vendredi 5 juin 2015

La République bonapartiste de Nicolas Sarkozy

ALAIN DUHAMEL  LIBERATION




 Nicolas Sarkozy a raté son congrès mais il a réussi son opération. Il a réussi son opération pour les raisons même qui lui ont fait rater son congrès, c’est-à-dire en se caricaturant, en se schématisant, en se manichéisant. Porte de la Villette, il a lancé à propos de la gauche«elle a trahi, abandonné, abaissé la République», des termes qu’on entendait sur les bancs de la droite déchaînée à l’époque du Front populaire. Il a aussi stigmatisé «la terrifiante médiocrité» de François Hollande, une attaque personnelle d’une violence inouïe. Les militants, transportés d’enthousiasme, l’ont ovationné longuement. Les dirigeants, même sarkozystes, semblaient plutôt embarrassés. C’est le symbole du congrès fondateur de ceux qu’il faut désormais appeler «Les Républicains» : Sarkozy a tenu au noyau dur de ses partisans les propos qu’ils rêvaient d’entendre. Ainsi, a-t-il gâché l’image de rassemblement, de cohésion, de pacification que devait inaugurer le parti rebaptisé. Ainsi, a-t-il mis définitivement la main sur l’appareil. Après la Villette, «Les Républicains» s’aventurent sur le terrain de la droitisation décomplexée mais ont de nouveau un chef qui possède tous les leviers de l’autorité, y compris celui de déclencher les sifflets. En choisissant cette stratégie, Sarkozy a obtenu des scores faramineux mais l’abstention a été aussi massive que l’assistance a été clairsemée Porte de la Villette. L’ex-président s’est appuyé sur les plus activistes des activistes afin de reconquérir son parti. Image déplorable mais mission accomplie. 

Chez «Les Républicains», Sarkozy est chez lui. Il a conquis la présidence, a changé le nom, a modifié les structures et les statuts, a recomposé la direction. Il est le maître à bord. Il joue à fond la logique d’appareil contre la logique d’opinion incarnée par Alain Juppé. Beaucoup y voient la résurgence du combat Barre-Chirac, de la guerre Chirac-Balladur. C’est exact, s’il s’agit d’opposer la droite modérée à la droite proclamée, mais c’est faux si l’on tient compte d’un facteur nouveau essentiel : la bataille décisive aura lieu non pas au premier tour de la présidentielle mais lors de la primaire ouverte. Ce sera un combat d’hommes plus que d’idées, de tempéraments plus que de programmes, de tons plus que de fonds. Nicolas Sarkozy sera le mirmillon casqué et armé du glaive, Alain Juppé, le rétiaire lançant le filet et maniant le trident.

Au-delà des stratégies, droite des militants contre droite des électeurs, ce qui ressort, c’est la nature bonapartiste de la république sarkozienne. On lui inflige souvent l’étiquette maurrassienne imprimée par Patrick Buisson. Cela se plaide s’il s’agit de faire passer les valeurs et les enjeux de la société avant les programmes économiques et sociaux. Cette approche-là est très réductrice car Sarkozy n’a rien d’un contre-révolutionnaire dogmatique rêvant de restaurer l’Ancien Régime.

Les républicains de Sarkozy s’ancrent, au contraire, dans le courant et dans la tradition bonapartiste. Ils préfèrent le peuple combatif aux élites d’antan. Ils croient à l’homme providentiel, même blessé par un destin contrarié (les Cent Jours après l’Empire). Ils privilégient le culte de l’autorité, de la force, de l’intrépidité, voire de la témérité. Ils ont la religion de l’épée et du verbe, transportés par l’éloquence, toujours prêts à se battre. Ce sont des patriotes ombrageux, tentés par le souverainisme mais regardant l’Europe comme un terrain de conquête. Ils rêvent de gloire éternelle et de revanches perpétuelles. Ils célèbrent aussi la méritocratie, l’élite sortie du peuple, l’ascension républicaine. Ils veulent réconcilier la France de toujours et la nouveauté de la République incarnée. Leur graal, c’est le grand homme, le héros conquérant et impérieux, celui qui invente et qui modèle un monde nouveau. Ils l’ont trouvé avec Bonaparte, ils ont cru le ressusciter avec Napoléon III, ils l’ont cherché en vain chez le général Boulanger, ils l’ont espéré chez le colonel de La Rocque, ils l’ont retrouvé avec Charles De Gaulle. Nicolas Sarkozy n’est pas Bonaparte et n’est pas De Gaulle, mais ses troupes sont bonapartistes, et le regardent comme un général belliqueux et fougueux bousculant le monde politique. Ce ne sont pas des démocrates réfléchis, ce sont des admirateurs en quête d’un héros.

Les Républicains devront faire au moment de la primaire ouverte le choix crucial pour 2017. Marine Le Pen est en place, François Hollande mène campagne. Reste à sélectionner celui qui sera sans doute le favori de la prochaine présidentielle, un bonapartiste ou un orléaniste, Nicolas Sarkozy ou Alain Juppé, un conquérant ou un intellectuel.

 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

PAUVRE REPUBLIQUE

La France est une monarchie élective qui rêve d’être dirigée par un Führer, un grand Timonier, un duce, un Staline. Mais voilà que celui qui coiffe la casquette de sauveur providentiel est un insupportable roquet qui traîne derrière lui une  ribambelle de casseroles. Pauvre République. Non, Il  ne fera vraiment plus bon vivre comme Dieu, en France, quand la République sera dirigée demain par François le Débonnaire, Nicolas le Roquet ou Marine la Parricide.

Après Mendes France, DSK a raté son rendez-vous avec la France, laquelle est en train de rater son rendez-vous avec l’Europe, laquelle va rater le sien avec l’histoire à cause de la médiocrité générale de ses 28 roitelets nationaux.

L’Europe s’est faite dans la peur de l’Union soviétique, elle se défait dans la confusion et l’incertitude. Certes nous avons besoin d’hommes et de femmes de caractère mais celles et ceux qui ont en main les rênes manquent totalement de vision, y compris l’indéboulonnable Angela. C’est consternant. 

«Les Républicains» s’aventurent sur le terrain de la droitisation décomplexée » 

L’Europe sera sans doute détricotée par cette droite décomplexée qui va démonter notre Etat-providence comme on dépieute un cargo rouillé voué à la casse (comme le Concorde ou le France) et se calquera sans doute sur le pire des modèles : celui d’une république à l’américaine. Le traité de libre-échange Europe/USA profondément anti-démocratique a de beaux jours devant lui.

MG  


Le traité de libre échange Europe/USA est "profondément anti-démocratique"

RTBF info

La plate-forme "No Transat!", qui regroupe plusieurs dizaines d'associations, syndicats et mouvements politiques, a dénoncé mardi, lors de la visite d'un appartement témoin présentant "l'Europe du futur", les "mensonges" de la Commission européenne et des Etats-Unis concernant les négociations sur l'accord de libre-échange (TTIP).



"Selon la Commission européenne, l'accord devrait permettre de sortir de la crise", soulignent les membres de la plate-forme. "Or, les multiples problèmes actuels ont un dénominateur commun: le recul de la démocratie économique. Le TTIP renforcera le pouvoir et l'impunité des multinationales, et les nombreuses fusions et acquisitions qui seront conclues grâce à l'accord éloigneront encore les lieux de décision des travailleurs."

Les membres de No Transat! s'inquiètent également que le TTIP renforcera la concurrence, "ce qui justifiera des reculs sociaux pour maintenir la compétitivité des entreprises". Par ailleurs, "l'harmonisation de normes sanitaires et environnementales se fera à la baisse pour les citoyens européens et est donc porteuse de dangers".

"Le TTIP est profondément anti-démocratique. Il met en œuvre une logique de globalisation, où les lieux de vie locaux sont soumis à une gouvernance globale, et où le pouvoir d'experts non élus prend le pas sur d'autres considérations", résume-t-on.

Pour illustrer ses revendications, la plate-forme a mis en scène, dans un appartement témoin, "l'Europe du futur". Celle-ci autoriserait la commercialisation de viande aux hormones ou de poulet à l'eau de Javel, entraînerait une augmentation substantielle du prix des médicaments et soins de santé en raison de la soumission de la sécurité sociale à la privatisation, et verrait les possibilités de surveillance des citoyens s'accroître encore davantage, dénonce-t-on.

Retrouvez notre débat sur le traité de libre échange Europe - USA

 

 

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