dimanche 5 juillet 2015

Grèce: gare à l’orgueil, gare à la vengeance

Béatrice Delvaux, éditorialiste en chef 

© AFP

On n’aurait jamais dû en arriver là. Et qu’on arrête de pointer du doigt Alexis Tsipras et de débattre à perte de vue pour savoir si cet homme est un trotskyste criminel ou le Robin des bois du pauvre.

On l’a écrit : le Premier ministre grec s’est méconduit ces derniers jours, en décrétant un référendum au milieu d’une négociation, en étant prêt à un compromis au moment où celui-ci n’avait plus aucune chance d’être ratifié, en sollicitant une prise de pouls populaire qu’on serait bien en peine de décoder. Est-il sincère ? Veut-il défendre l’honneur des Européens ? S’est-il moqué du monde ? Etait-il juste là, comme le soutiennent nombre de dirigeants européens aujourd’hui, pour ne jamais signer d’accord et conduire au chaos ? Osons le dire, ce débat-là, mené avec une sorte d’enthousiasme morbide ces derniers jours, fatigue. Car cette question n’est pas centrale dans la crise qui nous occupe. Ceux qui continuent d’en discuter, tentent en fait de dissimuler le vrai cœur du problème.

L’EUROPE PRISE AU PIÈGE

Celui-ci n’est pas la Grèce, mais l’Europe elle-même, prise au piège ce dimanche parce que depuis des années, et de façon de plus en plus bornée ces derniers mois, elle n’a pas pu/voulu compléter sa construction, en ajoutant un pan politique au pan monétaro-

économique de ses débuts, parce qu’elle n’a pas voulu donner à sa gouvernance sa dimension fédéraliste, se laissant dès lors engloutir par le conflit des intérêts nationaux, parce qu’elle n’a pas pu apporter une réponse visionnaire et solidaire aux enjeux de la croissance et de la dette.

Vous l’avez constaté : alors que l’Europe vit sa crise existentielle la plus grave, c’est à une cacophonie des porteurs de ce projet, qu’on assiste. La France, l’Allemagne, le président de la Commission, le président du Parlement, le président du Conseil etc., courent comme des poules sans tête, depuis l’annonce de ce référendum .

Or ici, contrairement à 2008, celui qui fait trembler l’édifice n’est pas extérieur – un krach immobilier, suivi d’un effondrement bancaire –, mais intérieur. Tsipras n’en est pas la cause, mais la conséquence, une sorte de dégât collatéral. Mépriser le dirigeant grec ne sert à rien, et n’est en fait qu’un autre signe de l’aveuglement des élites européennes : Tsipras parle à l’âme d’une partie des peuples européens, à leur colère, à leur envie d’autre chose. Le faire taire ne tarira pas la source de ce désenchantement. Le penser serait une très grave erreur.

«  Une institution qui n’est pas capable de résoudre un problème aussi petit que la Grèce, ne pourra en résoudre de plus gros  », c’est Romano Prodi, ex-président italien de la Commission, qui faisait vendredi à La Repubblica, cette déclaration.

La suite fait froid dans le dos : «  Je voudrais bien voir Merkel, Juncker et Lagarde prendre la responsabilité de lâcher la Grèce hors de l’Europe. Certes, l’irrationalité de l’histoire est toujours une possibilité. La Première Guerre mondiale aussi est née d’un petit incident. Mais je veux espérer qu’Athènes n’est pas notre Sarajevo.  »

TROIS OBJECTIFS

Que le « oui » ou le « non » l’emporte, c’est aux dirigeants de ce projet européen qu’il faut en appeler. Pour les conjurer de ne pas gérer la suite de ce référendum qu’ils honnissent, avec d’abord, le souci de la vengeance face à ce dirigeant d’un petit pays qui a osé leur faire ce bras d’honneur.

Que les Grecs votent « oui » ou « non » à ce référendum, la défaite est déjà là pour des dirigeants européens qui doivent désormais avoir en tête trois objectifs :empêcher un basculement géopolitique aux portes d’une Europe confrontée à l’Ukraine, au défi terroriste et à la crise migratoire, éviter l’effondrement de la référence morale et solidaire du projet européen auprès d’une grande partie de ses citoyens et en profiter pour faire un pas en avant à la construction européenne.

C’est la tentation de l’orgueil qu’il va falloir gérer lundi, en même temps qu’il faudra résister à la panique face à l’inconnu qui à l’évidence est au programme. On n’a pas eu les hommes et les femmes pour empêcher cette crise ubuesque. Ce sont les mêmes qui vont devoir se montrer à la hauteur après dimanche. Leur responsabilité est lourdement engagée aux yeux de l’histoire.

 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY

« JE VEUX ESPÉRER QU’ATHÈNES N’EST PAS NOTRE SARAJEVO.  » Romano Prodi

« EUROPÉENS RÉGLEZ ENTRE VOUS VOS PROBLÈMES » Jacques Attali


« C’est la tentation de l’orgueil qu’il va falloir gérer lundi, en même temps qu’il faudra résister à la panique face à l’inconnu qui à l’évidence est au programme. On n’a pas eu les hommes et les femmes pour empêcher cette crise ubuesque. Ce sont les mêmes qui vont devoir se montrer à la hauteur après dimanche. Leur responsabilité est lourdement engagée aux yeux de l’histoire. »

Only one question was really settled today: the Greek government has survived, and Brussels must deal with Athens as it is, rather than as it would like it to be. The bigger questions – can Greece remain in the euro, or even in the European Union – remain unanswered (The Guardian)

Ce qui me sidère ce sont les silences insupportables des Verhofstadt, Cohn Bendit et autres DSK. Même les vieux Valéry Giscard et Helmut Schmidt se taisent et aussi Jacques Delors ou Edgar Morin . Le chœur de la tragédie grecque est muet.  Pourquoi ? 

C’est que la crise grecque est une crise européenne en même temps que le révélateur d’une profonde crise de civilisation dont le malaise au sein de l’école (Freud parlait d’un malaise au sein de la civilisation) est un facteur extrêmement préoccupant.

L’explosion du nombre des burn-outs parmi les jeunes cadres, des suicides chez les jeunes policiers, des abandons de poste chez les jeunes enseignants, celui des échecs scolaires chez les jeunes élèves illustrent la nature profonde de ce malaise qui hante notre civilisation, singulièrement depuis l’effondrement du monde soviétique. On nous répète « TINA » à longueur d’année there is no alternative. Et voici que la majorité des Grecs nous disent avec force qu’ils veulent l’autre branche de l’alternative. Ce non hellénique franc et massif va traverser l’Europe comme une onde de choc aussi brutale que celle provoquée par l’attentat du 11 septembre 2001.  Plus rien ne sera vraiment comme avant et nous nous préparons à vivre dans une nouvelle Europe qui sera plus humaine, plus solidaire, bref, moins allemande ou qui ne sera plus. 

« Les dirigeants européens qui doivent désormais avoir en tête trois objectifs :empêcher un basculement géopolitique aux portes d’une Europe confrontée à l’Ukraine, au défi terroriste et à la crise migratoire, éviter l’effondrement de la référence morale et solidaire du projet européen auprès d’une grande partie de ses citoyens et en profiter pour faire un pas en avant à la construction européenne. »

Le peuple grec se réveille aujourd’hui et demain d’autres peuples feront comme lui et sortiront de leur léthargie. Ce n’est pas un Sarajévo qu’il faut redouter mais une nouvelle prise de la bastille : la forteresse Europe vacille sur ses fondements.

J’ai du mal à croire à un grexit voire à un brexit. En revanche j’appréhende un soulèvement populaire contre la manière peu démocratique dont Bruxelles gouverne la réalité européenne.

Nous avons besoin d’un sursaut moral et d’un réveil européen qui nous pousse en avant et nous aide à affronter tous ensemble la grande métamorphose de homo sapiens sapiens (sapiens demens, comme l’appelle Edgar Morin). Dont nous parle Sapiens , le Best Seller de Yuval Harari. Mais Laissons à Jacques Attali le soin de conclure en proposant : un plan d’économies raisonnable, socialement juste, sans aide nouvelle, mais accompagnée d’une réduction de la dette grecque au-dessous de 100% du PIB, par annulation d’une part importante des dettes publiques, bilatérales et multilatérales, dont chacun sait qu’elles ne pourront pas être remboursées, mais qu’on continue à réclamer, pour sauver la face. Et pour cela, créer d’urgence un véritable Fonds Monétaire Européen, amorce d’un Trésor, et d’un ministère des Finances de l’eurozone.
Européens, réglez entre vous vos problèmes.

Mais ceci exige plus d’Europe et pas une sortie de l’Europe. Il est urgent de former de forger une génération de citoyens européens critiques et autonomes. Il faut pour cela créer de toute urgence un enseignement européen digne de ce nom et tirant parti de toutes les ressources et avancées technologiques. C’est à cela que nous pensons tandis que toute notre sympathie va aux souffrances d’un peuple qui subit une cure de rigueur que lui impose le FMI depuis que DSK en a quitté le gouvernail. C’est une ruse du destin  et un lynchage médiatique qui l’en a arraché. C’est comme si l’ archiduc François-Ferdinand était assassiné pour la seconde fois.

 

MG

 


QU’EST-CE QUE LE FMI FAIT DANS CETTE GALÈRE GRECQUE?

Paru dans L'Express 

La situation grecque, plus ubuesque chaque jour, par toutes ses dimensions, l’est devenue plus particulièrement depuis un an, par le rôle saugrenu et très négatif qu’y joue le Fonds Monétaire International.
Un observateur débarqué de la planète Mars cette semaine se demanderait avec stupéfaction comment les Européens ont-ils pu laisser trois économistes non européens, nommés on ne sait par qui, dépendant d’une institution à dominante américaine , décider du sort de l’euro !?!
Car telle est bien la situation : depuis que, en 2010, on a laissé le FMI participer aux négociations de la dette grecque, sous prétexte qu’ils étaient un de ses créanciers, et surtout depuis qu’on s’est résigné à penser qu’ils pouvaient mieux que la Commission faire des prévisions économiques crédibles, la discussion sur la présence grecque dans la zone Euro a glissé peu à peu dans une dérive hallucinante :
D’abord, les dirigeants politiques de l’Eurogroupe ont laissé le FMI se glisser parmi les négociateurs, jusque-là uniquement venus de la Commission et de la Banque Centrale européenne, de l’ensemble de la dette grecque.
Ensuite, les mêmes dirigeants européens, au lieu d’assumer leurs responsabilités politiques, ont affirmé haut et fort qu’ils n’accepteraient aucun compromis qui ne serait négocié d’abord avec les trois institutions, formant ce qu’on nomma triomphalement « la troïka ». Au point même de refuser de parler avec les Grecs de sujets n’ayant pas l’aval de la troïka !
Ensuite encore, (même si le nouveau gouvernement grec a obtenu, dérisoire victoire, que la troïka change de nom pour devenir « les institutions ») , les dirigeants de celles-ci se sont eux-mêmes défaussés de leurs responsabilité politique au profit de leurs experts, que personne n’ose plus déjuger et qui s’en donne à cœur joie, jugeant à leur guise, une situation grecque qui ne ressemble à aucun des modèles qu’ils ont étudiés, dans les bonnes universités américaines ou japonaises.
Enfin, quand les experts européens ont fini par comprendre que ce n’est pas en détruisant les ultimes moyens de la croissance grecque qu’on réduirait leur dette , les soi-disant experts du FMI, ivres de leur pouvoir, ont continué à prétendre imposer des économies suicidaires à ce pays, sans voir qu’il ne pourra jamais rembourser une dette qu’il est urgent d’annuler officiellement. Soutenus en cela très largement par la majorité des actionnaires, asiatiques, africains et américains, de cette noble institution, qui n’ont rien à gagner à la voir être indulgente avec un pays européens
La seule chose qu’on aurait pu espérer du FMI, dans cette débâcle, c’est que les Américains, dont il dépend plus que de personne, trouvent le moyen de leur expliquer l’importance géostratégique majeure de la stabilité grecque, et donc de son maintien dans la zone euro. Mais non, les Américains n’ont pas pu, ou pas voulu, faire plus que d’appeler les Grecs tous les jours pour leur demander de céder au diktat du FMI.
Au total, qu’elles soient les très grandes qualités de sa directrice générale, dont la réélection serait bienvenue du point de vue français, le FMI s’est trouvé mêlé, et s‘y trouve encore, dans une bataille où il n’a rien à faire. Et qui pourrait servir de détonateur à une nouvelle crise planétaire.
A un moment où les Asiatiques remettent en cause l’existence même des institutions de Bretton Woods, parce qu’on ne leur y fait pas leur juste place, il serait temps pour les Européens de s’interroger sur la pérennité d’une institution qui sera, si les circonstances tournent au pire, le vrai responsable du drame qui suivrait un défaut grec.
La solution, pourtant, est simple, et les Européens l’auraient sans doute appliqué depuis longtemps sans le terrorisme intellectuel des soit disant experts du FMI : un plan d’économies raisonnable, socialement juste, sans aide nouvelle, mais accompagnée d’une réduction de la dette grecque au-dessous de 100% du PIB, par annulation d’une part importante des dettes publiques, bilatérales et multilatérales, dont chacun sait qu’elles ne pourront pas être remboursées, mais qu’on continue à réclamer, pour sauver la face. Et pour cela, créer d’urgence un véritable Fonds Monétaire Européen, amorce d’un Trésor, et d’un ministère des Finances de l’eurozone.
Européens, réglez entre vous vos problèmes. Ne comptez que sur vos propres forces. Ne cédez à aucune pression ou mode de pensée venue de l’autre côté de l’Atlantique, ou du Pacifique. Donnez-vous un projet, et agissez.
Il n’est que trop temps de le faire.
j@attali.com


 The Greeks Said No – But To What Exactly?


Mary Dejevsky The Guardian

This was a national vote but the issue is Europe-wide. We’ve yet to discover whether Greece can remain in the eurozone, or even in the EU



 'By 21:00 Greek time, it was reported that every one of Greece’s electoral districts had voted No.' Photograph: Christopher Furlong/Getty Images

You can ignore what a government says, but you can’t ignore the voice of the nation. So said Alexis Tsipras when he went to cast his referendum vote today. It was a comment worthy of the prime minister of the country that gave the world democracy. What exactly the voters have said, however, might not be quite as clear as he would have liked.

Through the evening, as the evidence mounted for a No vote – which, in the confusing world of current Greek politics, was essentially a Yes for the stance taken by Tsipras in the talks with EU and international institutions so far – it was possible to sense the trepidation that has gripped the rest of Europe for the past week mounting too. Within an hour of the polls closing, the French president and German chancellor announced they would be meeting in Paris on Monday ,the choice of venue being the more diplomatic option, given Greek sensitivities. 

the UK.

With almost half the vote counted, Greece is on track to giving a resounding No to the proposals from its creditors

 

But how much of a mandate does the Greek prime minister have for hanging even tougher in negotiations now? The referendum result appears to have been more decisive than most opinion polls had forecast. By 21:00 Greek time, it was reported that every one of Greece’s electoral districts had voted No. But what does even that degree of unanimity really change? The victory for No came against a turnout of little more than 50%. That hardly suggests mass engagement, even if the margin was clear.

In the short term, the vote has saved the Greek government and given an element of certainty. The finance minister, Yanis Varoufakis, had said he would resign in the event of a Yes vote, and Tsipras’s own position would have been in jeopardy. But does the vote really strengthen his position in Brussels?

It is underlining the obvious, but this was a Greek vote on an issue that is European. Tsipras was already negotiating from the position of having won a general election. He may have hoped that a specific mandate for extracting a better deal from the EU would bolster his claim. But that would suggest a big misreading of the balance of power.

Before Greece voted, officials in Brussels were arguing that the referendum question was invalid, because the offer – as made at 11th-hour talks the previous weekend – had expired when those talks broke down. It is hard to believe that the same offer will not now be revived in some form, but Tsipras may be made to work hard to achieve that. Whether it can be improved (from the Greek point of view) could be another matter.

And the real difficulty for Tsipras may not be the Germans so much as the other countries, who have made no secret of their reluctance to soften the terms on offer. There is a feeling that Greece – thanks to a flamboyant prime minister and a stubborn attitude, plus the determination of Germany and others to “save” the euro at almost any price – has been treated as a special case. Among those who will resist further concessions are not just those, such as Ireland, emerging successfully from their own painful bailouts, but “new” Europeans – such as Slovakia and the Baltic states – who made enormous sacrifices, especially in the case of Latvia, to meet the conditions for joining the euro and resent any watering down of the terms.

Only one question was really settled today: the Greek government has survived, and Brussels must deal with Athens as it is, rather than as it would like it to be. The bigger questions – can Greece remain in the euro, or even in the European Union – remain unanswered. As does the most pressing for most Greeks: when will the banks reopen, and how many euros can we withdraw?

Having said this, any nation that can arrange a referendum at a week’s notice, conduct it competently, and produce a result before midnight, possesses a degree of civic organisation that many would envy. In the manner of the vote, as much as the result, there has to be hope for Greece.

Mary Dejevsky is a former foreign correspondent

 

 

YUVAL NOAH HARARI: THE AGE OF THE CYBORG HAS BEGUN – AND THE CONSEQUENCES CANNOT BE KNOWN

The author of the bestselling Sapiens says that the future of life on Earth is now, worryingly, in the hands of a very small group of entrepreneurs

Yuval Harari, the author of the international bestseller Sapiens: A Brief History of Humankind. Photograph: Antonio Zazueta Olmos for the Observer


Carole Cadwalladr

@carolecadwalla

By rights, Yuval Noah Harari should be an anonymous academic buried in an obscure university department somewhere toiling away on his somewhat dusty discipline – medieval military history. He’s a professor of history at the Hebrew University of Jerusalem and there is almost nothing in his background to suggest that he would write a book that has become one of the most talked about non-fiction bestsellers of the year – Sapiens. Or that he’d join the globetrotting TED-ocracy: the academic superstars who travel the world delivering keynotes on zeitgeisty topics, in Harari’s case, the not inconsiderable subject of the history of the whole of mankind.

When I meet him, he’s just been the star turn at Penguin Random House’s global sales conference. In May, he packed out Hay. Earlier this month, he delivered a TED talk. And last month, he received the ultimate imprimatur when Sapiens was selected by Mark Zuckerberg, the founder of Facebook, for his online book club. He’s invited his 38 million followers to read what he describes as “a big history narrative of human civilisation– from how we developed from hunter-gatherers to how we organise our society and economy today”.

That’s a workable description of what Sapiens is, though it’s a history book only in the sense that Stephen Hawking’A Brief History of Time is a physics book (Sapiens’ subtitle – A Brief History of Humankind – suggests that this is not entirely coincidental). Its scope is so hugely ambitious that I had expected Harari to be one of those overconfident telly historian types, all male ego and a crushing sense of certainty, whereas, in the flesh, he’s a slightly nerdy, more thoughtful figure. Academic superstardom seems to have caught him by surprise as much as anyone.

The book was based on an introductory course on world history he taught when none of his more senior colleagues wanted to take it on, and it was turned down by almost every major publishing outfit in Israel before finding a receptive editor. Since then, however, its success has been swift and resounding: it became a bestseller in Israel and has gone on to be published in 20 countries around the world. But then, the book’s success, and the way that Harari has been taken up by the global tastemakers, makes sense in that he considers himself a historian of globalisation. “In a way, it’s like in the 19th century with the rise of nationalism. You establish an independent national state and the first thing you do is to write a history of that state. Now we have a more global world, you need the history of the whole of the global world, not of a particular country, or religion, but the history of humankind as a whole.”

This is entirely characteristic of the way that Harari speaks. In full sentences, paragraphs, even. My transcript, which is usually a mess of elipses, reads like it’s been lifted off the page. And his book is a brilliant read. He zips from subject to subject, through thousands of years of human history, alighting on whatever seems to take his fancy but gradually builds up a picture of us as… well, as what exactly? As more successful monkeys, basically, so successful that we’ve enslaved all the other animals and bent the planet to our will. But whereas sharks and lions evolved over millennia to take their place at the top of the food chain, Harari compares us to “banana republic dictators” who just got here. “They came to power very violently and lately so they feel extremely insecure about their position. So all the time they just take more and more power to beef up their position.”



 A chimpanzee alpha male would never think of using his power in order to go on holiday into the territory of a neighbouring chimpanzee band.

Because, in Harari’s view, we have no real idea what we want even at the most basic, personal level, let alone as a species. “Even what people take to be their most personal desires are usually programmed by the imagined order.” There’s nothing “natural or obvious” about taking a holiday abroad, he says by way of example. “A chimpanzee alpha male would never think of using his power in order to go on holiday into the territory of a neighbouring chimpanzee band. The elite of ancient Egypt spent their futures building pyramids and having their corpses mummified but none of them thought of going shopping in Babylon.” We’re all victims of the “myths of romantic consumerism”, he says.

But everything is a myth, a story, according to Harari. Justice is a story. Human rights are a story. Money, he told the moneyed elite at TED, is “the greatest story ever told”. So what’s your story?

“About the history of the world?”

 YUVAL HARARI ON SAPIENS.

NO, ABOUT YOU. YOUR STORY, ABOUT YOURSELF.

“Oh, myself? For me, I suppose the most important thing is the search for the truth. I really want to understand reality, what’s really happening here. As far back as I remember, this was something that I was extremely preoccupied by. I remember in high school asking my parents and my teachers to explain what’s happening here, what is life, what’s it all about, and so forth.

“What struck me most was not that they didn’t tell me an answer but that they weren’t really concerned about it. Many people in their teens wonder about these big questions, what’s the meaning of life, what are we doing here, then somewhere in their 20s they seem to say, ‘I’ll just get married. I’ll just have kids. I’ll get back to that later.’ But they never do. For me, it kept boiling. And it still is boiling.”

Analysis Yuval Noah Harari: the theatre of terror

Terrorists have almost no military strength so they create a spectacle. How should states respond? Yuval Noah Harari, the author of Sapiens, a history of humanity, reflects on the past, and alarming future, of the fear factor

He grew up in a secular Jewish family of eastern European origin in the Haifa area and there are a few things he recognises about himself that have informed his world view, or at least his desire to question other people’s view of the world. The first is being gay.

“You don’t take the accepted view for granted just because everybody believes it. It really affects the way that I view everything. Nothing should be taken for granted even if everybody believes it. It forces you to look at society a bit from the side.” 

Another influence was the collapse of the Berlin Wall when he was a teenager in 1989.

“It means I don’t take capitalism and neo-liberalism for granted. I teach all these 20-year-old students and they were born into a capitalist world. It’s the only system. There’s no alternative and nobody can even imagine that there could be. But I remember the time when these things were really hotly contested. And also the way that you can live in a certain type of world and be sure that this will go on for ages and ages and suddenly everything collapses.”

In some ways, I say, it struck me that Sapiens isn’t actually a history book – it’s a philosophy book that asks the big, philosophical questions and attempts to answer them through history.

“Yes, that’s a very accurate description. I think that I see history as a philosophy laboratory. Philosophers come up with all these very interesting questions about the human condition, but the way that most of them – though not all – go about answering them is through thought experiments. But if you’re interested in, say, justice, history is full of empirical evidence about justice in human society.”



 Facebook CEO Mark Zuckerberg invited his 38 million followers to read Sapiens. Photograph: Paul Sakuma/AP


It’s no surprise, either, that he’s come to the attention of Mark Zuckerberg. Harari is one of the very few thinkers around who’s really looking at what’s happening now. Sapiens is his attempt to tell the story of the past to understand the present: the great technological advances that we are all living through now.

THE WAY YOU TELL IT IS THAT WE’RE AT A POINT OF INFLECTION: THAT WE’RE ON THE CUSP OF PERHAPS THE GREATEST CHANGE FOR THE HUMAN RACE EVER?

“Probably, yes. I mean the one thing that has remained constant in history was humans themselves. Homo sapiens, you and me, we are basically the same as people 10,000 years ago. The next revolution will change that.”

The “next revolution”, as Harari sees it, the latest in a line that began with the cognitive revolution and takes in the agricultural revolution and the scientific revolution, is what is happening in the biotech field, in artificial intelligence.

“When people talk about merging with computers to create cyborgs, it’s not some prophecy about the year 2200. It’s happening right now. More and more of our reality exists within computers or through them.”

But this is only the start of it. For the first time in history, “we will see real changes in humans themselves – in their biology, in their physical and cognitive abilities”. And while we have enough imagination to invent new technologies, we are unable to foresee their consequences.

“It was the same with the agricultural revolution about 10,000 years ago. Nobody sat down and had a vision: ‘This is what agriculture is going to be for humankind and for the rest of the planet.’ It was an incremental process, step by step, taking centuries, even thousands of years, which nobody really understood and nobody could foresee the consequences.”

I DO FIND IT WORRYING THAT THE FUTURE OF HUMANKIND IS NOW IN THE HANDS OF A VERY SMALL GROUP OF ENTREPRENEURS

Yuval Noah Harari

Only now, the decisions are being taken by “a small international caste of business people, entrepreneurs and engineers”. Governments have become “managers”, he says. They have no vision, “whereas meet the people in Google, in Facebook, they have tremendous visions about the future, about overcoming death, living for ever, merging humans with computers. I do find it worrying that the basis of the future, not only of humankind, the future of life, is now in the hands of a very small group of entrepreneurs.”

But then, even those of us who are aware of the arguments aren’t necessarily losing sleep over it, a fact that Harari puts down to one of our unique attributes as humans: our cognitive dissonance, our ability to hold two utterly conflicting ideas in our heads at the same time. That we can say, what a cute dog and yum, yum, what a delicious steak and not see a problem with that somehow.

Harari is a vegan and the dire plight of animals, particularly domesticated animals, since the agricultural revolution is something he riffs on in the book, but there are countless other examples. “In modern secular societies, people believe in equality and people believe in freedom and they don’t realise that usually freedom and equality are contradictory. The more freedom you give people, the more inequality you have.”

His views on inequality – that the 20th century was a blip basically; we’ve always been unequal and we’re heading back that way – link him to that other great intellectual du jour, Thomas Piketty, but much of Sapiens feels inventively original, a fact that he puts down to his longstanding interest in meditation. Harari, it seems, doesn’t succumb to the myth of romantic consumerism when it comes to deciding what to do on his holidays. Last summer, he went on a 60-day silent vipassana retreat. He discovered it at Oxford when researching his PhD.



 French economist and author of the book Capital, Thomas Piketty. Bart Maat/EPA Photograph: Bart Maat/EPA


“I suddenly had a tool to scientifically observe directly my mind… and I realised I had no idea who I really was. I had this fictional story in my head but the connection between that and my reality was rather tenuous.” It changed him, personally, he says, but also professionally. “It gave me the ability to focus on what is really important. When you look inside, you find that there are so many different voices inside you. Most of life, we just allow all these voices just to pull us any which way.”

It’s an interest that he shares with the Silicon Valley types he critiques (Steve Jobs was a practitioner of Zen Buddhism) and, in a distracted age, focus – and its handmaiden, mindfulness – is more fashionable in west-coast America than curly kale. But without meditation, he says, “I would probably be far less satisfied and happy. And I would probably be a far worse historian. I suppose I would still be researching medieval military history, but not the neanderthals or cyborgs.”

It’s bracing, Harari’s focus on the big things. His next book is “about the human agenda for the 21st century in terms of dangers, opportunities, questions”. Mark Zuckerberg will no doubt read it. Probably the rest of us should too.

Sapiens is published by Vintage (£8.99 paperback). To order a copy for £7.19 go tobookshop.theguardian.com or call 0330 333 6846. Yuval Harari will be speaking at an event with Intelligence Squared in London on 23 September;intelligencesquared.com

 

 

 

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