vendredi 3 juillet 2015

Enseignement: le bureau McKinsey flingue les réformes de la FWB

Le bureau McKinsey flingue les réformes de la Communauté française dans l'enseignement - SISKA GREMMELPREZ - BELGA


La société de consultance McKinsey a remis à la ministre Joëlle Milquet un lourd rapport sur l'état de l'enseignement en Fédération Wallonie-Bruxelles. Le résultat est sans appel: la Communauté française porte des choix radicalement opposés à ceux qui sont faits dans les pays "exemplaires", indique jeudi le journal Le Soir.

Cette étude fait le point sur la situation actuelle de l'école et émet des diagnostics groupés par thématiques. McKinsey a également étudié les textes légaux qui organisent l'enseignement belge francophone depuis 1957, alors que se négociait le Pacte scolaire, et les a mis en perspective avec les réformes décidées dans 20 pays qui ont vu la qualité de leur enseignement s'améliorer notablement.

En moyenne, 62% des réformes entreprises chez nous sont d'ordre structurel (réseaux, inspection, filières, etc.) contre à peine 15% dans les systèmes comparés. Au contraire, ceux-ci consacrent la majorité de leurs réformes (70%) aux "processus" (responsabilisation des acteurs, formation ressources humaines, définition des programmes) contre 24% en Communauté française.



COMMENTAIRE DE DIVERCITY

 

Curieusement, alors que les vacances commencent, l’attention médiatique est focalisée sur la problématique de l’école en région francophone. De toute évidence, un fossé semble se creuser entre les coryphées du PS et la titulaire du ministère de l’éducation, Joëlle Milquet.  Ses propositions sur le cours de rien sont l’objet de toutes les critiques et le PS comme le MR semblent s’orienter vers la défense d’un cours de citoyenneté de deux heures en lieu et place des cours de religion et de morale tandis qu’elle s’obstine à défendre une proposition complètement saugrenue. On en est aux préliminaires d’une nouvelle forme de guerre scolaire : la guerre scolaire froide et larvée.

MG


"COURS DE RIEN": OBLIGATOIRES EN JANVIER, PAS EN SEPTEMBRE

Le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles vient de se mettre d'accord sur les "cours de rien", officiellement appelés EPA (encadrement pédagogique alternatif), censés offrir une troisième possibilité entre cours de morale et de religion.

Le gouvernement aura finalement décidé de couper la poire en deux quant à leur mise en place: ces fameux cours seront obligatoires à partir de janvier 2016, et non à la rentrée de septembre, comme le souhaitait le PS. C'est le compromis trouvé avec le cdH.

"ÉVITER LE CHAOS"

La ministre de l'Éducation Joëlle Milquet précise : "Entre septembre 2015 et janvier 2016, les pouvoirs organisateurs s'organisent comme ils le veulent, s'il n'y a pas encore d'EPA dans certaines écoles. Nous permettons aux parents de faire leur demande dès le 1er septembre de la rentrée prochaine, et nous laissons les pouvoirs organisateurs s'organiser jusqu'à janvier."

Cela laisse donc quatre mois de préparation pour ces derniers. Et cette "petite bouée d'oxygène en matière d'organisation", selon les mots de la ministre, permettra "d'éviter le chaos, la désorganisation et de ne pas prendre les pouvoirs organisateurs au collet". Enfin, "cela permettra par ailleurs aux parents de demander la dispense", a-t-elle encore ajouté.



La ligne du temps de la mise en œuvre des "cours de rien"

 

"CE N'EST PAS UN COURS DE RIEN"

Les enfants qui choisiront cet EPA l'année prochaine devront, sous la surveillance de l'école, préparer un travail écrit ou une présentation orale sur les questions de citoyenneté, dans un souci de neutralité.

"On a mis un minimum pour montrer que ce n'est pas un cours de rien, mais qu'il a du sens, de la pédagogie, qui a un travail d'autonomisation personnel par rapport à des problématiques de citoyenneté", a commenté Joëlle Milquet.

"Cela veut dire qu'il y aura bien deux heures obligatoires dans l'établissement scolaire, bien évidemment surveillé, avec un contenu de travail personnel, écrit, oral, collectif, sur des thèmes de citoyenneté, avec des lectures, des réponses à donner à des questionnaires qui seront évalués."

UN ENCADREMENT ALTERNATIF PROVISOIRE

De son côté, le ministre-président de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Rudy Demotte, a pour sa part évoqué un "marche-pied vers une autre philosophie de fonctionnement de l'école où on va substituer pour moitié les cours de religion et de morale laïque par ces cours de philosophie et de citoyenneté".

"Et, pour ceux qui auraient demandé la dispense, ils auront même l'occasion d'avoir deux heures de citoyenneté et de philosophie sur leur programme hebdomadaire", a-t-il précisé.

Cet encadrement alternatif est donc provisoire jusqu'à l'instauration des cours à la citoyenneté, dès septembre 2016 pour les élèves du primaire, et en septembre 2017 pour l'ensemble des secondaires.

Les élèves de l'enseignement officiel auront alors deux possibilités : soit suivre deux heures de cours de citoyenneté, soit avoir une heure de cours de citoyenneté et une heure de morale ou religions.

"ON AVANCE DANS LE BON SENS", SE RÉJOUIT LA FAPEO

La Fédération des associations de parents de l'enseignement officiel (FAPEO) s'est félicitée mercredi de l'accord intervenu au sein de la majorité PS-cdH sur l'organisation de l'encadrement pédagogique alternatif (EPA) dès janvier 2016 au plus tard pour les enfants qui choisiront d'être dispensés du cours de morale ou religion, ainsi que de l'introduction annoncée à partir de 2016 de deux heures de cours de citoyenneté.

"On avance dans le bon sens", s'est réjouie mercredi Joëlle Lacroix, secrétaire générale de la FAPEO, interrogée par l'agence Belga.

Le délai de quatre mois laissé aux écoles pour organiser concrètement l'EPA laissera aux directions le temps de le préparer efficacement, selon elle.

La décision d'introduire deux heures de cours de citoyenneté dans l'enseignement officiel à partir de 2016 démontre "qu'il est possible de sortir du cadre fixé par la déclaration de politique communautaire (qui ne prévoyait qu'une heure seulement de cours de citoyenneté à partir de 2016, ndlr).

Après les tensions survenues dans la foulée de l'arrêt de la Cour constitutionnelle"on sent que le terrain politique s'est emparé du sujet pour avancer"se félicite encore Joëlle Lacroix.

"Les cours de religion ressortent, selon nous, du domaine privé. Il est donc important qu'un cours non-convictionnel rassemblant tous les élèves soit développé. Il n'est pas acceptable d'encore diviser les élèves d'une même classe sur les questions de vivre-ensemble".

La FAPEO réunira mercredi soir ses instances pour faire le point après l'annonce du gouvernement.

La FAPEO et la ministre de l'Education, Joëlle Milquet, s'étaient pour rappel durement affrontées au printemps dernier à l'occasion du sondage que la ministre avait organisé auprès des parents de l'officiel pour savoir s'ils envisageaient ou non de demander la dispense des cours convictionnels pour leur enfant.

Mme Milquet avait alors dénoncé l'instrumentalisation de son sondage par la FAPEO qui avait encouragé les parents à réclamer massivement la dispense.



COMMENTAIRE DE DIVERCITY

DU RIFIFI EN PERSPECTIVE

La décision d'introduire deux heures de cours de citoyenneté dans l'enseignement officiel à partir de 2016 démontre "qu'il est possible de sortir du cadre fixé par la déclaration de politique communautaire (qui ne prévoyait qu'une heure seulement de cours de citoyenneté à partir de 2016, ndlr).

C’est dire que la problématique du cours de citoyenneté se révèle un puissant levier pour faire sortir de l’école secondaire les cours de religion et de morale extrêmement lourds à financer. C’est le souhait du Cedep, de la Fapeo mais aussi, à ce qu’il nous semble, du PS et même du MR. C’est dire que le CDH de Milquet se trouve fort isolé pour défendre toutes les autres formules

Qu’adviendra-t-il du cours de religion catho dans le libre si tout le monde est tenu à suivre deux heures de citoyenneté obligatoires ?

Si j’y comprends quelque chose, j’y vois une manœuvre habile pour imposer, en stoemelinks, une structure commune à tous les réseaux, bref à ne plus financer à terme qu’un seul réseau. Reste à savoir selon quelles modalités. Encore beaucoup de rififi en perspective.

MG 

 

 

 

 

QUE SERA LA NOUVELLE ÉCOLE? ÉGALITÉ, CLASSE JUSQUE 17H, DURÉE DES COURS...

 

C'était annoncé, et attendu: le pacte d'excellence voulu par la ministre de l’Éducation en Communauté française, Joëlle Milquet (cdH), démarre pratiquement avec la remise d'un premier rapport interuniversitaire. Les conclusions de ce dernier bousculent quelque peu l'organisation de l'école comme on la connait aujourd'hui. Renforcement du tronc commun d'enseignement secondaire, ouverture des acteurs de l'école vers l'extérieur, des rythmes scolaires modifiés, réduction des différences de subventionnement entre les établissements...

Fruit du travail de représentants de parents, de syndicats, de spécialistes universitaires se l'école, ce premier rapport fait suite à la décision du gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles actée en janvier dernier. Axé sur les objectifs de l'"école du XXIème siècle", le document explore tant le fonctionnement des établissements, que la formation et la pratique des enseignants, sans oublier la place centrale de l'élève dans l'apprentissage.

L'ÉLÈVE ET L'APPRENTISSAGE À SON RYTHME

Des propositions concernent directement l'organisation de l'école pour l'élève. En effet, partant de l'observation des rythmes scolaires actuels, le groupe de travail préconise le changement. Attention à l'âge et aux capacités des enfants, aux fatigues qui peuvent apparaître en cours de journée, aux périodes d'apprentissage (aujourd'hui de 50 minutes) qui sont "trop hachées": aller vers des cours de 90 minutes, et allonger les journées de classe jusque 16h30 ou 17h seraient des solutions salutaires.

Par ailleurs, les auteurs préconisent un rapport différent à l'apprentissage en et en dehors de la classe: l'équilibre entre l'utilisation des manuels et le cours de l'enseignant doit être trouvé, afin de mieux permettre la liberté de l'enseignant, tout en cadrant les cours; et les devoirs devraient se réaliser en classe.

L'ENSEIGNANT ET LE SOCLE DE COMPÉTENCES: "PLUS DE COHÉRENCE"

Du point de vue de l'enseignant, aussi, le changement est de rigueur. Ici, on parle de programme et de socle de compétences. Le rapport critique cette notion centrale du décret de 1997. En effet, les auteurs estiment qu'"une plus grande cohérence est nécessaire" dans l'identification des compétences et des savoirs, mais aussi dans les manières sont ces savoirs, et les savoirs-faire, doivent être mobilisés. Ils préconisent la tenue d'une large réflexion sur l'élaboration des méthodes pédagogiques, et un renforcement des évaluations externes.

Les liens avec l'extérieur, en particulier l'adéquation entre les enseignements et l'environnement culturel et socio-économique, sont soulignés: en clair, partager sur le terrain mieux et plus avec le monde du travail.

Pratiquement, les lignes de force du projet - apprentissage de la citoyenneté, de l'autonomie, de l'ouverture vers l'extérieur etc - devront être intégrées dans les formations initiale et/ou continue des professeursAméliorer le recrutementreste également une priorité: la piste des carrières mixtes est évoquée.

L'ÉCOLE DOIT ÊTRE "RÉELLEMENT" GRATUITE

L'école est également au centre des diverses réflexions proposées par le rapport. La ministre de l’Éducation soulignait en début d'année l'importance, entre autres, de deux éléments: le tronc commun d'enseignement et la gratuité de l'école.

En ce qui concerne l'allongement du tronc commun, c'est-à-dire la période pendant laquelle les enseignements sont les mêmes pour tous les élèves avant les choix des options, les auteurs l'avouent: ils n'ont pas réussi à se mettre d'accord. Ils demandent par contre un renforcement de ce dernier. Les arguments en faveur du tronc commun le plus long, ou ici le plus renforcé, sont répétés par plusieurs pédagogues depuis un certain nombre d'années. Parmi ces arguments, la diminution de la fracture socio-économique est fréquemment citée.

Dans le même objectif - diminution des différences socio-économiques, le rapport estime sans surprise que la gratuité "réelle et complète", est un élément central. Pour arriver à une réelle gratuité, sans buter contre le refus de certaines écoles, il y aurait une solution: la réduction des différences entre établissements en matière de subventions de fonctionnement.

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

LE PIEGE

« Le piège ? Il relève de la capacité d’inertie, de la profusion de tabous et de la rigidité de l’organisation en réseaux. La solution ? Elle passe par la nécessité pour nos sociétés de redonner leur place cruciale aux « maîtres », qui sont, aujourd’hui plus que jamais, le maillon qui forme les honnêtes hommes. » (BD)

C’est exactement ce qu’il convient de répéter, comme nous le faisons , du reste,commentaire après commentaire jusqu’à l’exaspération du lecteur. Qu’on ne s’y trompe pas, c’est grosso modo la recette finlandaise pour reconquérir l’excellence.  Mais attention que cette stratégie ne se heurte pas à l’immense conservatisme des enseignants, tous réseaux confondus.

Suggérer comme le fait ce faux naïf de Frank Andriat qu’il suffit de donner carte blanches aux profs relève de la mauvaise foi. On n’enseigne pas aujourd’hui comme avant-hier. Les élèves ont tellement changé, ce sont devenus des mutants. La génération Y hyper-connectée a succédé à la génération x qui l’était déjà. 

La bible de l’excellence scolaire présentée hier sera-t-elle cet outil qu’attend un enseignement francophone par trop insatisfaisant ? On a des craintes, des doutes, on est aussi un peu perdu sur la façon dont ce pensum peut être concrétisé.

Ce qui est sûr, c’est que Joëlle Milquet joue sa tête sur cette réforme et quelque chose nous dit qu’elle risque de la perdre au propre comme ay figuré.

MG 

L’EXCELLENCE N’AURAIT JAMAIS DÛ QUITTER L’ÉCOLE

Béatrice Delvaux, Éditorialiste en chef, Le Soir. 

Le rapport McKinsey révèle des dysfonctionnements anciens dans notre modèle d’enseignement. Le pacte d’excellence de Jöelle Milquet sera-t-il y remédier ?

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Quand on interroge des personnalités qui ont « réussi » sur ce qui a fait d’elles ce qu’elles sont devenues, il y a parfois les parents, mais il y a toujours un(e) instituteur(rice), un(e) prof. Comme cette professeur de français, intense, engagée et exigeante qui a fait découvrir à ses élèves Henri Michaux et Amnesty, monter une pièce sur un texte de Xenakis… Qui leur a appris à s’engager, à sortir de leur corps, à aimer le texte et à user des mots justes. On en connaît d’autres qui offrent un cadre à des élèves sans repère, se montrant intraitables sur leur maîtrise du calcul mais passant des midis à construire avec eux une maquette du Titanic, devenue leur œuvre mais surtout une très rare expérience de l’utilité du savoir ingurgité, du plaisir du collectif et de l’estime de soi.

Alors oui, cent, mille fois oui au pacte d’excellence s’il réussit à faire que ces expériences-là ne soient pas un privilège ou une loterie pour ceux qui ont rencontré ce moment de grâce scolaire qui construit, donne faim de savoir, ouvre les portes d’un univers culturel confisqué, tout en faisant sortir de l’école avec la véritable maîtrise des maths, du français et des langues.

La bible de l’excellence scolaire présentée hier sera-t-elle cet outil qu’attend un enseignement francophone par trop insatisfaisant ? On a des craintes, des doutes, on est aussi un peu perdu sur la façon dont ce pensum peut être concrétisé. Mais à ce stade, il faut :

1) saluer la ministre Milquet qui a donné la parole au terrain, qui la demande depuis des décennies ;

2) valider les problèmes identifiés (faibles performances, renforcement des inégalités, gouvernance erratique, gaspillage des ressources, enseignants mal accompagnés) qui sont ceux évoqués dans les salles des profs ;

3) rappeler que la priorité est de lutter contre les inégalités et de donner aux élèves les moyens d’être des moteurs du redéploiement socio-économique-culturel du monde francophone.

Le piège ? Il relève de la capacité d’inertie, de la profusion de tabous et de la rigidité de l’organisation en réseaux. La solution ? Elle passe par la nécessité pour nos sociétés de redonner leur place cruciale aux « maîtres », qui sont, aujourd’hui plus que jamais, le maillon qui forme les honnêtes hommes.

 

 

 

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