samedi 20 juin 2015

Joëlle Milquet: vivement les vacances!

Olivier Mouton

Journaliste politique au Vif/L'Express

 

La ministre de l'Education clôture une semaine dantesque au cours de laquelle notre pays fut la risée de l'Europe. Avec le sentiment d'être devenue la cible de personnes mal intentionnées. Politiquement, la diva francophone est fragilisée au moment où le CDH relevait enfin la tête.



© Belga - FILIP DE SMET

Le parlement francophone se réunit d'urgence ce vendredi. Une situation exceptionnelle pour cette assemblée au rythme de travail traditionnellement "plan-plan". Les députés doivent adopter en quatrième vitesse un décret visant à certifier l'année scolaire de milliers d'élèves dans l'incertitude. Une nécessité absolue après l'invraisemblable saga des fuites d'examens qui a émaillé la semaine. Une démarche en guise de sauve qui peut pour la ministre CDH de l'Education, Joëlle Milquet, dans la tourmente tous azimuts. Qui n'a sans doute jamais autant aspiré aux grandes vacances...

(…)Face à "l'extrême gravité de la situation", Joëlle Milquet a fait une déclaration fustigeant "des comportements inadmissibles qui ne resteront pas sans suite", dépôts de plaintes contre X à l'appui. Elle laisse clairement entendre qu'elle se sent directement visée par ces actes malveillants à répétition. Parce qu'elle dérange le ronronnement du monde scolaire, certainement l'un des plus conservateurs du monde francophone ? Peut-être. A moins qu'il ne s'agisse d'une cabale politique ? La ministre fait par ailleurs l'objet d'une instruction judiciaire au sujet de recrutements de collaborateurs dans son ancien cabinet fédéral à l'Intérieur, en 2014, en pleine campagne électorale... Voilà Joëlle Milquet meurtrie, affaiblie, elle qui assure n'avoir rien à se reprocher, jurant mordicus qu'elle a toujours fait de la politique de façon parfaitement désintéressée.

MILQUET ÉNERVE JUSQUE DANS SES PROPRES RANGS. LA FAUTE À SES ATTITUDES PARFOIS CASSANTES ET À SES RETARDS PERPÉTUELS

Pourtant, cette femme brillante, qui maîtrise comme personne les rapports de force, énerve jusque dans ses propres rangs. La faute à ses attitudes parfois cassantes et à ses retards perpétuels. La conséquence, aussi, de près de deux décennies passées à truster le sommet. Après une présidence de parti vigoureuse, liant le CDH au PS d'Elio Di Rupo, puis après des comportements fermes en tant que vice-Première fédérale ("madame Non") et en tant que ministre de l'Intérieur, la voilà à la tête du département le plus redoutable de la Communauté française. Après les intermèdes de Marie-Dominique Simonet et de Marie-Martine Schynson l'a placée là pour qu'elle réforme en profondeur. Pour qu'elle déménage, en somme, au profit du CDH, poids lourd de son équipe face à Rudy Demotte. Tout en laissant la paix à son président Benoît Lutgen, surchargée qu'elle est par ses dossiers.

Jusqu'ici, la stratégie fonctionnait, même si Milquet ne cachait pas par moments son vague à l'âme. Du Pacte d'excellence au non-redoublement en passant par une flopée d'idées au service des enseignants, sa bonne volonté était manifeste, même si sa méthode chaotique perturbait. Jusqu'à ce que, en mars, l'arrêt de la Cour constitutionnelle ne précipite en débat tendu sur les cours philosophiques, la non-neutralité de la morale, la création d'un "cours de rien" avant un cours de citoyenneté. Le tout avec des relents de pseudo-guerre scolaire du 21e siècle.

Avec cette succession de faux pas ou de malchances, selon les cas, Joëlle Milquet devient soudain le maillon faible du CDH. Au pire moment : son parti retrouvait des couleurs ces derniers temps en marquant sa différence et gommant légèrement le sentiment de scotchage définitif avec le PS né de la formation des coalitions régionales, cet été. Il faut entendre les socialistes jubiler à demi-mots : le ministre-président francophone, Rudy Demotte, se dit soucieux de "sortir la ministre du feu", son collègue André Flahaut fustige "un éléphant dans un magasin de porcelaine"... Au MR, on s'amuse non sans cynisme de voir cette grande dame s'empêtrer dans les affaires, occupant de manière négative tout l'espace médiatique. Et au CDH ? Certains se disent petit à petit qu'il viendra un temps où "Joëlle" devra songer à arrêter les frais. Mais en 2019, au plus tôt...

"Milquet, ça suffit !", clame Crucke. C'est le seul, en réalité, qui appelle sans le dire vraiment à sa démission. En l'état, il est vrai, la responsabilité ministérielle de Joëlle Milquet n'est pas directement engagée et rien ne dit que les procédures judiciaires n'accoucheront pas d'un souris. Le PS n'est pas prêt à la lâcher : par affection sincère, mais aussi parce qu'il boit du petit lait à l'idée d'avoir une telle super-ministre redevable, affaiblie dans le rapport de forces.

A vrai dire, certains ont déjà fait un pas de côté pour moins que ça. Joëlle Milquet, elle, va au contraire redoubler d'énergie pour préparer une solution structurelle visant à empêcher de telles fuites à l'avenir. Tout en poursuivant ses réformes. "Je ne suis pas là pour regarder les trains passer, je suis là pour les conduire", dit-elle cette semaine dans l'interview accordée au Vif/ L'Express. Risée de l'Europe ou pas, cette diva ne partira jamais par la petite porte. Ou alors, on devra l'y contraindre...


 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

CONSERVATISME

« Parce qu'elle dérange le ronronnement du monde scolaire, certainement l'un des plus conservateurs du monde francophone ? Peut-être. A moins qu'il ne s'agisse d'une cabale politique ? »

Faire tomber Milquet maintenant serait puérile. Qu’on lui laisse au moins l’occasion de déployer son pacte d’excellence avant de la descendre en flammes. On aimerait des fuites là-dessus plutôt que sur des questions d’examen.  

MG



"CETTE SITUATION PLUS QU’HUMILIANTE NOUS RIDICULISE FACE AUX ÉLÈVES ET AUX PARENTS"

CONTRIBUTION EXTERNE  La Libre



Une opinion de l'équipe des enseignants de néerlandais d'une école bruxelloise.*

L'épreuve écrite de néerlandais CE1D a été annulée par la ministre Joëlle Milquet. Malgré les fuites sur les réseaux sociaux, l'épreuve orale était maintenue. Plusieurs aspects de cet événement nous dérangent fortement.

Tout d'abord, nous ne comprenons pas pourquoi les fiches diffusées pour un examen oral auraient moins d'importance que celles diffusées pour un examen écrit. Les interactions imposées par les fiches ont circulé. En effet, des élèves nous ont envoyé des photos et il ne nous a pas été difficile de trouver, nous-mêmes, toutes les fiches sur Facebook et Twitter. En tant qu'enseignant, il est plus que désolant de voir les élèves réviser leur oral avec les fiches de l'enseignant en main juste avant de passer leur épreuve... Cette situation plus qu’humiliante nous enlève toute crédibilité et nous ridiculise face aux élèves et aux parents. En effet, grâce aux fiches de l’enseignant, les élèves ont pu préparer toutes les interactions et les étudier afin de les reproduire à l’examen.

De plus, il y a une injustice qui s'est installée, d'une part, entre les élèves d'écoles différentes et, d'autre part, entre des élèves d'une même école où l’épreuve orale était divisée sur plusieurs jours. Certains sont passés les jours avant les fuites et d'autres après, en en profitant, ou pas. Tant de différences et pourtant une seule possibilité de cotation : la ministre nous oblige à faire compter cet oral pour 30% de l'année. De qui se moque-t-on ? Des élèves ? Des enseignants ? Des deux ? La situation est inégale, il faut donc laisser aux enseignants la liberté de s'adapter à chaque situation. 

EXAMEN SIMILAIRE À CELUI DE 2014

Les élèves qui, avec des professeurs particuliers, ont travaillé les fiches de l'oral de l'année dernière ont particulièrement bien réussi également. C'est ce que l'on a pu remarquer la semaine dernière. Les élèves eux-mêmes nous on dit que c'était trop facile parce que c'était les mêmes fiches. Là aussi, nous nous sommes sentis ridicules face aux élèves.

Donc même sans fuite, les élèves qui passaient le 2ème jour, étaient déjà largement favorisés car les premiers s’étaient rendu compte aux examens qu’ils avaient les mêmes fiches que celles travaillées en classe ou avec des professeurs particuliers.


RÉACTION TRÈS TARDIVE DE LA MINISTRE

Concernant la partie écrite de l’épreuve, en réagissant très tardivement (le mercredi à 18h30), les élèves ont été tout l’après-midi dans l’incertitude et certaines écoles, en attente de la décision officielle n’ont plus eu le temps de réagir ou de s’organiser. Certains parents ont pris contact avec l’école et les enseignants en quête d’information afin de pouvoir remotiver leur adolescent en vue d’un éventuel examen le lendemain. Certaines écoles ont devancé la décision officielle d’annulation afin de pouvoir prévenir les élèves qu’ils auraient un autre examen. D’autres écoles n’ont rien annoncé et c’était donc la surprise totale pour les élèves le lendemain.

Plutôt que de renvoyer la responsabilité aux enseignants, nous aurions aussi espéré une décision ferme, précise, responsable et égale pour toutes les écoles afin d'éviter le chaos actuel et de permettre une évaluation équitable pour tous les élèves, ce qui, il nous semble, est l'objectif premier des épreuves communes !

Enfin, malgré l'enjeu pour tous les élèves de deuxième secondaire, nous ne comprenons pas que la presse semble se désintéresser du sujet. Il nous parait extrêmement suspect que cette presse qui jusqu'ici diffusait les informations (et ce, jusqu'aux questions !), arrête subitement d'informer le public alors que de nouveaux incidents sont survenus. Ne s'agit-il pas là de désinformation ? Nous nous permettons de douter de l'objectivité et de l'indépendance de la presse.

*Note de la rédaction: LaLibre.be estime avoir couvert les différentes fuites et les évènements de cette semaine de manière constante, précise et uniforme. Les auteurs sont connus de la rédaction, mais ils souhaitent rester anonymes pour ne pas impliquer leur école dans leur démarche. 



 

COMENTAIRE DE DIVERCITY

HARO SUR MILQUET


Tout cela flaire bon le coup monté. Il est clair qu’on veut faire tomber Milquet. Reste à savoir qui se cache derrière ce « on ».

Il est certain que les enseignants en général sont exaspérés par le monde politique qui veut tout contrôler et s’y emploie de manière assez  gauche pour le dire doucement. L’arrogance brouillonne de Milquet est la goutte qui fait déborder un vase qui se remplit depuis des décennies.

Cette fois la coupe est pleine et plutôt qu’une grève, les enseignants organisent, sur le ton geignard qu’ils affectionnent, la grogne ce qui est en train de créer une situation politique très inconfortable au sein de la majorité. Mais en attendant, la réforme annoncée de l’école en profondeur se fait attendre.

MG

 

 

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