lundi 6 juillet 2015

Agir vite pour sauver l’euro

Paru dans L'Express 



La zone euro vit aujourd’hui le paroxysme d’une crise qui peut être mortelle.
Il n’est plus le temps ni le lieu de faire l’analyse des innombrables erreurs, de chacun et de tous, qui ont conduit là où nous sommes aujourd’hui. Cette page n’y suffirait pas.
Il est par contre très important de comprendre que l’engrenage actuel conduirait très vite, si on ne réagit pas, à la sortie de la Grèce de l’euro.
Cela serait une catastrophe pour ce pays, dont le niveau de vie s’effondrerait, les épargnants seraient ruinés et qui ne s’en relèverait pas avant 20 ans au moins, a moins de se soumettre à une puissance étrangère.
Le Grexit serait aussi une catastrophe pour nous.
D’abord parce que nous subirions des pertes directes et indirectes, bien supérieures aux 40 mds annoncées par tout. Ensuite parce que cela démontrerait à tous que l’euro n’est pas irréversible, qu’un pays peut en sortir ; le jeu des marchés financiers serait alors de deviner quelle serait la prochaine cible et de l’attaquer: le Portugal? L’Espagne? L’Italie? La France? Tous, sans doute, l’un après l’autre. Le coût pour nous de la simple éventualité d’une telle catastrophe serait énorme: hausse des taux d’intérêt, récession, déficit public croissant ; de terribles économies s’imposeraient.
Ensuite parce que cette crise nous rappelle une évidence : aucune monnaie unique ne peut survivre durablement entre des pays qui ne mettent pas en commun une capacité budgétaire, c’est à dire des recettes fiscales, permettant d’emprunter pour financer les investissements nécessaires pour compenser les différences de compétitivité entre ces pays.
Les risques de voir la zone euro se défaire sont donc énormes. Il est donc urgent d’agir.
Et pour cela, les Français et les Allemands ne doivent pas attendre une proposition grecque. Ils doivent, ensemble, proposer un programme complet, en quatre parties :
1. Sur les enjeux de court terme, les positions de la Grèce et des autres Européens ne sont pas si éloignées. Un accord est rapidement possible. Sans doute faudra-t-il faire, de part et d’autre, une ou deux concessions techniques sur le niveau de la tva applicables aux iles ou sur la date du début de la réduction de la subvention aux petites retraites.
2. Sur les enjeux du long terme, il faut immédiatement annoncer, ce qu’on aurait dû faire depuis longtemps, qu’on renégociera la dette publique grecque , en en modifiant la maturité et en lui apportant, dans les trois prochaines années les 40 mds nécessaires au remboursement de ses échéances, financés par un prêt octroyé par le MES, ce nouvel instrument intergouvernemental, jamais encore utilisé, et qui dispose de 500 mds d’euros.
3. Il faudra utiliser ces ressources, de court et de long terme, non pour une énième distribution de subsides à fonds perdus mais pour enfin s’attaquer à l’essentiel, qui est la constitution d’un Etat grec, avec un cadastre, une police, une justice, une administration digne de ce nom. Comme on l’a fait avec succès en Europe de l’Est.
4. Enfin, simultanément, pour éviter qu’une telle crise n’éclate ailleurs, il faut organiser le 3eme étage de la gouvernance de la zone euro : après la monnaie unique et l’union bancaire, l’union fiscale et budgétaire dont le MES peut constituer un habile embryon, permettant d’y parvenir sans se lancer dans un hasardeux marathon référendaire à travers le continent.
Dans un tel programme, les Grecs trouveront les ressources, et les compétences, qui leur manquent ; pour construire leur Etat. Les Allemands seront rassurés par le caractère intergouvernemental de cet accord, qui donne tout pouvoir aux parlements nationaux, et permettra de contrôler les éventuelles dérives budgétaires des emprunteurs. Et la France y trouvera l’amorce de la solidarité fiscale qu’elle appelle de ses vœux depuis longtemps.
La mise en œuvre d’un tel programme prendra du temps. Le monde nous regarde, et attend de nous une capacité à donner un sens à la construction européenne.
Si on ne le fait pas maintenant, nous serons bientôt tous ruinés, comme les Grecs ; ruinés par notre incapacité à prendre au sérieux nos propres engagements.
Le moment de vérité est là ; il révélera les femmes et les hommes visionnaires, courageux, lucides et déterminés. Et les autres.
j@attali.com

 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY

« LE MOMENT DE VÉRITÉ EST LÀ ; IL RÉVÉLERA LES FEMMES ET LES HOMMES VISIONNAIRES, COURAGEUX, LUCIDES ET DÉTERMINÉS. ET LES AUTRES. »

Mais  où se cachent donc les hommes et les femmes de caractère visionnaires ,courageux, lucides et déterminés ? N’en ont-ils pas assez de s’enfouir la tête dans le sable ? Sans avoir les compétences et les lumières de Jacques Attali qui n’a pas son pareil pour établir un diagnostic solide et en dégager une thérapie sous forme de remède de cheval, nous en appelons depuis des mois à ces hommes et ces femmes de caractère qui se cachent dans la coulisse et répugnent à agir avec énergie quitte à se montrer parfaitement impopulaires. 

« Si on n’agit pas maintenant, nous serons bientôt tous ruinés, comme les Grecs ; ruinés par notre incapacité à prendre au sérieux nos propres engagements. » 

« Il faut organiser le 3eme étage de la gouvernance de la zone euro : après la monnaie unique et l’union bancaire, l’union fiscale et budgétaire dont le MES peut constituer un habile embryon, permettant d’y parvenir sans se lancer dans un hasardeux marathon référendaire à travers le continent. »

MG

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