jeudi 18 juin 2015

Waterloo, la glorieuse défaite



Une reconstitution historique de la bataille de Waterloo, le 17 juin 2012 à Waterloo en Belgique (Photo Georges Gobet. AFP)


ALAIN DUHAMEL (LIBÉRATION)

Ce matin-là, il y a deux siècles jour pour jour, le 18 juin 1815, il pleuvait dru sur la plaine de Waterloo. La météo allait d’ailleurs largement décider du sort de la bataille. Elle incita Napoléon à repousser de quatre heures le déclenchement de son attaque contre Wellington. Elle permit ainsi au général Blücher d’arriver à temps pour faire basculer le destin. Il y eut certes d’autres facteurs. L’empereur, alourdi et souffrant, avait examiné moins minutieusement que d’habitude le terrain, et commit plusieurs erreurs d’appréciation. Les commandements, distribués à la hâte, étaient mal répartis. La troupe, toujours valeureuse, doutait de ses généraux. Ney, le plus intrépide et le plus populaire, accumula les fautes et fit massacrer la cavalerie. Les instructions changeaient sans cesse et arrivaient trop tard. A l’aube, les chances étaient en faveur de l’empereur. Au crépuscule, après des prodiges de vaillance, des massacres horribles, des occasions manquées, tout était perdu. L’héroïque folie des Cent Jours s’achevait. L’Europe rassemblée l’emportait sur le génie harassé de l’Aigle. Waterloo sonnait la fin inexorable de l’épopée la plus éclatante et la plus funeste de l’histoire de France. Ce jour de grand deuil reste pourtant dans les mémoires, bien au-delà de l’Hexagone, comme la plus glorieuse défaite tricolore.

C’est que le mythe de l’empereur survit à la défaite, la surpasse, la transcende. Les peuples ont besoin de héros, les nations ont faim de figures historiques. A cette échelle-là, Napoléon n’a pas de rival. L’imaginaire impérial éclipse tous les autres. On peut lui préférer Henri IV, admirer Louis XIV, applaudir Danton, estimer Carnot, relire Jaurès, avoir le culte de Clemenceau ou, plus près de nous, placer très haut le général de Gaulle et rester fasciné par François Mitterrand.

Personne, cependant, n’égale la gloire de l’empereur, n’approche sa célébrité, n’occupe une place comparable. Napoléon est hors catégorie. Image d’Epinal, représentation reconstruite occultant le terrible bilan de dix ans de guerres continues, d’invasions, d’occupations avec leur cortège de violences, d’autoritarisme, d’erreurs flagrantes (le blocus continental, la guerre d’Espagne), de ridicules dynastiques (les royaumes distribués en famille) ? Sans doute, mais qui ne changent rien à cette réalité : dans la mythologie française, Napoléon marche loin devant les autres, et Waterloo lui offre un dénouement wagnerien et grandiose. L’historiographie anglo-saxonne lui reconnaît volontiers sa stature mais ironise sur sa légende.

Comment douter, cependant, de sa popularité unique lorsque l’on lit le récit de la reconquête inouïe du pouvoir après l’île d’Elbe, sans avoir à tirer le moindre coup de feu ? C’était un général putschiste qui gouvernait de façon despotique ? Anachronisme. Les coups d’Etats se succédaient, il fallait des sabres, celui-ci ne gouvernait pas plus brutalement que les monarques européens de l’époque. A leur différence, il a aussi été celui qui a conservé l’essentiel des apports de la Révolution, remplacé les privilèges par les mérites, inventé l’Etat moderne, métamorphosé la société. Il faisait la guerre mais ce n’était pas lui qui la déclarait et il la menait en génie militaire sans rival.

En fait, les monarchies européennes n’acceptaient pas la fin des Bourbons, quel que soit le régime qui leur succédait, révolutionnaire, républicain, ou impérial. Ce n’est pas un hasard, non plus, si la marque napoléonienne reste aujourd’hui aussi forte sur la société, pour le meilleur et pour le pire.

Sans doute a-t-elle semé la nostalgie de l’ordre et de l’autorité, qui ressurgit périodiquement dans les phases de crise. Si la France contemporaine laisse la première place à l’exécutif au niveau de l’Etat, des régions, des départements et des mairies - seule dans ce cas à l’échelle européenne -, on peut sans doute y voir une trace du tempérament bonapartiste autoritaire. Dans l’univers politique d’aujourd’hui, il n’y a pas de Napoléon mais on trouve des caractères et des styles bonapartistes, surtout à droite, parfois à gauche, jamais au centre. Les électeurs de Nicolas Sarkozy, voire de Jean-Luc Mélenchon, sont parfois des bonapartistes qui s’ignorent.

En revanche, il n’y a pas d’hésitation sur ce qui expliquait la fascination qu’exerçait l’empereur et sur ce qui manque tant à la politique de 2015 : la part du rêve et l’incarnation de la grandeur. Après lui, personne n’a plus incarné la grandeur, sinon Clemenceau deux ans, et le général de Gaulle deux mandats. Quant à la part du rêve, elle s’est évanouie en 1940, et n’a pas ressurgi depuis, sauf peut-être chez quelques Européens esseulés et malheureux.

Alain DUHAMEL

 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY

LA PART DU RÊVE

La part du rêve, elle s’est évanouie en 1940, et n’a pas ressurgi depuis, sauf peut-être chez quelques Européens esseulés et malheureux.

Mais combien sont-ils donc, ces  quelques Européens esseulés et malheureux ?

Si on ne peut plus rêver à l’Europe, et c’est devenu un sport d’élite, à quoi bon rêver encore ? A une internationale cosmopolite ?

MG

 


WATERLOO, FASCINANT CHAMP D'HORREURS

Pierre Havaux

Le Vif/l'express

Waterloo, mère de toutes les batailles, écrase toute concurrence depuis deux siècles. Quel autre lieu au monde peut revendiquer d'avoir vu le " dieu de la guerre" mordre la poussière ?


La reconstitution de la bataille de Waterloo en 2010. © BELGA

Waterloo, the place to be à l'agenda 2015. Ces 18, 19 et 20 juin, la reconstitution de la défaite de napoléon, deux cents plus tard, est le point d'orgue d'une déferlante (publications, conférences, reportages) entamée depuis des mois. Sa bataille n'a pas fini de rejeter dans l'ombre n'importe quel autre affrontement qui a fait date dans l'Histoire sur ce qui fut le champ de bataille de l'Europe. Courtrai (1302), Ramillies (1706), Malplaquet (1709), Fontenoy (1746), Jemappes (1792), Fleurus (1794), Ypres (1915), Bastogne (1944)... Au total, plus de 5 000 sièges ou batailles rangées sont répertoriés dans nos contrées. Mais Waterloo sort du lot. Ecrase toute concurrence. Sa place parmi les plus grands chocs militaires qui ont changé la face du monde depuis l'Antiquité n'est pas contestée. Pas moins de 124 Waterloo recensés aux quatre coins de la planète : qui dit mieux ? La fascination n'a pas pris une ride. La magie opère toujours.

LA CHUTE D'UN GÉANT

Waterloo 1815, c'est un choc de titans qui se solde par la chute d'un géant. Le lieu où a mordu la poussière l'un des plus grands génies militaires. Le "dieu de la guerre" en personne, s'il faut en croire le grand théoricien militaire prussien du XIXsiècle Carl von Clausewitz.

Napoléon superstar. Quarante grandes batailles à son actifpresque autant de victoires à son palmarès. Campagnes d'Italie, d'Egypte, d'Allemagne, de Prusse et de Pologne, d'Espagne, du Portugal, d'Autriche, de Russie, de Saxe, de France : en moins de quinze ans, le général Bonaparte, qui s'est élevé au statut d'empereur Napoléon Ier, a eu quasi toute l'Europe à sa botte. Avant de devoir se retirer sur l'île d'Elbe en 1814, vaincu par le nombre. Fausse sortie. Le rideau final ne pouvait tomber qu'en Belgique.

SUPER-HÉROS, SEUL CONTRE TOUS


© BELGA

Depuis son foudroyant retour d'exil, le 20 mars 1815, Napoléon Bonaparte n'est plus qu'un souverain cerné, l'homme à abattre, l'ogre de Corse décrété hors la loi par toutes les têtes couronnées d'Europe. Philippe Raxhon, historien (ULg) impliqué dans le bicentenaire de la bataille, plante le décor : "Ce n'est pas la France face à un million de soldats qui se massent à ses frontières. C'est Napoléon seul, contre un million d'hommes qui marchent sur lui." S'il tarde à agir, Napoléon aura sur le dos les armées du continent entier, anglaises, prussiennes, russes, autrichiennes, bavaroises... Il doit s'extraire de la nasse, prendre ses adversaires de vitesse, les battre un à un. Le salut est dans la fuite en avant : la tactique lui a si souvent souri.

Ses ailes à peine redéployées, l'aigle décide de fondre sur ses proies les plus proches, les forces anglaises et prussiennes massées en territoire belge. Napoléon s'y porte dès la mi-juin, en nette infériorité numérique. Il n'a que 124 000 hommes à opposer à 200 000 combattants alliés. Du deux contre un, et alors ? Napoléon Bonaparte en a vu d'autres. Il n'a jamais cessé de croire en sa bonne étoile. "Napoléon a toujours été un formidable joueur de poker, au sens noble du terme", glisse Philippe Raxhon.

Le stratège hors pair sait comme personne deviner le jeu de l'adversaire et découvrir les cartes qu'il a en main. Or, "l'affaire se présente plutôt bien pour lui : les Anglais sont du côté de Bruxelles, les Prussiens à Namur. Un cadeau pour Napoléon." Il espère bien que sa vista ne le décevra pas.

WATERLOO À LA 24 HEURES CHRONO

L'Europe entière retient son souffle. "La bataille de Waterloo est un vrai thriller." Un feuilleton sanglant à rebondissements, construit sur un scénario digne de la série télévisée 24 heures chrono. Pour que Napoléon trébuche à Waterloo le 18 juin, il a fallu qu'il piétine deux jours plus tôt, face aux Prussiens à Ligny et aux Anglo-Hollandais aux Quatre-Bras (Genappe). Double confrontation sanglante qui fait 32 000 tués et blessés, et tourne à l'avantage de Napoléon. Mais succès trompeurs qui abusent l'empereur. "Alors que les Anglo-Hollandais peuvent se retirer en bon ordre des Quatre-Bras, Napoléon est convaincu que les Prussiens, sévèrement étrillés à Ligny, se replient vers Namur pour rentrer chez eux. Il évalue donc mal l'état des troupes prussiennes", poursuit l'historien liégeois. Le 16 juin est ainsi déjà une journée décisive, celle des occasions gâchées par l'armée française. Ligny, ultime victoire de l'empereur, porte en elle les germes de sa défaite définitive à Waterloo.

C'est un Napoléon sûr de lui qui confie à son entourage qu'il sent la victoire à plein nez. Il n'a que mépris pour les qualités militaires de son adversaire. "Je vous dis que Wellington est un mauvais général, que les Anglais sont de mauvais soldats, et que ce sera l'affaire d'un déjeuner." C'est la première fois qu'il va affronter leur chef en personne. Et la dernière.

Le Petit Tondu, comme le surnomment affectueusement ses hommes, a encore de la ressource. Il compte toujours sur ces soldats de la Révolution et de l'Empire, 75 000 gaillards souvent équipés avec des bouts de ficelle mais pressés d'en découdre avec 78 000 Anglo-Hollandais, ces "habits rouges" réputés si redoutables. Le brillant général n'est pourtant plus au sommet de son art. Il est physiquement amoindri, usé par quinze ans d'incessantes campagnes. Maux de ventre, problèmes d'hémorroïdes, difficultés à uriner : les ennuis de santé ne le quittent plus.


Reconstitution de la bataille en juin 2010. © BELGA

Les cieux aussi, ne lui sont plus favorables, à l'heure de livrer bataille. La pluie battante qui a rendu la plaine détrempée contrarie ses plans d'attaque. Elle le force à reporter de deux heures le début des grandes manoeuvres. Funeste contretemps.

11 heures 30, l'artillerie française ouvre enfin le bal. Waterloo a rendez-vous avec l'Histoire. Bataille indécise jusqu'au bout, suspense insoutenable. Avec un Napoléon sans cesse à l'attaque. Un Wellington qui plie mais ne rompt pas, à la tête de troupes au bord de la rupture, lorsque déboulent miraculeusement 30 000 hommes sur le flanc droit de l'armée française. La nouvelle se répand comme une traînée de poudre. "C'est Grouchy ? Non, c'est Blücher !" 30 000 Prussiens surgissent là où Napoléon attendait son maréchal Grouchy vainement lancé à leurs trousses.

Tournant de l'affrontement. La victoire était à portée de Napoléon. Elle se dérobe sous ses yeux, elle lui échappe. "Sa défaite, c'est aussi celle de la parole donnée", commente Philippe Raxhon. Cet engagement solennel qu'avaient pris Wellington et Blücher de s'épauler dans l'adversité, coûte que coûte. Promesse a été tenue. Cette fois, la coalition n'a pas flanché, et Napoléon a trouvé ses maîtres. D'un coup, l'espoir change de camp. Napoléon jette ses dernières forces dans la bataille, sa précieuse garde impériale, ses fidèles grognards qui s'ébranlent. Mais voilà que cette masse de géants qui a fait trembler l'Europe vacille, puis recule, sous la mitraille. Alors, l'armée française n'est plus qu'un cri : "La garde recule !" Panique, débandade générale qui emporte l'empereur, obligé d'abandonner berline et trésor pour sauver sa peau. Brutale fin de partie. L'aigle est terrassé pour de bon. Sa campagne de Belgique était celle de trop. Waterloo devient le tombeau de sa grande armée.

Le 18 juin 1815, la formidable machine de guerre napoléonienne a connu trop de ratés. "Napoléon, ses maréchaux et ses généraux, étaient tout simplement en fin de cycle", estime Thierry Lentz, directeur de la Fondation Napoléon et grand spécialiste français du consulat et de l'empire. Maladresses tactiques, erreurs de jugement. Ordres mal transmis, mal compris et mal exécutés par des maréchaux fatigués, enrichis, qui n'y croyaient plus vraiment. Ainsi Ney, "le brave des braves", cinq chevaux tués sous lui à Waterloo, mais "un crétin plutôt qu'un génie militaire", dixit Thierry Lentz, qui passe d'une inexplicable apathie à une folle imprudence en chargeant sabre au clair les carrés anglais, à la tête de la cavalerie française. Ainsi Soult, le chef d'état-major, qui fait étalage de toute son incompétence à un poste d'une importance capitale.

Mais par-dessus tout, Napoléon a perdu son légendaire coup d'oeil. "C'est le Napoléon des mauvais jours qui opère à Waterloo. Ses responsabilités dans la défaite sont lourdissimes. Alors qu'il aurait dû pulvériser ses adversaires, il n'a jamais très bien compris ce qui lui était arrivé", rapporte Thierry Lentz. Abasourdi par son infortune, l'empereur déchu aura tout le loisir de ruminer sa défaite, perdu sur le rocher de Sainte-Hélène : "La bataille de Waterloo aurait eu lieu 24 heures plus tôt, Wellington et Blücher ne se seraient pas rejoints..." Le 18 juin, à Waterloo, ce fut un quitte ou double d'une intensité dramatique.

CASTING D'ENFER


Reconstitution de la bataille de Ligny, le 14 juin 2015. © AFP

Ce scénario palpitant est servi par une distribution de rôles éblouissante. La crème des chefs de guerre de l'époque s'affronte à Ligny, puis à Waterloo. Cette fois, ceux qui ont pour périlleuse mission de donner la réplique à l'empereur se montrent à la hauteur.

Arthur Wellesley, duc de Wellington, l'Anglais, 46 ans comme Napoléon qu'il n'a jamais directement affronté mais dont il a vaincu les armées en péninsule Ibérique, surnommé "le duc de fer", prototype de l'aristocrate anglais, hautain, dur, exigeant. Blücher, le Prussien, 72 ans, baptisé le maréchal "vorwärts" ("en avant"), vieux soudard revanchard, éternellement en butte à ce général Bonaparte auquel il voue une haine... corse.

Tous commandent encore au péril de leur vie, s'exposent au feu de l'ennemi. A Ligny, le septuagénaire Blücher charge sabre au clair, est culbuté et choisit de rester immobile sous la carcasse de sa monture pour échapper à la capture. Arc-bouté sur la crête de Mont-Saint-Jean, Wellington est constamment en première ligne, échappe de peu à la mort. Napoléon aussi, se met en danger au plus fort de la mêlée, et ne ménage pas ses forces qui le trahissent. Cruel contraste avec Louis XVIII, ce roi de France défenestré, qui attend piteusement à Gand que la fortune des armes décide de son sort et que d'autres se chargent de lui récupérer son trône.

WATERLOO, DU PANACHE AU MILIEU DE L'HORREUR

"Ce qui est peu commun avec Waterloo, observe Philippe Raxhon, c'est le nombre d'acteurs qui ont laissé des récits de la bataille. On peut y voir le signe qu'ils avaient conscience de participer à un affrontement gigantesque, hors normes." Ils ne se trompaient pas : plus de 200 000 hommes, des milliers de chevaux, 500 canons, se retrouvent concentrés sur moins de 20 km², engagés dans une fournaise qui va grosso modo durer neuf heures.

Ni photos ni films pour visualiser la furieuse mêlée de Waterloo. Reste des scènes de bataille immortalisées par le pinceau. Des images hautes en couleurs défilent, hypnotisent. Débauche d'uniformes chatoyants, foisonnement de tenues chamarrées, de cuirasses et de baïonnettes étincelantes, de plumes colorées. Masses humaines qui s'affrontent en terrain découvert. Du panache, du mouvement, de la gloire. Rien à voir avec une interminable guerre de tranchées, ces sinistres et déprimantes tenues de camouflage couleur kaki ou vert de gris conçues pour l'art de la dissimulation.

Pourtant, Waterloo ne fut en rien un régal pour les yeux, mais un affrontement homérique livré dans des conditions apocalyptiques. "Les hommes qui se font face sont affamés, dans un état de fatigue et de saleté épouvantable. Certains sont tellement boueux qu'il devient impossible de deviner le camp auquel ils appartiennent", explique Philippe Raxhon.

Transis par la pluie, ils s'empoignent, s'étripent, s'entretuent avec une férocité et un acharnement inouï. C'est la glaise agglomérée aux semelles qu'ils progressent à l'aveugle, noyés dans la fumée qui sature la vallée. Ils suffoquent sous l'odeur âcre de la poudre, portés par les clameurs "Vive l'empereur" ou les ordres hurlés en anglais ; assommés par le vacarme de dizaine de bouches à feu vomissant leurs charges mortelles ; abrutis par les vociférations, les râles des mourants et les hennissements de chevaux fous de douleur ; guidés par le roulement des tambours qui tente de les conduire à la mitraille à pas cadencé.

Ce sont les forêts de baïonnettes françaises lancées à l'assaut des fermes fortifiées d'Hougoumont, de la Haye-Sainte et de la Papelotte, que défendent avec l'énergie du désespoir les Anglo-Hollandais. Des ouragans de cuirassiers, lanciers, dragons ou hussards français, qui viennent par vagues successives s'écraser sur le mur de feu et de baïonnettes formé par vingt carrés d'habits rouges stoïques sous ces charges suicidaires.


© BELGA

Impossible de se figurer la vision terrifiante de 5 000 cavaliers lancés dans ce bourbier, tellement serrés les uns contre les autres que certains sont littéralement soulevés de leurs montures par leurs compagnons d'armes...

La nuit tombe sur une plaine martyrisée. 43 000 tués, blessés ou disparus : 23 000 du côté français, 20 000 dans le camp allié. Et des milliers de chevaux abattus ou rendus fous qui tournoient sur eux-mêmes. Taux de pertes estimé à Waterloo : 24,43%, près du quart des combattants engagés. L'épopée napoléonienne n'a laissé des traces encore plus sanglantes qu'à Leipzig en 1813 et sur la Moskova lors de la campagne de Russie en 1812.

Les Belges se retrouvent avec, sur les bras, un épouvantable charnier à nettoyer d'urgence, sous le terrible bourdonnement des mouches. Les corps sont précipités dans des fosses communes et recouverts à la hâte de chaux vive, ou livrés à des bûchers improvisés, avec "fait exceptionnel, la bénédiction des autorités religieuses", relève Jean-Michel Sterkendries, historien à l'Ecole militaire.

Waterloo, ce n'est plus du tout la guerre en dentelle. Ce n'est pas encore la guerre industrielle.

NAPOLÉON, OU "LA GLORIEUSE DÉFAITE" ÉLEVÉE EN VICTOIRE POSTHUME

Les armes ont parlé, place à la légende. Après le sang, l'encre se met à couler à flots autour de Waterloo. Plus de 600 ouvrages lui ont été consacrés en deux siècles. Plus qu'il n'en faut pour qu'historiens, écrivains, poètes, cinéastes ou simples passionnés, alimentent, entretiennent, charrient un tissu de mythes tenaces.

Que n'a-t-on colporté, affabulé, fantasmé sur Waterloo ? Au point de faire perdre les repères, de ne plus trop savoir qui a réellement remporté la partie. "Le touriste se rend à Waterloo pour voir où le vaincu a gagné, remarque Jean-Michel Sterkendries. Sur les plans militaire et politique, nul doute que Napoléon fut le grand vaincu de la journée du 18 juin 1815. Sur le plan de l'image, il est permis de se demander si Waterloo n'a pas été sa dernière victoire."

L'empereur déchu y a veillé. En remarquable homme de com', il sait magistralement retourner la situation. Reclus à Sainte-Hélène, il réécrit l'Histoire à sa façon et forge le culte de la "défaite glorieuse" de Waterloo. Il ne manquera pas d'alliés. Les plus grands Romantiques au XIXe siècle achèvent avec talent de brouiller les pistes. Ils s'entichent du personnage, propulsent Napoléon au rang de "mythe littéraire", en font un "surhomme" à la légende dorée et noire mais que la défaite à Waterloo finit par rendre humain.

"Walter Scott, Alexandre Dumas, Chateaubriand, Stendhal, Balzac, Verlaine, Rimbaud... tous s'emparent de la bataille de Waterloo et lui donnent une image héroïque sans rapport avec la réalité. Mention spéciale pour Victor Hugo, champion absolu des légendes véhiculées, explique l'historien Yves Vander Cruysen. Waterloo doit beaucoup aux Romantiques : surtout la perte de sa crédibilité.... Il faudra attendre 150 ans pour que des historiens commencent à porter un regard posé et intelligent sur la bataille."

Trop tard. Le mal est fait. Napoléon a été déclaré vainqueur aux points. C'est lui, le vaincu sacralisé en héros malheureux, qui domine de la tête et des épaules l'après-Waterloo et ses vrais vainqueurs. Blücher ? Largué, effacé. Wellington a nettement mieux résisté, mais malgré une immense popularité, il a eu fort à faire pour rester dans le parcours. "Napoléon continue surtout de fasciner dans le monde francophone. Ailleurs, chez les Anglo-Saxons notamment, le personnage est de plus en plus perçu comme un général talentueux. Sans plus", tempère Luc De Vos, professeur émérite d'histoire à l'Ecole militaire.

Que serait d'ailleurs Waterloo sans Napoléon, sans sa présence sur le champ de bataille, attendant à Paris l'issue du combat ? Philippe Raxhon balaie l'hypothèse : "Napoléon n'a jamais joué en play-back." Il n'a pas raté sa sortie de scène.

18 JUIN 1815, LA JOURNÉE QUI REDESSINE LA CARTE DE L'EUROPE

"Waterloo devait arriver et cela a changé le monde", assure Thierry Lentz. Ou comment, en seule journée, une bataille fait basculer durablement le destin des nations d'un continent entier. "Waterloo, c'est la fin d'une ambition française de prépondérance en Europe. La France, dont son armée vient d'essuyer une des plus grosses défaites jamais connues avant 1940, ne sera plus qu'une puissance moyenne, dépendante du bon vouloir de l'Angleterre qui devient la superpuissance mondiale." Sévèrement punie en 1815, la France se retrouve au passage amputée de Philippeville, Mariembourg et Bouillon, qui tombent dans l'escarcelle du nouveau Royaume-Uni des Pays-Bas. Avant d'être versée dans celle de la Belgique en 1830.

Emerge ainsi brutalement un nouvel ordre européen, voire mondial. Les germes de la montée en puissance allemande y sont plantés. "C'est à Waterloo que l'anglais doit sa domination dans le monde. Quant à la Prusse, en s'installant dans la Ruhr, elle pose les premiers jalons de l'unification politique allemande. Sans la défaite de Napoléon, l'Allemagne ne serait sans doute encore qu'un concept culturel et géographique, non une réalité étatique", prétend le professeur Luc De Vos.

Waterloo 18 juin 1815 : plus qu'un accident, un tournant de l'Histoire.

• Waterloo démythifié ! par Yves Vander Cruysen, éd. Jourdan, 2014.

 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

LES LEÇONS INUTILES DE L’HISTOIRE 


Cette horrible boucherie (la grande guerre sera mille fois pire et aussi 1940-45) est une des batailles clés de l’histoire. Autrefois dans les années soixante Henri de Turenne racontait admirablement les grands affrontements de l’histoire sur la RTF à grands renforts de documents et d’interviews de spécialistes. C’était à une époque où les radios-télévisions française et belge jouaient pleinement leur rôle didactique et culturel. Il faut absolument regarder, ou revoir, par exemple, la « bataille de France », une émission qui n’a pas pris une ride pour comprendre l’enjeu d’un affrontement total qui entraîne avec lui un tournant, un basculement historique. C’est pareil pour Waterloo ou Stalingrad ou la bataille des Ardennes, celle des Dardanelles, Hastings 1066 ou Marignan1515Il faudrait inviter les professeurs d’histoire à visionner ces émissions (disponibles sur You Tube) en classe ou faire regarder ces documents à domicile pour en discuter ensuite avec leurs élèves, le lendemain. (inverted class)

Parents, vous qui exigez des devoirs à domicile en voilà bien un qui éveillerait l’esprit critique et la réflexion de vos enfants.

Waterloo annonce l’entrée dans une ère nouvelle, celle de la révolution industrielle dont Napoléon, -pas si génial que cela, au total,- n’a pas senti monter l’importance et dont les Anglais tiré tout le profit. Et comme la France en 1940, l’Europe est actuellement en train d’entrer malgré elle dans une nouvelle aventure guerrière, cette fois contre l’islamisme armé qui facilite l’invasion du vieux continent par des centaines de milliers de malheureux, en encourageant, en agitant un tsunami de réfugiés qui encombrent le Méditerranée embarqués sur des vaisseaux d’infortune. C’est que l’Europe, comme la France et l’Angleterre en 1938-40 hésite entre appeasment et initiative, entre l’humiliation et l’offensive. C’est de toute évidence un cas de figure extrêmement dangereux. C’est ce que Huntington appelle The Clash of Civilisations. Nous lui préférons le dialogue des cultures.

MG



"ILS ONT EU LE CHOIX ENTRE LE DÉSHONNEUR ET LA GUERRE ; ILS ONT CHOISI LE DÉSHONNEUR, ET ILS AURONT LA GUERRE".  Winston Churchill oct 1938.

La première défaite spectaculaire contre l’islamisme fut marquée par la destruction des TwinTowers de Manhattan , un vrai acte de guerre  suivi par l’absurde  campagne d’Irak qui servit de terreau au Daech sunnite.

Que les pays du Nord prennent aujourd’hui conscience qu’il n’ont aucun intérêt à abandonner le flanc sud à des nations endettées, affaiblies au point de les contraindre d’envisager une sortie de l’Euro, c’est-à-dire de la forteresse Europe.

En juin 1815, une puissante alliance européenne s’est liguée contre l’empereur dictateur et héraut de la Révolution. En octobre 1938 Dalladier et Chamberlain se sont mis à plat ventre devant Hitler pour gagner du temps. En juin 2015 une nouvelle bataille va se jouer entre le Daech et un occident qui fléchit. 

La France, l’Angleterre n’étaient pas prêtes en mai 1940, ni de taille à affronter l’agressive Allemagne chauffée à blanc par le régime nazi revanchard et dominateur. Aujourd’hui l’Europe divisée est également  dans un état de totale impréparation face aux événements qui ruinent sa cohésion.

Allons-nous tirer les leçons de l’histoire ou simplement rejouer la comédie de la défaite et de la dispersion face à l’arrogance des  forces de l’axe ?

MG


"ILS ONT EU LE CHOIX ENTRE LE DÉSHONNEUR ET LA GUERRE ; ILS ONT CHOISI LE DÉSHONNEUR, ET ILS AURONT LA GUERRE". 

Le 5 octobre 1938 le parlementaire Winston Churchill prononce un discours célèbre devant les Communes soit quelques jours après les accords signés à Munich par les Alliés franco-anglais d'une part et l'Entente italo-allemande d'autre part. 

LECONTEXTE : Après l'annexion de l'Autriche (Anschluss) en mars 1938, Hitler lorgne vers la Tchécoslovaquie et plus particulièrement la Bohème où vivent les Sudètes, une minorité de langue allemande qui souhaite son autonomie. Le 26 septembre 1938, après une tentative manquée de coup d'état dans les Sudètes, Hitler adresse un ultimatum à la Tchécoslovaquie ; il y réclame l'annexion des Sudètes et le départ des Tchèques qui habitent cette région. 

Le Président du Conseil français, Edouard Daladier, et le Premier Ministre Britannique, Neville Chamberlain, tous deux alliés des Tchécoslovaques, refusent dans un premier temps de céder aux exigences d'Hitler et se déclarent prêts à la mobilisation et à la guerre contre l'Allemagne. A l'initiative de Mussolini, une tentative de conciliation a lieu à Munich ou se réunissent les 29 et 30 septembre 1938 les 4 grandes puissances (l'URSS et la Tchécoslovaquie ont été écartées). Elles sont représentées par Daladier, Chamberlain, Mussolini et Hitler. 

Lors de cette conférence, Daladier et Chamberlain finissent par céder aux revendications d'Hitler, pour retarder la guerre que leurs peuples rejettent dans une grande majorité, mais aussi par mauvaise connaissance du dossier. L'accord est signé le 30 septembre à 1h30 : les Sudètes sont rattachées à l'Allemagne ; Daladier et Chamberlain ont tout juste obtenu que l'invasion de la Bohème par les soldats allemands soit légèrement différée : elle sera échelonnée entre le 1er et le 10 octobre pour laisser le temps aux Tchèques de quitter la région... 

Au retour de Munich, les populations anglaise et française se réjouissent et acclament leurs représentants. A Paris, pourtant, Edouard Daladier semble sceptique sur le résultat de cette conférence. Devant l'enthousiasme de la foule réunie sur l'aéroport du Bourget à son retour, il aurait prononcé cette phrase en aparté : "Ah les cons, s'ils savaient !". En Grande-Bretagne, Winston Churchill s'oppose fermement à la conduite de Chamberlain et prononce un discoursmusclé à la tribune des Communes : will begin by saying the most unpopular and mostunwelcome thingI will begin by saying what everybody would like to ignore or forget but which I must nevertheless be stated, namely, that we have sustained a total and unmitigated defeat, and that France has suffered even more than we have [...]. 

All is over. Silent, mournful, abandoned, broken, Czechoslovakia recedes into the darkness [...]. We are in the presence of a disaster of the first magnitude which has befallen Great Britain and France. (…)
I do not grudge our loyal, brave people, who were ready to do their duty no matter what the cost, who never flinched under the strain of last week. I do not grudge them the natural, spontaneous outburst of joy and relief when they learned that the hard ordeal would no longer be required of them at the moment; but they should know the truth. They should know that there has been gross neglect and deficiency in our defences; they should know that we have sustained a defeat without a war, the consequences of which will travel far with us along our road; they should know that we have passed an awful milestone in our history, when the whole equilibrium of Europe has been deranged, and that the terrible words have for the time being been pronounced against the Western democracies : "Thou are weighed in the balance and found wanting". 

And do not suppose that this is the end. This is only the beginning of the reckoning. This is only the first sip, the first foretaste of a bitter cup which will be proffered to us year by year unless by a supreme recovery of moral health and martial vigour, we arise again and take our stand for freedom as in the olden time."


IS DE OOSTGRENS VAN EUROPA IN GEVAAR?

De geopolitieke en strategische betekenis van Griekenland

Dat een 'Grexitfinanciële consequenties voor Europa zal hebbenstaat vast - hoewel onduidelijk is hoe hoog de kosten zullen zijnMaar hoe zit het met de geopolitieke prijsdie Europa zal moeten betalen?

FOKKE OBBEMA De Morgen  - Bron: De Volkskrant


Het conflict tussen Griekenland en de andere EU-landen lijkt alleen maar te gaan over 'nog meer steun in ruil voor hervormingen', het economische debat dat al maanden alle aandachtopeist. Maar op de achtergrond speelt ook de geopolitieke en strategische betekenis van Griekenland een rol.

Gelegen in het zuidoosten van het Europese continent vormt het een toegangspoort tot Europa voor vluchtelingen en voor jihadisten die hun werkterrein willen uitbreiden.

LA HONGRIE VEUT CONSTRUIRE UN MUR ANTI-IMMIGRATION 

Le Soir avec AFP


 
Un migrant venu de Syrie

• Un migrants ven  © Reuters

Le gouvernement hongrois a décidé de « fermer physiquement » sa frontière avec la Serbie. La Hongrie prévoit la construction d’une clôture de 4 mètres de haut sur les 175 km de tracé frontalier entre les deux pays.

Le nombre de réfugiés entrant en Hongrie a bondi de 2.000 au total en 2012 à 54.000 depuis janvier de cette année, faisant de ce pays d’Europe centrale celui de l’UE, après la Suède, accueillant le plus grand nombre de réfugiés relativement à sa population.

Selon le gouvernement, 95 % entrent par la frontière avec la Serbie – qui n’est pas membre de l’UE. Quelque 75 % des réfugiés entrant en Hongrie arrivent de Syrie, d’Irak et d’Afghanistan, dont ils fuient les combats.

« SURPRIS ET CHOQUÉ »

Le Premier ministre serbe Aleksandar Vucic s’est déclaré « surpris et choqué » par la décision de la Hongrie.

« Je suis surpris et choqué, nous allons parler de cette décision avec nos collègues hongrois  », a déclaré M. Vucic qui intervenait en direct à télévision d’État (RTS) depuis Oslo où il effectue une visite officielle.

« La solution n’est pas de dresser des murs. La Serbie ne peut pas être responsable de la situation créée par les migrants, nous ne sommes qu’un pays de transit. La Serbie est-elle responsable de la crise en Syrie ? », s’est interrogé M. Vucic.

Le Premier ministre s’est également demandé si son pays devait « à son tour ériger des murs (à ses frontières avec) la Macédoine et la Bulgarie ? », pays voisins, d’où arrivent en Serbie les clandestins désireux d’arriver dans les pays occidentaux de l’UE.

Avant de répondre : « la Serbie ne dressera pas de murs, elle ne s’isolera pas, je ne comprends pas cette décision et j’entends en parler avec nos partenaires au sein de l’UE ».

M. Vucic a noté que les migrants entraient en Serbie en provenance « de pays de l’UE  », en référence à la Grèce et à la Bulgarie.

« Nous leur fournissons de l’aide, de la nourriture, mais ces gens ne veulent pas rester en Serbie, ils sont de passage », a insisté M. Vucic.

 

 

 

 

 

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