lundi 6 juillet 2015

La Mer du Nord, future conquête de la Flandre

Pierre Havaux

Le Vif

Condamnée à lutter contre la montée des eaux, la Flandre voudrait mettre le grappin sur la gestion de la Mer du Nord et ses trésors présents et à venir. Plongée en zone tôt ou tard menacée de remous communautaires.



© ML

De remuante, la Mer du Nord se fait dangereusement envahissante. Le réchauffement de la planète lui fait perdre la boussole. Puisque rien n'arrêtera plus la montée des eaux (30 centimètres d'ici 2050), les Flamands étudient différents moyens pour contenir leurs assauts. C'est donc du dernier coin authentique de Belgique, perdu en mer, que la terre flamande a tout à craindre. De ces 3.454 km2 de masse liquide sur laquelle ne bat officiellement que le pavillon belge. Au regard du droit maritime international, ce demi pour cent de la superficie totale de la Mer du Nord, grand comme la province de Flandre occidentale, n'appartient à personne. Mais c'est la Belgique, en tant qu'Etat côtier, qui est maître à bord de "cette mare aux canards." Et qui décide en dernier ressort de ce qui peut s'y construire et s'y exploiter.

Maîtriser les accès de colère de la mer, la Flandre en fait pourtant une affaire personnelle. La Région flamande a prévu d'encaisser le choc financier : 300 millions d'euros d'investissements sont déjà programmés. Sans compter les moyens à dégager pour rénover et consolider dix grosses écluses et d'autres installations portuaires. Sans compter les coûts d'entretien qu'engendreront les 444 000 mètres cubes de sable qui seront chaque année nécessaires à la lutte contre l'érosion. Et sans compter sur un geste de solidarité à l'échelle nationale qui n'est pas sollicité. Le nord du pays a déjà l'intime conviction de jouer à domicile en mer du Nord. Quand il est question d'aménager l'espace maritime entre partenaires de la Belgique fédérale, la N-VA franchit mentalement le pas. "La Mer du Nord est une compétence que se partagent l'Etat fédéral et la Région flamande", affirme Ben Wollants, le "monsieur énergie" du parti nationaliste flamand. Sa coreligionnaire Daphné Dumery sait aussi marquer le territoire : "En raison de l'émiettement des compétences en matière de Mer du Nord, associer la Flandre est indispensable." Impliquer la Wallonie et Bruxelles saute nettement moins aux yeux. Les Ecolo s'en étaient émus, en découvrant qu'aucun représentant régional wallon et bruxellois n'étaient invités à siéger au côté de l'envoyé flamand au sein de la commission fédérale chargée de suivi de l'espace maritime.

Mettre le grappin sur l'espace marin ne serait qu'une question de temps. A chaque bras de fer institutionnel, la revendication remonte à la surface. Essentiellement, parce que la Mer du Nord a de l'énergie à revendre. Ses trois parcs éoliens, ses 182 turbines, sa puissance installée de 712 mégawatts, supérieure à l'éolien terrestre wallon ou flamand, ont déjà propulsé la Belgique parmi les grands de l'éolien off-shore européen et même mondial. L'intention est de surfer sur la vague. Bart Tommelein, Open-VLD et Secrétaire d'Etat à la Mer du Nord, fixe le cap : "Cette capacité sera triplée durant cette législature", pour être portée d'ici 2020 à huit parcs éoliens et à 2 200 mégawatts de puissance installée sur mer. L'équivalent de deux grosses centrales nucléaires, de quoi couvrir la demande énergétique de plus d'un million de foyers. Pas négligeable.


 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

MARE NOSTRUM

Notre mer qui êtes en FlandreEt voici que vous vous détachez subrepticement de la Belgique. C’est pourtant  par La Panne-quel symbole- que le premier roi des belges atterrit sur le sol belge mais qui s’en souvient? Quand son sixième successeur est allé négocier des accords de coopération en Chine, on nous avait dit, mais que ne dit-on pas, que c’était la Flandre et ses ports, Anvers surtout qui bénéficierait de la manne chinoise.  Et voici que le Vif nous révèle, au contraire, que ce serait la Wallonie à qui les avantages de cette coopération sans doute échoiraient.

On le voit, nonobstant la suédoise, la Belgique continue à se détricoter irrémédiablement.

MG



POURQUOI LA CHINE FAIT LES YEUX DOUX À LA WALLONIE

Christophe Leroy

 Le Vif

En choisissant Louvain-la-Neuve pour implanter son premier incubateur européen, la Chine parie massivement sur la Wallonie. Damerait-elle désormais le pion à la Flandre ?



Le China-Belgium Technology Center, à Louvain-la-Neuve, se profile comme un vaste incubateur dédié au partage technologique. © pg

Les chiffres donnent presque le vertige à la Wallonie : 200 millions d'euros investis, sur 90 000 m², pour accueillir 200 entreprises high-tech de Belgique et de Chine. D'ici deux mois, la construction du premier incubateur chinois d'Europe débutera à Louvain-la-Neuve, dans le parc scientifique de l'UCL. Une fois finalisé en 2017, le China-Belgium Technology Center (CBTC) devrait accueillir 1 500 emplois, dont 60% à destination de travailleurs belges. Cet investissement majeur s'est d'emblée imposé comme l'aboutissement le plus retentissant de la mission royale en Chine, du 21 au 26 juin dernier. La délégation belge comptait quelque 231 représentants issus de tous les horizons.

Au-delà des milliards d'euros qui étaient en jeu sous la forme de contrats privés ou de promesses de partenariat sur le plan économique ou académique, la Chine a donc posé un choix éminemment stratégique et symbolique en pariant sur le sud du pays. La Flandre, elle, reste, pour le moment, sans nouvelle d'un projet de centre d'entreprises chinois de 200 000 m². Celui-ci devait éclore à Willebroek. Baptisé European Market City, il avait été dévoilé il y a près de quatre ans déjà.

Le raisonnement s'inscrit également dans le prolongement d'autres succès win-win engrangés du côté wallon. En mars dernier, l'opérateur chinois U-Tour concluait un accord avec l'aéroport de Liège afin d'y faire transiter ses vols touristiques à destination de l'Europe. Soit un potentiel annuel de 50 000 passagers dès 2015, pour un investissement de 700 000 euros que l'aéroport compte rapidement rentabiliser. Cet exemple s'ajoute à l'épisode, plus médiatique encore, des pandas que la Chine avait confiés à Pairi Daiza en 2013, au détriment du zoo d'Anvers. Là encore, le coût de l'investissement, négocié à un million d'euros par an à charge du parc, devrait rapidement être absorbé par l'importante hausse du nombre de visiteurs qui y est liée.

41 MILLIONS INVESTIS DE 2008 À 2014

Le bilan est en revanche nettement plus modeste dès qu'il s'agit d'aborder les investissements consentis directement en Wallonie par des acteurs chinois. Il en va toutefois de même pour la Flandre et pour Bruxelles. De 2008 à 2014, la Chine a ainsi investi 41 millions d'euros et créé 430 emplois au sud du pays, d'après les calculs de l'Agence wallonne à l'exportation et aux investissements étrangers (Awex). Le montant inclut les 20 millions d'euros que les partenaires chinois du futur CBTC avaient déjà avancés en guise de mise de départ. Les 21 millions restants totalisent les investissements réalisés en grande partie au départ du China Welcome Office de Mons, inauguré en 2008.

Ce véritable sas d'entrée pour les entrepreneurs chinois en Belgique a accueilli jusqu'à 85 sociétés. Huit d'entre elles disposent toujours d'un bureau dans l'incubateur montois. Parmi les autres noms encore mentionnés dans le répertoire de l'Awex, 16 acteurs ont poursuivi leur parcours de façon autonome dans le reste de la Wallonie, principalement dans le Brabant wallon. Dix-sept ont opté pour la Flandre et neuf pour Bruxelles. Enfin, dix autres entreprises ont finalement migré vers un autre pays d'Europe, ou y ont au minimum conservé une activité de business.

 

 

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