lundi 20 juillet 2015

L'appel du Roi à "tisser des liens"

ANTOINE CLEVERS

Message Royal Juillet 2015 par lalibre



Dans la droite ligne de Strasbourg. Le 21 avril dernier, le roi Philippe avait tenu un discours engagé devant l'assemblée plénière du Conseil de l'Europe, dans le chef-lieu de l'Alsace. Un vrai plaidoyer, entre autres, en faveur du vivre-ensemble. On sait le Souverain attentif à l'importance des liens sociaux, que ce soit entre personnes, communautés ou pays. Dans son discours tenu ce lundi à l'occasion de la Fête nationale, Philippe ressasse le message. Il invite ses concitoyens à “réfléchir à la qualité des liens qui nous unissent” . Des liens “précieux” , “constamment mis à l’épreuve” . A deux niveaux. Entre individus et entre peuples.

Le Roi salue les progrès générés par le monde “hyper-connecté” dans lequel nous vivons (soins de santé, mobilité, etc.). “Mais cette hyper-connexion comporte aussi des zones d’ombre , constate-t-il.Cela peut conduire à des relations superficielles. (…) La surinformation nous arrive souvent sous la forme d’un 'prêt à penser' pré-formaté. Elle risque (…) de prendre le pas sur une réflexion plus personnelle.”

Dans ce contexte, “nous avons besoin de relations réelles et profondes : elles seules développent la personnalité et l’esprit critique, (...) elles seules permettent (...) à chacun de trouver sa place dans la société.”

“ De même, il est essentiel de créer des liens réels forts et sincères entre les peuples” , enchaîne-t-il dans le second volet de son discours. Et un leitmotiv : la confiance.

“ENTRETENIR UN ESPACE DE CONFIANCE”

De retour, fin juin, d'une visite d'Etat très économique en Chine, il rappelle que, “avec les autorités fédérales, les ministres-présidents régionaux et une centaine d’hommes d’affaires et de recteurs d’universités, nous avons (...) cherché à entretenir un espace de confiance dans l’intérêt des deux pays” . La Belgique a une économie ouverte, dépendante de sa capacité à s'exporter. De bonnes relations avec l'étranger, stables, structurées, sont dès lors essentielles pour le développement économique de notre pays.

A l'échelle de l'Europe, la crise grecque, estime le Roi, a rappelé que “le projet européen traverse une période difficile” . Pourtant, “l’Union (européenne) permet un enrichissement mutuel unique des peuples et des cultures.” On y revient. “Evitons que nos pays ne se dressent les uns contre les autres ,demande-t-il. Approfondissons les liens qui nous unissent sur base d’une confiance retrouvée.”

Réflexe typiquement belge, comment ne pas y voir aussi un message subliminal à l'attention de nos élites politiques et économiques ? Une confiance retrouvée entre les différentes entités du pays, spécialement entre l'Etat fédéral et la Région wallonne (qui ont des majorités différentes), ainsi qu'entre les partenaires sociaux (syndicats et patrons) sera également déterminante pour le redéploiement économique de la Belgique.

 

DISCOURS ROYAL - 21 juillet 2015

 

Le Roi met en garde contre les zones d’ombre de l’hyper-connexion

 

"Mesdames et Messieurs,

La fête nationale est une bonne occasion pour réfléchir à la qualité des liens qui nous unissent. Ces liens sont précieux. Ils sont aussi constamment mis à l’épreuve.

Nous vivons dans un monde interconnecté, hyper-connecté. Les médias sociaux nous rapprochent. Les progrès de l’informatique et de l’internet sont fascinants. Ils ont un impact fondamental sur nos vies, sur notre travail. Ils offrent un excellent atout pour affronter les défis de la globalisation et rendre notre monde durable. En effet, l’informatique nous permet de gérer de façon efficiente nos activités, nos soins de santé, nos modes de production et notre mobilité, tout en réduisant les coûts et l’impact sur l’environnement.

Mais cette hyper-connexion comporte aussi des zones d’ombre. Parfois, le monde virtuel envahit notre vie et s’impose à nous sans que nous l’ayons réellement décidé. Ayant considérablement réduit le temps et l’espace, il nous pousse à vouloir tout, tout de suite. Cela peut conduire à des relations superficielles qui ne laissent plus le temps au ciment humain de ‘prendre’ et de construire durablement. Par ailleurs, la surinformation nous arrive souvent sous la forme d’un « prêt à penser » pré-formaté. Elle risque à certains moments de prendre le pas sur une réflexion plus personnelle.

Plus que virtuelles ou immédiates, nous avons besoin de relations réelles et profondes : elles seules développent la personnalité et l’esprit critique, encouragent à donner le meilleur de soi-même, elles seules permettent aux talents de s’exprimer pleinement et à chacun de trouver sa place dans la société.

Au cours de nos déplacements dans le pays, la Reine et moi avons rencontré de nombreuses personnes qui investissent quotidiennement dans ce capital social et humain. Je pense par exemple à ces écoles et à ces entreprises qui stimulent la créativité et l’initiative. Je pense à ces réseaux d’entrepreneurs qui aident des jeunes à lancer leur propre entreprise. Je pense à ces associations qui, à travers le sport, le théâtre ou d’autres activités, aident des personnes fragilisées à se donner un nouvel élan. Toutes ces initiatives se fondent sur des relations vraies qui sont une source d’énergie humaine renouvelable pour notre société.

De même, il est essentiel de créer des liens réels forts et sincères entre les peuples. J’ai à nouveau pu le constater lors de notre visite d’Etat en Chine. Avec les autorités fédérales, les ministres-présidents régionaux et une centaine d’hommes d’affaires et de recteurs d’universités, nous avons avant tout cherché à entretenir un espace de confiance dans l’intérêt des deux pays. Les liens avec la Chine engagent l’avenir.

Aux portes de l’Europe se déroulent des drames qui ne peuvent nous laisser indifférents. Des guerres civiles y sévissent, des Etats se désagrègent, des milliers de réfugiés affluent. Il est illusoire de penser que nous pouvons nous en isoler. L’Europe se doit de soutenir, dans les pays qui l’entourent, les forces qui prônent la participation politique et le partage économique.

Je voudrais enfin vous parler des liens entre les peuples d’Europe. Après des siècles parsemés de guerres s’est créée entre Européens une Union dont bénéficient tous les pays qui en font partie. L’Union permet un enrichissement mutuel unique des peuples et des cultures. Nous réalisons cette unité grâce à une foi commune dans l’être humain et dans la plus-value qui naît de la mise en commun de nos talents. Quand le projet européen traverse une période difficile, comme c’est le cas aujourd’hui, évitons que nos pays ne se dressent les uns contre les autres. Au contraire, approfondissons les liens qui nous unissent sur base d’une confiance retrouvée.

Mesdames et Messieurs,

Que ce soit pour nous-même, comme citoyens de notre pays, de l’Europe ou du monde, oui, nous sommes en mesure de faire la différence en créant et en nourrissant des liens profonds, solides et durables. Ils sont le ciment de notre civilisation, de notre sécurité et de notre avenir.

La Reine et moi, et toute notre famille, vous souhaitons une belle Fête Nationale." 

Le roi Philippe


COMMENTAIRE DE DIVERCITY

UNE « BELLE » FÊTE NATIONALE

C’est quoi une « belle » fête nationale ?

Discours convenu, une sorte d’introduction pour les nuls du cours de citoyenneté en devenir.

Les discours d’Albert avaient du souffle et il arrivait au roi retraité de se mettre en colère dans les deux langues nationales.  Charles Michel quoi doit donner son contreseing ne voudrait de cela à aucun prix. Surtout ne pas fâcher la N-VA.

Nous sommes en mesure de faire la différence en créant et en nourrissant des liens profonds, solides et durables. Ils sont le ciment de notre civilisation, de notre sécurité et de notre avenir.

MG 

 

 

VERS L’AVENIR

G.T. ANTHEUNIS (paroles) F.A. GEVAERT 1828-1908 (musique)

Le siècle marche et pose ses jalons
Nous marquant une étape nouvelle;
Nous le suivons, et nous nous rappelons,
Nos aïeux et leur gloire immortelle.
Si ton sol est petit, dans un monde nouveau,
L’avenir qui t’appelle a planté ton drapeau:
Marche joyeux, peuple énergique,
Vers des destins dignes de toi;
Dieu protège la libre Belgique
Et son Roi !

Ta longue paix, autant que longs combats
Au travail exerçait ta vaillance;
Et tes progrès disaient à chaque pas
Ton génie et ta fière endurance.
Si ta force déborde et franchit ses niveaux,
Verse-la, comme un fleuve, en des mondes nouveaux :
Marche hardi, peuple énergique,
Vers des destins dignes de toi;
Dieu protège la libre Belgique
Et son Roi !

O terre sainte, ô terre des aïeux
Leurs sueurs et leur sang l’ont pétrie;
Et loin ou près, sauront tes fils pieux,
Honorer, élargir la Patrie.
Si des frères s’en vont, il en est par milliers
Qui, fidèles gardiens, défendront tes foyers :
Va sans faiblir, peuple énergique,
Vers des destins dignes de toi;
Dieu saura protéger la Belgique
Et son Roi !


PHILIPPE, L'HOMME QUI VOULAIT ÊTRE PLUS QUE ROI

Thierry Fiorilli

Rédacteur en chef adjoint du Vif/L'Express


L'un n'en pouvait plus. N'en voulait plus. Au point qu'il a fallu faire des pieds et des mains, pendant des années, pour le persuader de ne pas abdiquer.


© Reuters

L'autre en veut plus. Pense qu'il peut bien davantage. Au point qu'il faut déployer des trésors de tact et de fermeté, depuis deux ans, pour l'empêcher de dépasser son rôle.

L'histoire, l'ironie, les circonstances et les individus sont ainsi faits que le trône de Belgique s'est transmis, à l'été 2013, d'un homme fatigué à son fils impatient. D'un roi las des contraintes à un roi affamé de reconnaissances. D'un septuagénaire d'apparence bonhomme à un quinqua d'allure empruntée. De quelqu'un que rien ne prédestinait à coiffer la couronne mais qui a régné durant deux décennies, à quelqu'un qui était premier dans l'ordre de succession depuis quasiment sa naissance mais qui aura passé plus de temps à apprendre son rôle qu'à le jouer.

Pour une petite monarchie en chantier institutionnel permanent, ce passage de témoin entre Albert II et Philippe, entre l'eau et le feu en fait, n'est pas une simple vétille. Puisque la personnalité même de celui qui y occupe le rang du chef de l'Etat pèse toujours plus ou moins directement, plus ou moins lourdement, sur la nécessité et l'urgence d'en redéfinir la fonction. Or, le débat est là, brûlant ou tapi, mais récurrent depuis 22 ans - et le refus de Baudouin de signer la loi dépénalisant partiellement l'avortement. Et amplifié, aiguisé, accéléré tant par la désunitarisation galopante des institutions du pays que par les polémiques, d'ordre pécuniaire notamment, créées par la famille royale elle-même. Le résultat est clair : l'influence, les missions et les dotations accordées au Palais ont chacune été sévèrement rognées et sont toujours plus scrupuleusement encadrées. En attendant ce qui sera, un jour, une authentique monarchie protocolaire. Reconnue comme telle, officiellement, par tous.

S'il est toujours en exercice alors, Philippe risque d'en souffrir. Lui qui semble déjà considérer comme trop étroite la marge de manoeuvre qui est la sienne aujourd'hui. L'enquête que nous publions sur la façon dont l'actuel roi des Belges remplit ses fonctions dévoile ainsi un personnage très éloigné de l'image finalement assez fade qui colle au fils aîné d'Albert II. Un personnage dont on doit en réalité, apparaît-il, freiner les ardeurs et brider les initiatives. Comme si Philippe entendait rattraper le temps perdu. Comme s'il avait une revanche à prendre. Comme s'il visait à démontrer que les doutes émis durant si longtemps sur sa capacité à s'installer sur le trône étaient injustes, infondés, indécents. Comme s'il était investi d'une mission, à la Baudouin - si pas son modèle au moins, en quelque sorte, son mentor. Comme s'il lui fallait laisser une trace dans l'Histoire. Comme s'il voulait être bien plus que ce roi que la réalité et la Constitution belges le contraignent à incarner : celui qui ouvre les portes des marchés, celui qu'on agite comme un symbole, celui qui ne dispose d'aucun pouvoir, celui qu'on a ceint de très solides garde-fous pour éviter toute embardée, tout emportement.

Déconnecté des réalités vécues par le commun des mortels, élevé dans un environnement où l'argent semble être bien davantage le sel de la vie que le nerf de la guerre, Philippe est donc un homme sous constante surveillance, aux ambitions frustrées et au statut en sursis. Puisque, avec la future reprise des hostilités nationalistes flamandes, la fonction royale est condamnée, à moyen terme, à n'avoir plus d'autre sens ni d'objectif que l'apparat.



COMMENTAIRE DE DIVERCITY

ELISABETH

On attend avec impatience le règne d’Elisabeth, petite princesse modèle et apparemment intelligente et bilingue parfaite. Puisse d’ici là le neveu de l’austère Baudouin, roi pressé et empressé ne pas avoir fait trop de dégât.

MG 

 

 

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