jeudi 11 juin 2015

Les jeunes inégaux face à l'enseignement supérieur

Le Vif

Source : Belga

Les garçons dont au moins l'un des parents a suivi des études supérieures sont deux fois plus nombreux à obtenir un diplôme du supérieur que les garçons dont aucun parent n'a poursuivi d'études.


© Belga

Parmi les filles, cette proportion monte au triple. Face à l'enseignement supérieur, les jeunes sont inégaux tant en fonction du niveau d'instruction de leurs parents que de leur genre, de leur nationalité ou encore de leur lieu de résidence, ressort-il d'une analyse publiée jeudi par la Direction générale Statistique du SPF Economie.

La DG Statistique s'est penchée sur le parcours scolaire de plus de 340.000 jeunes en croisant les données de ses deux derniers recensements: l'Enquête socio-économique de 2001 et le Census de 2011. Ces jeunes étaient âgés de 24 à 27 ans en 2011.

Au sein de cette population, près de la moitié des femmes ont obtenu un diplôme de l'enseignement supérieur (48,6%), contre seulement un tiers des hommes (32,3%). Dans les ménages où au moins l'un des parents a fait des études supérieures, la proportion de garçons et de filles diplômés du supérieur est respectivement deux et trois fois plus élevée que parmi les jeunes vivant dans des ménages où aucun parent n'a poursuivi d'études.

La tendance est encore plus prononcée pour l'enseignement supérieur de type long: on recense quatre fois plus de diplômés d'une filière longue parmi les jeunes dont au moins l'un des parents est diplômé du supérieur. L'obtention d'un tel diplôme s'avère en outre significativement liée au fait d'être né belge.

La part de diplômés du supérieur est de 1,7 à 2,4 fois plus importante dans la population belge que dans la population d'origine étrangère (selon le type de formation et le sexe). Moins de 8% des garçons d'origine étrangère sont diplômés de l'enseignement supérieur de type long, contre 18% des garçons nés belges.

C'est la capitale qui accueille la plus grande proportion de jeunes non diplômés du supérieur. Seuls 25% des Bruxellois et 38% des Bruxelloises âgés de 24 à 27 ans en 2011 étaient titulaires d'un diplôme du supérieur cette année-là, contre 35% pour les garçons et 52% pour les filles en Flandre.


 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

AIDER LES JEUNES À AFFRONTER LA COMPLEXITÉ ?


Les défis auxquels est confrontée l’humanité sont titanesques : réchauffement, chômage, explosion démographique, fin de l’ère pétrolière annoncée, fanatisme islamiste etc. Beaucoup pensent que notre salut passe par une explosion technologique, sorte de nouvelle révolution sinon industrielle du moins de la technologie de la communication plus que des connaissances. Cela exige des cerveaux puissants et très bien formés (il y a du pain sur la planche).  La photo qui illustre cet article est comme une métaphore de ce qu’il faudrait éviter : le bourrage de crâne en bibliothèque.

Il n’y a plus moyen pour un lecteur « normal » de trouver une place en bibliothèque : toutes sont occupées par des students qui bloquent en troupeaux pour se donner du courage.  Un exemple, la fabuleuse bibliothèque flamande de Bruxelles, outil culturel hyper performant est envahie d’étudiantes et d’étudiants qui y bivouaquent en permanence de l’aube au crépusculebloquant toutes les places disponibles , la réduisant au statut de vulgaire salle d’étude. C’est absurde.

N’y a-t-il vraiment pas une autre manière de « cultiver » les cerveaux que de les formater à coups de syllabus à mémoriser et à restituer ensuite ? Prenons un exemple : l’enseignement des langues vivantes. Croit-on vraiment qu’on forme un romaniste, un germaniste, une traductrice à coups de syllabus grammaticaux,de listes de vocabulaire à mémoriser et de longues listes de lecture ? Prenons les études vétérinaires. Est-ce en bibliothèque qu’on devient bon connaisseur des mystères de la vie animale ? Faut-il absolument connaître l’ensemble des muscles et osselets du corps animal pour le comprendre et le guérir ? Prenons l’économie : faut-il étudier des kilos de syllabi pour comprendre les différents systèmes économiques. Ce qui est surtout sollicité dans tous ces cas de figure, c’est la mémoire. Mais que fait-on effectivement dans les écoles primaires, secondaires et supérieures pour l’entraîner et « muscler » cette sacro-sainte mémoire ?  Et quid de l’esprit de synthèse, du sens de l’analyse, de l’aptitude à résoudre des problèmes ou de la communication ? Et je ne parle pas de la créativité ou de l’esprit critique. On a cru bon d’appeler cela apprendre à apprendre ? On en est toujours aux cours ex cathedra dans d’immenses auditoires encombrés d’étudiants distraits où le prof lit son cours et l’on entend six cents étudiants tourner les pages avec lui avec un bruit de vague qui s’écrase sur le rivage. Est-ce ainsi qu’on éduque un cerveau d’homme ou de femme civilisé à l’ère de la révolution technologique ? Je caricature à peine et je fais, je l’avoue, peu de cas des séminaires de discussion, des laboratoires de groupes.  Il ne s’agit pas, non plus, de regarder l’informatique appliquée et internet comme la panacée universelle bien qu’elle puisse se révéler très efficace comme moyen.

Il ne s’agit pas de faire de ce moyen une fin en soi.

Enfin ceci : est-il raisonnable d’imposer un blocus d’esclave  à des hommes et des femmes en pleine force de leur développement vital, au printemps pendant le plus beau mois de l’année, celui où les heureux retraités profitent des locations low cost et autres aubaines… ? 

Ne faudrait-il pas précisément, à ce moment-là, les emmener loin des villes pour des ateliers (ateliers d’écriture, de communication, d’impro, de connaissance de soi etc…mais aussi de lecture de texte, de compréhension des médias) et des séminaires en extérieur (pour les géographes, les historiens, les biologistes les futurs médecins…). 

Il fut un temps où les meilleurs esprits étaient formés dans des cloitres et des abbayes dont la règle exigeait qu’ils se partagent entre travail de l’esprit et activités manuelles au service de la communauté (il faut relire la règle de saint Benoit).  Maredsous est un immense campus hors les murs où il ne se passe plus rien et qui pourrait accueillir des centaines d’étudiants en séminaires d’été. C’est un exemple. On pourrait reconstruire l’abbaye de Villers-la-Ville pour en faire un campus d’étude et de réflexion fabuleux plutôt que de l’abandonner à l’état de ruine qui s’étiole. Et quid des friches industrielles wallonnes qui attendent d’être réhabilitées ?

Oppenheimer à exilé ses savants et ses experts nucléaires au désert de Los Alamos  pour qu’ils découvrent la technique de fabrication de la bombe atomique. Ils ont trouvé et la cafétéria-restaurant où ils se retrouvaient pour des échanges et des interactions intellectuelles les a beaucoup aidés. 

Comment affronter la complexité ?  C’est une vraie question. Quand je vois mes nièces et mes neveux préparant leurs examens dans le secondaire ou dans le supérieur, je suis atterré par leurs mines patibulaires. Beaucoup tiennent à coup de caféine ou de médicaments. Dans quelques semaines ils crieront un grand ouf et se prépareront à deux mois de totale oisiveté, sauf ceux qui prendront un job étudiant évidemment.

Le taux d’échec et de décrochage est faramineux. Le mythe de la démocratisation des études permet à chacune et à chacun de s’inscrire à l’université en sachant que 80% des inscrits en première année iront à l’échec. Ne vaudrait-il pas mieux organiser des pré-universités d’été pour les moins privilégiés, celles et ceux qui ne bénéficient pas dans leur milieux familial d’un climat de stimulation aux études. Je songe à une forme de « scoutisme » d’été préparatoire aux techniques d’études dans les belles forêts d’Ardennes ou à la campagne.

Il est grand temps de prendre les choses à bras le corps si on ne veut pas que l’Europe fasse naufrage. C’est à la Commission de prendre des initiatives hardies et téméraires en vue d’une réforme radicale de notre enseignement qui est ringard et totalement inadapté. Bruxelles n’a ni pétrole ni industrie mais une formidable réserve de cerveaux en friche, ceux des deuxième et troisième générations d’immigrés. Il faut les rabibocher avec l’école qui ne les séduit en rien et souvent les exclut. Tout est à repenser. Joëlle Milquet veut un pacte d’excellence mais s’y prend comme un manchot.

Jacques Delors avait lancé des pistes avec :l’éducation un trésor est caché dedans.

De cette formidable ambition, il ne reste pas grand chose. Santerre, Barusso et Juncker sont passés par là et ont fait table rase du « trésor éducation)…Si on avait su, on aurait commencé par la culture et surtout par ses vecteurs de transmission principaux : les medias et l’enseignement et idéalement une combinaison des deux. 

MG


 

L’ÉDUCATION : UN TRÉSOR EST CACHÉ DEDANS?

SYNTHÈSE À LA GROSSE LOUCHE

(…)Le Rapport Delors s’est largement imposé comme une référence internationale pour la conceptualisation de l’éducation et de l’apprentissage. Bien que la vision proposée dans le Rapport Delors continue de nourrir la réflexion sur l’éducation dans le monde, les transformations sociétales depuis les années 1990 posent des problèmes nouveaux qui nous obligent à repenser l’éducation et sa contribution au développement. Le temps est donc venu d’effectuer une relecture critique du Rapport Delors de 1996 et d’en évaluer la pertinence actuelle. Dans quelle mesure cette analyse demeure-t-elle valable dans le contexte mondial actuel ? Quels éléments faudrait-il ajuster ou affiner compte tenu des nouveaux défis de l’éducation et de l’apprentissage ? Pour répondre à ces questions, il faut préalablement examiner l’influence que L’éducation : un trésor est caché dedans a exercée sur les politiques et la pratique de l’éducation depuis sa publication en 1996. Rappelons donc les principaux traits de la vision de l’éducation et de l’apprentissage exposée dans le Rapport Delors.

L’éducation : un trésor est caché dedans (1996) a été rédigé spécialement pour l’UNESCO par une commission indépendante présidée par Jacques Delors et composée de quinze personnalités aux parcours variés. Au début de 1993, le Directeur général de l’UNESCO a estimé que le temps était venu de brosser le tableau des approches contemporaines de l’éducation et de recueillir différentes réflexions sur ce que devrait être l’éducation au XXI e siècle. Les chapitres introductifs présentent un aperçu des problèmes sociétaux et traitent d’un large éventail de questions de développement : mondialisation, société du savoir, cohésion sociale, inclusion et exclusion, inégalité entre les sexes ou encore participation démocratique. Tensions suscitées par les changements sociétaux.Ces questions sont envisagées au regard d’un certain nombre de tensions suscitées par les changements technologiques, sociaux et économiques. En effet, les auteurs du Rapport Delors estiment que les changements sociaux et technologiques du milieu des années 1990 ont suscité une série de tensions entre : 

LE GLOBAL ET LE LOCAL « [] devenir peu à peu citoyen du monde sans perdre ses racines et tout en participant activement à la vie de sa nation et des communautés de base. »  

LUNIVERSEL ET LE SINGULIER «  [] la mondialisation de la culture se réalise progressivement, mais encore partiellement. Elle est en fait incontournable avec ses promesses et ses risques dont le moindre n’est pas l’oubli du caractère unique de chaque personne, sa vocation à choisir son destin et à réaliser toutes ses potentialités, dans la richesse entretenue de ses traditions et de sa propre culture, menacée, si l’on n’y prend garde, par les évolutions en cours. » 

TRADITION ET MODERNITÉ «  [] relève de la même problématique : sadapter sans se renier, construire son autonomie en dialectique avec la libertéet l’évolution de lautre, maîtriser le progrès scientifique. Cest dans cet esprit qu’il convient de relever le défi des nouvelles technologies de l’information. »

LE LONG TERME ET LE COURT TERME « [] tension éternelle, mais nourrie aujourdhui par une domination de l’éphémère et de linstantanéité, dans un contexte où le trop plein d’informations et d’émotions sans lendemain ramène sans cesse à une concentration sur les problèmes immédiats. Les opinions veulent des réponses et des solutions rapides, alors que beaucoup des problèmes rencontrés nécessitent une stratégie patiente, concertée et négociée de la réforme. Tel est précisément le cas pour les politiques de l’éducation. » 

LINDISPENSABLE COMPÉTITION ET LE SOUCI DE L’ÉGALITÉDES CHANCES : «  [] Question classique, posée depuis le début du siècle aux politiques économiques et sociales comme aux politiques de l’éducation. Question parfois résolue, mais jamais d’une manière durable. Aujourd’hui, la Commission prend le risque d’affirmer que la contrainte de la compétition fait oublier à beaucoup de responsables la mission qui consiste à donner à chaque être humain les moyens de saisir toutes ses chances.

Il s’agirait d’actualiser le concept d’éducation tout au long de la vie, de façon à concilier la compétition qui stimule, la coopération qui renforce et la solidarité qui unit. » Lextraordinaire développement des connaissances et les capacités dassimilation par lhomme : «  [] La Commission na pas résistéà la tentation dajouter de nouvelles disciplines, comme la connaissance de soi et des moyens d’assurer sa santé physique et psychologique ou encore l’apprentissage pour mieux connaître et préserver l’environnement naturel. Et pourtant les programmes scolaires sont de plus en plus chargés. Il faudra donc, dans une claire stratégie de la réforme, opérer des choix, mais à condition de préserver les éléments essentiels d’une éducation de base qui apprend à mieux vivre, par la connaissance, par l’expérimentation et par la construction d’une culture personnelle. »

LE SPIRITUEL ET LE MATÉRIEL « [] Le monde, souvent sans le ressentir ou l’exprimer, a soif d’idéal et de valeurs que nous appellerons morales, pour ne heurter personne. Quelle noble tâche pour l’éducation que de susciter chez chacun, selon ses traditions et ses convictions, dans le plein respect du pluralisme, cette élévation de la pensée et de l’esprit jusqu’à l’universel et à un certain dépassement de soi-même. Il y va – la Commission pèse ses mots – de la survie de l’humanité ». À l’issue de cette analyse, L’éducation : un trésor est caché dedans formule plusieurs recommandations pour lutter contre la croissance économique inégalitaire, rompre le cercle vicieux de la pauvreté et de l’inégalité entre les sexes, jeter des passerelles entre l’école et le monde du travail, créer un crédit-temps pour l’éducation, évaluer la situation matérielle, économique et sociale des enseignants, apprendre à respecter la diversité et, enfin, repenser les problèmes posés par le développement des nouvelles technologies de l’information. L’essai introductif intitulé « L’éducation ou l’utopie nécessaire » place explicitement la théorie exposée dans le Rapport dans une perspective de long terme ayant le XXI e siècle pour horizon. Compte tenu de l’extraordinaire diversité des systèmes d’éducation dans le monde, le Rapport examine en priorité comment les méthodes d’apprentissage et les institutions éducatives peuvent renforcer la cohésion sociale dans un monde de plus en plus globalisé. 

Le rapport présage que le concept s’imposera comme l’une des clés d’entrée du XXI e siècle car il répond « au défi d’un monde en changement rapide, il s’impose avec ses atouts de flexibilité, de diversité et d’accessibilité dans le temps et dans l’espace. Il dépasse également la distinction traditionnelle entre la scolarité initiale et l’éducation permanente » . Avec le concept d’apprentissage tout au long de la vie en toile de fond, le rapport est bâti sur quatre piliers de l’éducation et de la vie : apprendre à connaître, apprendre à faire, apprendre à être et apprendre à vivre ensemble. 

APPRENDRE À CONNAÎTRE : cette notion en englobe une autre, APPRENDRE À APPRENDRE, qui désigne une capacité dapprentissage relevant de l’éducation de base et permettant à chacun de saisir les occasions d’éducation qui se présentent tout au long de sa vie. « […] Compte tenu des changements rapides induits par le progrès scientifique et les formes nouvelles de l’activité économique et sociale  », apprendre à connaître permet d’allier une «  culture générale suffisamment étendue avec la possibilité de travailler en profondeur un petit nombre de matières. »

APPRENDRE À FAIRE : cette notion a trait à lacquisition des compétences professionnelles nécessaires à la pratique dune profession ou dun métier. Il convient de multiplier les partenariats entre le monde de l’éducation et celui de l’entreprise et de l’industrie pour mettre au point diverses organisations permettant des interactions entre l’éducation et la formation d’une part et le monde du travail d’autre part. Outre l’apprentissage d’une profession ou d’un métier, chacun doit se doter des capacités pour s’adapter à toutes sortes de situations parfois imprévisibles et à travailler en équipe, compétences qui n’ont généralement pas reçu l’attention qui s’imposait dans les cursus éducatifs.

APPRENDRE À ÊTRE : apprendre à être était le thème central du Rapport Faure publié par lUNESCO en 1972 et qui privilégiait la pleine réalisation du potentiel humain. Les recommandations quil contient sont jugées toujours très pertinentes dans le Rapport Delors « puisque le XXIe siècle exigera de tous une plus grande capacité d’autonomie et de jugement qui va avec le renforcement de la responsabilité personnelle dans la réalisation du destin collectif. »

APPRENDRE À VIVRE ENSEMBLE : cette notion désigne la nécessité d’acquérir une compréhension des autres, de leur histoire, de leurs traditions et de leur spiritualité, et de l’utiliser pour créer « un esprit nouveau qui, grâce précisément à cette perception de nos interdépendances croissantes, à une analyse partagée des risques et des défis de l’avenir, pousse à la réalisation de projets communs ou bien à une gestion intelligente et paisible des inévitables conflits » […] et pour « sortir du cycle dangereux nourri par le cynisme ou la résignation. » etc. etc. (…) 

 

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