vendredi 31 juillet 2015

"J'ai peur d'une nouvelle guerre"

Joel De Ceulaer Le Vif

Source : Knack

Fernand Huts, l'un des plus grands patrons flamands, craint le pire pour l'Europe. "Il faut investir dans la Défense" dit-il.


Fernand Huts © BELGA

Dans une interview accordée à nos confrères de Knack, Fernand Huts, patron de l'entreprise de logistique anversoise Katoen Natie qui emploie 13.000 personnes dans le monde, admet qu'il éprouve un pressentiment funeste. Selon lui, la crise européenne porte en elle les germes d'une guerre. "Le véritable problème de la Grèce c'est qu'elle a perdu sa classe moyenne" dit-il. "Et les armateurs grecs sont richissimes, dominent la plus grande partie de la flotte mondiale, mais ne paient plus d'impôts dans leur pays : ils sont partis. L'élite grecque a abandonné son pays. La Grèce ne peut pas s'en sortir. C'est impossible".

LES OPÉRATIONS DE SAUVETAGE SONT-ELLES INUTILES?

HutsCe ne sont pas les Grecs que nous sommes en train de sauver. C'est nous. La Grèce a besoin d'argent pour rembourser les dettes, mais ce sont des dettes qu'elle a contractées auprès de pays européens. L'argent pour la Grèce tourne en rond. Il ne rapporte rien aux Grecs. Vous savez ce dont j'ai très peur? Qu'on ait à nouveau une guerre.

AVEC QUI?

Huts: Pour moi, ce n'est pas la question. La guerre éclate simplement. Pensez à la Première Guerre mondiale. Si en 1913 vous aviez prédit la guerre et que vous vous étiez demandé avec qui personne n'aurait pu répondre à votre question. Mais lorsque François-Ferdinand d'Autriche a été assassiné, toute l'Europe s'est embrasée. Aujourd'hui, mon pressentiment me dit que ces septante magnifiques années de paix pourraient bien être derrière nous. C'est pourquoi je plaide pour plus d'investissements en Défense.

MAIS POURQUOI CRAIGNEZ-VOUS LA GUERRE?

Huts: Parce qu'en Europe tout l'équilibre des pouvoirs est perturbé. L'axe Allemagne-France a été brisé. Les Allemands ont de plus en plus à dire. L'Europe méridionale se délite. Je ne sais pas où la guerre éclatera, mais je sais que l'Europe n'a pas besoin de grand-chose pour s'embraser. En outre, on va droit vers une nouvelle crise financière, et cette fois elle ne prendra pas d'élan, mais frappera en une fois.

AVIEZ-VOUS VU VENIR LA CRISE FINANCIÈRE PRÉCÉDENTE ?

Huts: Absolument. Six mois avant la chute des banques, j'ai vu les problèmes surgir auprès des fournisseurs de prêts hypothécaires américains. En mars 2008, nous avons décidé de cesser tous les investissements, de ne plus engager personne et de nous serrer la ceinture. Quand la crise approche, il faut se préparer. Et nous avons réussi : notre chiffre d'affaires a doublé pendant la crise.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY

VOX DEWEVERENSIS

Ce discours est évidemment celui de la N-VA qui détient le portefeuille de la défense et pousse aux dépenses militaires. Mais au-delà de l’horizon belgo belge étriqué, le discours de Huts mérite que l’on s’y arrête un instant. Le mot guerre est en train de se banaliser en Europe et ce n’est pas sans danger. Mais il y a bien plus préoccupant : 25 ans après l’implosion du communisme soviétique, c’est toute notre civilisation capitaliste et mondialisée qui est menacée d’effondrement. Les donneurs d’alarme partout donnent de la voix. Mais surtout, comme le montre la série d’articles qui suivent, les nuages noirs s’accumulent à l’horizon : réchauffement rapide, explosion démographique, immigration galopante, islamisme agressif et vengeur, épuisement des matières premières, instabilité financière. Et si c’était le début d’un inévitable effondrement ? On y reviendra un peu plus loin.

MG



L'ENDROIT QUI MONTRE À QUEL POINT LE RÉCHAUFFEMENT CLIMATIQUE EST VERTIGINEUX

Le Vif

Le fjord ne gèle plus complètement en hiver, le front des glaciers côtiers recule de centaines de mètres par an et de nouvelles espèces marines apparaissent: Ny-Ålesund, au coeur de l'Arctique norvégien, est un observatoire privilégié du réchauffement climatique.



Situé sur l'île du Spitzberg, ce village aux bâtiments épars et colorés, entièrement dédié à la recherche, accueille en cette fin juillet quelque 140 personnes: scientifiques européens et asiatiques en mission de quelques semaines, techniciens chargés à l'année du suivi des instruments de mesure et logisticiens (nourriture, chauffage, électricité, etc.).

Le fjord, sur les rives duquel est bâti Ny-Ålesund, "ne gèle plus entièrement depuis 2007", témoigne Sébastien Barrault, conseiller scientifique de Kings Bay, la société norvégienne chargée de la logistique. "Dans les années 90, on pouvait le traverser en scooter des neiges", se rappelle Jürgen Graeser, technicien à la station de recherche franco-allemande Awipev (Alfred Wegener Institut Paul Emile Victor), qui supervise une cinquantaine d'appareils enregistrant données météo, atmosphériques, chimiques, etc. "La dernière fois qu'on a pu marcher dessus, c'était l'hiver 2003/2004", se souvient-il. Le Spitzberg, principale île de l'archipel du Svalbard, bénéficie déjà d'un climat relativement clément pour sa latitude (79°), en raison du Gulf stream, un courant marin chaud qui remonte le long de sa façade ouest.

Mais au cours des vingt dernières années, cette région a connu un réchauffement phénoménal: entre 1 et 1,2°C par décennie ! A comparer avec les 0,8°C de hausse de la température moyenne du globe depuis l'ère pré-industrielle. L'amplification de l'effet de serre au niveau mondial aurait particulièrement modifié les courants marins et atmosphériques dans cette région située à seulement 1.000 km du pôle Nord. Par ailleurs, la fonte de la banquise et des glaciers, qui réfléchissent davantage le rayonnement solaire, a pour conséquence une plus grande absorption de chaleur par la terre ou l'océan. D'où un thermomètre qui s'emballe et des bouleversements préfigurant ce qui va arriver dans d'autres zones froides. "On voit désormais des espèces qui ne sont pas normalement en Arctique", explique Sébastien Barrault.

DES INTRUS DANS LE FJORD

"Le cabillaud de l'Atlantique vient jusqu'ici et on commence à voir des maquereaux", dit-il en regardant la baie du Roi ("Kongsford") depuis son bureau installé dans le laboratoire dernier cri de biologie marine. Spécialiste des écosystèmes marins, Cornelia Buchholz souligne aussi qu'il y avait avant "dans le fjord deux, parfois trois types de krill", ces crevettes translucides à la base de la chaîne alimentaire de nombreuses espèces (poissons, phoques, baleines, etc.). "Nous trouvons désormais cinq types de krill, même si aucun n'accomplit un cycle de reproduction complet ici", indique la chercheuse. La modification des courants marins a vraisemblablement amené ces nouvelles espèces de krill dans ces eaux arctiques. Au détriment de certaines régions qui pourraient du coup voir leurs stocks de poissons diminuer. Le recul des glaciers est un autre signe flagrant du réchauffement, à l'échelle de la planète et en particulier au Spitzberg, recouvert à 60% par ces géants de glace.

Celui au fond de la baie de Ny-Ålesund, le Kronebreen (glacier de la couronne) "a reculé d'un kilomètre depuis 2012, c'est incroyable", constate Heidi Sevestrede l'université du Svalbard à Longyearbyen, la plus septentrionale au monde. En plus de l'arrivée de nouvelles espèces, la flore marine est aussi bousculée par la hausse de la température moyenne du fjord. "Nous regardons en laboratoire comment les algues se développent à différentes températures et quelle espèce tend à prendre le dessus", explique Lydia Messingfeld, de l'université de Bonn, en mission à Ny-Ålesund. Dans le village, quadrillé de ruelles en terre, le calme règne, à peine troublé par les groupes de touristes arrivant par bateau pour une escale d'une heure ou deux et par le cri d'oies migratrices, qui viennent chaque année d'Ecosse. Depuis 2007, ces bernaches nonnettes "ont avancé d'un coup leur migration de 15 jours, c'est significatif", note Maarten Loonen, un ornithologue qui les étudie depuis 20 ans. Nul doute pour lui: "Elles se sont adaptées au printemps désormais plus précoce ici."


LE RÉCHAUFFEMENT DE LA PLANÈTE EST PLUS RAPIDE QU'ANTICIPÉ À CAUSE DES SÉCHERESSES

Le Vif

Les forêts mettent plus longtemps à se remettre d'une sécheresse que ne le pensaient les scientifiques et, de ce fait, emmagasinent beaucoup moins de dioxyde de carbone (CO2), principal gaz à effet de serre, selon une étude publiée jeudi.



© Thinkstock

Par conséquent, le réchauffement de la planète est plus rapide qu'anticipé dans les simulations étant donné le rôle crucial joué par les massifs forestiers, considérés comme des puits de carbone, ont prévenu les chercheurs dans cette étude parue jeudi dans la revue américaine Science.

Les forêts et autres plantes captent d'énormes quantités de CO2 libérées dans l'atmosphère notamment par la combustion de charbon et d'hydrocarbures. Ce composant-clé de la photosynthèse est ensuite stocké par les végétaux, qui jouent ainsi un rôle important pour limiter la hausse de la température terrestre induite par les activités humaines.

Mais les végétaux mettent en moyenne deux à quatre ans pour retrouver un taux normal de croissance après la fin d'une sécheresse. Avant cette étude, la durée de récupération était inconnue pour la vaste majorité des espèces d'arbres.

 

EUROTUNNEL: 1.500 TENTATIVES D'INTRUSION EN UNE NUIT, UN MORT

Le Vif Source : Belga

Les tentatives quotidiennes de migrants pour rejoindre le Royaume-Uni via le tunnel sous la Manche depuis Calais ont connu un nouveau pic ces deux dernières nuits. Un candidat à l'exil a perdu la vie a annoncé à l'AFP une source policière.


© BELGAIMAGE

"Nos équipes ont retrouvé un corps ce (mercredi) matin et les pompiers ont confirmé le décès de la personne", a déclaré un porte-parole d'Eurotunnel. Il s'agit de la neuvième personne décédée aux environs du site d'Eurotunnel depuis le début du mois de juin. La personne décédée, d'origine soudanaise, aurait "entre 25 et 30 ans" et aurait été percutée par un camion "qui descendait d'une navette pendant qu'il essayait de grimper" dans la train, a indiqué une source policière. "Tout s'est passé cette nuit, et à 06H00 (04H00 GMT), les policiers avaient encore pas mal de boulot", a-t-elle ajouté, précisant qu'on lui avait rapporté la présence "d'entre 500 à 1.000 migrants" aux abords du site du tunnel sous la Manche. Certains de ces migrants peuvent faire plusieurs tentatives d'intrusion au cours de la nuit. "Je ne suis pas étonné par ce chiffre élevé de migrants. Un migrant fait deux ou trois tentatives, pas beaucoup plus", a indiqué la même source. Lors de la nuit précédente, Eurotunnel avait déjà indiqué que près de 2.000 tentatives d'intrusion de migrants avaient été recensées. C'était "la tentative d'intrusion la plus importante depuis un mois et demi", avait déclaré à l'AFP un porte-parole d'Eurotunnel. Depuis plusieurs semaines, les tentatives d'intrusion de migrants sur le site d'Eurotunnel sont quotidiennes.(…)

LA SITUATION DES MIGRANTS À CALAIS "TRÈS PRÉOCCUPANTE"

"C'est très préoccupant. Nous collaborons étroitement" avec les autorités françaises pour faire face à la situation, a déclaré M. Cameron à des journalistes, en marge d'une visite à Singapour. La ministre britannique de l'Intérieur, Theresa May, va présider une réunion d'urgence du comité Cobra, constitué de ministres et responsables de la sécurité, pour aborder l'incident qui s'est produit à Calais mardi, a ajouté M. Cameron.

LONDRES DÉBLOQUE 7 MILLIONS DE LIVRES SUPPLÉMENTAIRES POUR LA SÉCURITÉ D'EUROTUNNEL

La ministre britannique de l'Intérieur Theresa May a annoncé dès mardi une rallonge de 7 millions de livres (10 millions d'euros) pour renforcer la sécurité du terminal d'embarquement d'Eurotunnel à Coquelles (nord de la France) à l'issue d'une réunion avec son homologue français Bernard Cazeneuve. "Avec la France, nous travaillons en étroite collaboration sur une situation qui affecte nos deux pays. La France a déjà renforcé son dispositif policier.

"Avec nos partenaires britanniques nous co-finançons un certain nombre d'infrastructures de sécurité, notamment de transport, pour bien dissuader les migrants de venir à Calais. Il faut qu'ils sachent qu'il n'y a pas de possibilité de traverser la mer de la Manche et nous agirons ensemble pour que cela soit compris", a déclaré M. Cazeneuve à l'AFP-TV.


NOUS SERONS 10 MILLIARDS EN 2050, SELON LES PROJECTIONS DE L'ONU

Le Vif

Source : Belga

L'ONU a revu à la hausse ses projections d'augmentation de la population mondiale. Selon un rapport publié mercredi, la planète comptera 8,5 milliards d'habitants en 2030, 9,7 milliards en 2050 et 11,2 milliards en 2100.


© iStock Photos

En 1990, il y a 25 ans, seulement 5,3 milliards d'êtres humains peuplaient la Terre. Ils sont aujourd'hui 7,3 milliards.

Selon le rapport sur les perspectives d'évolution de la population mondiale de l'ONU, un petit nombre de pays, surtout en Afrique, seront responsables de la croissance démographique d'ici le milieu du siècle.

Entre 2015 et 2050, la moitié de la hausse de la population mondiale sera concentrée dans neuf pays, dans l'ordre décroissant d'importance: Inde, Nigeria, Pakistan, République démocratique du Congo, Ethiopie, Tanzanie, Etats-Unis, Indonésie et Ouganda.

L'Inde va dépasser la Chine en 2022 et devenir le pays le plus peuplé de la planète. Actuellement, la Chine concentre 19% et l'Inde 18% des habitants de la planète.

En 2050, le Nigeria sera le troisième pays le plus peuplé du monde.

L'ONU prévoit qu'à la moitié de ce siècle, six pays dépasseront les 300 millions d'habitants: Chine, Inde, Indonésie, Nigeria, Pakistan et Etats-Unis.

La baisse de la natalité va se poursuivre: elle a passé de trois enfants par femme en 1990 à 2,5 enfants par femme en 2010. Chaque femme aura 2,2 enfants en 2045 et plus que deux enfants en moyenne en 2095.

La hausse de la population est due à la prolongation de l'espérance de vie dans le monde: elle était de 65 ans à la naissance à partir de 1990, de 70 ans depuis 2010. Elle sera de 77 ans en 2045 et de 83 ans à la fin du siècle, selon l'ONU. La diminution de la mortalité infantile dans les pays en développement y contribue.

Cette évolution provoque un vieillissement de la population mondiale. Le nombre de personnes de plus de 60 ans devrait doubler d'ici 2050 et tripler d'ici 2100 sur la planète. Les plus de 60 ans étaient 500 millions en 1990, ils sont 900 millions en 2015. Ils seront 2,1 milliards en 2050 et 3,2 milliards en 2100.

En Europe, l'ONU prévoit que 34% de la population aura plus de 60 ans en 2050. En Amérique latine et en Asie, la proportion de plus de 60 ans passera de 11% et 12% actuellement à plus de 25% en 2050.

Le continent africain a la population la plus jeune: les enfants de moins de 15 ans représentent 41% de sa population et les jeunes de 15 à 24 ans 19% supplémentaires. Mais ses habitants vont aussi vieillir et les plus de 60 ans passer de 5% aujourd'hui à 9% en 2050, selon le rapport de l'ONU.

 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

ET SI C’ÉTAIT LE DÉBUT DE LA FIN ?

« Aujourd’hui, nous sommes sûrs de quatre choses : 1. la croissance physique de nos sociétés va s’arrêter dans un futur proche, 2. nous avons altéré l’ensemble du Système-Terre de manière irréversible (en tout cas à l’échelle géologique des humains), 3. nous allons vers un avenir très instable, « non-linéaire », dont les grandes perturbations (internes et externes) seront la norme, et 4. nous pouvons désormais être soumis potentiellement à des effondrements systémiques globaux. » Pour ceux qui se questionnement sur l’avenir, l’année 2015 pourra être cruciale. Elle sera peut-être celle à partir de laquelle il ne sera plus possible de nier rationnellement qu’un effondrement civilisationnel est engagé, et irréversible. Pablo Servigne & Raphaël Stevens

L’effondrement de notre civilisation est à l’évidence inévitable. La vraie question c’est de savoir comment nous allons l’aborder collectivement et aussi individuellement en sachant que la cascade des dominos peut se produire demain. La crise grecque, celle des migrants venus d’Afrique, un remake de 2008, un accident nucléaire, un attentat de l’ampleur de celui du 11 septembre sont autant d’attentats de Sarajevo potentiels  (1914) capables de provoquer la grande catastrophe mondiale.   

Comment réagir ?  Rester humble, réinvestir le courage, la solidarité, la frugalité s’imposant d’elle-même.

Autrement dit, apprendre à vivre autrement. Nous le disons depuis des années et nous observons un peu partout des signes de mutation : partage de véhicules, de lieux de vacances, d’outillages, coopératives d’achats, création de potagers urbains, végétarisme…

Il faut lire  « le Petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes » les yeux grands ouverts et l’esprit critique en éveil. Non, ce n’est pas une lecture de plage mais sans doute un acte de citoyenneté cosmopolite nécessaire car il est passé minuit docteur Schweitzer.

MG



COMMENT TOUT PEUT S’EFFONDRER

http://adrastia.org/comment-tout-peut-seffondrer-pablo-servigne-raphael-stevens/

Petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes

Pablo Servigne & Raphaël Stevens

Edition du Seuil, collection Anthropocène, 19 euros

Pablo Servigne et Raphaël Stevens proposent avec cet ouvrage « Comment tout peut s’effondrer » une introduction à la collapsologie (étymologiquement « l’étude de l’effondrement »), qui pourra devenir un domaine de recherche à part entière, s’il n’est déjà d’ailleurs investi de façon plus ou moins assumée par la plupart des scientifiques qui étudient le climat, l’énergie, la démographie, l’agronomie…

Afin de présenter le concept de collapsologie et son contexte, les auteurs procèdent dans un premier temps à un état des lieux très complet de la littérature scientifique, état des lieux d’autant plus remarquable que les problématiques évoquées restent bien articulées les unes avec les autres, et ce malgré la difficulté de l’exercice. Il s’agit d’introduire l’esprit systémique d’une correcte étude de l’effondrement, afin que le lecteur investisse au mieux ses propriétés synergiques et d’autorenforcement.

Les chiffres qui illustrent cette contextualisation nous feront estimer des ordres de grandeur et nous laisseront abasourdis :

• « Un PIB (par exemple de la Chine) qui croît de 7 % par an représente une activité économique qui double tous les 10 ans, donc qui quadruple en 20 ans. Après 50 ans, nous avons affaire à un volume de 32 économies chinoises, soit, aux valeurs actuelles, l’équivalent de près de quatre économies mondiales supplémentaires ! »
• « En l’espace d’une vie, une personne née dans les années 30 a donc vu la population passer de 2 milliards à 7 milliards ! Au cours du 20e siècle, la consommation d’énergie a été multipliée par 10, l’extraction de minéraux industriels par 27 et celle de matériaux de construction par 34. L’échelle et la vitesse des changements que nous provoquons sont sans précédent dans l’histoire. »
• « Une moyenne de + 4°C signifie des augmentations jusqu’à + 10°C sur les continents » (note : la NASA estime que nous sommes sur la trajectoire de 6 °C de réchauffement planétaire)
• « En 2003, une étude estimait que 90% de la biomasse des grands poissons avait disparu depuis le début de l’ère industrielle » (…) « quel pêcheur professionnel anglais réalise qu’avec toutes les technologies de son bateau, il ne ramène plus que 6 % de ce que ses ancêtres en bateaux à voiles débarquaient 120 ans plus tôt après avoir passé le même temps en mer ? »

Au-delà des chiffres l’ouvrage propose des éléments d’analyse pour comprendre pourquoi nous ne parvenons pas à modifier nos comportements destructeurs. Nous retiendrons particulièrement la notion de « verrouillage socio-technique », qui explique comment il est difficile et parfois impossible de revenir en arrière après le développement de certaines techniques. L’exemple de l’agriculture est notable : il a été largement montré désormais qu’une exploitation moins intensive des terres et moins dépendante au pétrole pourrait obtenir d’aussi bons rendements. Mais la mise en place de l’agriculture industrielle a impliqué le déploiement d’infrastructures devenues toutes interdépendantes et trop puissantes pour que de nouvelles initiatives se développent, même si elles sont efficaces, même si elles sont économiquement viables !

« (…) les « petites pousses » ne sont pas en mesure de rivaliser avec le grand arbre qui leur fait de l’ombre. »

Le contexte étant posé et les nombreux signaux faibles qui confirment le constat étant comptabilisés, les auteurs tentent avec habileté et pondération une futurologie du collapse. Risquée, la démarche est pour autant parfaitement maîtrisée, ne se départissant jamais d’une bonne connaissance des limites de nos capacités à connaître l’avenir, ou même l’instant, d’une problématique. Les auteurs sont également très soucieux d’éviter les mauvaises interprétations et les récupérations idéologiques. Ils n’apportent donc pas de réponse quant au déroulement des évènements à venir, même s’ils n’omettent pas là encore de consulter la littérature pour tenter d’en dessiner une forme globale et de déterminer les étapes inévitables qui pourraient accompagner la rupture.

Mais si l’effondrement est certain et qu’on ne peut pas le connaître, que faire de cette question ? L’annonce de l’effondrement peut-elle entraîner le risque de sa propre réalisation ? Les auteurs maintiennent leur position d’observateur neutre jusqu’à se mettre en retrait par rapport à leur propre étude : « L’auto-réalisationpose donc la question stratégique suivante : peut-on s’y préparer tous ensemble sans le déclencher ? Doit-on en parler publiquement ? Peut-on le faire ? ».

Les seules réserves que nous pourrons avoir ne concerneront que quelques reliquats d’esprit revanchard, mais il faut bien admettre que nous sommes tous très prompts à reprocher à d’autres des torts que nous partageons tous. Ainsi la cause du « verrouillage socio-technique » ne saurait objectivement, toute rancœur retenue, se réduire à la seule volonté de quelques puissants. « La puissance économique et politique des majors de pétrole et de gaz est devenue démesurée, à tel point que 90 entreprises mondiales ont été à elles seules responsables de l’émission de 63 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre depuis 1751 ». Mais ce sont bien nos parents et nous-mêmes qui ont consommé, parfois avec plaisir voire avidité, tous ces produits ou services issus des énergies sales.

Nous pourrons discuter aussi d’une vision idéalisée d’un programme d’anticipation, tel qu’il est proposé à la fin de l’ouvrage. Elaboré à partir de l’exemple des régions protégées du “système-monde”, qui sont espérées plus résilientes après un effondrement par leur fonctionnement autonome, il manque peut-être à ce programme la prise en compte d’externalités immaîtrisables : ces régions resteraient-elles seulement isolées ? Même s’il est vrai que le développement de ces petites structures d’organisation est massif en ce moment, que deviendront-elles lorsque les grandes villes seront touchées par des pénuries ? Ne seront-elles pas convoitées très rapidement – et détruites, la demande dépassant très largement l’offre – dès lors que des populations moins bien organisées les auront visées ? La nécessité de cette réflexion sur la coexistence de « deux systèmes, l’un mourant et l’autre naissant », est toutefois bien posée à la fin de l’ouvrage.

On aurait souhaité enfin que certains sujets soient mieux intégrés à l’étude, en particulier le rôle de l’économie parallèle et de la corruption durant le déclin qui pourront, par leur propre maîtrise de la plasticité et de la résilience, infiltrer les économies classiques et ralentir l’effondrement global tout en ôtant – bien malheureusement – des chances de succès aux initiatives les plus vertueuses mais souffrant peut-être encore de quelque naïveté quant à leur potentialité de résistance en période d’instabilité globale.

Mais ces réserves n’ôtent rien à la qualité de ce livre, simple, pédagogique et complet, qui parvient à rasséréner un lecteur pourtant devenu conscient, éclairé sur un sujet a priori terrible. Nous saluerons notamment l’ouverture à des questions polémiques voire subversives, que nos dénis encore forts nous empêchent d’envisager, alors que le réel nous obligera indubitablement à les considérer :

« Mais si nous ne pouvons aujourd’hui envisager de décider collectivement qui va naître (et combien), pourrons-nous dans quelques années envisager sereinement de décider qui va mourir (et comment) ? ».

L’étude s’ouvre finalement sur le plus important travail qu’il reste à fournir, qui est désormais celui de « décoloniser les imaginaires » afin d’écrire une nouvelle histoire qui ne pourra être en aucune façon inspirée de ce que nous avons vécu jusque-là. A contrario des anciens, ce nouveau récit sera celui de tous les humains confrontés pour la première fois à un contexte de contrainte généralisée… et sans aucun espoir de croissance.

« C’est selon nous cette attitude de courage, de conscience et de calme, les yeux grands ouverts, qui permettra de tracer des chemins d’avenir réalistes. Ce n’est pas du pessimisme ! »

Voilà la meilleure façon d’aborder l’effondrement : faire au mieux pour rester humble, réinvestir le courage, la solidarité, la frugalité s’imposant d’elle-même. Après ce livre indispensable nous attendons avec impatience le prochain, qui pourra attester que les petites structures résilientes sont un projet fiable et pérenne. Mais peut-être cette histoire ne pourra-t-elle se raconter… qu’en lavivant !

Vincent Mignerot

 


 

 

 

 

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