mercredi 1 juillet 2015

"L'idéal serait que les Flamands soient bien plus nombreux à Bruxelles"

Le Vif

Hugues Dumont

Professeur ordinaire à l'Université Saint-Louis - Bruxelles


Dans un billet peu amène publié dans le Knack et sur le site du Vif, Hendrik Vuye et sa collègue député N-VA Veerle Wouters font une curieuse analyse de mon article publié dans le numéro 6609 du Journal des tribunaux au sujet de la sixième réforme de l'Etat.


Bruxelles © iStock

Réponse au billet posté le 24/06/2015 de Hendrik Vuye et Veerle Wouters sous le titre : "Ceux qui chassent les Flamands de Bruxelles, creusent la tombe de la Belgique"

Au terme de cette analyse, ils croient pouvoir me ranger dans la catégorie de "ceux qui chassent les Flamands de Bruxelles" et, par voie de conséquence, "creusent la tombe de la Belgique". Je pourrais facilement ironiser sur cette accusation pour le moins paradoxale dans le chef de ceux qui, prévoyant "l'évaporation" de l'Etat belge, se sont engagés vis-à-vis de leurs électeurs à y contribuer activement. Même s'il est tentant de suspecter une certaine dose de mauvaise foi, je souhaite un débat serein et empreint de respect mutuel.

A vrai dire, l'approche que je défends se situe aux antipodes de l'accusation qui m'est adressée. Dans le livre[1] que mon article résume, je constate simplement, avec les membres de mon centre de recherches en droit constitutionnel, que la sixième réforme de l'Etat a renforcé tantôt les compétences de la Région de Bruxelles-Capitale, tantôt celles de la Commission communautaire commune (COCOM) de Bruxelles. Je souligne qu'il y a là un bel enjeu pour le présent et pour l'avenir immédiat. Il appartient en effet aux francophones et aux Flamands de Bruxelles de montrer qu'ils peuvent très bien s'entendre pour gérer ces nouvelles compétences. Les premiers étaient réticents à investir la Commission communautaire commune qui est vulnérable à d'éventuelles manoeuvres de blocage de la part du partenaire flamand, tandis que celui-ci était réticent à miser sur la Région bruxelloise qui lui offre des garanties de protection légèrement moindres. L'entente s'est faite sur le partage que l'on connaît : la Région reçoit de nouvelles compétences, y compris dans le secteur de la culture, mais la COCOM, loin d'être supprimée, en reçoit aussi dans le secteur non moins stratégique des soins de santé, de l'aide aux personnes et des allocations familiales. On pourrait voir là un non-choix, parmi beaucoup d'autres du reste. Mais nous y avons vu plutôt un bel exemple de compromis qui peut être porteurd'avenir. Pourquoi ? Parce que si l'expérience réussit, autrement dit si les vieilles méfiances mutuelles pouvaient s'estomper, l'on pourrait à un moment donné rationaliser ce paysage compliqué en transférant toutes les compétences personnalisables à la Région, ce qui simplifierait la gestion des affaires bruxelloises pour le plus grand bienfait des citoyens.

Au fond, Hendrik Vuye et Veerle Wouters qui passent le raisonnement que je viens de rapporter sous silence tentent de m'accabler dans leur billet en raisonnant comme si les Flamands de Bruxelles ne comptaient pour rien. J'ai envie de leur rappeler que les Flamands de Bruxelles sont aussi des Flamands. Faites-leur confiance s'il vous plait. Cela dit, je ne méconnais pas du tout, contrairement à l'accusation une fois encore incorrecte qu'ils soutiennent, l'importance des liens que doivent conserver les Flamands de Flandre et ceux de Bruxelles. C'est précisément parce que j'en suis convaincu que je défends le maintien de l'essentiel des compétences actuelles de la Communauté flamande et de la Communauté française dans les domaines de la culture et de l'enseignement. Je comprends très bien en effet le souci des Flamands de Flandre et de Bruxelles de rester unis et solidaires sur ces terrains sensibles. Mais ces liens ne sont nullement incompatibles avec les compétences que la Région de Bruxelles-Capitale vient de recevoir dans le secteur dit "biculturel" d'intérêt régional.

Mes idées sont nuancées. On ne peut pas les résumer parfaitement en disant que je prône une Belgique à quatre entités territoriales sans plus. Je crois que l'on gagnerait à se rapprocher de ce modèle en régionalisant les matières personnalisables pour que le système institutionnel qui est le nôtre soit plus fonctionnel et plus lisible, mais j'ajoute toujours l'importante nuance du lien communautaire qu'il faut respecter, d'une part entre les Flamands de Flandre et de Bruxelles et, d'autre part, entre les Wallons et les francophones de Bruxelles, dans les domaines de la culture et de l'enseignement.

Je répète régulièrement à mes étudiants francophones et flamands que l'idéal serait que les Flamands soient bien plus nombreux à Bruxelles. Je l'ai dit publiquement lors d'un colloque organisé par l'Université d'Anvers en présence d'Hendrik Vuye. Cher Hendrik, puisses-tu dorénavant ne rien perdre de la rigueur et de l'honnêteté intellectuelle qui devraient faire l'honneur d'un professeur d'université, même quand tu cosignes des billets d'humeur avec une mandataire de la N-VA.

[1] H. Dumont, M. El Berhoumi et I. Hachez (sous la dir. de), La sixième réforme de l'Etat : l'art de ne pas choisir ou l'art du compromis ?, Bruxelles, Larcier, 2015.



COMMENTAIRE DE DIVERCITY

FAIRE SAUTER LE CARCAN


Que tout cela est complexe et indigeste.

Pour que les Flamands soient plus nombreux à Bruxelles, il n’existe qu’une seule méthode efficace, faire sauter le carcan arbitraire des 19 communes, ce corset contraignant qui retient les bourrelets de Bruxelles qui grossit, grossit et l’étouffe. Bruxelles métropolitain c’est plus de trente communes du Brabant. Jamais les Flamands, jamais les Wallons n’accepteront cela. Rien que l’idée d’une zone urbaine métropolitaine hérisse la Flandre.

"Bruxelles et une ville fabuleuse mais invivable dans les conditions artificielles qu’on lui a imposées. Cette ville est très belle, qu'elle a un potentiel incroyable. Malheureusement, ce potentiel est parfois mal exploité, la ville n'est pas assez mise en valeur." François Beaudonnet

Quel euphémisme !

MG



FRANÇOIS BEAUDONNET : "DE BRUXELLES, JE RETIENDRAI 95% DE POSITIF ET 5% DE NÉGATIF"


La Libre

JONAS LEGGE & DORIAN DE MEEÛS 


 

Après huit années passées à Bruxelles, le correspondant de France 2 va s'envoler vers Rome, où il prendra ses nouvelles fonctions le 24 août. François Beaudonnet livre ses impressions sur la capitale belge, les politiques qui l'ont marqué mais aussi sur sa fonction de journaliste. 

 

POURQUOI QUITTEZ-VOUS BRUXELLES ?

En arrivant ici, je devais rester quatre-cinq ans. Finalement, j'y ai passé trois années supplémentaires. J'ai le sentiment d'avoir fait un peu le tour. La Grèce, qui fait à nouveau l'actualité, j'en parle depuis 2009. Cela reste passionnant mais s'installe un sentiment que les choses se répètent, qu'au niveau européen les crises se succèdent. Ce que j'aime dans ce métier, c'est découvrir de nouvelles choses, rester étonné. Sur le plan personnel, c'est plus compliqué. Mes enfants ont fait quasiment toute leur scolarité ici, leurs amis sont ici. Mon fils se considère même comme belge. Nous étions tous bien à Bruxelles.

POURQUOI AVOIR CHOISI ROME ?

Le poste s'est libéré. J'ai donc déposé ma candidature puis j'ai passé un entretien et j'ai été retenu parmi une dizaine de candidats. Je ne parle pas l'italien donc ma femme et moi l'apprenons et je poursuivrai mes cours en arrivant à Rome.

QUELS SONT LES POINTS POSITIFS QUE VOUS RETIENDREZ DE BRUXELLES ?

J'ai adoré vivre ici, adoré la convivialité, cet état d'esprit qui fait que la vie est agréable dès le matin. C'est banal de le dire mais c'est vrai ! Il y a des regards, des sourires, une petite phrase, une petite blague qui éclairent ta journée. Dernièrement, dans un vol du soir de Brussels Airlines, je n'avais pas mangé et je pensais qu'ils allaient servir un repas. Le steward m'a signalé qu'aucun plat n'était prévu, il m'a proposé des cacahuètes puis m'a dit "Je vais vous trouver un truc". Il est revenu deux minutes plus tard avec un plat de pâtes de l'équipage, qu'ils avaient en trop, et il me l'a donné gratuitement. Or, je sais qu'il ne m'a pas reconnu. C'est stupide de résumer mais cette attitude est typiquement belge : le gars a envie de rendre service, il est sympa, il ajoute une petite blague. J'ai plein de petits exemples comme ça qui montrent que la vie est plus agréable ici qu'à Paris ou que dans d'autres régions de France. Là, si tu adresses la parole à une personne dans la rue, elle se demande ce que tu lui veux, si tu lui demandes de l'argent,...

ESTIMEZ-VOUS QUE LA CAPITALE BELGE EST UNE BELLE VILLE ?

Je ne suis pas d'accord avec le "Bruxelles pas belle" de Jean Quatremer. Je trouve au contraire que cette ville est très belle, qu'elle a un potentiel incroyable, notamment sur le plan architectural. Malheureusement, ce potentiel est parfois mal exploité, la ville n'est pas assez mise en valeur. Je connais les difficultés liées aux différents niveaux de pouvoirs mais il manque une volonté politique commune. Je trouve cela dommage.

VOUS AVEZ AUSSI DÛ SUBIR DES ASPECTS PLUS NÉGATIFS, NON ?

Je dirais que je retiendrai 95% de positif et 5% de négatif. J'ai été assez frappé négativement par l'affaire des noirauds. L'an dernier, je les ai vus débarquer dans un restaurant. Je trouvais ça plutôt sympa et j'ai donné de l'argent lorsqu'ils sont passés pour la quête. L'année suivante, vu le succès du folklore en Belgique, je me suis dit que nous allions faire un sujet. Puis, quand j'ai vu que Didier Reynders en faisait partie, j'ai été estomaqué ! Est-ce normal que le ministre des Affaires étrangères soit en "black face" sans choquer ? Dans mon reportage, j'ai montré le côté convivial tout en demandant s'il n'y avait pas des relents de colonialisme. Ensuite, j'ai été surpris des réactions, dont celles des médias belges. Cela m'est revenu comme un boomerang ! J'ai reçu des mails d'insultes de Belges. L'un d'eux m'a même menacé de me "camemberiser". Là j'ai perçu un côté anti-français.

VOUS L'AVEZ BEAUCOUP RESSENTI ?

Non, pas du tout, mais là il m'a bien explosé à la figure. Je peux comprendre, c'est le grand pays à côté qui se permet de donner des leçons... Comme on a cette réputation d’arrogance - qui est souvent fondée - eh bien lorsqu'un journaliste français propose un reportage négatif sur la Belgique, ça renforce ce sentiment d'arrogance.

QUELLE PERSONNALITÉ POLITIQUE BELGE VOUS A LE PLUS MARQUÉ ?

Bart De Wever est très intéressant, sa capacité à atteindre ses objectifs est vraiment très forte. Je trouve qu’Elio Di Rupo a réussi à être un Premier ministre belge rassembleur dans des circonstances extrêmement compliquées. J’aime particulièrement son parcours personnel. D’où il vient et se retrouver Premier ministre, je ne suis pas sûr que ce serait possible en France. C’est un peu le rêve américain.

 

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