mardi 23 juin 2015

Mgr Léonard fêté par l’Opus Dei pour son action globale

CHRISTIAN LAPORTE 

La Libre



C’était une journée particulière mise sur pied par l’Opus Dei à Bruxelles en l’honneur de son saint fondateur Josemaria Escriva mais elle aura aussi - surtout ? - été celle de Mgr André-Joseph Léonard qui présida la célébration eucharistique en l’église Saint-Jacques sur Coudenberg et qui enchaîna par une conférence non moins suivie samedi après-midi à la Bibliothèque royale sur un thème plutôt "hot" dans l’Eglise, "le mariage chrétien, une vocation"…

On sait que l’Opus Dei et le toujours actuel primat de Belgique nourrissent une grande estime l’une pour l’autre et vice-versa et c’était donc une belle manière pour la Prélature personnelle de l’Eglise catholique de mettre à l’honneur l’archevêque de Malines-Bruxelles alors que se profile tout doucement l’heure de son départ.

LA SAINTETÉ SE GAGNE AUSSI AU TRAVAIL

André-Joseph Léonard a mis l’accent sur la spiritualité de l’Opus et celle de son fondateur, disparu voici près de 40 ans, le 26 juin 1975. Contrairement à certaines idées reçues encore tenaces sur l’Opus Dei présentée surtout comme une réalité clérico-cléricale repliée sur elle-même, l’archevêque a insisté que la sainteté partait d’abord du "travail humain au milieu du monde (qui) est une réalité positive".

Pour Mgr Léonard, saint Josemaria Escriva fut un précurseur du concile Vatican II et de la constitution pastorale Gaudium et Spes

Au terme de son homélie, il "rendit grâce que cette spiritualité ait atterri en Belgique voici 50 ans" et remercia l’Opus "pour tout le fruit que nous connaissons et pour lequel nous disons merci".

UNE LONGUE OVATION

A la fin de la célébration, l’assemblée a rendu la pareille à Mgr Léonard par des applaudissements particulièrement nourris.

Et les responsables de l’Opus de le remercier en quelque sorte pour l’ensemble son œuvre : "pour (sa) vie sacerdotale et pour (sa) mission d’évêque, d’abord à Namur et ensuite à Malines-Bruxelles, pour les nombreuses vocations de prêtres qu’il a suscitées, pour les fruits de (ses) inlassables visites dans tous les recoins de (ses) diocèses successifs, pour (son) magistère écrit et oral, si abondant et si enrichissant, pour (sa) défense de la famille, pour (sa) sollicitude envers tant de personnes blessées par l’existence, pour (son) exemple de piété et d’amour de l’Eucharistie, pour l’accueil généreux qu’(il) a réservé aux nouvelles réalités d’Eglise, pour (sa) fidélité à l’Eglise et au Pape, et pour tant d’autres choses."

Dans l’après-midi, amis et sympathisants de l’Opus ont alors assisté à la conférence de Mgr Léonard sur "le mariage, vocation chrétienne". Un titre qui ne tomba pas du ciel : comme le précisent les responsables de l’Opus en Belgique, "il a été repris d’une homélie de saint Josémaria mais il constitue bien évidemment aussi un thème de réflexion très actuel dans la vie de l’Eglise, à l’approche du prochain synode". Sans surprise, Mgr Léonard y a développé un ardent plaidoyer pour le mariage traditionnel.

Sa conclusion ? L’Eglise bénit l’union conjugale de l’homme et de la femme, pourvu qu’elle se veuille indissolublement fidèle et ouverte au don de la vie, à l’image de l’alliance entre le Christ et son Eglise. Elle la considère même "comme un sacrement, c’est-à-dire un signe efficace de la présence de l’amour de Dieu en ce monde". Et donc pour André-Joseph Léonard, le mariage est bien une vocation chrétienne, a conclu l’orateur très applaudi par une assistance largement composée de… fiancés et de personnes mariées.


 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

UN BONHOMME COMPLEXE, BRILLANT MAIS DÉCALÉ.


Qui sommes-nous pour émettre un jugement sur un brillant théologien de la trempe de Mgr. Léonard. Même chez Gabriel Ringlet, qui visiblement ne l’aime pas, perce une pointe de secrète admiration.

Ce qui interpelle c’est le choix du pape Ratzinger qui en dit long sur le magistère réactionnaire de Benoît XVI. Léonard fut égal à lui-même,  imperturbable dans sa raideur doctrinale souvent qualifiée d’ultra conservatrice. Qu’il soit cher au cœur de l’Opus Dei n’étonnera personne. Le choix du nouvel archevêque primat de Belgique confirmera ou infirmera l’image fortement évangélique que le pape François entend donner de lui.  

MG



GABRIEL RINGLET: «MGR LÉONARD NOUS MET CONSTAMMENT EN DÉCALAGE HORAIRE»

PL.A.
Le Soir et RTBF Info



UGabriel Ringlet. © Le Soir/René Breny

Gabriel Ringlet, prêtre, écrivain, théologien et professeur émérite à l’UCL,  fait le bilan du sacerdoce de Monseigneur Léonard à la tête de l’Église catholique de Belgique.

« UNE RUPTURE AVEC LA SOCIÉTÉ CIVILE »

« Quand on fait le bilan du passage de Monseigneur Léonard, c’est une certaine rupture avec la société civile », regrette Gabriel Ringlet.

« J’espère que son successeur aura comme priorité de refaire le lien avec la société tout entière dans tout son pluralisme et pas seulement avec les catholiques ».

« ON VA SURTOUT RETENIR LE PERSONNAGE »

« La personnalité de Mgr Léonard a été occultée par le personnage. Il nous met constamment en décalage horaire. Il est là où vous ne l’attendez pas, au moment où vous ne l’attendez pas dans un type de parole que vous n’attendez pas », explique Gabriel Ringlet. « Par exemple, lors de son homélie le jour de Pâques, les chrétiens parlent de la résurrection dans le monde entier et, lui, il parle de l’avortement. Cela a choqué énormément de gens. C’est son droit de le penser mais pourquoi le dire de cette manière-là le jour de Pâques ? »

Et Gabriel Ringlet d’insister : « Il y a là un décalage horaire qui occulte les côtés tout à fait positifs de Mgr Léonard. C’est un pasteur, un philosophe, un théologien mais on va surtout retenir le personnage ».

« UN TRÈS GRAND SENS SOCIAL »

Gabriel Ringlet rappelle aussi que les médias ont très peu parlé de son très grand sens social. « Il est allé vers les sans-papiers, on en a très peu parlé. Il avait un sens pastoral. Il a voulu beaucoup se rendre sur le terrain mais quand il abordait les questions éthiques, c’était un clivage radical ».

« J’aurais tant aimé que Mgr Léonard dise ‘Je suis opposé à l’avortement. Je sais que certains d’entre vous ont des arguments dans l’autre sens. Donnez-les-moi. Parlons-en’».

« Il aura été un évêque terriblement atypique. Il a été à contresens de l’histoire catholique. Il faut regarder le monde avec plus de sympathie. »

QUEL BILAN PEUT-ON TIRER DU SACERDOCE DE MONSEIGNEUR LÉONARD À LA TÊTE DE L’EGLISE CATHOLIQUE DE BELGIQUE ET QUEL DEVRAIT ÊTRE LE PROFIL DE CELUI QUI SERA PROCHAINEMENT APPELÉ À LE REMPLACER ? 

Souvent critique et parfois en opposition avec Monseigneur Léonard, Gabriel Ringlet constate que l’archevêque de Malines-Bruxelles n’aura pas fait avancer la cause des catholiques. " Il y a eu une rupture avec la société civile, le contraire du chemin montré par le Pape François ".

Sa façon de présenter le sida comme une justice immanente a, de même, contribué à forger cette image radicale : " Souvent c’était une question de forme, mais sur les questions éthiques c’était une question de fond. Il faut parler plus sereinement de ces sujets et laisser aux autres la possibilité d'apporter leurs arguments."

Gabriel Ringlet ne souscrit pas à la définition de Christian Terrasse, rédacteur en chef de la revue Golias, qui décrit Monseigneur Léonard comme "Une parenthèse dans l’histoire de l’Eglise de Belgique. " Mais sa sentence est à peine moins critique : "Il aura été un évêque terriblement atypique. Il a été à contresens de l’histoire catholique. Il faut regarder le monde avec plus de sympathie. "

LES AFFAIRES DE PÉDOPHILIE MAL GÉRÉES

La 'parenthèse' de 5 ans de Monseigneur Léonard aura été marquée par les affaires de pédophilie. A-t-il su trouver les mots? Pour le théologien, " le point de départ était catastrophique", mais il a eu la sagesse de rester à l’arrière-plan lorsque l’évêque Harpigny de Tournai s’est imposé.

QUI POUR LE REMPLACER?

Connu pour son franc-parler, Gabriel Ringlet défend d’emblée l’éventuelle candidature de Monseigneur De Kesel de Bruges : " On lui reproche d’avoir été parfois un peu mou lors des affaires sur la pédophilie, mais c’est une personnalité ouverte. Je n’imagine pas un choix de François qui n’irait pas dans le sens de ce que lui-même souhaite : un vrai dépouillement, une vraie priorité à l’évangile. "

L’EGLISE VA CHANGER… LENTEMENT

Mais si un changement doit intervenir dans l’Eglise de Belgique, cela devra se faire par la base "au niveau de l’homme et dans les communauté. Les gens doivent prendre leurs responsabilités. "

A propos de la discussion animée sur les cours de philosophie, Gabriel Ringletappelle une nouvelle fois à plus de dialogue: "C’est fondamental. Il faut une Église en dialogue dans l’accueil chaleureux de ceux qui ne pensent pas comme elle, notamment sur le plan éthique. Aux homosexuels, il faut dire ‘sentez-vous chez vous chez nous’. y compris jusqu’au mariage. Si déjà on pouvait avoir une avancée pour les divorcés remariés, ce serait déjà un grand pas. " Le prochain synode sur le mariage aura fort à faire.

Jean-Claude Verset

 

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