jeudi 25 juin 2015

«Education-fiction» : quand le numérique aura bouleversé l’enseignement

Le Figaro

Par Nicolas Glady

 


 

Nicolas Glady, directeur du Centre pour le Business Digital de l’ESSEC, dresse un portrait saisissant de l’enseignement supérieur de demain, bouleversé par le numérique. Un essai-fiction prémonitoire.

 

Après l’effervescence des nouvelles offres de cours en ligne, le marché s’est stabilisé et deux ou trois acteurs ont désormais entre leurs mains 90% de l’activité. Une plateforme de cours en ligne en particulier est devenue «le Google de l’Education» et est synonyme de formation en ligne dans l’esprit du grand public. Des jeunes enfants aux professionnels expérimentés, le monde entier passe dorénavant quelques heures par semaine à apprendre en ligne grâce à ces «pure players» de l’enseignement.

La numérique, instrument de désintermédiation par excellence, a aussi permis à des acteurs moins attendus d’entrer dans ce marché. Certaines grandes entreprises, sociétés de conseil en tête, ont profité de ces modules disponibles gratuitement pour «packager» des formations s’appuyant sur une dynamique hybride: les cours théoriques sont en ligne (labélisés au nom de la société en question mais en réalité fournis par les grandes plateformes de cours en ligne), et des ateliers de discussions avec leurs experts et consultants permettent aux apprenants de réfléchir à la mise en pratique des concepts appris. L’objectif avoué pour ces sociétés de conseil étant de se positionner auprès de leurs clients comme des autorités intellectuelles sur le sujet.

UNE ADAPTATION TROP LENTE DES ÉCOLES

De leur coté, les grandes écoles et les universités ont vu leur activité historique réduite à une peau de chagrin. Certaines ont même dû fermer boutique du fait d’une adaptation trop lente et trop tardive. Seule les institutions de tout premier plan ont réussi à sauver les meubles en jouant sur le prestige de leur marque. Les écoles qui étaient dans le bas des classements se sont réfugiées sur de l’accompagnement individuel et des cours particuliers. Les écoles «milieu de gamme» ont, elles, souffert du même destin que les entreprises d’autres secteurs qui n’arrivaient pas à établir un positionnement clair: dans le monde désintermédié du numérique, il n’y a de place que pour le gagnant - qui prend tout - ou les «discounters» qui jouent sur leurs volumes. Les autres ont disparu…

Car même si la plupart des institutions académiques historiques ont pris le virage du numérique par la force des choses, pourquoi est-ce que le candidat - qu’il soit Bengali ou Parisien - chercherait à obtenir un diplôme d’une école «de deuxième ordre», alors que le MIT ou Harvard proposent des certifications en ligne et gratuites sur les mêmes sujets? Les écoles ou universités ne jouissant pas d’une forte reconnaissance internationale se sont noyées dans la masse. Le prestige, et donc en l’occurrence la capacité pour ces institutions à faire valoir auprès du grand public leur autorité intellectuelle, n’a jamais été aussi important qu’à l’heure du «Tout. Gratuit. Tout de suite».

Au final, les écoles et les universités qui ont survécu à la «disruption numérique» ont vu leur organisation complètement transformée. La faculté s’est resserrée autour de quelques experts de renommé internationale. La plupart des professeurs qui n’étaient ni des experts reconnus ni prêt à accepter ces nouvelles réalités ont dû voir une réduction de leur statut et de leur rémunération. L’école est devenue un écosystème: l’enseignement est dorénavant articulé autour de programmes et d’expériences professionnalisantes où les partenariats avec le privé jouent un rôle majeur.

LA CLASSE INVERSÉE EST DEVENUE LA NORME

Petit à petit, les habitudes de consommation des médias des «digital natives» se sont imposées à l’enseignement. ATAWAD: Any Time, Any WhereAny Device; quand je veux, où je veux, et sur l’appareil que je veux! Pourquoi se déplacer si le cours est disponible sur Internet? Et surtout pourquoi m’imposer un horaire si je peux regarder le cours au moment où je le veux? Comme les médias, les cours ont été délinéarisés: les cours peuvent être consultés «à la demande» où et quand on le désire.

Ainsi, le présentiel n’est plus le lieu ni le moment de l’enseignement «descendant» mais sert à l’interaction avec des experts ou avec les autres apprenants. Le principe de la «Classe Inversée» est maintenant établi: après avoir acquis les concepts grâce aux modules disponibles en lignes, la classe est le lieu de l’échange et de la mise en pratique. La classe n’a pas disparu - bien au contraire - mais elle a dû trouver une raison d’être dans ce nouveau processus.

Ce qui distingue les institutions actives dans l’éducation n’est plus tant leurs contenus (cours ou sujets spécifiques) que leur capacité à animer leurs programmes d’une manière originale et l’accompagnement individualisés qu’ils offrent à leurs participants.

Tout a changé, mais rien n’a changé

Paradoxalement, la désintermédiation de l’enseignement ne s’est pas accompagnée d’une démocratisation des filières d’excellence. Au contraire: l’Etat soutenant de moins en moins la formation des élites, les catégories de la population les plus défavorisées n’ayant pas les clés pour comprendre les réels enjeux du monde numérique, n’ont pas anticipé que les filières classiques n’étaient plus un facteur de promotion sociale. A l’inverse, les élites - qui avaient pris conscience des nouveaux enjeux depuis le début des années 2010 - ont pu orienter leurs enfants vers les parcours différenciant pour leur avenir. Internet offre à tous la connaissance, mais quand tout le monde à accès à une ressource, celle-ci n’est plus un élément de distinction sociale. C’est donc plus que jamais le réseau qui est la base d’une carrière prometteuse…

Vu de 2015, cette fiction est loin d’être irréaliste. Avec le recul, nous pouvons analyser la situation présente des secteurs de la presse, des divertissements ou de la distribution ; et il ne fait pas de doute que le tsunami numérique va bouleverser le monde de l’éducation supérieur à son tour. C’est une lame de fond, et il est vain d’essayer de s’y opposer. Par contre, il nous appartient de déterminer ce qui doit être sauvé, et donc adapté, en tenant compte de ces nouvelles réalités.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY

 

Tandis que le PS et le CDh se querellent sur le cours de rien, on peut se demander en lisant cet article ce que sera dans une décennie l’état de l’enseignement secondaire en Europe et singulièrement en fédération Wallonie Bruxelles. Il se pourrait bien que cet enseignement, tel qu’il est organisé aujourd’hui ne puisse plus être financé. Il est à la fois très cher et très peu performant. Ce qui le rend particulièrement dispendieux c’est la diversité des réseaux érigés en pouvoirs organisateurs relativement autonomes. Les socialistes wallons, en s’opposant à la feuille de route de Joëlle, ont-ils une idée derrière la tête ? Laquelle ? Le spectre du réseau unique ( désormais partiellement numérisé) va-t-il ressurgir bientôt ? Ce ne sont là que pures hypothèses. Ce qui est certain c’est que cet enseignement ne demeurera en aucun cas dans l’état dans lequel il se trouve actuellement. Les chantiers du PS auraient-ils généré le prototype d’un tout nouveau modèle d’enseignement ? On ne peut que le souhaiter car le modèle actuel est franchement peu performant. 

MG

 


DÉSACCORD TOTAL ENTRE PS ET CDH SUR LE «COURS DE RIEN»

Pierre Bouillon
Le Soir

Le PS veut le cours de rien dès 2015 mais Joëlle Milquet veut attendre 2016.


L’heure tourne, vraiment. Les écoles primaires et secondaires baissent leurs volets dans quelques jours. Et, à ce stade, les établissements du réseau officiel (Communauté, communes, provinces) ne savent toujours pas s’ils vont devoir, ou non, organiser ce cours nouveau qui devra accueillir les élèves qui, en septembre, demanderont à être dispensés du cours de religion/morale.

Le gouvernement de la Communauté française se réunit ce mercredi matin. Dans la tension. On a tenté de déminer le dossier, mardi, en inter cabinets. En vain. Le PS souhaite activer le mécanisme des dispenses dès septembre 2015. Joëlle Milquet (CDH), la ministre de l’Education, souhaite attendre septembre 2016.

POUR LE MR, « IL FAUT CESSER CETTE CACOPHONIE INDIGNE »

Dans un communiqué, le député MR Georges-Louis Bouchez affirme que «  l’échec des réunions intercabinets entre les ministres PS et CDH de ce jour est la preuve de toute la faiblesse du Gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles […] Ce désaccord flagrant PS-CDH rompt de plus en plus la confiance des élèves, de leurs parents, des enseignants et des directions vis-à-vis du Ministère de l’Education.  »

Et de conclure : «  Il en revient maintenant au Ministre-Président de reprendre la gestion de ce dossier à bras-le-corps et de faire cesser cette cacophonie indigne pour les acteurs de l’enseignement.  »


 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

WAIT AND SEE


Le désaccord flagrant entre le PS et le CDh nous cache quelque chose, c’est évident. Mais quoi ? Nous tentions d’y répondre dans le précédent commentaire. Notre raisonnement ne repose sur rien de tangible mais sur de simples hypothèses de bon sens. D’ici peu les transferts financiers alimentés par le pipe-line flamand seront asséchés. Après 2019 l’hypothèse d’une autonomisation forcée de Wallobrux deviendra réalité. Nous ne pourrons plus financer notre enseignement francophone. Il faudra faire beaucoup mieux avec beaucoup moins d’argent. Pourquoi ne pas en profiter repenser son architecture institutionnelle dès à présent ? Supprimer les cours de morale et religions entrainerait une grosse économie. Mettre à leur place un cours de citoyenneté de deux heures (c’est le souhait du socialiste Flahaut et aussi des libéraux) tous réseaux confondus gommerait toute différence structurelle entre les réseaux.Resteraient les différences entre les  projets d’établissement. Mais comment faire pour supprimer les réseaux et ne conserver qu’un réseau unique. Qui le piloterait ? Les questions disait Wilde ne sont jamais indiscrètes, ce sont les réponses qui le sont.

Il reste qu’un divorce politique avec le CDh maintenant serait extrêmement périlleux pour le PS.  It is not a winning team.

On aura remarqué que le ton assassin du PS envers le MR s’est fortement adouci, que Philippe Moureaux se tait et qu’on entend peu la voix de Elio Di Rupo. Wait and see.

MG

 

Aucun commentaire: