mardi 28 juillet 2015

Bruxelles: peut-on se balader en bikini sur le piétonnier?

Bastien Doyen

Le Soir

Il n’existe aucun article du règlement de police qui prescrit explicitement le code vestimentaire à adopter.



•                         
© Le Soir

Le passage à tabac d’une jeune femme en bikini dans un parc à Reims a suscité vive indignation et récupération politique.

Mais, au fait, est-on autorisé à se balader ainsi en rue ? A Bruxelles, il n’existe aucun article du règlement de police qui prescrit explicitement le code vestimentaire à adopter. Seul l’article 41 précise que « sauf autorisation, il est interdit de se dissimuler le visage sur l’espace public, par des grimages, le port d’un message ou tout autre moyen ».

UN TYPE D’INFRACTION « MIXTE »

Mais le parquet a indiqué à la Ville qu’il ne poursuivrait pas ce type d’infraction « mixte ». Il revient donc au fonctionnaire sanctionnateur d’adresser d’éventuelles amendes. Aucune norme supérieure n’interdit, non plus, une tenue vestimentaire.

Un policier peut toutefois dresser un PV s’il estime qu’une personne enfreint l’article 385 du Code pénal, relatif aux bonnes mœurs qui indique que « quiconque aura publiquement outragé les mœurs par des actions qui blessent la pudeur, sera puni d’un emprisonnement de huit jours à un an et d’une amende de 26 € à 500 € ». Il reviendra alors au parquet de décider de poursuivre ou non, et ensuite à un juge d’estimer si le « sentiment collectif de la pudeur » a été blessé. La peine pourra être plus lourde, si les faits sont commis en présence de mineurs de moins de 16 ans.

« UN FLOU »

Il n’est donc pas formellement interdit de se promener tout nu, ou de se balader en maillot de bain sur le piétonnier. « Le concept d’outrage aux bonnes mœurs reste flou, car il est lié aux circonstances de temps et de lieu », concède Jean-Paul Dreze, commissaire de police de la zone Bruxelles-Capitale – Ixelles. « Mais la police interviendra si le comportement d’un individu suscite des réactions d’autres concitoyens. Donc si quelqu’un se balade en bikini et que cela suscite des réactions, un PV pourra être dressé par un policier pour outrage public aux bonnes mœurs. »

Si vous optez tout de même pour le maillot de bain, c’est aussi l’occasion de préciser qu’il est interdit de se baigner dans les parcs bruxellois…



COMMENTAIRE DE DIVERCITY

TARTUFFERIES


« Pour l’heure, juste intolérance, violence et bêtise crasse. »

C’est l’été, manque de sujets d’actualité après le Tour de France  et  l’épisode grec. Donc n’importe quoi pour le plaisir de mettre de l’huile sur le feu et ça fume, ça fume. Pas de quoi s’exciter, ni bikini ni burka. Circuler, il n’y a rien à voir ni à commenter.

Si, ceci à propos du piétonnier. Je sirotais mon kawa à la terrasse du Métropole. Coup de sifflet, trois agents cyclistes se précipitent sur un pôv gamin en scooter bas de gamme qui a osé braver l’interdit en roulant sur le piétonnier. Papiers, fouille intimidation. La gamin finit par partir à pied, obligé d’abandonner son pégase.

No comment.

MG

 


FRANCE: «PAS DE MOBILE RELIGIEUX» DANS L’AFFAIRE DU MAILLOT DE BAIN 

Les auteures des faits auraient reproché à la victime sa tenue contraire à « la morale et aux mœurs ». Le parquet a démenti l’information.



• 

Mercredi, cinq jeunes femmes, dont deux mineures, ont violemment pris à partie et molesté une jeune femme qui bronzait en maillot de bain, dans le parc Léo à Reims, dans le Nord de la France. La phrase qui aurait provoqué le passage à tabac est la suivante : « Allez vous rhabiller, ce n’est pas l’été », selon la commissaire de permanence de la ville, Julie Galisson. « Elle (la jeune femme en maillot) ne s’est pas laissée faire et cela a dégénéré. »

Rouée de coups, la jeune femme qui souhaitait profiter du soleil a dû prendre quatre jours d’incapacité totale de travail. Selon le journal L’Union, l’instigatrice de la rixe aurait jugé l’allure de la femme « contraire à sa morale et sa conception des bonnes mœurs », jugeant sa tenue « indécente ». Il n’en a pas fallu plus pour que la Toile se déchaîne, via le hashtag #JeportemonmaillotauParcLeo, en tête des « trends topic » (les sujets les plus en vogue sur Twitter) tout le week-end. Le mot-dièse a été fortement relayé par l’association SOS Racisme, qui a même organisé un rassemblement de personnes en maillot au parc en question ce dimanche – l’événement a attiré plus de journalistes que d’indignés.

Les anonymes n’ont pas été les seuls à s’emparer du sujet. À commencer par le maire Les Républicains (anciennement UMP) de Reims, Arnaud Robinet, qui a condamné fermement l’agression, « intolérable sur notre territoire ». Toujours dans le parti de Nicolas Sarkozy, les réactions ont fusé. Les jeunes Républicains ont rappelé sur Twitter que pour Alain Juppé, « la liberté des femmes n’est pas négociable ». Nadine Morano, pour sa part, a posté une photo de Brigitte Bardot en deux-pièces, accompagnée d’un commentaire dénonçant « la répression de la liberté de la femme », un « scandale en 2015 »Eric Ciotti, député Les Républicains des Alpes-Maritimes a été un pas plus loin en évoquant une « agression inacceptable par laquelle on veut nous imposer un mode de vie qui n’est pas le nôtre ».

Sans surprise, c’est du côté du Front national (FN) qu’ont fleuri les réactions les plus véhémentes. Florian Philippot, le vice-président du parti, s’est fendu d’un : « Lynchée, car en maillot de bain… Il faut entendre lynchée, car vivant à la française ! Plus que temps de changer de cap. » Avant d’ajouter : « Les agresseuses [sic] de la femme en maillot de bain n’ont qu’à se baigner sur la plage saoudienne de Vallauris. Là-bas, l’État les chouchoutera. »

« PAS DE MOBILE RELIGIEUX OU MORAL »

Dimanche, le parquet de Reims a annoncé que « ni la victime ni les auteures des coups n’ont fait état, lors des auditions, d’un mobile religieux ou d’un mobile moral qui aurait déclenché l’altercation ». Le maire de la ville a, ce jour-là, lancé un appel au calme, arguant notamment du fait qu’« il n’était pour l’heure pas question d’émettre de conclusions hâtives sur les éventuelles motivations religieuses de l’agression ».« Il est également intolérable de stigmatiser une communauté ou une autre pour un acte commis par quelques-uns et sans connaître le fond de cette affaire »a-t-il ajouté.

Mieux vaut tard que jamais ? L’affaire démontre, si c’était nécessaire, à quel point la question de l’immigration est sensible en France, et au centre de la stratégie politique à droite. Le mot de la fin revient à la journaliste Anne Sinclair (Huffington Post) qui a invité l’Hexagone à raison garder : « Pour l’heure, juste intolérance, violence et bêtise crasse. »

 

 

Aucun commentaire: