lundi 13 juillet 2015

APRÈS DES HEURES DE NÉGOCIATIONS, LA ZONE EURO A TROUVÉ UN ACCORD POUR MAINTENIR LA GRÈCE EN SON SEIN ET POURRA NÉGOCIER UN TROISIÈME PROGRAMME D'AIDE.

Libération

• La zone euro a décidé à l’unanimité d’entamer des négociations en vue d’accorder un troisième plan d’aide à la Grèce, qui risquait sinon une sortie de l’Union monétaire, a annoncé lundi matin le président du Conseil européen, Donald Tusk.

• Certains gouvernements n’ont toujours pas digéré la tenue du référendum en Grèce et ne font pas confiance au gouvernement d'Aléxis Tsípras qui a pourtant proposé un plan d'actions et de réformes jeudi. Un plan très proche de ce que réclamaient les créanciers. Mais la somme à prêter à la Grèce est plus importante que prévue.

• Une proposition allemande d’une sortie temporaire de la Grèce de la zone euro pendant cinq ans a été rendue publique, même si elle n’a pas été formellement présentée devant l'Eurogroupe.

•  Le ministre finlandais des Finances Alexander Stubb a été sommé samedi par le Parlement de son pays de négocier une sortie de la Grèce de la zone euro, selon la télévision publique Yle. Mais le ministre finlandais tempère cette position. Il affirme que «personne ne bloque un accord» et pense que ce que les Grecs ont proposé «n’est pas assez».

• Dès leur arrivée à Bruxelles, Angela Merkel et François Hollande ont affiché devant la presse leurs opposition. Le président français affirme que «la France va tout faire pour trouver un accord dès ce soir» tandis que la chancelière allemande explique ne pas vouloir «un accord à n’importe quel prix».

 

L'ALLEMAGNE A "PORTÉ UN COUP SÉVÈRE" À L'EUROPE, SELON LE PRIX NOBEL D'ÉCONOMIE



L'Allemagne "a porté un coup sévère et ébranlé l'Europe" par son attitude dans la crise grecque, a estimé dimanche le prix Nobel d'économie Joseph Stiglitz, en marge de la Conférence sur le financement du développement qui s'ouvre lundi à Addis Abeba

"L'Allemagne a montré un manque de solidarité. Vous ne pouvez pas gérer une zone euro sans un minimum de solidarité. (Cette crise) sape complètement la vision commune et la solidarité européenne. C'est un désastre", a confié l'ancien chef économiste de la Banque mondiale à l'AFP, jugeant qu'il serait "déraisonnable" que les négociations en cours à Bruxelles aboutissent à demander "encore davantage" à la Grèce.

"Si la BCE autorise les banques grecques à rouvrir et qu'un accord est renégocié, les blessures peuvent se refermer, mais si (l'Allemagne) réussit à utiliser cela pour exclure la Grèce, je crois que les dégâts seront très très profonds", a prévenu l'économiste.

Joseph Stiglitz est à Addis Abeba pour soutenir la création d'un organisme fiscal international, sous l'égide de l'ONU, afin de lutter contre l'évasion fiscale des multinationales en Afrique. Il accuse les pays riches de chercher avant tout à protéger leurs grandes entreprises qui échappent à l'impôt dans les pays en développement.

"Les dirigeants européens et occidentaux critiquent la Grèce pour son incapacité à collecter l'impôt. Dans le même temps, les Occidentaux ont créé un système d'évasion fiscale mondial... et les pays avancés essayent de contrer l'effort global pour stopper l'évasion fiscale. On ne peut pas être plus hypocrite", a t-il ajouté.

Selon une estimation donnée par l'ONG Oxfam, les pays en développement perdent chaque année 100 milliards de dollars de recettes fiscales qui ne sont pas acquittées par les multinationales opérant sur leur sol.


 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

DEUTCHLAND ÜBER ALLES ; DEUTSCHLAND ÜBER EUROPA


Pendant tout l’après-guerre, laquelle se termina en 1989 avec la chute du mur et du rideau de fer, l’Allemagne fut regardée comme un géant économique et un nain politique, ce qui arrangeait beaucoup la France. François Mitterrand accepta la réunification allemande à la condition que l’Allemagne renonce au Deutsche Mark et accepte l’Euro comme monnaie commune. Désormais l’Allemagne est un géant politique et elle regarde l’Euro comme s’il était un deutsche Mark de substitution, bref une monnaie forte imposée aux économies faibles du sud européen.   80 % des citoyens allemands sont allergiques à toute idée de transferts de richesse vers la Grèce. Exactement comme les Flamands refusent les transferts vers la Wallonie. Mais de même que la NVA vient de comprendre qu’il n’est pas  inintéressant de dominer la Belgique en mettant la gauche socialiste hors jeu, de la même manière, le duo Schäuble-Merkel entend  dominer l’Europe en y imposant sa volonté. L'Allemagne, à travers le choix d'une Europe fondée sur l'euro, exerce un leadership sur une Europe dont elle s'affirme comme le centre de gravité. (…)Ce pays désormais puissance centrale européenne a définitivement tiré un trait sur le passé et sur ses complexes liés à l'histoire qui la cantonnait à un rôle secondaire. (Maxime Tandonnet)

LE COMPROMIS

« Angela Merkel a fini par opter pour un compromis, y compris en désavouant le ministre Schäble qui fut jadis son protecteur puis son rival et enfin son allié ? Angela Merkel pense désormais à sa place dans l’Histoire. Et c’est aussi une Européenne convaincue, justement parce qu’elle a grandi à l’Est comme le rappelle l’une de ses biographes, Jacqueline Boysen : «Pendant sa jeunesse, l’Europe n’était pas pour elle une réalité, mais un rêve et c’est encore plus fort.»  libé)

La crise grecque, quelle qu’en soit l’issue est dès à présent assurée de rester comme un jalon dans l’histoire de l’unification européenne. Quoiqu’il arrive, Bruxelles en sortira très affaiblie aux yeux du reste du monde.

MG



L'IMPASSE D'UNE EUROPE SOUS DOMINATION ALLEMANDE

FIGARO 

MAXIME TANDONNET



FIGAROVOX/ANALYSE - Pour Maxime Tandonnet, le déroulement de la crise grecque est un révélateur supplémentaire de la situation inextricable dans laquelle se trouve l'Union européenne, si elle demeure sous la domination de l'Allemagne.

Maxime Tandonnet décrypte chaque semaine l'exercice de l'État pour FigaroVox. Il est haut fonctionnaire, ancien conseiller de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République et auteur de nombreux ouvrages, dont Histoire des présidents de la République, Perrin, 2013. Son dernier livre Au coeur du Volcan, carnet de l'Élysée est paru en août 2014. Découvrez également ses chroniques sur son blog.
Le déroulement de la crise grecque, au cours des dernières semaines, souligne des fractures qui excèdent, de par leur gravité, la seule question de la dette de ce pays et de son maintien dans la zone euro. En effet, il marque une transformation de la gouvernance européenne, des rapports de forces dans l'Union. L'impression qui s'en dégage est celle d'une influence croissante de l'Allemagne, grande puissance centrale de l'Europe, maîtresse et garante de l'euro en raison de sa puissance économique et financière source de sa domination sur le continent. Ainsi, c'est le porte-parole de Madame Merkel qui déclare, au lendemain du référendum grec: «Les conditions pour les négociations d'un nouveau programme d'aide ne sont pas réunies.» L'Allemagne, à travers le choix d'une Europe fondée sur l'euro, exerce un leadership sur une Europe dont elle s'affirme comme le centre de gravité.

EN SEPT ANS, LE BASCULEMENT DE L'EUROPE SOUS L'EMPRISE DE L'ALLEMAGNE, FONDÉ SUR SA RÉUSSITE ÉCONOMIQUE ET INDUSTRIELLE, A CONNU UNE IMPRESSIONNANTE ACCÉLÉRATION.

En sept ans, le basculement de l'Europe sous l'emprise de l'Allemagne, fondé sur sa réussite économique et industrielle, a connu une impressionnante accélération. Dans les années 2008-2010, le pouvoir était encore largement partagé sur le continent. La France représentait à cette époque un véritable contre-poids et une source d'influence majeure. Ainsi, le président Sarkozy avait joué un rôle décisif, au côté du président de la Commission Barroso en 2008, dans le règlement diplomatique du conflit entre la Russie et la Géorgie. A l'initiative de la présidence française de l'Union européenne, au second semestre 2008, était adopté un pacte européen pour l'immigration et l'asile, marquant une volonté politique commune de l'Europe dans ce domaine. En 2010 et 2012, le traitement du dossier grec était assuré par un tandem indissociable de Mme Merkel et M. Sarkozy qui se concertaient avant toute initiative et déclaration. Cet équilibre semble bien aujourd'hui avoir volé en éclat.

Il faut dire que la montée en puissance de l'Allemagne en Europe est un phénomène de long terme résultant d'une multitude de facteurs. La réunification allemande, dans les années 1990 en a fait une puissance démographique (80 millions d'habitants) et industrielle majeure au coeur du dispositif. L'élargissement de l'Europe à onze pays de l'Est dans les années 2000 a renforcé sa place d'axe central sur le continent. Enfin, grâce à la rigueur de sa gestion, l'Allemagne est sortie considérablement renforcée de la crise économique des années 2009-2012, devenue le pôle industriel majeur d'une Europe frappée par le déclin. 

Ce pays désormais puissance centrale européenne a définitivement tiré un trait sur le passé et sur ses complexes liés à l'histoire qui la cantonnait à un rôle secondaire. En outre, l'éloignement croissant de la Grande-Bretagne de l'Europe, dans le contexte des incertitudes sur son maintien dans l'Union liée au référendum de 2017, met en cause l'équilibre traditionnel entre les grandes puissances européennes. Les institutions de l'Union européenne elles-mêmes n'ont pas réussi à s'affirmer comme la source d'une autorité collective représentative de l'ensemble des nations, comme l'a illustré le fiasco de M.Juncker sur les «quotas» d'immigration. Le Parlement européen - élu au scrutin de liste proportionnel, donc par cooptation partisane - n'incarne pas vraiment aujourd'hui une légitimité démocratique des peuples européens comparable aux Parlements nationaux.

PERSÉVÉRER DANS LA VOIE D'UNE DOMINATION FONDÉE SUR L'ÉCONOMIE ET LA FINANCE, EST L'ASSURANCE D'UNE DRAMATIQUE IMPLOSION DE L'EUROPE DONT NOUS CONSTATONS AUJOURD'HUI LES PRÉMICES.

La question fondamentale aujourd'hui n'est pas celle de la devise grecque, mais de l'équilibre et de l'unité de l'ensemble européen. L'image d'un Etat dominant les autres est en contradiction absolue avec l'esprit initial des Pères fondateurs: «Une union toujours plus étroite entre des peuples». Nous assistons en ce moment à une montée générale des tensions y compris nationales. Une germanophobie croissante (et détestable) s'exprime dans les discours d'extrême droite comme de gauche. Une partie de la presse allemande elle-même (Der Speigel) dénonce les dangers d'une nouvelle forme «d'impérialisme». A l'inverse, les déclarations irresponsables qui traitent en paria le peuple grec héritier de l'une des plus grandes civilisations de l'histoire, ne font qu'amplifier la crise morale de l'Europe. Celle-ci, en effet, ne peut pas se réduire à un simple espace monétaire, la zone euro. Ses dirigeants et leurs élites ont tendance à oublier qu'elle est constituée de peuples avec leurs émotions, leurs passions, leurs peurs, leurs espérances, leurs réactions à l'image du référendum grec de dimanche dernier. Affirmer à l'instar de la chancelière allemande que l'euro est le fondement et la condition de survie de l'Europe revient à renforcer ce leadership d'un seul pays en le posant en maître du continent. Persévérer dans cette voie, celle d'une domination fondée sur l'économie et la finance, est l'assurance d'une dramatique implosion de l'Europe dont nous constatons aujourd'hui les prémices.

MARC SEMO ET NATHALIE VERSIEUX 

 



LE COUPLE FRANCO-ALLEMAND TRAVERSE UNE DES PLUS GRAVES CRISES DE SON HISTOIRE

La Libre Belgique

AFP 



En première ligne de la crise grecque, le couple franco-allemand a traversé ce week-end une des plus graves crises de son histoire, Angela Merkel et François Hollande s'opposant frontalement sur la stratégie face à Athènes.

A leur arrivée au nouveau sommet de la zone euro dimanche, les positions allemandes et françaises paraissaient irréconciliables, Mme Merkel envisageant clairement la possibilité d'un "Grexit", scénario exclu depuis le début par Paris.

"Il n'y aura pas d'accord à n'importe quel prix (...) la valeur la plus importante, à savoir la confiance et la fiabilité, a été perdue" avec Athènes, a asséné la chancelière, promettant des "négociations ardues".

"Il n'y a pas de +Grexit+ provisoire ou pas (...) il y a la Grèce dans la zone euro ou plus la Grèce dans la zone euro, mais à ce moment-là c'est une Europe qui recule et cela je n'en veux pas", répliquait peu après le président français affirmant de nouveau vouloir "tout faire pour trouver un accord" dans la soirée.

A l'Eurogroupe samedi "ça a été extrêmement dur, si ce n'est violent", car une bonne partie des ministres des Finances, dont l'Allemand Wolfgang Schauble, "avaient en tête que la seule bonne solution était le Grexit", a relaté dimanche un responsable européen.

Mais "Mme Merkel est passée par là", a-t-il ajouté, suggérant "un partage des rôles" entre la chancelière et son ministre des Finances". "Ils sont tout à fait capables l'un et l'autre et collectivement, y compris avec l'allié SPD (socio-démocrate), d'être politiquement intelligents", a-t-il observé.

LE RÉFÉRENDUM A ENVENIMÉ LA SITUATION

L'écart entre M. Hollande et Mme Merkel s'était creusé depuis l'annonce surprise par le Premier ministre grec Alexis Tsipras du référendum du 5 juillet qui s'est conclu par un non massif des Grecs au plan des créanciers du pays.

L'Allemagne avait alors imposé une ligne dure face à Paris et Bruxelles en fermant la porte à des négociations avec Athènes sur le renflouement du pays.

Les fausses notes se sont ensuite multtipliées dans la partition qui semblait pourtant bien rôdée entre Angela Merkel adepte de la "fermeté" et du "respect des règles", et M. Hollande plus enclin au "compromis" et à "la solidarité".

Même si ce n'est pas la première fois que le moteur franco-allemand fonctionne ainsi en deux temps: partir sur des positions divergentes pour finalement aboutir à une position commune, la fracture européenne face à l'urgence de la crise grecque avait rendu cette stratégie peu lisible et anxiogène.

DES ENJEUX NATIONAUX

Sur le plan intérieur, M. Hollande et Mme Merkel ne sont pas confrontés aux mêmes enjeux. Très impopulaire, le président français joue sur le dossier grec une partie importante à moins de deux ans de la fin de son mandat.

Il essuie depuis deux semaines les tirs croisés de l'opposition, l'accusant de désolidariser la France de l'Allemagne, et de la gauche radicale, qui lui reproche à l'inverse de céder à Berlin

L'ancien Premier ministre François Fillon (Les Républicains), a accusé le chef de l'Etat d'avoir "joué un double jeu : rigoureux en compagnie d'Angela Merkel, complaisant en coulisses avec Alexis Tsipras" dans le but d'éclipser ses "propres échecs économiques, sociaux et financiers".

"Il faut que M. Hollande se ressaisisse et reconstitue une unité avec la chancelière allemande (Angela) Merkel", a prôné l'ex-président Nicolas Sarkozy à Bruxelles pour une réunion du Parti populaire européen (PPE), dont sont membres Les Républicains (ex-UMP). Il a accusé son prédécesseur et rival d'avoir fait miroiter à M. Tsipras "un chèque sans conditions".

La crise grecque a clairement mis au jour le fossé entre socialistes français et sociaux-démocrates allemands, dont le leader Sigmar Gabriel a multiplié les commentaires très offensifs contre l'attitude d'Athènes.

A l'inverse, les risques sur le plan intérieur sont a priori limités, pour Mme Merkel - dont le quotidien populaire Bild Zeitung a réclamé mardi qu'elle soit une "chancelière de fer".

Triomphalement réélue en septembre 2013 pour un troisième mandat, la chancelière doit composer avec la ligne dure des conservateurs de son camp.

Selon un diplomate en poste à Bruxelles, le sommet des 19 devrait accoucher d'un texte permettant à Mme Merkel d'aller sans risque devant son Parlement, qui doit se réunir deux fois cette semaine.


Grexit : Berlin à bloc

Libération

Angela Merkel, François Hollande et Alexis Tsipras au sommet des chefs d'Etat de la zone euro, le 12 juillet à Bruxelles. (Photo John MacDougall. AFP)

Rarement, dans une réunion européenne, Berlin ne s’était autant exposé en première ligne sur une position aussi intransigeante en matière d’orthodoxie financière, au risque d’ouvrir une grave crise dans les relations franco-allemandes. En se posant, samedi, comme le champion du ras-le-bol des pays qui refusent d’accepter en l’état les propositions du Premier ministre grec, Aléxis Tsípras, le tout-puissant ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble (chrétien-démocrate) a rallumé la crise au sein de l’Eurogroupe, posant ouvertement la question d’un «Grexit» provisoire pour une durée de cinq ans.

 

(…)D’aucuns se demandent déjà si l’Allemagne n’est pas en train de sacrifier le projet politique européen sur l’autel de l’orthodoxie financière, au risque d’un clash sérieux avec Paris. Un scénario qui commence à inquiéter aussi outre-Rhin.

 «Je suis surpris qu’un Européen convaincu comme Schäuble se soit autant mis en avant sur une position qui divise les Vingt-Huit, amplifiant encore la fracture Nord-Sud au sein de l’Union et créant le risque d’une crise profonde avec la France», souligne Hans Stark, de l’Institut français des relations internationales (Ifri), rappelant «qu’il n’y avait pas eu une telle opposition frontale entre Paris et Berlin au sein de l’UE depuis 1991 et la décision allemande de reconnaître de sa propre initiative les indépendances slovène et croate».

FÉDÉRALISATION

On le sait, le grand argentier allemand est prêt à risquer le clash avec la Grèce. Si la dimension économique du dossier est pour lui primordiale, l’aspect politique l’est tout autant, voire plus. Cet européiste est convaincu que la monnaie unique doit être appuyée sur une vraie fédéralisation des politiques économiques des nations. Sans la Grèce, il serait plus facile de mettre en œuvre son vieux projet d’une «Europe à plusieurs vitesses», conduite par«un noyau dur de pays orientés sur l’intégration et de bonne volonté pour coopérer.» Avec, au centre, l’axe franco-allemand. Mais cette fois, Wolfgang Schäuble est peut-être allé trop loin.

La proposition du ministère des Finances publiée samedi suscite le scepticisme des milieux d’affaires. «Un Grexit à durée limitée est un Grexit», rappelle le chef économiste de Berenberg Bank, Holger Schmieding.

L’annonce crée aussi des remous politiques. Sigmar Gabriel, chef du SPD (sociaux-démocrates) et ministre de l’Economie dans le gouvernement de coalition au pouvoir à Berlin, n’a pas apprécié de ne pas avoir été consulté avant la distribution du papier Schäuble à quelques collègues européens, samedi. Gabriel, qui avait multiplié les déclarations dures envers Athènes, assure aujourd’hui : «Nous voulons tout entreprendre, et c’est aussi la position du gouvernement allemand, pour que la Grèce reste dans l’euro.» Il insiste sur la nécessaire action coordonnée avec la France. Le secrétaire d’Etat aux Affaires européennes, le SPD Michael Roth, et le «spécialiste Finances» du SPD, Carsten Schneider, vont plus loin : «Les propositions de Wolfgang Schäuble ne sont pas sérieuses, et présentent un danger pour la zone euro.» Au sein du SPD, certains sont toujours sur la ligne dure, comme le chef du groupe parlementaire Thomas Oppermann, estimant qu’un troisième paquet d’aide à la Grèce n’est possible «qu’avec de plus stricts engagements de la part d’Athènes et davantage de contrôles de la part des créanciers.» Les Verts allemands, longtemps étonnamment silencieux, sont montés au créneau. «Schäuble sabote un compromis avec la Grèce, et cela visiblement avec l’approbation de la chancelière et du vice-chancelier [Sigmar Gabriel, ndlr]», estiment les deux chefs du groupe parlementaire Verts au Bundestag, Anton Hofreiter et Katrin Göring-Eckart.

Angela Merkel finira-t-elle par opter pour un compromis, y compris en désavouant ce ministre qui fut jadis son protecteur puis son rival et enfin son allié ? C’est probable, même au risque de secouer le parti. Angela Merkel pense désormais à sa place dans l’Histoire. Et c’est aussi une Européenne convaincue, justement parce qu’elle a grandi à l’Est comme le rappelle l’une de ses biographes, Jacqueline Boysen : «Pendant sa jeunesse, l’Europe n’était pas pour elle une réalité, mais un rêve et c’est encore plus fort.»


COMMENTAIRE DE DIVERCITY

SANS UNE CORDIALE ENTENTE ENTRE PARIS ET BERLIN, L’EUROPE VA DROIT AU DESASTRE

La crise grecque a clairement mis au jour le fossé entre socialistes français et sociaux-démocrates allemands, dont le leader Sigmar Gabriel a multiplié les commentaires très offensifs contre l'attitude d'Athènes.

 

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