dimanche 7 juin 2015

Et si nous faisions, avec eux, ce voyage en barbarie

Béatrice Delvaux, éditorialiste en chef 

Le Soir

• Béatrice Delvau

Les brûlures sont infligées au fer rouge ou au phosphate extrait de cartouche, le plastique fondu est coulé sur le dos dans l’anus, les coups répétés sur les parties génitales. «Leur truc préféré, c’était de nous pendre par les bras, comme des moutons. Puis de nous brûler au chalumeau.» Un jour, un gardien délie la jeune Wahid, la traîne dans un coin de la cellule où l’homme la viole. Les séances de torture se déroulent toujours avec un portable allumé. Au bout du «fil», un père, une mère, une sœur. «Moi, j’ai hurlé : Papa, je suis dans le Sinaï.»  »

Bienvenue en barbarie. Celui qui raconte répond désormais à l’appellation de « migrant ». Mais si Germay – car il a un prénom – s’est retrouvé dans ces maisons de torture au bord du Sinaï, c’est parce qu’il a fui l’Erythrée. L’un des pays les plus pauvres et répressifs de la planète, une prison à ciel ouvert sous la coupe d’un président surnommé « le tyran d’Asmara ». Chaque mois, ils sont 3 à 4.000 à fuir.




Pourquoi donc ces migrants débarquent-ils sur les côtes européennes ? Pour mieux répondre à cette question en donnant « chair » aux quotas comme aux noyés, deux journalistes ( Prix Albert Londres 2015 ) et une écrivain (Prix Rossel 2011) ont jugé plus percutant de nous faire rencontrer ces Africains qui risquent la mort, mais rencontrent en réalité souvent pire, dans leur fuite de l’horreur domestique et leur quête de l’Europe.

 A lire: Voyage en barbarie, par Delphine Deloget et Cécile Allegra (Prix Albert Londres)

«  A force de tant voir, on ne voit plus rien  », disait l’écrivain Geneviève Damas avant de partir pour Lampedusa. Elle a raison. Les maisons de torture ne sont pourtant pas des abstractions : elles se multiplient dans la corne de l’Afrique, «  couvertes de sang du sol au plafond, avec les murs infestés de mouches et de cafards et la terre qui grouille de vers à viande  ». Cécile Allegra, Delphine Deloget et Geneviève Damas nous font faire avec elles, dans ce journal, le voyage d’Asmara à Kassala, à travers le Sinaï et la mer Rouge. Nous serons torturés, violés, jetés des barques, et si nous sommes toujours vivants, nous pourrons peut-être enfin, nous aussi, comme chaque Lampedusien, être une île.

 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

LE SIÈCLE DES MALHEURS



La différence avec Auschwitz ? Les nazis étaient des techniciens, leurs usines à anéantir étaient des machines à fabriquer des cadavres. Ils ne voulaient pas que les SS soient obligés d’achever des millions d’hommes et femmes  à la carabine, à la mitrailleuse, au bord de fosses communes, dans des camions à échappements des gaz internes. Tout ça, à la longue leur détruisaient le moral, les rendait dépressifs et donc moins combatifs. Par conséquent Himmler a voulu industrialiser le processus en le déshumanisant. Le islamistes pratiquent le degré zéro de la cruauté, ce sont des artisans insatiables de la mort et des stakhanovistes de la cruauté, pas des industriels génocidaires. Le XXIème siècle serait-il le pendant du XVIème qu’on surnomma non sans raison le siècle des malheurs ?

MG

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