mardi 9 juin 2015

'La culture occidentale se nourrit de stress, de manque de sommeil et de burn-out'

Le Vif   Amid Faljaoui

Si vous vous êtes levé ce matin en jetant fébrilement un coup d'oeil à vos e-mails sur votre smartphone, et que vous pratiquez ce genre de rituels chaque soir avant de dormir, alors il y a de fortes chances que vous soyez techno-dépendant.


/ © DR

Et si pendant les réunions et durant toute votre journée, votre smartphone ou votre iPad n'est jamais loin, à portée de main, et que vous ne cessez de vous interrompre pour le consulter, c'est que la techno-dépendance vous guette. La dernière livraison de la revue "Dirigeants" a d'ailleurs consacré son numéro à cette hyper-connexion des cadres et dirigeants dont le contenu pourrait être résumé en une phrase: "je suis connecté, donc je suis noyé".

Pour Kelly McGonigal, une psychologue qui étudie le comportement à la faculté de médecine de Stanford, "les gens ont une relation pathologique avec leurs outils technologiques. Ils ne se sentent pas seulement accros, mais aussi prisonniers".

Arianna Huffington, une Américaine fondatrice d'un site d'information qui s'est exporté dans le monde entier, vient de consacrer une partie de son livre (1) à ce mal du siècle qui a failli lui coûter la vie. Vu de l'extérieur, elle avait réussi sa vie, car elle avait de l'argent et du pouvoir. Mais en réalité, elle a failli mourir le 6 avril 2007 à cause d'une mauvaise chute. Sa tête avait heurté l'angle de sa table... Elle s'était effondrée victime de la fatigue et du manque de sommeil. Elle s'en est sortie, mais s'est jurée de changer sa vie et de ne plus, par exemple, parler à ses filles tout en tapotant sur le clavier de son smartphone. Ce qu'elle avait remarqué, c'est que dans sa vie, et bien entendu dans celle de tous les cadres dirigeants stressés, l'espace, les intervalles, les pauses, le silence - bref, tout ce qui permet de nous régénérer et de recharger nos batteries - avaient en quelque sorte disparu !

Elle explique que la culture occidentale se nourrit en fait de stress, de manque de sommeil et de burn-out. Le manque de sommeil est une évidence, car avec les nouveaux outils technologiques nous sommes branchés 24h sur 24 et 7 jours sur 7. Et nous cherchons donc, dit-elle, à avancer à toute heure dans notre travail. Pourtant, ce manque de sommeil, de recul est négatif sur notre productivité et nos prises de décision: le naufrage du pétrolier Exxon Valdez, l'explosion de la navette Challenger et les accidents nucléaires de Tchernobyl et de Three Mile Islands étaient tous dus, partiellement, au manque de sommeil, nous rappelle Arianna Huffington !

En fait, le nouveau mal du siècle, c'est cette impression de n'avoir jamais assez de temps pour faire tout ce que nous avons prévu. C'est ce qu'on appelle "la famine temporelle". Et donc, Arianna Huffington, qui avait réussi au sens de l'argent et du pouvoir, a découvert, à l'occasion d'un accident qui a failli lui être fatal, qu'il lui manquait un troisième élément: la sagesse.

Sa vieille mère le lui a rappelé lorsqu'elle avait tendance à se plaindre de sa vie trop trépidante. Sa vieille maman d'origine grecque lui disait: "Ma chérie, change de chaîne. C'est toi qui a la télécommande. Ne repasse pas ce mauvais film qui fait peur".

(1)S'épanouir, réussir sans défaillir, éditions Fayard

 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

EX ORIENTE LUX

La lumière vient de l’orient, dit le dicton.

Wanneer de Europese beschaving werkelijk eens sterftdan is het aan de ziekte welke Amerikanisme heet,  aan een werledbeschaving uitsluitend gebouwd op begrippen als nut en winst.

(J. GresshofVoor Volwassenenaphorismen, 1945)

1945 ?  Quelle lucidité !

Les Américains, inventeurs de la plus belle constitution jamais écrite qui revendique le droit au bonheur sont devenus un peuple mercantile , m’écrit mon amie suisse, et elle ajoute, une nation de prédateurs institutionnelsJamais ils n’ont cessé de l’être et de déplacer la grande frontière jusqu’à imposer leur dynamique au monde le faisant basculer dans leur néolibéralisme débridé qui met les hommes au service de léconomie et non linverse, comme cela devrait être.

C’est depuis leur Silicone Valley, une vallée où ne coule ni le miel de l’humanité, ni le lait de la sagesse que se déverse ce flot d’objets technologiques nomades  qu’ils font fabriquer par des petites mains esclaves dans le lointain et dans l’extrême orient.

Et pourtant c’est de cet orient que toujours est venue la lumière, celle des grands mages et des sages de l’humanité.

Certes, le continent nord-américain, au-delà du génocide des Peaux-rouges et de l’esclavage des noirs-auquel il mit fin- a engendré quelques sagesCitons Henry David ThoreauRalph Waldo Emerson et Walt Whitman. Dans son Walden(1854) Thoreau égraine  ses réflexions sur la vie simple loin de la sociétédans les bois. Dans  La Désobéissance civile (1849), il propose une philosophie de résistance non violente qui influencera Léon Tolstoï, Gandhi et Martin Luther King. Les écologistes, les tenants de la décroissance  le considèrent comme l'un des leurs car il ne cesse de replacer l'homme dans son milieu naturel et appelle à un respect de l’environnement.

Ralph Waldo Emerson, fils de pasteur (comme Nietzsche et Hesse) devint pasteur à son tour, comme Van Gogh. "N'allez pas là où le chemin peut mener. Allez là où il n'y a pas de chemin et laissez une trace"

Emerson and the American Transcendentalistsshared a key belief that each individual could transcend, or move beyond, the physical world of the senses into deeper spiritual experience through free will and intuition. Believers understood God and themselves by looking into their own souls and by feeling their own connection to nature.(…)

In The Conduct of Life (1860), Emerson favored a more moderate balance between individual nonconformity and broader societal concerns. He advocated for the abolition of slavery. Walt Whitman (1819 – 1892responsible for the transition between transcendentalism and realism was concerned with politics throughout his life. His poetry presented an egalitarian view of the races, though his attitude in life reflected many of the racial prejudices common to nineteenth-century America and his opposition to slavery was not necessarily based on belief in the equality of races per se.

Si d’Amérique nous parvient le pire, sachons qu’elle peut générer aussi le meilleur : la culture américaine -qui est devenue la nôtre- ne se nourrit pas uniquement de stress, de manque de sommeil et de burn-out.

 

MG

 

 

 

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