mardi 2 juin 2015

Kir, Özdemir... Pourquoi ils ne veulent pas parler de génocide

FRÉDÉRIC CHARDON La Libre Belgique



Au fait, pourquoi certains députés d’origine turque prennent-ils le risque d’être exclus de leur propre parti sur la question du génocide arménien ? Pure idéologie nationaliste visant à nier le sombre passé de l’Empire ottoman ou électoralisme à fort relent communautariste ?

Ni l’un ni l’autre, c’est plus subtil. "Emir Kir (PS), par exemple, sur le plan des idées, n’a aucun problème à reconnaître le génocide, explique un spécialiste qui a souhaité garder l’anonymat. Il n’est pas guidé par des questions idéologiques, mais par sa stratégie de victimisation. En fait, il n’a pas tellement peur de perdre des voix dans la communauté turque en cas de reconnaissance de sa part du génocide arménien. Les électeurs turcs seraient prêts à l’admettre. Par contre, Emir Kir, comme Mahinur Özdemir et d’autres, se positionnent en politiciens anti-système, qui résistent culturellement au sein de leur propre parti dont les dirigeants belgo-belges ne les comprendraient pas. Il faut bien se rendre compte qu’en refusant de reconnaître le génocide, ces élus gagnent en prestige et passent pour des résistants qui respectent leurs origines. De même, les journaux turcs vont certainement glorifier ce qui vient d’arriver à Mahinur Özdemir : elle s’est laissée exclure pour ne pas reconnaître le génocide."

PRESSION SOCIALE

A côté de cette stratégie de victimisation et de positionnement anti-système, les élus actuellement dans le cœur de la tourmente subissent aussi une réelle pression sociale qui peut ou a pu les faire douter : "Donc, la majorité des Turcs en Belgique n’aurait pas tellement de problèmes avec une reconnaissance du génocide. Par contre, il y a au sein de cette communauté des éléments radicalisés, des nationalistes, qui pourraient pourrir la vie de ces députés. La réalité est la suivante : après les séances au Parlement, les déclarations à la presse, les interviews, ces élus doivent retourner dans leur quartier, retourner au contact de la communauté d’origine, aller à la prière du vendredi à la mosquée. Et là, des insultes sont possibles par les plus radicaux. Même au sein de leur propre famille... Tout cela n’est pas à négliger, cela peut constituer une pression énorme sur leurs épaules qui peut les dissuader."

PAS (TROP) DE RISQUES LÉGAUX

Au niveau légal, les députés belges d’origine turque qui reconnaîtraient le génocide n’ont pas vraiment beaucoup de soucis à se faire vis-à-vis de poursuites dans leur pays d’origine. "Il n’y a plus réellement de sanction en Turquie pour ce genre de propos, analyse le même spécialiste. C’est toujours possible de poursuivre quelqu’un, mais c’est beaucoup plus compliqué : il faut une autorisation ministérielle spéciale. La presse de gauche et libérale, et même la presse conservatrice, utilisent désormais le terme ‘génocide’. De même que la population. Par contre, vous n’entendrez jamais un politicien, un militaire ou un haut-fonctionnaire parler du génocide arménien. Ce serait pour eux comme souiller l’identité turque. Même chez les gens de gauche : critiquer le passé turc, c’est aussi remettre en question les fondements de l’Etat turc moderne et du Kémalisme : difficile d’admettre que les pères fondateurs de la Turquie moderne ont du sang sur les mains."




COMMENTAIRE DE DIVERCITY

LE POINT DE VUE D’AUTRUI


Certes, il est séduisant d’éclairer le point de vue d’autrui en nuançant les choses comme le fait ce rédacteur de la Libre. Mais lui-même est forcé d’admettre que : qu’en refusant de reconnaître le génocide, ces élus gagnent en prestige et passent pour des résistants qui respectent leurs origines.

Mais sont-ils conscients que ce gain de prestige local, électoraliste et communautariste induit une grande méfiance chez les électeurs belgo-belges ? Nous vivons dans une démocratie plurielle ou un Turc vote pour un Turc, un Marocain pour un Marocain, un Flamand pour un Flamand, un Wallon pour un Wallon, le tout pouvant se mettre au féminin en sachant qu’une femme vote plus volontiers pour une femme. Il ne nous reste qu’à espérer qu’un cosmopolite vote pour un cosmopolite. Mais ils se comptent sur les doigts de la main. Un deobjectifs majeurs du futur cours de citoyenneté sera de former une génération de citoyens du monde.

Le CDH a eu le front d’annoncer la couleur en excluant la dissidente, le PS chèvre choute…Il y a un risque de voir une partie de son électorat rejoindre les rangs du pari musulman qui fit 3 % aux dernières élections mais est promis à une croissance exponentielle. C’est ce qu’a bien compris Houellebecq  et ce n’est pas le moindre mérite de son roman "Soumission " :une fiction en forme d’avertissement. L’affaire Kir, Özdemir et consort est un catalyseur qui va entraîner des réactions en chaîne. Exclure Kir du PS c’est risquer de perdre une partie de l’électorat turc. Elio di Rupo est conscient de l’enjeu. Ne pas l’exclure en revanche fait perdre au président du PS une partie de son autorité morale et de son ascendant. - "Suivra la discipline de parti à l'avenir" (Magnette).Il est sans doute plus facile de vaincre le doudou montois que de venir à bout des dérives communautaristes.  Il serait temps qu' Elio sorte sa tenue de Saint Georges de la naphtaline.

MG



MAGNETTE : "IL FAUT RECONNAÎTRE LE GÉNOCIDE ARMÉNIEN"



LA LIBRE BELGIQUE

Le ministre-président wallon, Paul Magnette (PS), a préconisé dimanche "un vrai débat" au parlement fédéral sur la reconnaissance par la Belgique du génocide arménien de 1915, objet de tiraillements au sein de certains partis belges, comme l'a prouvé l'exclusion vendredi par le cdH de la députée bruxelloise d'origine turque Mahinur Ozdemir.

"Il faut reconnaitre ce génocide", y compris par la communauté internationale, a-t-il affirmé lors de l'émission L'invité de la chaîne de télévision RTL-TVi, rappelant une position constante du Parti socialiste, qui est à l'origine, dès 1998, d'une résolution parlementaire qui reconnaît le génocide arménien et demande au gouvernement turc de le reconnaître.

M. Magnette a aussi assuré que le député fédéral PS Emir Kir - lui aussi d'origine turque et absent lors d'une minute de silence observée le 30 avril dernier à la Chambre pour commémorer le génocide arménien - "suivra la discipline de parti à l'avenir".

"Il devra signer et voter les résolutions qui se seront votées au parlement", a affirmé l'ex-président du PS.

 

Aucun commentaire: