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