dimanche 14 juin 2015

Le "yuccie" a-t-il tué le hipster ?

Figaro



Une nouvelle tribu émerge : les « yuccies ». Les « you quoi » ? Les « yuccies », autrement dit les « young urban creatives ». En français : les jeunes urbains créatifs. Une génération décomplexée à la poursuite de ses rêves et à la recherche d’un épanouissement financier. Décryptage.

Le barbu à lunettes, dit « hipster », connaît (presque) la crise. Depuis plusieurs mois, ils sont nombreux à le donner pour mort. Il y a quelques jours, David Infante – un contributeur du site Mashable – l'a à nouveau annoncé. « Comment pourrait-on m’appeler ? commence-t-il par écrire. J’ai 26 ans, je suis écrivain, je vis dans un quartier embourgeoisé de Brooklyn. » Il dresse son portrait-robot avant de demander : « Alors, je suis de la génération Y ? Un hipster ? Un yuppie ? » Trouvant tous ces termes inappropriés, David Infante préfère celui de « yuccie » pour « young urban creative ».

NOUS MÉRITONS DE POURSUIVRE NOS RÊVES ET NOUS DEVRIONS AUSSI EN TIRER PROFIT

Il s’agit, « pour faire court, (d’)une partie de la génération Y, née dans un confort suburbain, endoctrinée par le pouvoir supérieur de l'éducation, convaincue qu'elle mérite de poursuivre ses rêves et qu'elle devrait aussi en tirer profit ».

Le yuccie est, par exemple, celui qui quitte son job d’avocat ou de financier pour monter une start-up ou intégrer une PME. À l’image, évidemment, de celui qui a créé le concept. « Je travaillais dans le marketing pharmaceutique avant d’accepter un stage non rémunéré », explique-t-il. L'idée ? Rechercher l’épanouissement au travail, sans faire l’économie d’un confort financier. Car le yuccie semble avoir les moyens de prendre des risques. « Je suis yuccie et c’est un peu yucky (dégoûtant, NDLR) », concède David Infante.

Traversé par l’envie d’être anticonformiste et celui de devenir riche, le yuccie serait un « freelance capitaliste s’inspirant de la contre-culture », comme l'a écrit Elizabeth Nolan Brown, citée par Slate. « Il est aussi l’hybride, écrit Slate, si bien décrit dans L’Idéologie californienne par Richard Barbrook, né de la fusion des idéaux contre-culturels californiens et de l'esprit d'entreprise de la Silicon Valley, à la fois anticonformiste et milliardaire. » En réalité, loin d’être un nouveau concept, le yuccie se situerait à la croisée des chemins entre plusieurs groupes sociaux (ou types de consommateurs). Il voudrait « avoir autant de succès que le yuppie (porté sur l’apparence et la dépense, NDLR) et être aussi créatif que le hipster », explique le contributeur du site Mashable. Aussi, loin d’enterrer son cousin le hipster à barbe, il s’inscrit dans son sillage. Le hipster est (presque) mort. Vive le hipster !



COMMENTAIRE DE DIVERCITY

LES CRÉATIFS EN QUÊTE D’IDENTITÉ ET DE RECONNAISSANCE.


Que tout ce badinage est fatigant à décrypter. On retiendra de ces niaiseries qu’il y a derrière ces recherches de singularité une pathétique quête d’identité qui chez d’autres se traduit par une fuite dans l’extrémisme religieuxFreud l’a vu avant tout le monde : il y a un terrible malaise dans notre civilisation et peu nombreux sont ceux qui y échappent aujourd’hui. On ne sait trop où tout cela nous conduit.

Dans le mur, dit-on. Et si c’était au contraire vers cette métamorphose à laquelle croit le vieux Edgar Morin. On aimerait le suivre mais il faut pour cela une formidable dose d’optimisme dont une toute petite minorité sont capables : les happy few pour lesquels écrivait Stendhal. Mais il ne faudrait pas se voiler la face les urbains créatifs sont le sel non pas de la terre, mais des cités prospères. Richard Florida incite les villes à les attirer coûte que coûte pour assurer un meilleur développement urbain. Bruxelles ne manque pas d’atouts à cet égard mais les fait peu valoir en termes de communication. Les bobos très friands du climat interculturel de Saint Gilles ont désormais tendance à opter pour Schaerbeek qui depuis trente ans se régénère doucement mais sûrement.

Bruxelles est sans doute, globalement, de toutes les creative cities celle qui ignore le plus superbement ses atouts.

MG


LA  CLASSE CRÉATIVE (d’après wikipedia)

Richard Florida est docteur de l'Université Columbia en aménagement urbain. Son concept de Creative Class Groupvise à aider les villes et les collectivités territoriales d'Amérique du Nord à renforcer leur attractivité. (Cities and the Creative Class (p. 7-20, « Where My Ideas Come From »).

La classe créative (creative class, en anglais), rassemblerait selon lui environ 40 millions de personnes aux États-Unis, soit 30 % de la population active environ, mais 50 % des salaires et 70 % du pouvoir d'achat disponible. La « classe créative » désigne une population urbaine, mobile, qualifiée et connectée qui se définit principalement par le Talent, la Technologie et la Tolérance.

Il est persuadé qu'il existe une corrélation entre la présence de la « classe créative » dans les grandes villes et un haut niveau de développement économique. La classe créative est attirée par certains lieux de vie dont elle renforce encore l'attractivité. Ainsi se crée un cercle vertueux, le talent attirant le talent, mais aussi les entreprises, le capital et les services.

Dans ses écrits et dans son activité de conseil, Florida conseille aux villes d'Amérique du Nord de chercher d'abord à retenir les talents, plutôt que de construire des infrastructures coûteuses et des centres commerciaux. La présence de la classe créative est le meilleur atout dont puisse disposer une ville, car c'est elle qui la rend attractive, favorise un brain drain en sa faveur et assure le renouvellement de son économie.

Dans The Rise of the Creative Class (2002), Richard Florida cite le PDG de Hewlett-Packard, Carly Fiorina, s'adressant aux maires des grandes villes : « Gardez vos incitations fiscales et vos échangeurs autoroutiers, nous irons là où sont les gens hautement qualifiés » (« Keep your tax incentives and highway interchangeswe will go where the highly skilled people are ») 

La clef de la réussite actuelle réside dans la maîtrise des classes créatives et dans la société du savoir. 

Les contours de la « classe créative » sont jugés flous, puisque celle-ci est tantôt définie à partir des secteurs d'activité professionnelle (communication et médias, recherche et développement, enseignement, etc.), du niveau de qualification, voire des modes de consommation (fréquentation des restaurants, expositions et galeries, boutiques de luxe).

L'auteur accorderait une importance exagérée aux « bobos » dans le développement économique. Le développement serait ainsi lié à un acteur urbain cohérent et fascinant, la « creative class », qui associerait pourtant les activités et les populations les plus diverses.

Le développement d'un « Gay Index » ou d'un « Bohemian Index », qui sont censés mesurer l'attractivité d'un quartier ou d'une ville à partir respectivement du nombre d'artistes et d'homosexuels que l'on y trouve, suscite la polémique.

L'auteur aurait redécouvert un phénomène bien connu depuis les années 1970 sous le nom de gentrification : les artistes s'installent dans des quartiers où l'immobilier ne coûte pas cher, donnent à ces quartiers une nouvelle aura et déclenchent ainsi un renouveau de l'activité immobilière et une hausse des prix.

Une autre critique porte sur le présupposé d'une mobilité géographique intense des « créatifs », qui iraient s'installer dans les villes jugées « attractives » – un peu comme les capitaux s'investissent n'importe où dans l'économie globalisée. En réalité, les enquêtes de terrain montrent que la plupart habitent… la ville où ils sont nés.

« Today's driving force is the rise of human creativity as the key factor in our economy and society. Both at work and in other spheres of our lives, we value creativity more highly than ever, and cultivate it more intensely. »

— The Rise of the Creative Class, p. 4, chap. 1 : « The Transformation of Everyday Life », « The Force Behind the Shift »

« Culture, according to the traditional view, motivates economic growth by focusing human energy and effort on work, and away from the pull of distractions such as leisure, play, sexuality, and other forms of non-work-related enjoyment. […] The creativity thesis argues that the role of culture is much more expansive, that human be

 

 

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