dimanche 12 juillet 2015

Une Commission royale, incubateur de l’islam de Belgique?

CONTRIBUTION LECTEUR Publié dans la Libre Belgique



Une opinion d'Ismaël Saïdi, comédien, auteur de la pièce Djihad ; ZehraGünaydin, médecin, ancien membre de l’EMB ; Michaël Privot, islamologue ; Dominique Thewissen, auteure et conférencière.

Les "10 propositions radicales pour faire émerger l’islam de Belgique" que nous avons publiées il y a quelques semaines (1), notamment avec Tewfik Sahih, ont suscité un grand nombre de débats tant au sein des communautés musulmanes que du reste de la société. Ce mois de ramadan, synonyme d’apaisement et de recueillement, est propice pour tirer de premières conclusions et continuer à fonder nos actions futures. Ainsi, si nos propositions ont rencontré quelques oppositions - attendues - sur le fond, elles ont surtout suscité un large soutien quant à leur intention première, à savoir donner les moyens aux citoyen-ne-s musulman-e-s belges de sortir l’islam de l’ornière institutionnelle, intellectuelle et spirituelle dans laquelle il patine depuis bien trop longtemps.

Sans surprise également, si nous avons reçu l’appui de personnalités comme Hassan Jarfi, ce sont plutôt les citoyen(ne)s "musulman(e)s lambda" qui nous ont témoigné le soutien le plus franc, même si d’aucun-e-s ont émis de justes réserves quant à la méthode. Par contre, certaines fédérations ethno-nationales et quelques membres de l’"islam institutionnel" n’ont pas manqué de souligner leur opposition de principe à toute remise en cause du modus operandi actuel qui fait la part belle à leur influence. Plus interpellant encore, quelques-uns n’ont pas hésité à remettre en question la validité même de notre constat global.

Et pourtant, parlant de constats, la pièce "Djihad" vient d’achever sa première saison. Plus de 30 000 personnes ont eu l’occasion de voir le spectacle, dont beaucoup de représentations étaient suivies par des débats publics, en particulier pour les écoles. Plus de 15 000 élèves de Bruxelles et Wallonie ont eu l’occasion d’échanger avec deux des auteurs de ces lignes, mais aussi des journalistes, des artistes, des professeurs d’université. Plus qu’un sondage, ce fut l’occasion pour nous de prendre une véritable photographie des questions de notre jeunesse, en particulier musulmane. Cela nous a encouragés à poursuivre notre effort de conscientisation en publiant ce nouveau texte.

Nous souhaiterions verser au dossier de la réforme institutionnelle de l’islam de Belgique ce florilège d’interrogations qui sont revenues inlassablement, de débat en débat, avec une vraie soif de savoir :

- "Avons-nous le droit de chanter, de dessiner ?"

- "Le djihad, c’est halal ou haram ?"

- "Ma copine est amoureuse d’un garçon non musulman mais elle a peur. Est-ce qu’elle va aller en enfer ?"

- "Désolé, mais c’est écrit dans le Coran qu’il faut tuer les mécréants !"

- "Le Coran interdit qu’on dessine le Prophète."

- "Monsieur, les musulmans nous traitent de mécréants ou de "sales Flamands", pourquoi ?"

- "Monsieur, vous dites que vous êtes musulman, mais là, vous rigolez de l’islam, c’est pas bien !"

- Les gens, ils nous aiment pas, c’est normal, alors qu’on aille au djihad !

- "On n’a pas de boulot, on n’a rien ici, et en plus personne ne nous explique l’islam."

- "Monsieur, mon fils est parti et il est mort parce qu’à la mosquée on ne lui a rien expliqué, on ne lui a pas répondu !"

Le verdict est sans appel : ces questions ne trouvent réponse ni dans les familles, ni dans les écoles, et certainement pas dans les mosquées qui devraient pourtant être les centres de diffusion par excellence d’une pensée islamique répondant aux besoins du temps. Si l’on peut se réjouir qu’une pièce de théâtre ouvre un espace au sein duquel des sujets aussi fondamentaux pour le "faire-ensemble" peuvent être abordés, cela ne souligne que de manière plus dramatique encore la pénurie de réponses institutionnelles communautaires.

Les "10 propositions radicales" ont dès lors tenté d’apporter des réponses structurelles novatrices et des éléments de remédiation à cette problématique multifactorielle - et d’autant plus complexe qu’elle a des implications à tous les étages du millefeuille institutionnel belge.

Un certain nombre de voix ont soulevé de possibles conflits avec l’ordre constitutionnel actuel, un risque que nous n’avons pas sous-estimé. Nous avons plutôt fait le pari d’une autre voie, plus en phase avec les principes de la gouvernance multilatérale, ramenée au sein du cadre national. La plupart des mesures que nous proposons devraient pouvoir se faire au travers d’une coopération renforcée et bien intentionnée entre les différents niveaux de pouvoir, du local au fédéral. Quant à ce qui relèverait de l’organisation interne du culte musulman, un dialogue construit, plus incisif, entre le ministère des Cultes et l’Exécutif des musulmans de Belgique devrait permettre de faire comprendre à ce dernier où se trouve l’intérêt véritable des institutions musulmanes qu’il est censé représenter, notamment en ce qui concerne les prêches en langues nationales ou encore le processus de nomination des imâms. Seuls quelques ajustements légaux devraient véritablement avoir lieu, mineurs selon nous, comme le fait d’établir des plans de préfinancement des mosquées avec facilité d’accès à des liquidités nationales, plutôt que de se contenter de combler les déficits opérationnels et, quelque part, placer les mosquées dans l’obligation de faire appel à des dons internationaux avec toutes les conséquences que cela peut avoir sur le contenu des messages délivrés.

L’enjeu est sociétal, voire civilisationnel. N’ayons pas peur des mots. Chaque fois que l’Europe a dû s’ajuster à l’apparition de nouvelles communautés religieuses ou philosophiques sur son territoire, cela s’est fait dans le sang et les larmes - qu’il s’agisse des chrétiens il y a deux mille ans, des juifs, des cathares, des protestants, des libres penseurs ou aujourd’hui des musulmans.

A l’analyse des nombreuses réactions politiques globalement positives à nos recommandations, nous souhaitons aujourd’hui interpeller le Premier ministre Charles Michel et lui demander de mettre sur pied une Commission royale, dotée des moyens nécessaires, pour mener à bien une telle réflexion ambitieuse de manière dépassionnée, à la hauteur des enjeux de notre temps.

Elle se devrait de réunir des représentant(e)s diversifié(e)s des différentes communautés musulmanes, des représentant(e)s de tous les partis démocratiques, des spécialistes des questions de culte et de la neutralité, des représentant-e-s des régions, des provinces ainsi que des pouvoirs locaux concernés par l’organisation du temporel du culte musulman. Elle permettrait d’élaborer une vision globale de la question, une compréhension commune des actions à mettre en œuvre de manière coopérative entre les différents niveaux de pouvoir et les instances musulmanes. Elle délivrerait des lignes directrices pour l’élaboration future de moyens légaux et réglementaires visant à permettre aux communautés musulmanes de se ressaisir de leur destin institutionnel et favoriserait, par là même, l’émergence intellectuelle et spirituelle de l’islam de Belgique, articulée autour de notre imaginaire, de nos références et de nos valeurs communes (égalité des femmes et des hommes, dignité intrinsèque de tout être vivant, quelles que soient ses caractéristiques de diversité, citoyenneté…).

En jetant les bases d’une telle réflexion globale sur les enjeux contemporains de notre société par le lancement d’une Commission royale inédite, d’une part, et en s’engageant dans une lutte tous azimuts pour l’égalité et contre les discriminations d’autre part, la Belgique conférerait enfin aux citoyen-ne-s de confession musulmane de notre pays toute la place et la reconnaissance à laquelle ils aspirent légitimement. Ce rendez-vous historique est sans aucun doute la voie vers notre idéal commun d’une société plus juste et, enfin, véritablement "faire-ensemble" !

Paraphrasons les derniers mots d’Ismaël avant le tomber du rideau dans "Djihad" : "Aidez-nous !"




COMMENTAIRE DE DIVERCITY

CONFUS MAIS INTERPELLANT


Une commission royale pour quoi faire ?

Résumons à la grosse louche ce que nous avons cru comprendre :

 

La Commission royale, incubateur de l’islam de Belgique devrait de réunir des représentant(e)s diversifié(e)s des différentes communautés musulmanes, des représentant(e)s de tous les partis démocratiques, des spécialistes des questions de culte et de la neutralité, des représentant-e-s des régions, des provinces ainsi que des pouvoirs locaux concernés par l’organisation du temporel du culte musulman

Elle favoriserait, par là même, l’émergence intellectuelle et spirituelle de l’islam de Belgique, articulée autour de notre imaginaire, de nos références et de nos valeurs communes (égalité des femmes et des hommes, dignité intrinsèque de tout être vivant, quelles que soient ses caractéristiques de diversité, citoyenneté…).

Elle en s’engageant dans une lutte tous azimuts pour l’égalité et contre les discriminations d’autre part, la Belgique conférerait enfin aux citoyen-ne-s de confession musulmane de notre pays toute la place et la reconnaissance à laquelle ils aspirent légitimement.

Voilà qui est tout à fait intéressant mais qui veut cela ? Quatre individus isolés ou la communauté musulmane tout entière ? Quelle est la légitimité de ce quatuor de réformateurs en herbe ?

Gageons qu’ils ont le mérite de s’exprimer même si c’est en leur seul nom. Il faut pour ce faire du courage et de la détermination. Saluons donc cet effort et donnons-nous la peine d’examiner leurs dix propositions qui rencontrent un grand nombre de suggestions exprimée sur ce blog singulièrement en ce qui concerne la formation et l’agrégation des imams, professeurs de religion et autres aumôniers musulmans : tarir l’importation de clercs musulmans en produisant localement des cadres parfaitement rompus aux arcanes de la neutralité belge, empreints de nos valeurs et de nos références, car « bien de chez nous ». dans le dessein de planter les germes d’une pensée positive de l’islam,(…) un islam qui se déclinerait dans la grammaire culturelle, sociale, économique et politique de notre pays

1. Arrêt de l’ouverture et de la construction de toute nouvelle mosquée préalablement à l’établissement d’un « plan urbanistique-mosquée » au sein de chaque commune avec une population musulmane suffisamment importante. 
2. Obligation imposée à toutes les mosquées d’être reconnues par l’Etat endéans les 5 prochaines années sur base d’un cahier des charges précis énumérant leurs droits et devoirs Toute mosquée qui n’aura pas commencé le processus de reconnaissance sera fermée par les autorités compétentes. 
3. Sur base d’un plan d’investissement négocié, pour chaque mosquée, avec la Province en Wallonie et Flandre et la Région à Bruxelles, la collectivité contribuera au financement des travaux nécessaires à la mise aux normes des bâtiments. (…) Devenues ainsi lieux publics, les mosquées devront être ouvertes à toute personne musulmane ou non qui souhaiterait assister à l’office ou visiter les lieux. 
4. Obligation pour les imâms de délivrer les prêches du vendredi dans la langue de la région où ils se trouvent. Il est inacceptable qu’après plus de 50 ans d’une présence importante de musulmans en Belgique, les prêches ne puissent être communiqués dans nos langues nationales. 
5. Obligation pour les imâms d’être détenteurs d’un grade académique ou équivalent dans des domaines pertinents pour leur fonction. (…) Un système efficace de test linguistique et un module de formation aux réalités politico-sociales de la Belgique seront mis sur pied. Les nouveaux imâms seront désignés par l’EMB en fonction des spécificités de chaque communauté islamique locale.
6. Mise en place rapide d’un projet de « mosquée pilote » par région qui serviront de centres de diffusion du renouveau d’un islam pacifique, inclusif, égalitaire et œcuménique. Ces « mosquées pilotes » seront caractérisées par une présence paritaire des femmes dans l’auditoire ainsi qu’au Conseil d’administration. 
7. Adoption par l’EMB d’une charte interne quant au respect de toutes les tendances et options théologiques et juridiques, passées ou contemporaines, existant au sein des communautés, sans jugement de valeur, dans le cadre de la reconnaissance de mosquées, des imâms (hommes etfemmes), des aumôniers ainsi que du contenu des cours de religion islamique. 
8. Mise sur pied par le Ministère des Cultes d’un fonds dédié à la production de traductions et de vulgarisations de qualité de traités en sciences islamiques classiques et contemporaines.
9. Mise sur pied et financement de programmes d’échange internationaux entre mosquées et instituts universitaires islamiques promouvant activement le développement de pensées islamiques contemporaines, ancrées dans leurs contextes nationaux respectifs
10. Mise en place d'un volet général d’histoire des religions au sein du nouveau cours de citoyenneté proposé dans les écoles

Il est difficile de ne pas adhérer à cela du point de vue de DiverCity. Mais qu’en est-il des communautés musulmanes d’où sont issus les signataires de ce document qui doit interpeller tout démocrate partisan du dialogue des cultures et des religions?

MG 


10 PROPOSITIONS RADICALES POUR FAIRE ÉMERGER L’ISLAM DE BELGIQUE

VOIR LA CONTRIBUTION LECTEUR (Une opinion de Ismaël Saïdi(comédien, auteur de la pièce "Djihad"), Tewfik Sahih (enseignant, fondateur du think tank "Pensée d’islam en Belgique"), Zehra Günaydin(doctoresse, membre du précédent EMB), Michael privot (islamologue).


 OPINIONS  mai 2015 La Libre

Une opinion de Ismaël Saïdi (comédien, auteur de la pièce "Djihad"), Tewfik Sahih (enseignant, fondateur du think tank "Pensée d’islam en Belgique"), Zehra Günaydin (doctoresse, membre du précédent EMB), Michael privot (islamologue).



Récemment, le Vice-Président de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Jean-Claude Marcourt, a mis sur pied une commission avec mandat de produire des recommandations sur la mise en place d’un curriculum universitaire visant à former des imâms, des aumôniers, des professeurs de religion islamique ou encore des cadres associatifs « du cru ». L’idée maîtresse : tarir l’importation de clercs musulmans en produisant localement des cadres parfaitement rompus aux arcanes de la neutralité belge, empreints de nos valeurs et de nos références, car « bien de chez nous ».

Il est trop tôt aujourd’hui pour savoir quels seront les résultats de ce projet ambitieux. Cependant, il nous paraît impératif de ne pas limiter à la formation de ces cadres l’émergence d’un islam de Belgique, ou plus précisément européen, qui se voudrait inclusif, intégrateur, émancipateur et respectueux de son contexte. L’émergence de cet islam ne peut se limiter à des considérations philosophiques et théologiques, mais doit aussi s’enraciner dans des institutions communautaires efficaces et ambitieuses qui planteraient les germes d’une pensée positive de l’islam. En effet, il est indispensable de fournir un environnement institutionnel au sein duquel ces cadres pourront déployer leurs connaissances et leurs savoir-faire au bénéfice des communautés musulmanes et de l’ensemble de notre communauté nationale.

Aujourd’hui, il faut faire le constat douloureux mais lucide que les structures communautaires musulmanes sont en ruines : l’Exécutif des Musulmans de Belgique (EMB) ne parvient pas à gagner en légitimité auprès des populations musulmanes et a été contraint de réduire sa base effective aux quelques dizaines de mosquées officiellement reconnues par l’Etat. De par la complaisance inacceptable de tous les gouvernements belges qui se sont succédés depuis 40 ans, la mise sous tutelle de l’EMB par certains pays d’origine en vue de contrôler leurs diasporas respectives, a achevé d’en faire un organe sans véritables moyens d’action et dont il conviendra de repenser en profondeur l’organisation et la fonction. Quant aux mosquées, élément crucial du maillage des communautés musulmanes, centres potentiels de diffusion de savoirs et de connaissances, elles n’ont jamais véritablement été l’objet des préoccupations politiques et communautaires en tant que telles.

Les fédérations de mosquées existantes, divisées par nationalités, idéologies ou approches théologiques, ont des forces et des intérêts divergents qui ne facilitent pas la coopération, que ce soit du niveau local au niveau national. Bref, rien n’existe qui favorise l’émergence d’un islam qui se déclinerait dans la grammaire culturelle, sociale, économique et politique de notre pays. L’islam se retrouve ainsi condamné à l’étrangeté, à l’absence d’enracinement voire à la déterritorialisation complète. Avec pour conséquence des discours « hors sol » et simplistes qui n’offrent aux musulman-e-s aucune possibilité d’approfondir et d’intérioriser la richesse spirituelle de leur foi.

Or, dans le contexte « post-Charlie », un certain nombre d’autorités nationales et européennes s’interrogent quant à la possibilité d’un cadrage renforcé de l’organisation du culte musulman. Nous en voulons pour preuve l’engouement suscité par la récente loi autrichienne à ce propos. La quête au nouveau paradigme bat son plein. Les musulmans, quant à eux, rentrent la tête entre les épaules, une fois de plus, résignés à attendre le coup de boutoir qui suivra un prochain attentat jihadiste, malheureusement inévitable.

En aucun cas ils ne se considèrent comme des forces de proposition qui pourraient susciter dès à présent un débat constructif, et certainement plus serein qu’il ne pourra jamais l’être après la prochaine catastrophe.

En tant que musulman-e-s actif/ve-s dans la société civile et concerné-e-s par la situation de nos communautés, nous lançons aujourd’hui des pistes de réflexion ambitieuses pour sortir du marasme ambiant, en essayant d’explorer ce que pourrait apporter un équilibre délicat entre une extension maximaliste de l’intervention d’un Etat neutre en matière d’organisation du culte et des standards exigeants que s’imposeraient les institutions communautaires musulmanes. Quitte à ce que cela serve d’exemple pour d’autres cultes dont l’institutionnalisation est également problématique. Nous partons du principe qu’il est préférable de s’infliger à soi-même un mal nécessaire plutôt d’attendre qu’il nous soit imposé par la force, inéluctablement, comme le fit Napoléon envers les Juifs de France en leur imposant sa réforme.

Dès lors, pour réussir le pari d’un islam de Belgique, il est impératif de mettre en œuvre les actions suivantes :

  1. Arrêt de l’ouverture et de la construction de toute nouvelle mosquée préalablement à l’établissement d’un « plan urbanistique-mosquée » au sein de chaque commune avec une population musulmane suffisamment importante. Chaque commune devra cartographier les mosquées existantes, leur répartition géographique et théologique, leur fréquentation les vendredis, les quartiers à forte densité de population musulmane et explorer, en concertation avec les communautés musulmanes locales dans leur diversité, les endroits où de nouvelles mosquées pourraient être installées, avec le soutien des autorités locales, en cas de saturation des mosquées existantes, en favorisant l’implantation de mosquées « de quartier » visant à éviter les déplacements urbains et interurbains inutiles.
  2. Obligation imposée à toutes les mosquées d’être reconnues par l’Etat endéans les 5 prochaines années sur base d’un cahier des charges précis énumérant leurs droits et devoirs. Chaque mosquée devra procéder à l’établissement d’une « communauté islamique locale » (équivalent de la fabrique d’église) avec un statut juridique indépendant, et soumise, comme toute organisation, au dépôt des comptes et à leur audit indépendant. Elles veilleront à ce que leurs conseils d’administration soient paritaires entre hommes et femmes. Toute mosquée qui ne sera pas en règle sera fermée par les autorités. Toute mosquée qui n’aura pas commencé le processus de reconnaissance sera fermée par les autorités compétentes.
  3. Sur base d’un plan d’investissement négocié, pour chaque mosquée, avec la Province en Wallonie et Flandre et la Région à Bruxelles, la collectivité contribuera au financement des travaux nécessaires à la mise aux normes des bâtiments en matière de sécurité incendie, d’hygiène, d’isolation, d’économie d’énergie et d’accessibilité pour les personnes moins valides. Les mosquées devront obligatoirement être ouvertes aux femmes, en leur offrant les mêmes conditions de confort matériel que pour les hommes. Devenues ainsi lieux publics, les mosquées devront être ouvertes à toute personne musulmane ou non qui souhaiterait assister à l’office ou visiter les lieux. Ce financement devra se faire ex-ante et permettre ainsi aux musulmans d’obtenir des lieux de culte agréables et dignes.
  4. Obligation pour les imâms de délivrer les prêches du vendredi dans la langue de la région où ils se trouvent. Il est inacceptable qu’après plus de 50 ans d’une présence importante de musulmans en Belgique, les prêches ne puissent être communiqués dans nos langues nationales. Pour les imâms déjà reconnus, une période de transition sera instaurée au cours de laquelle ils auront pour obligation de compléter leurs connaissances avec examen de validation. Les prêches seront obligatoirement diffusés en live stream sur le site web des mosquées de telle sorte qu’ils soient accessibles aux personnes qui ne peuvent se rendre à la prière ainsi qu’à toute personne intéressée par le contenu des messages délivrés. De la sorte, les imâms seront obligés d’améliorer la qualité et le niveau de leurs prêches, tout en fournissant une offre de discours constructive.
  5. Obligation pour les imâms d’être détenteurs d’un grade académique ou équivalent dans des domaines pertinents pour leur fonction. Pour les imâms déjà nommés qui ne pourraient démontrer un tel parcours, une période de transition sera instaurée pour permettre leur mise à niveau, en coordination avec l’EMB. En attendant la publication et la mise en œuvre des recommandations de la Commission Marcourt, un moratoire sera appliqué quant à la nomination de tout nouvel imâm, en particulier des imâms « importés », et ce tant qu’un tableau d’équivalence des diplômes, un système efficace de test linguistique et un module de formation aux réalités politico-sociales de la Belgique ne seront pas mis sur pied. Les nouveaux imâms seront désignés par l’EMB en fonction des spécificités de chaque communauté islamique locale.
  6. Mise en place rapide d’un projet de « mosquée pilote » par région qui serviront de centres de diffusion du renouveau d’un islam pacifique, inclusif, égalitaire et œcuménique. Ces « mosquées pilotes » seront caractérisées par une présence paritaire des femmes dans l’auditoire ainsi qu’au Conseil d’administration. Elles seront des lieux de vie inclusifs de toute la diversité de l’islam. Les prêches diffuseront et contribueront à l’articulation concrète de cet islam européen conciliant vie spirituelle épanouie et inclusion au cœur de la Cité.
  7. Adoption par l’EMB d’une charte interne quant au respect de toutes les tendances et options théologiques et juridiques, passées ou contemporaines, existant au sein des communautés, sans jugement de valeur, dans le cadre de la reconnaissance de mosquées, des imâms (hommes etfemmes), des aumôniers ainsi que du contenu des cours de religion islamique. L’EMB n’est pas l’Exécutif des sunnites malékites ou hanéfites de Belgique, mais des musulmans dans l’ensemble de leur diversité, qui doivent être également respectés dans le cadre de la gestion du temporel de leur culte.
  8. Mise sur pied par le Ministère des Cultes d’un fonds dédié à la production de traductions et de vulgarisations de qualité de traités en sciences islamiques classiques et contemporaines pour renforcer l’offre disponible sur le marché belge, présentement extrêmement limitée et d’un niveau déplorable. Le fonds serait géré conjointement par l’EMB, le Ministère des Cultes et des universitaires spécialistes de l’islam en provenance des trois communautés linguistiques de notre pays.
  9. Mise sur pied et financement de programmes d’échange internationaux entre mosquées et instituts universitaires islamiques promouvant activement le développement de pensées islamiques contemporaines, ancrées dans leurs contextes nationaux respectifs (par exemple : Bayan Claremont de l’Université Claremont Lincoln et le Zaytuna College (USA), Université d’Etat Islamique Syarif Hidayatullah (Indonésie)).
  10. Mise en place d'un volet général d’histoire des religions au sein du nouveau cours de citoyenneté proposé dans les écolesIl montrera la contribution effective de toutes les grandes religions et philosophies à notre héritage désormais commun. Cela participera au renforcement d’un sentiment d'appartenance à une identité européenne commune à tous les jeunes élèves, comme fondation nécessaire au développement de politiques de « faire-ensemble » favorisant l’inclusion au lieu de l’exclusion.
Il ne pourra être fait l’économie d’une réflexion plus large sur le rapport de nos sociétés à la pratique religieuse dans le monde du travail par exemple. Bien que le code du travail soit très ouvert sur la question, la pratique concrète des employeurs et des syndicats est extrêmement frileuse en ce domaine. En complément aux réformes auxquelles nous appelons, il serait intéressant que le Législateur définisse, en concertation avec les partenaires sociaux et les représentants des différents cultes et de la laïcité organisée, un cadre de négociation réglementaire qui permette, sur demande des travailleurs, d’organiser des espaces communs de recueillement sur le lieu de travail. Cela s’inscrirait dans l’évolution structurelle, au niveau européen, du concept de « work-life balance », comprenant les demandes de temps dédiés, entre autres, à la méditation dont il est prouvé aujourd’hui qu’elle a un impact positif sur la productivité des travailleurs. 

Nous anticipons que ces propositions ne manqueront pas de déranger bon nombre d’habitudes et d’approches traditionnelles en matière d’organisation du culte, tant en intra qu’en extracommunautaire. Les défis de l’époque nous contraignent cependant à l’excellence, à sortir des sentiers battus, à la prise de responsabilités et de décisions susceptibles de déranger certaines parties prenantes et des intérêts bien compris. De tous côtés.

Nous sommes convaincus que l’heure de l’indécision touche à sa fin et que l’avenir paisible et épanoui des communautés musulmanes d’Europe se joue pour le moment. La cohésion de notre communauté nationale est aujourd’hui en jeu. Il est impératif de saisir les opportunités que nous impose la crise profonde que nous traversons pour rebondir et fonder les bases de cet islam des lumières que tant d’entre nous appellent de leur vœux depuis trop longtemps. C’est sans aucun doute en Europe que nous puiserons les forces nécessaires pour reconstruire le rayonnement d’un apport civilisationnel de cette belle et grande religion qu’est l’islam.

 

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