jeudi 9 juillet 2015

Ces jeunes filles que l'on envoie au bled pour les marier de force l'été

Figaro avec AFP | 

Une campagne nationale, lancée le 1er juillet par l'association Voix de femmes et soutenue par le secrétariat aux Droits des femmes, entend sensibiliser l'opinion au problème des mariages forcés, à la veille des départs en vacances. L'été, occasion du retour dans le pays familial, serait en effet propice aux unions contraintes.



À 16 ans, Zohra K., une Française d’origine algérienne et berbère, est envoyée dans le pays d’origine de ses parents. Elle pensait y séjourner deux semaines pour les vacances. Mais abandonnée par ses parents et privée de son passeport, elle est obligée de rester sur place. À 18 ans, Zohra est vendue par sa famille pour quelques dinars et mariée de force à un homme mûr, duquel elle restera prisonnière pendant vingt ans. Son calvaire, qui a commencé à la fin des années 1970, Zokhra le raconte dans un livre, Jamais soumise (1), publié au mois de mai dernier. 

C’EST MA VIE, C’EST MOI QUI CHOISIS

Plus de trente ans après cette histoire, et même si peu d’études permettent de chiffrer le phénomène, les retours dans le pays familial suivis de mariages forcés menacent toujours des jeunes Françaises. Au début des années 2000, on a estimé que 70.000 jeunes filles en auraient été victimes en France. En 2011, une deuxième étude réalisée en collaboration par l'Ined et l'Insee estimait que le phénomène, qui concerne principalement les immigrées originaires de Turquie, du Maghreb et d’Afrique sahélienne, tendait à diminuer.

Depuis le 1er juillet, une campagne lancée par l’association Voix de femmes avec le soutien du secrétariat aux Droits des femmes sensibilise les jeunes filles et leurs proches à ce fléau, par le biais d’affiches, de slogans - « c’est ma vie, c’est moi qui choisis » - et du hashtag #stopmariageforcé. Elle vise à inciter les parents à résister aux pressions culturelles et familiales et à « respecter le libre choix amoureux » de leurs enfants, explique AnaëleToubiana, chargée de mission prévention auprès de l’association. Cette campagne rappelle que les jeunes filles peuvent appeler des lignes d'écoute si elles se sentent menacées : le numéro dédié de SOS mariage forcé (01 30 31 05 05) ou le 3919. Pour ne pas être mariées de force, les jeunes filles peuvent solliciter de la justice une ordonnance de protection.

« C'était important de donner l'alerte avant les départs en vacances, parce que c'est une période propice au retour des jeunes filles dans les pays d'origine des parents », souligne Mme Toubiana. « On veut vraiment les inciter à ne pas partir », souligne Sarah Jamaa, la directrice de l'association. Car une fois à l'étranger, elles peuvent solliciter l'aide du ministère français des Affaires étrangères, mais les démarches peuvent être compliquées pour rapatrier celles qui sont mineures. Cette démarche de prévention est d'autant plus importante qu'au moins « la moitié » des parents qui ont planifié un mariage pendant les vacances l'ont fait à l'insu de leur fille, estime la directrice de l’association. « Elles croient qu'elles vont passer de simples vacances, alors qu'en réalité elles vont être mariées de force », explique-t-elle...

ELLES CROIENT QU'ELLES VONT PASSER DE SIMPLES VACANCES,ALORS QU'EN RÉALITÉ ELLES VONT ÊTRE MARIÉES DE FORCE

Myriam (2), une jeune femme de la région parisienne mariée à 18 ans à un cousin éloigné lors d'un séjour d'été au Sénégal, savait pour sa part qu'elle partait pour s'unir à cet homme de 13 ans son aîné, a-t-elle relaté à l'AFP. « Mes parents ont commencé à me parler de ce projet à 15 ans. » Après des périodes de « rébellion, de matage et de fatalisme », elle a fini par céder aux pressions « psychologiques et physiques » exercées par sa famille, et le mariage a eu lieu pendant l'été 2003. À son retour, elle s'est retrouvée sous le « contrôle », notamment financier, de sa belle-famille, et a très vite abandonné ses études. Prise dans un « conflit de loyauté » vis-à-vis de sa famille, elle n'a quitté son mari que quelques années plus tard, après d'« interminables discussions » et avoit été « menacée d'être reniée ». Aujourd'hui âgée de 30 ans et remariée, elle ne voit plus ses parents car ils n'acceptent pas son nouvel époux.
Selon Sarah Jamaa, « l'élément déclencheur d'un mariage forcé est souvent la découverte par les parents d'une relation amoureuse qui ne correspond pas à leurs critères : pas la bonne origine, pas la bonne classe sociale, pas la bonne couleur ». Le phénomène, dont l'une des conséquences est souvent la déscolarisation, n'est « pas l'apanage d'une culture particulière, et touche surtout des jeunes filles de moins de 21 ans », souligne-t-elle. Mais des garçons sont aussi victimes de mariages forcés, notamment « si leur orientation sexuelle ne convient pas à leurs parents ». Le problème persiste toujours, malgré un durcissement des sanctions ces dernières années en France contre les instigateurs de mariages forcés et une loi votée en 2013 qui a rendu passible de trois ans de prison et de 45.000 euros d'amende le fait de tromper quelqu'un pour l'emmener à l'étranger dans ce but.

(1) Jamais Soumise. 20 ans dans l'enfer de l'obscurantisme, de Zohra K., Éd. Ring, 250 p., 17 €.
(2) Le prénom a été modifié.



ANGLETERRE : LE MARIAGE FORCÉ EST PASSIBLE DE SEPT ANS DE PRISON

Par Lucile Quillet |

Le mariage forcé est devenu un délit passible de sept ans de prison en Angleterre et au Pays de Galles avec l'entrée en vigueur, lundi, d'une nouvelle législation.

Le mariage forcé ne restera plus impuni en Angleterre. Une nouvelle loi, qui doit encore être adoptée en Ecosse et en Irlande du Nord, criminalise désormais cette pratique en Grande-Bretagne mais aussi à l'étranger lorsqu'un ressortissant britannique est en cause. Jusqu'ici, les tribunaux anglais pouvaient rendre des ordonnances de protection pour empêcher de telles unions mais une nouvelle étape est aujourd'hui franchie en faisant du mariage forcé une infraction pénale.

 

« Le mariage forcé est une véritable tragédie pour tous ceux qui en sont victimes et de nombreux cas ne sont jamais signalés », a déclaré la ministre britannique de l'Intérieur, Theresa May. Elle a précisé que l'unité d'assistance (ForcedMarriage Unit) fondée en 2005 par le gouvernement s'était occupée l'an dernier de plus de 1300 personnes. Selon des recherches antérieures, on dénombrerait chaque année entre 5000 et 8000 mariages forcés rien qu'en Angleterre. Sur les cas traités en 2013, 82% des victimes étaient des femmes et 15% étaient âgées de moins de 15 ans. Les dossiers concernaient au total 74 nationalités, dont 43% de Pakistanais, 11% d'Indiens et 10% de Bangladais.

 

Seuls quelques pays ont adopté jusqu'ici une législation similaire, notamment l'Allemagne, l'Autriche, la Belgique, Chypre, le Danemark et Malte. Pour la Journée de la femme, la réalisatrice Lisa Azuelos avait dévoilé un clip de sensibilisation mettant en scène Julie Gayet et Alexandre Astier en parents allant marier leur petite fille à un homme bien plus âgé. La vidéo, baptisée 14 millions de cris, faisait référence au nombre d'unions forcées qui ont lieu chaque année.

 

LA DÉSCOLARISATION FAVORISE LES MARIAGES FORCÉS DES PETITES FILLES

Par Lucile Quillet 

Lorsque les petites filles sortent tôt du chemin de l’école, elles risquent six fois plus que les autres de subir un mariage précoce. Ainsi qu’une vie sexuelle non consentie, la violence et les maternités qui s’ensuivent quasi inéluctablement.

Alors que 276 lycéennes nigérianes ont été enlevées voilà un mois par la secte Boko Haram pour être « mariées de force » et « traitées en esclaves », la Banque mondiale vient de publier un rapport rappelant l’importance de l’école pour la liberté des femmes dans le monde. Le constat est limpide : plus les filles vont à l’école, moins elles ont de chances de se retrouver mariées et mères dès leur plus jeune âge. Et de subir des violences conjugales. Le simple fait d’aller à l’école produit un cercle vertueux qui profiterait au développement dans le monde.

AU NIGÉRIA, SEPT FEMMES SUR DIX NE CONSENTENT PAS À LEURS RAPPORTS SEXUELS

Dans les pays qui pratiquent les mariages d’enfants, 65% des filles qui ont quitté leur cartable vers 10 ans se retrouvent mariées – souvent à des hommes bien plus âgés – contre seulement 5% pour celles qui ont poursuivi dans l’enseignement secondaire. Autrement dit, sans école, les fillettes sont privées de la maîtrise de leur avenir, de leur corps et de leur vie.

Car il est évident que leur vie sexuelle sera forcée, puisque dans 33 pays en développement, près d’un tiers des femmes ne peuvent pas refuser d’avoir des rapports sexuels avec leur partenaire, toujours selon le rapport de la Banque mondiale. Au Nigéria, au Sénégal et au Mali, il s’agit de sept femmes sur dix.  Et dans ces pays en développement, 41% des femmes ne peuvent pas demander à leur partenaire de se protéger avec un préservatif. 



DES MILLIONS DE FEMMES SONT VICTIMES DE VIOLENCES CONJUGALES

Les jeunes filles mariées dès l’enfance n’y échappent pas. Alors que certaines meurent à la suite d’hémorragie après leur « nuit de noces », les autres tombent enceintes. Ce destin précaire suit son cours, dans sa tragique fatalité : déscolarisation précoce, mariage précoce, maternité précoce. Dans les pays en développement, une jeune fille sur cinq tombe enceinte avant 18 ans. Ces grossesses sont périlleuses puisqu’elles causent la moitié des décès des jeunes filles entre 15 et 19 ans. Soit 70 000 morts chaque année. Elles auront aussi davantage de chances d’être victimes de violences conjugales, comme une femme sur trois dans le monde.

Face à ce constat, le rapport rappelle qu’il est « crucial de permettre aux filles de fréquenter l’enseignement secondaire », au sein d’un « système scolaire qui « favorise l’égalité entre les sexes ». Car le développement des femmes engendre de meilleures conditions de vie pour tout l’entourage. « En effet, les mères qui ont fait davantage d’études disposent de plus d’autonomie pour prendre des décisions et ont davantage de pouvoir pour agir pour le bien-être de leur enfant », explique Jeni Klugman, directrice en charge des questions de genre et de développement au sein du Groupe de la Banque mondiale. 



COMMENTAIRE DE DIVERCITY

« RÉBELLION, MATAGE ET FATALISME »  

« Il est « crucial de permettre aux filles de fréquenter l’enseignement secondaire », au sein d’un « système scolaire qui « favorise l’égalité entre les sexes ».

« Le simple fait d’aller à l’école produit un cercle vertueux qui profiterait au développement dans le monde. »

« la moitié » des parents qui ont planifié un mariage pendant les vacances l'ont fait à l'insu de leur fille, estime la directrice de l’association. « Elles croient qu'elles vont passer de simples vacances, alors qu'en réalité elles vont être mariées de force ;»

Tout est dit en trois phrases, pas besoin d’ajouter le moindre commentaire.  Comment concilier cette obstination culturelle avec un dialogue de respect mutuel. C’est vraiment difficile. Modernisation de l’islam ou islamisation de notre modernité. Je sais, je me répète.

MG

 

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