vendredi 31 juillet 2015

"J'ai peur d'une nouvelle guerre"

Joel De Ceulaer Le Vif

Source : Knack

Fernand Huts, l'un des plus grands patrons flamands, craint le pire pour l'Europe. "Il faut investir dans la Défense" dit-il.


Fernand Huts © BELGA

Dans une interview accordée à nos confrères de Knack, Fernand Huts, patron de l'entreprise de logistique anversoise Katoen Natie qui emploie 13.000 personnes dans le monde, admet qu'il éprouve un pressentiment funeste. Selon lui, la crise européenne porte en elle les germes d'une guerre. "Le véritable problème de la Grèce c'est qu'elle a perdu sa classe moyenne" dit-il. "Et les armateurs grecs sont richissimes, dominent la plus grande partie de la flotte mondiale, mais ne paient plus d'impôts dans leur pays : ils sont partis. L'élite grecque a abandonné son pays. La Grèce ne peut pas s'en sortir. C'est impossible".

LES OPÉRATIONS DE SAUVETAGE SONT-ELLES INUTILES?

HutsCe ne sont pas les Grecs que nous sommes en train de sauver. C'est nous. La Grèce a besoin d'argent pour rembourser les dettes, mais ce sont des dettes qu'elle a contractées auprès de pays européens. L'argent pour la Grèce tourne en rond. Il ne rapporte rien aux Grecs. Vous savez ce dont j'ai très peur? Qu'on ait à nouveau une guerre.

AVEC QUI?

Huts: Pour moi, ce n'est pas la question. La guerre éclate simplement. Pensez à la Première Guerre mondiale. Si en 1913 vous aviez prédit la guerre et que vous vous étiez demandé avec qui personne n'aurait pu répondre à votre question. Mais lorsque François-Ferdinand d'Autriche a été assassiné, toute l'Europe s'est embrasée. Aujourd'hui, mon pressentiment me dit que ces septante magnifiques années de paix pourraient bien être derrière nous. C'est pourquoi je plaide pour plus d'investissements en Défense.

MAIS POURQUOI CRAIGNEZ-VOUS LA GUERRE?

Huts: Parce qu'en Europe tout l'équilibre des pouvoirs est perturbé. L'axe Allemagne-France a été brisé. Les Allemands ont de plus en plus à dire. L'Europe méridionale se délite. Je ne sais pas où la guerre éclatera, mais je sais que l'Europe n'a pas besoin de grand-chose pour s'embraser. En outre, on va droit vers une nouvelle crise financière, et cette fois elle ne prendra pas d'élan, mais frappera en une fois.

AVIEZ-VOUS VU VENIR LA CRISE FINANCIÈRE PRÉCÉDENTE ?

Huts: Absolument. Six mois avant la chute des banques, j'ai vu les problèmes surgir auprès des fournisseurs de prêts hypothécaires américains. En mars 2008, nous avons décidé de cesser tous les investissements, de ne plus engager personne et de nous serrer la ceinture. Quand la crise approche, il faut se préparer. Et nous avons réussi : notre chiffre d'affaires a doublé pendant la crise.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY

VOX DEWEVERENSIS

Ce discours est évidemment celui de la N-VA qui détient le portefeuille de la défense et pousse aux dépenses militaires. Mais au-delà de l’horizon belgo belge étriqué, le discours de Huts mérite que l’on s’y arrête un instant. Le mot guerre est en train de se banaliser en Europe et ce n’est pas sans danger. Mais il y a bien plus préoccupant : 25 ans après l’implosion du communisme soviétique, c’est toute notre civilisation capitaliste et mondialisée qui est menacée d’effondrement. Les donneurs d’alarme partout donnent de la voix. Mais surtout, comme le montre la série d’articles qui suivent, les nuages noirs s’accumulent à l’horizon : réchauffement rapide, explosion démographique, immigration galopante, islamisme agressif et vengeur, épuisement des matières premières, instabilité financière. Et si c’était le début d’un inévitable effondrement ? On y reviendra un peu plus loin.

MG



L'ENDROIT QUI MONTRE À QUEL POINT LE RÉCHAUFFEMENT CLIMATIQUE EST VERTIGINEUX

Le Vif

Le fjord ne gèle plus complètement en hiver, le front des glaciers côtiers recule de centaines de mètres par an et de nouvelles espèces marines apparaissent: Ny-Ålesund, au coeur de l'Arctique norvégien, est un observatoire privilégié du réchauffement climatique.



Situé sur l'île du Spitzberg, ce village aux bâtiments épars et colorés, entièrement dédié à la recherche, accueille en cette fin juillet quelque 140 personnes: scientifiques européens et asiatiques en mission de quelques semaines, techniciens chargés à l'année du suivi des instruments de mesure et logisticiens (nourriture, chauffage, électricité, etc.).

Le fjord, sur les rives duquel est bâti Ny-Ålesund, "ne gèle plus entièrement depuis 2007", témoigne Sébastien Barrault, conseiller scientifique de Kings Bay, la société norvégienne chargée de la logistique. "Dans les années 90, on pouvait le traverser en scooter des neiges", se rappelle Jürgen Graeser, technicien à la station de recherche franco-allemande Awipev (Alfred Wegener Institut Paul Emile Victor), qui supervise une cinquantaine d'appareils enregistrant données météo, atmosphériques, chimiques, etc. "La dernière fois qu'on a pu marcher dessus, c'était l'hiver 2003/2004", se souvient-il. Le Spitzberg, principale île de l'archipel du Svalbard, bénéficie déjà d'un climat relativement clément pour sa latitude (79°), en raison du Gulf stream, un courant marin chaud qui remonte le long de sa façade ouest.

Mais au cours des vingt dernières années, cette région a connu un réchauffement phénoménal: entre 1 et 1,2°C par décennie ! A comparer avec les 0,8°C de hausse de la température moyenne du globe depuis l'ère pré-industrielle. L'amplification de l'effet de serre au niveau mondial aurait particulièrement modifié les courants marins et atmosphériques dans cette région située à seulement 1.000 km du pôle Nord. Par ailleurs, la fonte de la banquise et des glaciers, qui réfléchissent davantage le rayonnement solaire, a pour conséquence une plus grande absorption de chaleur par la terre ou l'océan. D'où un thermomètre qui s'emballe et des bouleversements préfigurant ce qui va arriver dans d'autres zones froides. "On voit désormais des espèces qui ne sont pas normalement en Arctique", explique Sébastien Barrault.

DES INTRUS DANS LE FJORD

"Le cabillaud de l'Atlantique vient jusqu'ici et on commence à voir des maquereaux", dit-il en regardant la baie du Roi ("Kongsford") depuis son bureau installé dans le laboratoire dernier cri de biologie marine. Spécialiste des écosystèmes marins, Cornelia Buchholz souligne aussi qu'il y avait avant "dans le fjord deux, parfois trois types de krill", ces crevettes translucides à la base de la chaîne alimentaire de nombreuses espèces (poissons, phoques, baleines, etc.). "Nous trouvons désormais cinq types de krill, même si aucun n'accomplit un cycle de reproduction complet ici", indique la chercheuse. La modification des courants marins a vraisemblablement amené ces nouvelles espèces de krill dans ces eaux arctiques. Au détriment de certaines régions qui pourraient du coup voir leurs stocks de poissons diminuer. Le recul des glaciers est un autre signe flagrant du réchauffement, à l'échelle de la planète et en particulier au Spitzberg, recouvert à 60% par ces géants de glace.

Celui au fond de la baie de Ny-Ålesund, le Kronebreen (glacier de la couronne) "a reculé d'un kilomètre depuis 2012, c'est incroyable", constate Heidi Sevestrede l'université du Svalbard à Longyearbyen, la plus septentrionale au monde. En plus de l'arrivée de nouvelles espèces, la flore marine est aussi bousculée par la hausse de la température moyenne du fjord. "Nous regardons en laboratoire comment les algues se développent à différentes températures et quelle espèce tend à prendre le dessus", explique Lydia Messingfeld, de l'université de Bonn, en mission à Ny-Ålesund. Dans le village, quadrillé de ruelles en terre, le calme règne, à peine troublé par les groupes de touristes arrivant par bateau pour une escale d'une heure ou deux et par le cri d'oies migratrices, qui viennent chaque année d'Ecosse. Depuis 2007, ces bernaches nonnettes "ont avancé d'un coup leur migration de 15 jours, c'est significatif", note Maarten Loonen, un ornithologue qui les étudie depuis 20 ans. Nul doute pour lui: "Elles se sont adaptées au printemps désormais plus précoce ici."


LE RÉCHAUFFEMENT DE LA PLANÈTE EST PLUS RAPIDE QU'ANTICIPÉ À CAUSE DES SÉCHERESSES

Le Vif

Les forêts mettent plus longtemps à se remettre d'une sécheresse que ne le pensaient les scientifiques et, de ce fait, emmagasinent beaucoup moins de dioxyde de carbone (CO2), principal gaz à effet de serre, selon une étude publiée jeudi.



© Thinkstock

Par conséquent, le réchauffement de la planète est plus rapide qu'anticipé dans les simulations étant donné le rôle crucial joué par les massifs forestiers, considérés comme des puits de carbone, ont prévenu les chercheurs dans cette étude parue jeudi dans la revue américaine Science.

Les forêts et autres plantes captent d'énormes quantités de CO2 libérées dans l'atmosphère notamment par la combustion de charbon et d'hydrocarbures. Ce composant-clé de la photosynthèse est ensuite stocké par les végétaux, qui jouent ainsi un rôle important pour limiter la hausse de la température terrestre induite par les activités humaines.

Mais les végétaux mettent en moyenne deux à quatre ans pour retrouver un taux normal de croissance après la fin d'une sécheresse. Avant cette étude, la durée de récupération était inconnue pour la vaste majorité des espèces d'arbres.

 

EUROTUNNEL: 1.500 TENTATIVES D'INTRUSION EN UNE NUIT, UN MORT

Le Vif Source : Belga

Les tentatives quotidiennes de migrants pour rejoindre le Royaume-Uni via le tunnel sous la Manche depuis Calais ont connu un nouveau pic ces deux dernières nuits. Un candidat à l'exil a perdu la vie a annoncé à l'AFP une source policière.


© BELGAIMAGE

"Nos équipes ont retrouvé un corps ce (mercredi) matin et les pompiers ont confirmé le décès de la personne", a déclaré un porte-parole d'Eurotunnel. Il s'agit de la neuvième personne décédée aux environs du site d'Eurotunnel depuis le début du mois de juin. La personne décédée, d'origine soudanaise, aurait "entre 25 et 30 ans" et aurait été percutée par un camion "qui descendait d'une navette pendant qu'il essayait de grimper" dans la train, a indiqué une source policière. "Tout s'est passé cette nuit, et à 06H00 (04H00 GMT), les policiers avaient encore pas mal de boulot", a-t-elle ajouté, précisant qu'on lui avait rapporté la présence "d'entre 500 à 1.000 migrants" aux abords du site du tunnel sous la Manche. Certains de ces migrants peuvent faire plusieurs tentatives d'intrusion au cours de la nuit. "Je ne suis pas étonné par ce chiffre élevé de migrants. Un migrant fait deux ou trois tentatives, pas beaucoup plus", a indiqué la même source. Lors de la nuit précédente, Eurotunnel avait déjà indiqué que près de 2.000 tentatives d'intrusion de migrants avaient été recensées. C'était "la tentative d'intrusion la plus importante depuis un mois et demi", avait déclaré à l'AFP un porte-parole d'Eurotunnel. Depuis plusieurs semaines, les tentatives d'intrusion de migrants sur le site d'Eurotunnel sont quotidiennes.(…)

LA SITUATION DES MIGRANTS À CALAIS "TRÈS PRÉOCCUPANTE"

"C'est très préoccupant. Nous collaborons étroitement" avec les autorités françaises pour faire face à la situation, a déclaré M. Cameron à des journalistes, en marge d'une visite à Singapour. La ministre britannique de l'Intérieur, Theresa May, va présider une réunion d'urgence du comité Cobra, constitué de ministres et responsables de la sécurité, pour aborder l'incident qui s'est produit à Calais mardi, a ajouté M. Cameron.

LONDRES DÉBLOQUE 7 MILLIONS DE LIVRES SUPPLÉMENTAIRES POUR LA SÉCURITÉ D'EUROTUNNEL

La ministre britannique de l'Intérieur Theresa May a annoncé dès mardi une rallonge de 7 millions de livres (10 millions d'euros) pour renforcer la sécurité du terminal d'embarquement d'Eurotunnel à Coquelles (nord de la France) à l'issue d'une réunion avec son homologue français Bernard Cazeneuve. "Avec la France, nous travaillons en étroite collaboration sur une situation qui affecte nos deux pays. La France a déjà renforcé son dispositif policier.

"Avec nos partenaires britanniques nous co-finançons un certain nombre d'infrastructures de sécurité, notamment de transport, pour bien dissuader les migrants de venir à Calais. Il faut qu'ils sachent qu'il n'y a pas de possibilité de traverser la mer de la Manche et nous agirons ensemble pour que cela soit compris", a déclaré M. Cazeneuve à l'AFP-TV.


NOUS SERONS 10 MILLIARDS EN 2050, SELON LES PROJECTIONS DE L'ONU

Le Vif

Source : Belga

L'ONU a revu à la hausse ses projections d'augmentation de la population mondiale. Selon un rapport publié mercredi, la planète comptera 8,5 milliards d'habitants en 2030, 9,7 milliards en 2050 et 11,2 milliards en 2100.


© iStock Photos

En 1990, il y a 25 ans, seulement 5,3 milliards d'êtres humains peuplaient la Terre. Ils sont aujourd'hui 7,3 milliards.

Selon le rapport sur les perspectives d'évolution de la population mondiale de l'ONU, un petit nombre de pays, surtout en Afrique, seront responsables de la croissance démographique d'ici le milieu du siècle.

Entre 2015 et 2050, la moitié de la hausse de la population mondiale sera concentrée dans neuf pays, dans l'ordre décroissant d'importance: Inde, Nigeria, Pakistan, République démocratique du Congo, Ethiopie, Tanzanie, Etats-Unis, Indonésie et Ouganda.

L'Inde va dépasser la Chine en 2022 et devenir le pays le plus peuplé de la planète. Actuellement, la Chine concentre 19% et l'Inde 18% des habitants de la planète.

En 2050, le Nigeria sera le troisième pays le plus peuplé du monde.

L'ONU prévoit qu'à la moitié de ce siècle, six pays dépasseront les 300 millions d'habitants: Chine, Inde, Indonésie, Nigeria, Pakistan et Etats-Unis.

La baisse de la natalité va se poursuivre: elle a passé de trois enfants par femme en 1990 à 2,5 enfants par femme en 2010. Chaque femme aura 2,2 enfants en 2045 et plus que deux enfants en moyenne en 2095.

La hausse de la population est due à la prolongation de l'espérance de vie dans le monde: elle était de 65 ans à la naissance à partir de 1990, de 70 ans depuis 2010. Elle sera de 77 ans en 2045 et de 83 ans à la fin du siècle, selon l'ONU. La diminution de la mortalité infantile dans les pays en développement y contribue.

Cette évolution provoque un vieillissement de la population mondiale. Le nombre de personnes de plus de 60 ans devrait doubler d'ici 2050 et tripler d'ici 2100 sur la planète. Les plus de 60 ans étaient 500 millions en 1990, ils sont 900 millions en 2015. Ils seront 2,1 milliards en 2050 et 3,2 milliards en 2100.

En Europe, l'ONU prévoit que 34% de la population aura plus de 60 ans en 2050. En Amérique latine et en Asie, la proportion de plus de 60 ans passera de 11% et 12% actuellement à plus de 25% en 2050.

Le continent africain a la population la plus jeune: les enfants de moins de 15 ans représentent 41% de sa population et les jeunes de 15 à 24 ans 19% supplémentaires. Mais ses habitants vont aussi vieillir et les plus de 60 ans passer de 5% aujourd'hui à 9% en 2050, selon le rapport de l'ONU.

 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

ET SI C’ÉTAIT LE DÉBUT DE LA FIN ?

« Aujourd’hui, nous sommes sûrs de quatre choses : 1. la croissance physique de nos sociétés va s’arrêter dans un futur proche, 2. nous avons altéré l’ensemble du Système-Terre de manière irréversible (en tout cas à l’échelle géologique des humains), 3. nous allons vers un avenir très instable, « non-linéaire », dont les grandes perturbations (internes et externes) seront la norme, et 4. nous pouvons désormais être soumis potentiellement à des effondrements systémiques globaux. » Pour ceux qui se questionnement sur l’avenir, l’année 2015 pourra être cruciale. Elle sera peut-être celle à partir de laquelle il ne sera plus possible de nier rationnellement qu’un effondrement civilisationnel est engagé, et irréversible. Pablo Servigne & Raphaël Stevens

L’effondrement de notre civilisation est à l’évidence inévitable. La vraie question c’est de savoir comment nous allons l’aborder collectivement et aussi individuellement en sachant que la cascade des dominos peut se produire demain. La crise grecque, celle des migrants venus d’Afrique, un remake de 2008, un accident nucléaire, un attentat de l’ampleur de celui du 11 septembre sont autant d’attentats de Sarajevo potentiels  (1914) capables de provoquer la grande catastrophe mondiale.   

Comment réagir ?  Rester humble, réinvestir le courage, la solidarité, la frugalité s’imposant d’elle-même.

Autrement dit, apprendre à vivre autrement. Nous le disons depuis des années et nous observons un peu partout des signes de mutation : partage de véhicules, de lieux de vacances, d’outillages, coopératives d’achats, création de potagers urbains, végétarisme…

Il faut lire  « le Petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes » les yeux grands ouverts et l’esprit critique en éveil. Non, ce n’est pas une lecture de plage mais sans doute un acte de citoyenneté cosmopolite nécessaire car il est passé minuit docteur Schweitzer.

MG



COMMENT TOUT PEUT S’EFFONDRER

http://adrastia.org/comment-tout-peut-seffondrer-pablo-servigne-raphael-stevens/

Petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes

Pablo Servigne & Raphaël Stevens

Edition du Seuil, collection Anthropocène, 19 euros

Pablo Servigne et Raphaël Stevens proposent avec cet ouvrage « Comment tout peut s’effondrer » une introduction à la collapsologie (étymologiquement « l’étude de l’effondrement »), qui pourra devenir un domaine de recherche à part entière, s’il n’est déjà d’ailleurs investi de façon plus ou moins assumée par la plupart des scientifiques qui étudient le climat, l’énergie, la démographie, l’agronomie…

Afin de présenter le concept de collapsologie et son contexte, les auteurs procèdent dans un premier temps à un état des lieux très complet de la littérature scientifique, état des lieux d’autant plus remarquable que les problématiques évoquées restent bien articulées les unes avec les autres, et ce malgré la difficulté de l’exercice. Il s’agit d’introduire l’esprit systémique d’une correcte étude de l’effondrement, afin que le lecteur investisse au mieux ses propriétés synergiques et d’autorenforcement.

Les chiffres qui illustrent cette contextualisation nous feront estimer des ordres de grandeur et nous laisseront abasourdis :

• « Un PIB (par exemple de la Chine) qui croît de 7 % par an représente une activité économique qui double tous les 10 ans, donc qui quadruple en 20 ans. Après 50 ans, nous avons affaire à un volume de 32 économies chinoises, soit, aux valeurs actuelles, l’équivalent de près de quatre économies mondiales supplémentaires ! »
• « En l’espace d’une vie, une personne née dans les années 30 a donc vu la population passer de 2 milliards à 7 milliards ! Au cours du 20e siècle, la consommation d’énergie a été multipliée par 10, l’extraction de minéraux industriels par 27 et celle de matériaux de construction par 34. L’échelle et la vitesse des changements que nous provoquons sont sans précédent dans l’histoire. »
• « Une moyenne de + 4°C signifie des augmentations jusqu’à + 10°C sur les continents » (note : la NASA estime que nous sommes sur la trajectoire de 6 °C de réchauffement planétaire)
• « En 2003, une étude estimait que 90% de la biomasse des grands poissons avait disparu depuis le début de l’ère industrielle » (…) « quel pêcheur professionnel anglais réalise qu’avec toutes les technologies de son bateau, il ne ramène plus que 6 % de ce que ses ancêtres en bateaux à voiles débarquaient 120 ans plus tôt après avoir passé le même temps en mer ? »

Au-delà des chiffres l’ouvrage propose des éléments d’analyse pour comprendre pourquoi nous ne parvenons pas à modifier nos comportements destructeurs. Nous retiendrons particulièrement la notion de « verrouillage socio-technique », qui explique comment il est difficile et parfois impossible de revenir en arrière après le développement de certaines techniques. L’exemple de l’agriculture est notable : il a été largement montré désormais qu’une exploitation moins intensive des terres et moins dépendante au pétrole pourrait obtenir d’aussi bons rendements. Mais la mise en place de l’agriculture industrielle a impliqué le déploiement d’infrastructures devenues toutes interdépendantes et trop puissantes pour que de nouvelles initiatives se développent, même si elles sont efficaces, même si elles sont économiquement viables !

« (…) les « petites pousses » ne sont pas en mesure de rivaliser avec le grand arbre qui leur fait de l’ombre. »

Le contexte étant posé et les nombreux signaux faibles qui confirment le constat étant comptabilisés, les auteurs tentent avec habileté et pondération une futurologie du collapse. Risquée, la démarche est pour autant parfaitement maîtrisée, ne se départissant jamais d’une bonne connaissance des limites de nos capacités à connaître l’avenir, ou même l’instant, d’une problématique. Les auteurs sont également très soucieux d’éviter les mauvaises interprétations et les récupérations idéologiques. Ils n’apportent donc pas de réponse quant au déroulement des évènements à venir, même s’ils n’omettent pas là encore de consulter la littérature pour tenter d’en dessiner une forme globale et de déterminer les étapes inévitables qui pourraient accompagner la rupture.

Mais si l’effondrement est certain et qu’on ne peut pas le connaître, que faire de cette question ? L’annonce de l’effondrement peut-elle entraîner le risque de sa propre réalisation ? Les auteurs maintiennent leur position d’observateur neutre jusqu’à se mettre en retrait par rapport à leur propre étude : « L’auto-réalisationpose donc la question stratégique suivante : peut-on s’y préparer tous ensemble sans le déclencher ? Doit-on en parler publiquement ? Peut-on le faire ? ».

Les seules réserves que nous pourrons avoir ne concerneront que quelques reliquats d’esprit revanchard, mais il faut bien admettre que nous sommes tous très prompts à reprocher à d’autres des torts que nous partageons tous. Ainsi la cause du « verrouillage socio-technique » ne saurait objectivement, toute rancœur retenue, se réduire à la seule volonté de quelques puissants. « La puissance économique et politique des majors de pétrole et de gaz est devenue démesurée, à tel point que 90 entreprises mondiales ont été à elles seules responsables de l’émission de 63 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre depuis 1751 ». Mais ce sont bien nos parents et nous-mêmes qui ont consommé, parfois avec plaisir voire avidité, tous ces produits ou services issus des énergies sales.

Nous pourrons discuter aussi d’une vision idéalisée d’un programme d’anticipation, tel qu’il est proposé à la fin de l’ouvrage. Elaboré à partir de l’exemple des régions protégées du “système-monde”, qui sont espérées plus résilientes après un effondrement par leur fonctionnement autonome, il manque peut-être à ce programme la prise en compte d’externalités immaîtrisables : ces régions resteraient-elles seulement isolées ? Même s’il est vrai que le développement de ces petites structures d’organisation est massif en ce moment, que deviendront-elles lorsque les grandes villes seront touchées par des pénuries ? Ne seront-elles pas convoitées très rapidement – et détruites, la demande dépassant très largement l’offre – dès lors que des populations moins bien organisées les auront visées ? La nécessité de cette réflexion sur la coexistence de « deux systèmes, l’un mourant et l’autre naissant », est toutefois bien posée à la fin de l’ouvrage.

On aurait souhaité enfin que certains sujets soient mieux intégrés à l’étude, en particulier le rôle de l’économie parallèle et de la corruption durant le déclin qui pourront, par leur propre maîtrise de la plasticité et de la résilience, infiltrer les économies classiques et ralentir l’effondrement global tout en ôtant – bien malheureusement – des chances de succès aux initiatives les plus vertueuses mais souffrant peut-être encore de quelque naïveté quant à leur potentialité de résistance en période d’instabilité globale.

Mais ces réserves n’ôtent rien à la qualité de ce livre, simple, pédagogique et complet, qui parvient à rasséréner un lecteur pourtant devenu conscient, éclairé sur un sujet a priori terrible. Nous saluerons notamment l’ouverture à des questions polémiques voire subversives, que nos dénis encore forts nous empêchent d’envisager, alors que le réel nous obligera indubitablement à les considérer :

« Mais si nous ne pouvons aujourd’hui envisager de décider collectivement qui va naître (et combien), pourrons-nous dans quelques années envisager sereinement de décider qui va mourir (et comment) ? ».

L’étude s’ouvre finalement sur le plus important travail qu’il reste à fournir, qui est désormais celui de « décoloniser les imaginaires » afin d’écrire une nouvelle histoire qui ne pourra être en aucune façon inspirée de ce que nous avons vécu jusque-là. A contrario des anciens, ce nouveau récit sera celui de tous les humains confrontés pour la première fois à un contexte de contrainte généralisée… et sans aucun espoir de croissance.

« C’est selon nous cette attitude de courage, de conscience et de calme, les yeux grands ouverts, qui permettra de tracer des chemins d’avenir réalistes. Ce n’est pas du pessimisme ! »

Voilà la meilleure façon d’aborder l’effondrement : faire au mieux pour rester humble, réinvestir le courage, la solidarité, la frugalité s’imposant d’elle-même. Après ce livre indispensable nous attendons avec impatience le prochain, qui pourra attester que les petites structures résilientes sont un projet fiable et pérenne. Mais peut-être cette histoire ne pourra-t-elle se raconter… qu’en lavivant !

Vincent Mignerot

 


 

 

 

 

jeudi 30 juillet 2015

Dette grecque: le philosophe Jürgen Habermas juge "indigne" l'attitude allemande

La Libre

AFP 


La "réaction froide et abrupte du gouvernement allemand (aux propositions grecques) était indigne", estime le philosophe allemand Jürgen Habermas dans un entretien à paraître jeudi dans L'Obs.

"L'écho mondial suscité par le comportement brusque et teutonique" de la chancelière allemande Angela Merkel et du ministre des Finances allemand Wolfgang Schaüble, visant à aboutir à une sortie de la Grèce de la zone euro, "montre que le gouvernement allemand est tombé dans un piège - le piège historique d'une position semi-hégémonique - dont l'Union européenne avait justement réussi à nous protéger jusqu'à maintenant", assure Jürgen Habermas, 86 ans, considéré comme le philosophe de la construction européenne.

"Sans des forces politiques dirigeant ensemble l'Union politique, nos économies nationales vont encore plus diverger les unes des autres", assure le philosophe dans un entretien réalisé par courriel à la fin de la semaine dernière.

Jürgen Habermas, auquel la revue Esprit consacre sa dernière livraison, juge enfin "intéressante" la proposition de François Hollande d'un Parlement de la zone euro et d'un budget commun, qui pourrait, selon lui, permettre à la France de "reprendre l'initiative vis-à-vis de l'Allemagne dans la poursuite du processus d'intégration européenne".

Selon le penseur, théoricien en sciences sociales rattaché à la célèbre École de Francfort, un Parlement de l'Euro pourrait être "élu en fonction des partis et composé de groupes parlementaires". Quant à la Commission, elle "doit être dotée de son propre budget et se développer en véritable gouvernement avec des compétences élargies. Elle serait elle-même responsable à la fois devant le Parlement de l'euro et l'Eurogroupe", a précisé Jürgen Habermas, dans un échange téléphonique avec l'hebdomadaire.



COMMENTAIRE DE DIVERCITY

SILENCE, MÉDITONS.

"Sans des forces politiques dirigeant ensemble l'Union politique, nos économies nationales vont encore plus diverger les unes des autres",

Jürgen Habermas trouve"intéressante" la proposition de François Hollande d'un Parlement de la zone euro et d'un budget commun, qui pourrait, selon lui, permettre à la France de "reprendre l'initiative vis-à-vis de l'Allemagne dans la poursuite du processus d'intégration européenne".

Jacque Attali considère que « Le président français a franchi le Rubicon: sans le dire explicitement, il admet, par cette proposition, que l’Union européenne ne peut rester ce qu’elle est sans échouer et se défaire, et que, en particulier, l’avenir de l’eurozone est de devenir très vite un espace fédéral, ou d’exploser.

François Hollande admet ainsi qu’il porte et conduit désormais un projet fédéraliste. Il assume donc de contredire le point de vue et la philosophie d’une large part de sa majorité et de rejoindre celui d’une vaste minorité de sa minorité. » « Un pays du sud de l’Europe a besoin de solidarité fiscale et d’assistance technique pour construire son État.
« Un pays du Nord de l’Europe a besoin de la même chose, car le prix à payer en cas de sortie de l’euro, en termes de compétitivité, serait insupportable. »

 MG

 

EUROPE, ENFIN UN MOMENT DE VÉRITÉ

Paru dans L'Express | 

S’il réussit à le mettre en œuvre, cela sera sans aucun doute le projet le plus important de son mandat. S’il échoue, cela restera comme un rendez-vous manqué qui marquera le début du démantèlement de la construction européenne.

En reprenant, depuis une semaine, l’idée évoquée ici (dans L’Express numéro? du ?) d’un parlement de l’eurozone, composé de parlementaires européens et/ou de contingents de membres des parlements nationaux, auquel serait confié le rôle de contrôler un futur gouvernement économique européen, lui-même en charge d’organiser la solidarité fiscale et le respect de normes communes, le président français a franchi le Rubicon: sans le dire explicitement, il admet, par cette proposition, que l’Union européenne ne peut rester ce qu’elle est sans échouer et se défaire, et que, en particulier, l’avenir de l’eurozone est de devenir très vite un espace fédéral, ou d’exploser.

François Hollande admet ainsi qu’il porte et conduit désormais un projet fédéraliste. Il assume donc de contredire le point de vue et la philosophie d’une large part de sa majorité et de rejoindre celui d’une vaste minorité de sa minorité. En clair, il s’oppose à une partie des socialistes et devrait être approuvé par le Modem et nombre de Républicains.

Attendons donc avec impatience les propositions concrètes franco-allemandes qui devraient suivre et préciseront ce projet à peine esquissé. L’Allemagne y mettra sans doute surtout du contrôle quand la France y placera surtout de la solidarité. Ce n’est pas grave: les deux sont nécessaires.
Attendons aussi avec amusement les réactions des partis politiques français, qui devront sortir de leur assourdissant silence pour commenter ce mouvement et se positionner face à lui. Et ce n’est pas une mince affaire, car une telle initiative structure tout le reste d’un projet politique.

Attendons encore de voir comment les politiciens de tout bord essaieront d’expliquer que ce projet n’est pas nécessaire, voire qu’il remet en cause la souveraineté nationale. Pourtant, la crise grecque devrait au moins avoir rappelé à tous ces deux évidences:
1. Un pays du sud de l’Europe a besoin de solidarité fiscale et d’assistance technique pour construire son État.
2. Un pays du Nord de l’Europe a besoin de la même chose, car le prix à payer en cas de sortie de l’euro, en termes de compétitivité, serait insupportable.
L’Allemagne le comprend bien, qui, avant tout le monde, a parlé de ce projet fédéraliste. L’Italie a clairement saisi qu’elle est la prochaine victime désignée.

En toute logique, ce mouvement de bon sens devrait donc conduire à une recomposition de la classe politique française. Ou tout le moins à un grand débat national sur la nature du projet fédéral européen, sur le montant des ressources et des compétences à mettre en commun. D’ores et déjà, nul ne peut plus négliger qui il existe le Mécanisme européen de solidarité (MES), qui va être mis à contribution pour la Grèce et dispose de 500 milliards d’euros. On verra vite qu’il faudra sans doute tripler ce montant et le faire financer par un transfert de recettes fiscales adapté.

A moins qu’une fois de plus, la classe politique française et européenne décide de ne pas voir les choix à effectuer et continue à procrastinerComme elle le fit pendant de longs mois pour la Grèce, ou comme elle continue de le faire pour les migrants traversant la Méditerranée. Avec le résultat que l’on sait.

 

 

 

 

"L'été peut nuire à la santé: passez vos vacances chez vous et fermez les volets"

Le Vif

Ann Peuteman

Ann Peuteman est rédactrice pour Knack

Les coups de soleil, l'eau de la piscine toxique, les tiques, l'air conditionné, les moustiques tigres. Il faut être prudent, c'est certain, mais n'exagérons-nous pas un petit peu ? Ou s'agit-il d'un complot de nos employeurs se demande Ann Peuteman, notre consoeur de Knack.

© iStock

"Un barbecue?" Sincèrement abasourdi, il me dévisage et me demande si j'ignore que les hamburgers et les ailes de poulet carbonisés sont cancérigènes. Que griller de la viande libère des substances chimiques dangereuses ? Non, si je persiste dans mon projet ridicule, il préfère ne pas venir.

Les barbecues entre amis ne sont qu'un des nombreux risques insensés à éviter en été. Car ne vous y trompez pas : l'été peut gravement nuire à la santé. Que vous restiez chez vous ou deviez travailler, que vous vous rendiez à la montagne ou à la mer, que vous preniez l'avion ou la voiture : le danger est partout. Sous la forme de tiques, par exemple. Comme un père inquiet publiait sur Facebook la semaine dernière : "Pour la première fois, nous ne ferons pas de séjour randonnée. Après tout ce que j'ai lu dans les journaux sur les tiques et la maladie de Lyme, je trouve que le risque est trop important". Ravis, les enfants et leur père séjournent à présent dans un resort agrémenté de trois piscines en Turquie.

Évidemment, là non plus ils ne sont pas en sécurité. Non seulement ils peuvent se casser le cou en plongeant accidentellement dans une eau trop peu profonde ou se noyer à cause d'une crampe au mollet, mais en plus il a été prouvé que l'eau de piscine est un poison caché. Les substances libérées par la combinaison de transpiration, d'urine et de chlore peuvent entraîner de graves problèmes pulmonaires ou endommager le coeur ou le système nerveux central. Aussi une maman que je connais a-t-elle vivement recommandé à ses fils de toujours garder la tête hors de l'eau, ce qui n'est pas toujours une sinécure dans un parc aquatique.

Alors, comment sortir indemne de l'été? Rester au bord de la piscine un bestseller à la main ? Cela vaut le coup d'essayer. Du moins si vous êtes de nature un peu aventureuse. Sinon, mieux vaut mettre un masque sur la bouche, car l'air n'est plus ce qu'il était. Particules fines ! Pollen ! Smog! C'est fou tout ce qui flotte dans l'air en été. Et je ne parle même pas des guêpes et des moustiques tigres qui vous épient en permanence. On n'est plus en sécurité nulle part.

Et certainement pas au soleil. Même vêtu d'une combinaison étanche ou enduit d'une couche de plusieurs centimètres de crème solaire à indice 50, vous courez le risque que les rayons UV endommagent votre ADN. Et l'ombre n'est plus un refuge non plus. Récemment, des chercheurs de l'Université de Yale ont mis en garde contre les effets néfastes du soleil, même à l'ombre.

DEPUIS QUAND CRAIGNONS-NOUS À CE POINT L'ÉTÉ?

Je n'ai rien contre un peu de bon sens. Mais n'exagérons-nous pas un peu ? Depuis quand craignons-nous à ce point l'été ? Il n'y a pas très longtemps, on disait encore que c'était une saison saine. À l'époque, nos mères nous envoyaient à l'extérieur autant que possible parce que vous avions besoin de soleil et d'air frais après un long hiver.

Parfois, je m'imagine que c'est complot. Ourdi par les organisations d'employeurs belges par exemple qui sèment la panique en catimini dans l'espoir qu'on restera tout l'été au bureau. Mais leur projet aurait un défaut : l'air conditionné. Un système qui rend malade: on a des chatouillis dans la gorge, ensuite on tousse et on éternue et on finit chez soi terrassé par une grippe estivale.

Mieux vaut donc prendre ses jours de congé. Mais à condition de rester chez soi avec les volets fermés. En espérant que l'été ne vous y atteigne pas.



COMMENTAIRE DE DIVERCITY

LES JOLIES COLONIES DE VACANCES

Les jolies colonies de vacances
Merci maman, merci papa
Tous les ans, je voudrais que ça r’commence
You kaïdi aïdi aïda.

Y a pas mieux que les vacances pour s’abîmer la santé.

La plupart en reviennent complètement éreintés.

Pour ma part j’ai suivi cet été un atelier d’écriture à Neufchâteau. 

Qu’en dire ? Une vraie découverte.

Cela se déroulaidans les locaux lugubres de l’athénée royal. J’avais choisi d’être externe par horreur de la promiscuité humaine et accessoirement pour arroser mes salades et promener mon chien. Je me trompais: j’y croisai des centaines d’hommes et de femmes originaux en recherche de soi, en mutation. Bref des mutants : des débutants comme moi, d’autres plus aguerris. Une fabuleuse initiative de la fédération Wallonie Bruxelles, des Chantiers du temps libéré pour aborder le monde qui vient.

.  

L’animatrice ? 40 printemps, un corps sculpté par Renoir rehaussé de quelques tatouages insolites. Fantasque, drôle, empathique, d’une rigueur de plume sergent major et ponctuelle, à l’allemande.

Je la cite librement

:

Les ateliers d’écriture sont l’athanor dans lequel je me perturbe pour chercher la mise en écriture pour les participants. Je construis des pistes de décollage, je reconsidère mes procédés de création, je fous tout à terre, je concasse, je récupère le sauvable et idolâtre le sauvage qui s’en extirpe.

Le processus d’écriture, considéré comme une mise à nu : l’atelier comme un laboratoire.  Y titiller sa langue, se conjuguer, (se) chercher, perdre-gagner, perméable à ce qui nous encercle.

L’écriture comme discipline, travail, intention, choix de vie, conquête de la liberté de penser, agir et dire pour désembuer les territoires de l’amour, de la vie, de la mort.  

En atelier la notion d’enseignement s’auto-délite. Surtout ne pas  poser en professeur. Entrer en écriture ou y revenir, écrire avec d’autres agités du bancal, trouver sa langue, s’écrire. 

Écrire ce qui vient. Ecrire ce qui devient

Sous son impulsion, nous avons écrit d’arrache plume sous extrême tension des textes qui nous ont surpris et pas forcément plu.

Plus qu’une expérience ce fut un happeningtension extrême entre agir et écrire.

J’en sors différent et plus encore le même.

MG

mercredi 29 juillet 2015

Comment élever la culture au rang de Trésor national ?

Le Vif

OPINIONS


Forum composé de jeunes provenant de divers horizons qui prennent du temps pour la réflexion et le débat

 

Aujourd'hui, c'est au tour de Soo Yang Geuzaine, responsable du département des arts décoratifs du Grand Curtius à Liège, de donner son opinion sans fard. Elle écrit cette colonne estivale en son nom.



Le Grand Curtius à Liège. © Belga

Idéalement, la culture devrait être comprise comme l'ensemble des modes d'accomplissement du vivre-ensemble. Il faudrait, dès lors, valoriser une argumentation en termes anthropologiques pour que la "culture cultivée" soit une des façons d'exprimer la culture générale d'une société.

Ce "billet" propose de susciter une réflexion concernant le financement et la promotion de la culture en Belgique. Elle dresse l'inventaire des mécanismes de financement et de promotion existants afin de définir le type d'acteur qui aurait un intérêt objectif et stimulant à investir dans le développement culturel.

Sincèrement inspirée par l'ensemble des expressions sociétales, une visibilité culturelle assumée permet de ciseler la personnalité d'un pays qui suspendrait, aux cimaises de sa vitrine internationale, ses valeurs et son savoir-faire, son identité et son dynamisme, sa recherche de l'excellence, sa créativité entrepreneuriale et son rayonnement intellectuel.

IL NOUS REVIENT D'IMPOSER CETTE ÉVIDENCE : LA CULTURE, CE SONT DES GAINS POUR TOUS.

Dans un État comme la Belgique, le financement de la culture provient essentiellement des subsides publics ou parapublics. Les divers niveaux de pouvoir ont mis en place une panoplie de modes de financement et de promotion, adaptés à la diversité des projets. Rares sont les acteurs culturels qui bénéficient d'une vue globale sur ces possibilités. Certaines initiatives s'étant plus naturellement développées à une échelle ou dans un domaine particulier, nous encourageons les acteurs culturels à adopter une vue transversale du phénomène afin d'identifier des expériences positives à adapter et à promouvoir dans d'autres domaines, à d'autres échelles.

Pour examiner comment la promotion et le financement culturels s'organisent dans d'autres nations occidentales, il faudrait étudier plusieurs types d'initiatives et leurs mécanismes, qu'ils s'agissent de montages publics originaux ou de dispositifs émanant du mécénat privé. Celui-ci s'avère nettement plus perceptible dans les pays anglo-saxons qu'au sein de nos frontières.

En conséquence, nous suggérons l'analyse des mécanismes et des opportunités issus du mécénat privé, de l'échelle d'un individu jusqu'aux grandes entreprises. En outre, il s'agit de démontrer l'intérêt réel pour le mécénat en Belgique. Sa faible implantation paraît liée à un manque d'information ou à une méconnaissance du secteur. Nous prônons in fine une meilleure diffusion et une publicité accrue de ses possibilités afin de construire peu à peu une culture mécénale au sein de la société belge. Une certitude demeure : la culture permet d'engranger des dividendes pour le plus grand bénéfice de chaque partenaire. Il nous revient d'imposer cette évidence : la culture, ce sont des gains pour tous.

 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

QUID DES HUMANITÉS ?

La culture n’est ni un luxe, ni un privilège (quoique) c’est avant tout un art de vivre qui se transmet et peut même s’enseigner. J’ai eu des profs cultivés, ils l’étaient à des degrés divers, un peu, beaucoup, passionnément, pas du tout. Sans eux, nous demeurions des béotiens. 

Ensemble ils incarnaient le capital culturel dont nous nous efforcions de ramasser les miettes. Mes instituteurs me firent découvrir la Belgique in situ, mes profs admirés et forcément imités, nous emmenaient aussi au théâtre, au musée, au concert en excursion naturaliste, en voyage d’étude parfois (Paris, Londres, Rome, Berlin) jusqu’à faire un pèlerinage des caves à vin bourguignonnes au grand dam de mon père. Ils nous parlaient musique, peinture, littérature et politique aussi. Ils nous montraient les chemins de la culture, parfois avec rudesse mais généreusement. C’était ça les humanités.

On me dit que cela a changé quelque peu.

Enseigne-t-on multiculturel à l’école désormais ?

MG

 

mardi 28 juillet 2015

Bruxelles: peut-on se balader en bikini sur le piétonnier?

Bastien Doyen

Le Soir

Il n’existe aucun article du règlement de police qui prescrit explicitement le code vestimentaire à adopter.



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© Le Soir

Le passage à tabac d’une jeune femme en bikini dans un parc à Reims a suscité vive indignation et récupération politique.

Mais, au fait, est-on autorisé à se balader ainsi en rue ? A Bruxelles, il n’existe aucun article du règlement de police qui prescrit explicitement le code vestimentaire à adopter. Seul l’article 41 précise que « sauf autorisation, il est interdit de se dissimuler le visage sur l’espace public, par des grimages, le port d’un message ou tout autre moyen ».

UN TYPE D’INFRACTION « MIXTE »

Mais le parquet a indiqué à la Ville qu’il ne poursuivrait pas ce type d’infraction « mixte ». Il revient donc au fonctionnaire sanctionnateur d’adresser d’éventuelles amendes. Aucune norme supérieure n’interdit, non plus, une tenue vestimentaire.

Un policier peut toutefois dresser un PV s’il estime qu’une personne enfreint l’article 385 du Code pénal, relatif aux bonnes mœurs qui indique que « quiconque aura publiquement outragé les mœurs par des actions qui blessent la pudeur, sera puni d’un emprisonnement de huit jours à un an et d’une amende de 26 € à 500 € ». Il reviendra alors au parquet de décider de poursuivre ou non, et ensuite à un juge d’estimer si le « sentiment collectif de la pudeur » a été blessé. La peine pourra être plus lourde, si les faits sont commis en présence de mineurs de moins de 16 ans.

« UN FLOU »

Il n’est donc pas formellement interdit de se promener tout nu, ou de se balader en maillot de bain sur le piétonnier. « Le concept d’outrage aux bonnes mœurs reste flou, car il est lié aux circonstances de temps et de lieu », concède Jean-Paul Dreze, commissaire de police de la zone Bruxelles-Capitale – Ixelles. « Mais la police interviendra si le comportement d’un individu suscite des réactions d’autres concitoyens. Donc si quelqu’un se balade en bikini et que cela suscite des réactions, un PV pourra être dressé par un policier pour outrage public aux bonnes mœurs. »

Si vous optez tout de même pour le maillot de bain, c’est aussi l’occasion de préciser qu’il est interdit de se baigner dans les parcs bruxellois…



COMMENTAIRE DE DIVERCITY

TARTUFFERIES


« Pour l’heure, juste intolérance, violence et bêtise crasse. »

C’est l’été, manque de sujets d’actualité après le Tour de France  et  l’épisode grec. Donc n’importe quoi pour le plaisir de mettre de l’huile sur le feu et ça fume, ça fume. Pas de quoi s’exciter, ni bikini ni burka. Circuler, il n’y a rien à voir ni à commenter.

Si, ceci à propos du piétonnier. Je sirotais mon kawa à la terrasse du Métropole. Coup de sifflet, trois agents cyclistes se précipitent sur un pôv gamin en scooter bas de gamme qui a osé braver l’interdit en roulant sur le piétonnier. Papiers, fouille intimidation. La gamin finit par partir à pied, obligé d’abandonner son pégase.

No comment.

MG

 


FRANCE: «PAS DE MOBILE RELIGIEUX» DANS L’AFFAIRE DU MAILLOT DE BAIN 

Les auteures des faits auraient reproché à la victime sa tenue contraire à « la morale et aux mœurs ». Le parquet a démenti l’information.



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Mercredi, cinq jeunes femmes, dont deux mineures, ont violemment pris à partie et molesté une jeune femme qui bronzait en maillot de bain, dans le parc Léo à Reims, dans le Nord de la France. La phrase qui aurait provoqué le passage à tabac est la suivante : « Allez vous rhabiller, ce n’est pas l’été », selon la commissaire de permanence de la ville, Julie Galisson. « Elle (la jeune femme en maillot) ne s’est pas laissée faire et cela a dégénéré. »

Rouée de coups, la jeune femme qui souhaitait profiter du soleil a dû prendre quatre jours d’incapacité totale de travail. Selon le journal L’Union, l’instigatrice de la rixe aurait jugé l’allure de la femme « contraire à sa morale et sa conception des bonnes mœurs », jugeant sa tenue « indécente ». Il n’en a pas fallu plus pour que la Toile se déchaîne, via le hashtag #JeportemonmaillotauParcLeo, en tête des « trends topic » (les sujets les plus en vogue sur Twitter) tout le week-end. Le mot-dièse a été fortement relayé par l’association SOS Racisme, qui a même organisé un rassemblement de personnes en maillot au parc en question ce dimanche – l’événement a attiré plus de journalistes que d’indignés.

Les anonymes n’ont pas été les seuls à s’emparer du sujet. À commencer par le maire Les Républicains (anciennement UMP) de Reims, Arnaud Robinet, qui a condamné fermement l’agression, « intolérable sur notre territoire ». Toujours dans le parti de Nicolas Sarkozy, les réactions ont fusé. Les jeunes Républicains ont rappelé sur Twitter que pour Alain Juppé, « la liberté des femmes n’est pas négociable ». Nadine Morano, pour sa part, a posté une photo de Brigitte Bardot en deux-pièces, accompagnée d’un commentaire dénonçant « la répression de la liberté de la femme », un « scandale en 2015 »Eric Ciotti, député Les Républicains des Alpes-Maritimes a été un pas plus loin en évoquant une « agression inacceptable par laquelle on veut nous imposer un mode de vie qui n’est pas le nôtre ».

Sans surprise, c’est du côté du Front national (FN) qu’ont fleuri les réactions les plus véhémentes. Florian Philippot, le vice-président du parti, s’est fendu d’un : « Lynchée, car en maillot de bain… Il faut entendre lynchée, car vivant à la française ! Plus que temps de changer de cap. » Avant d’ajouter : « Les agresseuses [sic] de la femme en maillot de bain n’ont qu’à se baigner sur la plage saoudienne de Vallauris. Là-bas, l’État les chouchoutera. »

« PAS DE MOBILE RELIGIEUX OU MORAL »

Dimanche, le parquet de Reims a annoncé que « ni la victime ni les auteures des coups n’ont fait état, lors des auditions, d’un mobile religieux ou d’un mobile moral qui aurait déclenché l’altercation ». Le maire de la ville a, ce jour-là, lancé un appel au calme, arguant notamment du fait qu’« il n’était pour l’heure pas question d’émettre de conclusions hâtives sur les éventuelles motivations religieuses de l’agression ».« Il est également intolérable de stigmatiser une communauté ou une autre pour un acte commis par quelques-uns et sans connaître le fond de cette affaire »a-t-il ajouté.

Mieux vaut tard que jamais ? L’affaire démontre, si c’était nécessaire, à quel point la question de l’immigration est sensible en France, et au centre de la stratégie politique à droite. Le mot de la fin revient à la journaliste Anne Sinclair (Huffington Post) qui a invité l’Hexagone à raison garder : « Pour l’heure, juste intolérance, violence et bêtise crasse. »