jeudi 9 juillet 2015

L'entrée en scène très politique du pape François en Bolivie

Figaro

 Par Jean-Marie Guénois




François a entamé mercredi en fin d'après-midi la seconde étape de son périple latino américain à La Paz, capitale de la Bolivie, qui sera marquée par des prises de positions sociales et politiques fortes.


Arrivé en Bolivie, mercredi, seconde étape de son périple latino-américain, le pape François fait preuve, à 78 ans et après quatre jours de voyage, d'une vitalité absolument étonnante. Il avait promis de mâcher une feuille de coca pour lutter contre l'effet de l'altitude mais ce fait n'a pas été officiellement confirmé. Au moins a-t-il bu une infusion de coca, juste avant de descendre de son avion venu d'Equateur qui s'est posé à La Paz à 4000 mètres d'altitude.

Très à l'aise, rayonnant, nullement gêné en apparence par les conditions d'altitude, il a lu avec beaucoup de force et de passion, un discours devant le président Evo Morales, étant particulièrement applaudi quand il répéta, à deux reprises: «la voix des pasteurs, qui doit être prophétique, parle à la société au nom de la mère Église, à partir de son option préférentielle et évangélique pour les derniers».

…) François acclamé par une foule ininterrompue qui poussait des cris stridents à son passage, s'est arrêté, au détour d'un croisement, au lieu même de l'assassinat de son confrère jésuite, Luis Espinal Camps. Ce prêtre missionnaire espagnol, poète et cinéaste, fut tué sous la dictature de Luis Garcia Meza, le 21 mars 1980, pour son engagement dans les luttes sociales. François lui a rendu un intense et vibrant hommage.

«Si la politique se laisse dominer par la spéculation financière ou si l'économie s'aligne seulement sur le paradigme technocratique et utilitariste de la production maximale, on ne pourra pas même pas comprendre, et encore moins résoudre les grands problèmes qui affligent l'humanité»

Il a donc proposé une «éducation éthique et morale qui cultive des attitudes de solidarité et de responsabilité entre les personnes» de façon à lutter contre l'indifférence. «Nous nous habituons si facilement à l'environnement de l'injustice que nous y sommes devenus insensibles». L'objectif de cette éducation est de «ne plus confondre, sans nous en apercevoir, le bien commun avec le bien-être, spécialement quand c'est nous qui en jouissons».

En effet, explique-t-il, «le bien-être qui fait référence seulement à l'abondance matérielle tend à être égoïste, à défendre les intérêts de parties, à ne pas penser aux autres, et à se laisser porter par la tentation du consumérisme». Cette attitude fait «le nid de conflits et de désagrégation sociale», elle «engendre le mal de la corruption qui décourage autant qu'il fait de mal.». Au contraire, «le bien commun» est «supérieur à la somme des intérêts particuliers» parce qu'il est un «passage» entre ce qui «est ‘‘meilleur pour moi'' à ce qui ‘‘est meilleur pour tous''».

Dans cet effort de décentrement, les chrétiens sont donc appelés à être le «levain au milieu du peuple», fécondés par «la lumière de l'Évangile du Christ» qui «n'éblouit pas, n'obnubile pas, mais éclaire et guide avec respect, la conscience et l'histoire, de chaque personne et de chaque société humaine.»

 

(…) «J'ai pu admirer les sommets du Hayna Potosí et de l'Illimani mais j'ai aussi vu comment beaucoup de maisons et de quartiers se confondent avec les flancs de la montagne» a-t-il confié pour expliquer combien «le milieu naturel et le milieu social, politique et économique se trouvent étroitement liés».

«Il est urgent que nous posions les bases d'une écologie intégrale qui comprenne clairement toutes les dimensions humaines dans la résolution des graves problèmes socio-environnementaux»

Il a alors lancé cet appel: «Il est urgent que nous posions les bases d'une écologie intégrale qui comprenne clairement toutes les dimensions humaines dans la résolution des graves problèmes socio-environnementaux de nos jours». Sans quoi, a pointé François «les glaciers de ces montagnes continueront à reculer…» Mais pas seulement: «La conscience du monde que nous voulons laisser, ses valeurs, elles aussi, fondront comme ces glaciers!» Car, a-t-ilmartelé: «Tout est lié, nous avons besoin l'un de l'autre». C'est une «écologie sociale» et ce sont «les familles les plus vulnérables sans protection» qui paient l'addition. Il récuse donc toutes «pseudo-solutions» car elles sont inspirées, assure-t-il, par une «claire colonisation idéologique».


 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

UNE «ÉDUCATION ÉTHIQUE ET MORALE QUI CULTIVE LA SOLIDARITÉ ET LA RESPONSABILITÉ CONTRE L'INDIFFÉRENCE.

En se faisant le champion de l’éthique, le pape François marque incontestablement des points et pas qu’en Amérique latine où il est ovationné comme Jésus entrant dans Jérusalem le dimanche des Rameaux. En Europe, il est particulièrement apprécié par les non-croyants qui le trouvent pittoresque et bon enfant. En se plaçant du côté de l’éthique et de la défense de l’environnement il touche incontestablement la jeunesse. De là à penser qu’il s’inscrit dans la ligne da théologie de la libération, il y a un pas qu’il ne semble pas prêt à franchir.

La théologie de la libération entend rendre dignité et espoir aux pauvres et aux exclus et les libérant d’intolérables conditions de vie. Elle est un « cri » prophétique pour plus de justice et pour un engagement en faveur d’un Royaume de Dieu commençant déjà sur terre. La réflexion théologique part de la base : le peuple rassemblé lit la Bible et y trouve ressources et inspiration pour prendre en main son destin.

Elle prône la libération des peuples et entend ainsi renouer avec la tradition chrétienne de solidarité. Est-ce cela que le président bolivien a voulu exprimer avec son très singulier cadeau ?

MG

 

 

UN CRUCIFIX "COMMUNISTE" : C'EST L'ÉTRANGE CADEAU DU PRÉSIDENT BOLIVIEN EVO MORALES AU PAPE FRANÇOIS

L'Obs


(OSSERVATORE ROMANO/AFP)

Le pape François continue sa visite en Amérique hispanophone. Après deux jours passés en Equateur, le souverain pontife argentin a été chaleureusement reçu par Evo Morales à La Paz. A cette occasion, le pape François a reçu de nombreux cadeaux des mains du président bolivien socialiste, dont un… crucifix en forme de faucille et de marteau, les symboles du communisme. Reste à savoir si le pape François a apprécié… Depuis 2006, le catholicisme n’est plus la religion officielle de la Bolivie.  

 

 

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