vendredi 26 juin 2015

Tusk et Juncker en collision frontale dans le débat sur les migrants

Le Soir

Jurek Kuczkiewicz

Lors de la première journée du sommet européen, les 28 ont difficilement convenu d’un schéma volontaire de répartition de 40.000 demandeurs d’asile.



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Jean-Claude Junc. © AFP

« Ce n’est pas une méthode de travail, je m’inscris en faux contre cette méthode. Lorsque vous êtes fatigué, vous ne prenez pas les bonnes décisions. Et sur tous les sujets discutés, je m’exprimerai demain avec mon point de vue personnel lors de la conférence de presse finale. » Après 24 heures presque ininterrompues de négociations grecques, suivies d’une première journée houleuse de sommet achevée à trois heures du matin, c’est un Jean-Claude Juncker visiblement épuisé et peinant à contrôler sa colère, qui est venu présenter en compagnie du président du Conseil européen Donald Tusk les décisions prises par les 28 chefs d’État et de gouvernement de l’Union.

PAS DE QUOTAS

La séance fut agitée donc, centrée sur la stratégie de migration proposée en mai dernier par la Commission européenne, mais dont un point a suscité comme prévu la controverse entre les 28 chefs d’État et de gouvernement : la répartition de 40.000 demandeurs d’asile arrivés en Italie et en Grèce, que la Commission voulait opérer par quotas obligatoires. Au final, les 28 se sont engagés à répartir ce nombre de migrants par un mécanisme volontaire, qui sera adopté au consensus. « Les ministres de l’Intérieur finaliseront ce schéma d’ici la fin du mois de juillet », a précisé Donald Tusk. Comme prévu dans la proposition de la Commission, 20.000 réfugiés (déjà reconnus comme tels et en attente de réinstallation dans des pays de transit) seront quant à eux pris en charge et répartis, également sur une base volontaire.

Des débats violents

Selon nombre d’indiscrétions tout au long de la soirée puis de la nuit, les débats ont été particulièrement violents entre les participants au sommet. Le premier ministre italien Matteo Renzi, exigeant d’abord que la répartition soit effectuée sur base obligatoire, a accusé les opposants à ce système de « ne pas être à la hauteur de l’Europe ». La présidente lituanienne Grybauskaite lui aurait vertement répondu.



Matteo Renzi. © Reuters

Un différend a aussi opposé les deux présidents, Jean-Claude Juncker et Donald Tusk : alors que ce dernier voulait insérer dans les conclusions du sommet que la décision serait prise par consensus, le premier lui a rétorqué qu’une procédure législative qui selon les traités doit se prendre à la majorité qualifiée ne peut être prise par consensus. Le président du Conseil a fait appel pendant la séance à une analyse des services juridiques, mais sans qu’on ait pu établir si c’était bien sur ce point de la controverse.

Les débats sur les quotas furent si agités et émotionnels, que Donald Tusk les interrompit à un moment donné pour traiter de la question britannique, l’exposé du premier ministre britannique David Cameron sur ses intentions référendaires ayant finalement servi d’interlude pour rafraîchir quelque peu les esprits…


Bien qu’il ait milité pour un mécanisme obligatoire, Jean-Claude Juncker a dû constater que, comme Tusk l’avait annoncé à son arrivée au sommet, imposer ces « quotas » était impossible, vu l’opposition catégorique d’un groupe de pays, en l’occurrence les pays de l’Est et les pays baltes, emmenés par la Pologne et la Hongrie. Laquelle« a enregistré depuis le début de l’année un tiers des demandes d’asile, soit plus que l’Italie », a rappelé Tusk, accusé en sous-main par plusieurs délégations nationales de défendre la ligne des pays de l’Est.

Jean-Claude Juncker avait du mal à cacher son dépit : « Que nous le fassions par une voie volontaire ou obligatoire m’importe très peu. (…) Mais donner une perspective de vie à 60.000 personnes est un effort modeste. Que nous mettions des heures à nous mettre d’accord sur la méthode prouve que l’Europe n’est pas à la hauteur de l’image qu’elle veut se donner à l’extérieur. »


Une conférence de presse tendue

Lors de la conférence de presse des deux présidents, les résidus de tension entre les deux personnages étaient criants. Il était difficile de comprendre, dans le chef de Juncker, si ses reproches sur « la méthode de travail » s’adressaient précisément à Donald Tusk. En réponse à une question sur les rumeurs de conflit entre eux, Juncker a rétorqué « Ne croyez pas aux fuites, ni aux tweets, le conflit entre nous est nue abstraction ».

Mais lorsqu’il s’est approché de Donald Tusk pour simuler un combat, ce dernier l’a fermement maintenu à distance, les lèvres serrées dans un sourire crispé. Et l’ironie était aussi perceptible chez Tusk lorsque celui-ci a proposé à Juncker de répondre en polonais à la question d’une journaliste polonaise, que chez Juncker lorsqu’il a indiqué à la presse que «  le président du Conseil vous éclairera sur le mode de décisions que nous avons pris, bien qu’il ait été plus somnolent que moi ». Rarement la violence des tensions exprimées dans l’enceinte fermée d’un sommet, aura-t-elle été aussi visible à la sortie entre les présidents du Conseil et de la Commission.

 



COMMENTAIRE DE DIVERCITY

IL Y A DEUX EUROPES


Il y a l’Europe ancienne, généreuse et inspiré par les valeurs des Lumières dirigée par un Juncker visiblement épuisé-comme elle-et l’Europe nouvelle, celle des anciennes nations vassales de Moscou menée par le Polonais Tusk et majoritairement atlantistes et anti russe. Cela devrait plaire aux Anglais qui toujours ont divisé pour régner. C’est assez préoccupant pour l’avenir de notre chère Europe.

MG

 

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