dimanche 12 juillet 2015

Grèce: reprises de négociations "très très difficiles" avec certains pays qui "ne veulent pas d'un accord"

Le Vif

Les négociations ont repris entre les ministres de l'Eurogroupe, deux lignes se dessinant entre les partisans de la conciliation et une ligne plus dure. Des sources au sein du gouvernement grec estiment ainsi "évident que certains pays" européens ne veulent pas qu'un accord soit trouvé pour sauver Athènes de la banqueroute, rapporte dimanche l'agence de presse grecque ANA.



© EPA

"Je suis toujours optimiste mais ce sont des négociations très très difficiles parce qu'il y a beaucoup de points sur lesquels nous n'avons pas d'accord", a commenté à son arrivée le ministre autrichien des Finances Hans Joerg Schelling. Son homologue chypriote Harris Georgiades a indiqué que pour lui, "un Grexit était définitivement exclu", tandis qu'Alexander Stubb déclarait qu'"on fait des progrès, mais nous n'y sommes pas encore".

Le vice-président de la Commission européenne chargé de l'Euro, ValdisDombrovskis, a pour sa part indiqué qu'il était "peu probable que la Commission reçoive dimanche un mandat pour commencer des négociations formelles en vue de conclure un troisième accord d'aide à la Grèce", mais que "l'Eurogroupe peut préparer et donner l'impulsion pour la discussion des dirigeants européens" dimanche après-midi.

Les ministres de l'Eurogroupe sont divisés ainsi entre l'attitude plus conciliante prônée par la France, Chypre et quelques autres, qui voient d'un mauvais oeil un Grexit aux conséquences inconnues pour le reste de la zone euro et la ligne dure prônée par le ministre allemand Wolfgang Schäuble, qui juge les dernières propositions grecques insuffisantes et penche pour une sortie du pays de la zone euro (le Grexit) le temps pour Athènes de redresser sa situation économique. La Belgique se situe plutôt dans la ligne de l'Allemagne, ayant régulièrement estimé ces derniers temps que la confiance envers le gouvernement d'Alexis Tsiprasétait "abîmée".

DES PARTISANS DU GREXIT

Plus tôt, des sources au sein du gouvernement grec estimaient "évident que certains pays" européens ne veulent pas qu'un accord soit trouvé pour sauver Athènes de la banqueroute, rapporte dimanche l'agence de presse grecque ANA.

"Il est évident que certains pays, pour des raisons qui n'ont rien à voir avec les réformes et le programme, ne veulent pas d'un accord", déclarent ces sources citées par ANA.

Elles affirment que les ministres des Finances de la zone euro s'étaient mis d'accord sur "un calendrier pertinent" et qu'un "accord de principe" avait été trouvé, mais qu'un "groupe de pays ont soulevé la question de la "confiance", sans toutefois préciser ce qui devrait être fait".

Dans un climat de défiance envers Athènes, et avec certains pays évoquant ouvertement un Grexit, les ministres ont échoué samedi à Bruxelles à accoucher d'un texte qui servirait de base au sommet des chefs d'Etat et de gouvernement européens dimanche, régulièrement présenté comme la dernière limite pour sauver la Grèce de l'effondrement financier. Les travaux doivent reprendre dimanche à 09h00 GMT. "Il y a plusieurs pays qui bloquent" et ne veulent pas d'un troisième plan d'aide, a résumé une source européenne, alors qu'Allemagne et Finlande, deux faucons vis-à-vis d'Athènes, semblent près de dire ouvertement qu'ils ne veulent plus de la Grèce dans la zone euro.

LA GRÈCE S'IMPOSE UN CONTRÔLE DES CAPITAUX MÊME EN CAS D'ACCORD

"S'il y a un accord, les banques rouvriront très vite, dans la semaine, dès que la Banque centrale européenne fournira de l'ELA" (liquidités d'urgence), a déclaré le ministre à la BBC. Mais "le contrôle des capitaux mettra quelques mois à être complètement levé", a-t-il dit.

L'ELA est cette aide d'urgence à laquelle sont suspendues les banques grecques depuis cinq mois, dont la BCE n'augmente plus le plafond depuis deux semaines en attendant l'issue des tractations entre le pays et ses créanciers, la BCE, le FMI et l'Union européenne. La situation a obligé à la mise en place d'un strict contrôle des capitaux dans le pays, tandis que les banques restent fermées, sauf pour les retraités sans carte de crédit ou pour accueillir les dépôts. Les Grecs ne peuvent retirer que 60 euros par jour au distributeur.

Sur la chaîne de télévision grecque Mega ensuite, M. Stathakis a évoqué des restrictions "restant en place pour un moment", même en cas d'accord. Il a cependant assuré que les transactions entre entreprises seraient "restaurées immédiatement".

En revanche, il resterait interdit de "retirer tout son argent" de la banque ou "d'exporter des monnaies étrangères", sauf pour les exportateurs ou le secteur maritime, tandis "qu'une grande partie" des devises étrangères liées au tourisme serait "libérée".

Alors que l'Eurogroupe a patiné toute la journée à Bruxelles, au point de devoir se poursuivre à partir de dimanche midi, M. Stathakis s'est montré "absolument" confiant sur la BBC dans un accord avec les créanciers ce week-end.



ET SI LA GRÈCE NOUS MENAIT EN BATEAU DEPUIS LE DÉBUT ?

De nombreux indices permettent de penser que les Grecs préparent activement leur dépôt de bilan et le retour à la drachme.

PAR JEAN NOUAILHAC LE POINT



On va très vite savoir si ces Grecs nous ont roulés dans la farineDimitriMessinis/AP/SIPA

« Ne jamais croire un Grec, surtout s’il t’amène un présent. » Ces mots tirés de l’Énéide, déposés par Virgile dans la bouche de Laocoon qui ne voulait pas laisser entrer le cheval de Troie, sonnent comme un avertissement. Ne jamais croire un Grec… Cet Alexis Tsipras est apparemment un grand malin, un manipulateur professionnel qui a appris à mentir pendant sa rude formation aux Jeunesses communistes, le dernier parti stalinien d’Europe, mais c’est aussi un fin politicien doublé d’un metteur en scène médiatique de talent. Le voir faire chanter les dirigeants européens, les faire danser le sirtaki, les faire monter au cocotier comme des chimpanzés apeurés, les rudoyer devant son peuple hilare… c’est du grand art !Jean-Luc Mélenchon, l’homme qui adore admirer ses propres incantations, l’a reconnu comme l’un des siens, et Hugo Chavez, qui a eu le temps de ruiner son pays avant de mourir, l’aurait certainement adoubé.

FIN DE L'HORREUR, HORREUR SANS FIN

Voyons de plus près ce scénario du retour à la drachme : pendant une dizaine d’années, les Grecs se sont gavés d’euros en empruntant à tout-va quasiment au même taux que les Allemands, consommant plus de 200 milliards d’euros entre 2001 et 2010 et triplant leur dette publique pour la porter à 350 milliards. Or la Grèce est un petit pays de 11 millions d’habitants dont le PIB atteignait alors à peine 230 milliards. Lorsque les Européens se sont aperçus du désastre, en 2011-2012, ils ont fermé l’open-bar, puis ont commencé par annuler 100 milliards de créances, mais ont continué à subventionner le pays pour l’aider à s’en sortir. Sauf qu’ils n’ont pas su obtenir, en échange, la moindre réforme sérieuse. Tsipras sait que la Grèce ne remboursera jamais le tombereau de dettes, même quelque peu aminci, que ses prédécesseurs lui ont laissé. Ses concitoyens, eux, ayant « le choix entre la fin de l’horreur et l’horreur sans fin » (proverbe allemand), la faillite devenait inévitable. Autant l’organiser.

TRÉSOR DE GUERRE

C’est là où le scénario devient absolument passionnant selon l’économiste Charles Gave, qui, le premier, a flairé le pot aux roses en réfléchissant à partir de l’adage bien connu : si vous devez 100 000 euros à votre banquier, vous avez un problème. Si vous lui devez 200 ou 300 milliards, c’est lui qui a un problème ! « La BCE est donc, dit-il, dans une situation où elle perd si elle arrête les financements, car cela forcerait la Grèce à sortir de l’Europe, et elle perd aussi si elle ne les arrête pas. » Alexis Tsipras, la décontraction hautaine et le sourire narquois, pendant qu’il occupe les médias avec des sautes d’humeur surjouées et qu’il amuse la galerie européenne, organise en sous-main la constitution d’un trésor de guerre que les autorités internationales ne pourront pas saisir. Charles Gave : « Logiquement, il aurait dû installer, comme à Chypre, des contrôles des changes, des contrôles des capitaux et que sais-je encore pour garder le peu de devises qu’il avait. Or, qu’est-ce que je constate ? Les déposants grecs peuvent librement transférer de l’argent de leur compte en Grèce à n’importe quel compte étranger [à leurs cousins en Australie, en Allemagne ou aux USA…], ou, s’ils n’ont pas de cousin, ils peuvent transformer leurs dépôts en billets de banque et les garder chez eux. »

CALENDES GRECQUES

Pendant que les médias audiovisuels européens, à voir les mines déconfites de leurs commentateurs à la langue de bois longue comme un jour sans pain, se délectent des malheurs supposés de « ces pauvres Grecs qui n’ont plus rien à manger puisqu’ils n’ont pas de quoi payer leurs achats, les distributeurs automatiques étant vides ou fermés », et pendant que tout ce que Paris compte de trotskos et de bobos se rue sur les antennes d’État et les chaînes d’info pour se plaindre des gémissements télévisés du petit peuple d’Athènes, pendant ce temps-là, donc, le trésor de guerre se constitue petit à petit, dans la coulisse. La masse monétaire grecque s’effondre officiellement. En réalité, une grande partie de cette masse monétaire s’est déjà déversée aux États-Unis, en Allemagne, en Australie et en lieu sûr, dans des coffres ou des boîtes à chaussures. Cela fait longtemps, plus de deux mille ans, que dure cette comédie, plus précisément depuis l’an 45 avant Jésus-Christ, lorsque Jules César inventa le calendrier romain. Les calendes désignaient les premiers jours de chaque mois, pendant lesquels les débiteurs devaient payer leurs dettes. Les Grecs étaient connus pour payer leurs dettes « aux calendes grecques ». En France, on dirait « à la saint-glinglin » !

LE SALE GOSSE DE L’EUROPE

Ce gros malin de Tsipras, qui sait s’y prendre pour jouer le sale gosse de l’Europe et faire peur aux petits marquis poudrés de la nomenklatura bruxelloise, a tout intérêt à faire durer le plaisir avant de déposer le bilan de son pays : tant que la Banque centrale européenne réescompte les bons du Trésor qui lui sont présentés par les banques commerciales grecques, la machine à augmenter le trésor de guerre souterrain peut continuer à fonctionner. Quand la musique s’arrêtera comme sur leTitanic, la Grèce fera défaut sur 300 milliards, dont une grosse partie – on parle de 100 milliards d’euros avancés par la BCE à la Banque centrale de Grèce – se retrouvera dans des coffres-forts en Grèce ou en dehors du pays. Et quand on reviendra à la drachme, qui perdra aussitôt 50 % de sa valeur initiale, l’économie locale « repartira comme une fusée » avec un énorme afflux de devises et de touristes du monde entier, lesquels débarqueront en masse après cette fabuleuse et gratuite campagne de publicité et paieront leurs vacances en Grèce deux ou trois fois moins cher qu’en Espagne, en Italie ou en France.

Alexis Tsipras, qui a sans doute, en plus, trafiqué les résultats de son référendum/plébiscite lancé à la va-vite pour ne pas avoir d’observateurs étrangers sur le dos – de toute façon, « les dindes votent rarement pour Noël » (proverbe américain) –, n’aura plus alors qu’à se rapprocher de Poutine, Obama et Xi Jinping. Avec le Russe Poutine pour lui acheter une île et une grande base militaire face à la Turquie ainsi que le passage d’un oléoduc. Avec l’Américain Obama, qui est prêt à payer pour que la Grèce reste dans l’Otan. Avec le Chinois Xi Jinping, déjà propriétaire du port d’Athènes, pour lui vendre d’autres ports et quelques concessions diverses. Il pourrait même chercher à s’entendre avec les Européens pour reporter sa dette aux calendes grecques ! Quel scénario ! On va très vite savoir si ces Grecs nous ont roulés dans la farine. S’il y a bien une chose qu’ils savent faire, c’est mener les gens en bateau. Leurs armateurs sont les meilleurs et les plus malins du monde depuis la nuit des temps. L’ÉPÉE DU GREC DAMOCLÈS FLOTTE MAINTENANT AU-DESSUS DE L’EUROPE

Depuis 1995, on martèle que l'euro ne va pas fonctionner et que c'est une utopie. On le voit tous les jours. Ce qui se passe pour la Grèce, l'Italie, le Portugal et l'Espagne est le résultat d'une monnaie unique inadaptée, collée d'une manière politique sur des économies divergentes. La politique monétaire ne peut pas être adaptée à chacune des économies de ces pays. Lorsque l'euro culminait à 1, 50 dollar, l'Allemagne ne souffrait pas, parce qu'elle a une industrie forte que n'ont pas les autres pays. On ne peut pas faire vivre dans une monnaie unique des marchands de canons avec des marchands d'olives ou de soleil... On est obligé, si c'est le cas, d'aller vers ce que l'on appelle l’union de transfert. C'est-à-dire que les pays riches, forts économiquement, doivent payer pour les pauvres. Or, vous le savez, l'Allemagne refuse de payer. Vous allez répondre que les Grecs ont leurs responsabilités. Oui, mais celles et ceux qui ont prêté de l'argent à la Grèce ont aussi leurs responsabilités, parce que cela ne peut pas fonctionner. J'ajoute que ceux qui ont falsifié les comptes de l'État grec sont des gens qui sont maintenant en charge de la BCE, je pense à Monsieur Draghi, puisque ces personnes viennent toutes de Goldman Sachs qui était le conseil de l'État grec au moment de l'entrée de la Grèce dans l'euro. Il faut savoir aussi balayer devant sa porte ! Il faut d'abord refaire l'histoire et ne pas tomber dans cette espèce d’eurobéatitude en disant que les Grecs sont les derniers des derniers et que l'honnêteté intellectuelle est du côté des oligarques de Bruxelles.



COMMENTAIRE DE DIVERCITY 

EN ATTENDANT LE RETOUR DE LA DRACHME 

« Et quand on reviendra à la drachme, qui perdra aussitôt 50 % de sa valeur initiale, l’économie locale « repartira comme une fusée » avec un énorme afflux de devises et de touristes du monde entier, lesquels débarqueront en masse après cette fabuleuse et gratuite campagne de publicité et paieront leurs vacances en Grèce deux ou trois fois moins cher qu’en Espagne, en Italie ou en France. »

« La Grèce n’aura plus alors qu’à se rapprocher de Poutine, Obama et Xi Jinping. Avec le Russe Poutine pour lui acheter une île et une grande base militaire face à la Turquie ainsi que le passage d’un oléoduc. Avec l’Américain Obama, qui est prêt à payer pour que la Grèce reste dans l’Otan. Avec le Chinois Xi Jinping, déjà propriétaire du port d’Athènes, pour lui vendre d’autres ports et quelques concessions diverses. »

C’est un point de vue paradoxal qui mérite d’être pris en considération car tout dans cette affaire participe du paradoxe.

MG

 

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