lundi 31 août 2015

RENFORCEMENT DU DIALOGUE INTERCULTUREL ET INTERRELIGIEUX EN ALLEMAGNE

Libération (extraits) 

Les gouvernements Merkel successifs ont peu à peu modernisé le droit des étrangers et simplifié le droit d’asile, notamment en facilitant leur accès au marché du travail. Le renforcement du dialogue interculturel et interreligieux ou encore la question de l’enseignement de l’islam à l’école ont aussi conduit à la création de la Conférence sur l’islam, un cadre permanent de rencontres entre représentants des communautés religieuses musulmanes et de l’Etat fédéral. De manière générale, on peut constater la volonté d’ouverture du monde politique allemand, qui s’est engagé en faveur d’un discours positif à l’égard des étrangers.

D’autres facteurs ont également joué. Le vieillissement démographique de l’Allemagne, conjugué à une économie high-tech qui tourne à plein régime, laisse prévoir une pénurie croissante de main-d’œuvre qualifiée. Aujourd’hui, les patrons allemands ont donc rejoint le chœur de ceux qui veulent accueillir et intégrer les étrangers le plus vite et le mieux possible. Le PDG de la Poste, Frank Appel, a récemment rappelé que l’économie avait 500 000 postes vacants et a promis d’embaucher des réfugiés dès que leur situation juridique le permettra.

«On peut reprocher aux gouvernements successifs de ne pas avoir suffisamment combattu la violence et les débordements de l’extrême droite allemande. Dans le même temps, paradoxalement, l’existence d’une frange dure de quelques milliers de néonazis prêts à tout peut expliquer pourquoi nous n’avons pas vu s’établir chez nous un parti nationaliste et xénophobe. Si l’on prend l’exemple de Pegida et du parti eurosceptique Alternative pour l’Allemagne, on note ainsi que ces deux mouvements, qui auraient pu adopter ce rôle, ont chaque fois été débordés et discrédités par ces éléments violents», analyse Funke. Résultat, la droite «merkelienne», qui n’a pas non plus manqué de constater que la droitisation de l’UMP sous Sarkozy avait avant tout profité au FN, a toujours refusé d’écouter les sirènes xénophobes.

Thomas SCHNEE à Berlin

 

Migrants: la Hongrie convoque un représentant de l'ambassade de France après les critiques "choquantes" de Fabius

La Libre Belgique



Le ministre hongrois des Affaires étrangères Peter Szijjarto a annoncé dans un communiqué avoir convoqué lundi un représentant de l'ambassade de France à Budapest à la suite des critiques "choquantes" faites dimanche par son homologue français Laurent Fabius sur la clôture mise en place à sa frontière face aux migrants.

M. Szijjarto souhaite ainsi clarifier la position de la Hongrie sur cette question, selon le communiqué diffusé par l'agence de presse MTI. "Au lieu (de porter) des jugements choquants et infondés, on devrait plutôt se concentrer sur la recherche de solutions communes pour l'Europe", a déclaré le ministre hongrois des Affaires étrangères dans ce communiqué publié par MTI.

Selon l'agence de presse hongroise, M. Szijjarto a affirmé que "les déclarations (de Laurent Fabius) ne pouvaient pas rester sans réponse et que c'est la raison pour laquelle il a convoqué un représentant de l'ambassade de France au ministère des Affaires étrangères lundi pour lui présenter officiellement la position de la Hongrie". Le titre du diplomate français convoqué n'a pas été précisé.

"Il apparaît que certaines personnes en Europe sont toujours incapables de comprendre quelle pression stupéfiante et dramatique subit la Hongrie du fait de la migration via les Balkans de l'Ouest", a ajouté M. Szijjarto.

"Un bon Européen est celui qui suit les règles de l'Europe" en vertu desquelles "tous les membres de l'UE s'engagent à protéger leurs propres frontières ainsi que celles extérieures de l'UE", a poursuivi le ministre selon lequel "la Hongrie fait cela et par conséquent remplit aussi ses engagements envers l'Union" européenne.

"Quand je vois un certain nombre de pays d'Europe qui n'acceptent pas les contingents (de répartition des exilés, NDLR), je trouve ça scandaleux", a déclaré dimanche Laurent Fabius, précisant que ces pays se trouvent "dans l'est de l'Europe".

Il s'est également dit très "sévère" envers la Hongrie qui, selon lui, ne "respecte pas les valeurs communes de l'Europe" en ayant érigé une clôture à sa frontière avec la Serbie.

Pour lui, il faut "bien sûr" que la Hongrie démantèle ce mur et que l'Union européenne ait "une discussion sérieuse et sévère" avec les dirigeants hongrois.

La Hongrie, pays de transit pour des migrants et réfugiés qui cherchent à gagner l'Europe occidentale, a hâtivement érigé une clôture de fils de fer barbelés sur les 175 km de sa frontière avec la Serbie.

Un millier de policiers sont déployés près de la barrière. Quelque 2.000 de plus sont attendus après le 1er septembre

En tout, depuis janvier, 140.000 personnes, dont un grand nombre de Syriens, d'Irakiens ou d'Afghans fuyant la guerre, ont traversé cette frontière.




Les ministres de l'UE se réuniront le 14 septembre pour discuter de la crise migratoire

La Libre


  AFP

Les ministres de l'Intérieur des pays de l'Union européenne vont tenir une réunion d'urgence le 14 septembre à Bruxelles, à un moment où l'Europe tente de trouver des solutions communes face à l'aggravation de la crise migratoire.  

"La situation en matière de migration en dehors et à l'intérieur des frontières de l'Union européenne a récemment pris des proportions jusqu'ici inédites", indique le communiqué du Luxembourg qui assure actuellement la présidence tournante de six mois de l'UE. "Dans le but d'évaluer la situation sur le terrain, les actions politiques en cours et de discuter de nouvelles initiatives visant à renforcer la réponse européenne, le ministre luxembourgeois de l'Immigration et de l'Asile Jean Asselborn a décidé d'organiser un conseil JAI (justice et affaires intérieures, NDLR) extraordinaire", indique le communiqué.

La convocation d'une réunion des 28 Etats membres de l'UE intervient quelques heures après l'appel commun dans ce sens de l'Allemagne, de la France et du Royaume-Uni. Cet appel fait suite à une rencontre des ministres français, allemand et britannique de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, Thomas de Maiziereet Theresa May, en marge d'une réunion à Paris de neuf pays européens consacrée à la sécurité dans les transports. Le trio "a souligné la nécessité de prendre des mesures immédiates pour faire face au défi constitué par ces flux migratoires".

Ils ont également demandé que soient d'urgence mis en place des centres d'accueil en Italie et en Grèce afin de procéder à l'identification des demandeurs d'asile et des migrants illégaux, et appelé à l'établissement d'une liste commune européenne énumérant les "pays d'origine sûrs" dont les migrants ne sont pas considérés a priori comme demandeurs d'asile.

800.000 DEMANDES EN ALLEMAGNE?

Berlin s'attend ainsi à recevoir quelque 800.000 demandes d'asile en 2015, soit quatre fois plus qu'en 2014, et a donc insisté sur l'établissement de cette liste, arguant qu'elle permettrait de dégager des fonds pour aider ceux qui fuient la guerre et les persécutions.

Sur les sept premiers mois de l'année, le nombre des migrants arrivés aux frontières de l'UE a atteint environ 340.000, contre 123.500 pour la même période en 2014, selon l'agence européenne de surveillance des frontières Frontex.



 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

LA STRATÉGIE MERKEL


L’Europe fait face à un nouveau début de crise, sans doute affronte-t-elle la crise la plus aigüe de sa jeune histoire. La pression migratoire se fait de plus en plus forte au fil des mois et ce n’est sans doute qu’un début. L’Europe, complètement dépassée, y fait face dans la dispersion et l’incohérence.  Si la crise grecque s'est "bien terminée" -on a évité un grexit- l'immigration reste une plaie ouverte" écrit l'ancien président du Conseil européen, Herman Van Rompuy. Et d’ajouter : Le raz-de-marée de migrants n'est pas de la faute de l'Union mais la conséquence de guerres dans un certain nombre de pays. Nos voisins du sud se débattent dans les suites du printemps arabe. (…)L'Union européenne subit les conséquences sous forme de terrorisme sur notre territoire et d'un raz-marée de réfugiés.

Depuis 25 ans, le climat général en Europe, nourri par le noyau dur de l'extrémisme de droite et du populisme, est mal disposé envers les migrants. Tant que la guerre se poursuivra au Proche-Orient, les migrants continueront à venir, même au péril de leur vie. Tant qu'on ne vaincra pas l'EI en Irak, les troubles se poursuivront. (…)Les pays de l'UE doivent prouver qu'ils peuvent travailler ensemble sur le plan humanitaire. La tragédie humaine les y oblige. Les dirigeants de l'Union se réunissent plusieurs fois par semaine quand il s'agit d'argent, mais pas quand il s'agit d'humains. » 

Koen Vidal estime dans De Morgen que les Européens seraient bien inspirés de s’aligner sur la position de Angela Merkel. La chancelière considère que les réfugiés syriens ne sauraient être regardés comme  des gens à l’affut d’un salaire de survie. Ce sont en effet, pour la grande majorité d’entre eux, des gens très qualifiés professionnellement, soucieux de trouver du travail rapidement pour nourrir leur famille. En cela ils sont une aubaine pour l’industrie allemande.  On objectera qu’il n’y a pas que des Syriens. Angela Merkel ne manque pas de rappeler au peuple allemand-y compris aux protestataires d’extrême droite qui la chahutent-que les demandeurs d’asile fuient l’enfer de pays plongés dans la guerre. L’Europe, dit-elle, a le devoir moral de les secourir. Il s’en suit que l’Allemagne accueille 800.000 demandeurs d’asile ce qui est loin d’être du goût de tous les allemands.

La chancelière tentera de convaincre ses collègues européens de la pertinence de sa stratégie tout en plaidant pour une plus équitable répartition de la masse des immigrés en Europe en dehors de laquelle il n’y a point de riposte équilibrée.

Mais ce ne sont ni les hommes et les femmes politiques, ni les éditorialistes, ni les intellectuels qui auront le dernier mot, ce sont les peuples d’Europe qui ont de plus en plus de mal à suivre leurs élitesEt ces peuples se tournent de plus en plus volontiers vers les ténors populistes, nationalistes et xénophobes qui s’éloignent à vue d’œil des valeurs européennes communes dont parle Fabius mettant à mal la démocratie pluraliste qui résiste difficilement à ces coups de butoir. Quand Fabius élève la voix contre la politique hongroise, il fournit de nouveaux électeurs à Marine Le Pen, pour affaiblir les Républicains (une tactique dangereuse inventée par François Mitterand dont il fut le premier ministre). Ce n’est pas l’euro qui fera tomber la construction européenne comme un château de cartes mais l’afflux massif et incontrôlé de migrants venus d’Orient et d’Afrique. 

Comment pareille crise a-t-elle été évitée après 1989 et la chute du rideau de fer ? Tout simplement -et on en prend trop peu conscience- par l’accueil dedizaines de millions d’européens de l’Est au sein de l’Union européenne. Certes cela a provoqué des tensions notamment relativement à l’afflux de Roms chez nous mais globalement ce fut un plus pour l’Europe quoiqu’en pensent les esprits chagrins.

C’est singulièrement ce qui a fait la prospérité actuelle de l’Allemagne réunifiée qui commerce étroitement avec tout l’Est européen, y compris la Russie. Le fameux Drang nach Osten, vieux fantasme conquérant qui animait déjà les chevaliers teutoniques et ensuite Adolphe Hitler s’est concrétisé sous sa forme économique.

Angela Merkel qui a grandi en RDA le sait mieux que personne. Elle n’ignore pas non plus que la population allemande est la moins féconde d’Occident. Elle regarde donc l’arrivée des Syriens qualifiés comme une aubaine et non pas comme un problème.

Quand les nazis ont envahi la Belgique, les plus vaillants et les plus dynamiques ont pris le chemin de l’exode vers le sud ; quand les troupes soviétiques ont déferlé sur l’Allemagne, les plus délurés ont fui vers les zones d’occupation américaines et anglaises. C’est un réflexe humain. Désormais c’est vers l’Europe que se dirigent les diasporas. L’Europe après 1945 n’a pas su retenir l’ensemble de la diaspora juive qui se réfugia en Palestine, privant le vieux continent d’un précieux capital humain.

Les exodes ne sont jamais que des conséquences. Ce qu’il faut, c’est éradiquer les causes et en l’occurrence l’islamisme qui met le Moyen Orient à feu et à sang. Mais,si on veut bien se donner la peine de réfléchir un peu, on comprend que les Etats-Unis sont largement responsable du chaos qu’ils ont créé en détruisant l’Irak sous la présidence W Bush.

On aimerait qu’ils prennent la tête d’une grande armada militaire pour détruire l’Etat islamiste érigé en califat.   Washington refuse désormais d’être le gendarme du monde et l’Europe, géant économique  et nain politique est un non être militaire, a soft power. Ce n’est pas d’un Traité atlantique de libre échange USA-Europe dont nous avons besoin mais d’un engagement commun pour anéantir la cause du boom migratoire : le califat autoproclamé du Daesh. Ceci ne saurait se faire qu’avec l’appui de la Russie et non pas dans une attitude d’hostilité à son endroit. Oui, tout est dans tout dans un monde globalisé. C’est la grande leçon de la complexité.

MG

 

 

EUROPE: ENTRE DROIT D'ASILE ET MUR ÉRIGÉ POUR FAIRE FACE AU FLUX DES MIGRANTS SUR LA ROUTE DES BALKANS

Le Vif

Plusieurs dirigeants européens sont montés au créneau dimanche en faveur du droit d'asile des réfugiés au moment où des milliers de migrants progressaient sur la route des Balkans dans l'espoir de gagner l'espace Schengen.



Femme syrienne et son fils, se tenant devant le mur de barbelé à la frontière serbo-hongrois près d'Asotthalom, le 25 août 2015 © Reuters

A l'appel de Berlin, Londres et Paris, les ministres de l'Intérieur de l'Union européenne se réuniront le 14 septembre "pour avancer concrètement" face à la crise migratoire. Les gouvernements français et italien se sont prononcés dimanche pour une action rapide en faveur de l'octroi de l'asile aux réfugiés.

L'Italie fera de l'obtention d'un droit d'asile européen "la bataille des prochains mois", a affirmé dimanche le président du Conseil Matteo Renzi. "L'Europe doit cesser de s'émouvoir et commencer à se mouvoir. On doit choisir enfin (...) d'avoir une politique d'immigration européenne, avec un droit d'asile européen", a-t-il martelé dans une interview au quotidien Corriere della Sera.

Les migrants qui "fuient la guerre, les persécutions, la torture, les oppressions, doivent être accueillis (...) traités dignement, abrités, soignés", a abondé le Premier ministre français, Manuel Valls.

LE MUR HONGROIS

Le chef de la diplomatie française, Laurent Fabius, a pour sa part jugé dimanche "scandaleuse" l'attitude de certains pays de l'est de l'Europe face à la crise des réfugiés. A la suite des critiques "choquantes" faites par son homologue français, le ministre hongrois des Affaires étrangères Peter Szijjarto a annoncé dans la soirée avoir convoqué lundi un représentant de l'ambassade de France à Budapest. "Au lieu (de porter) des jugements choquants et infondés, on devrait plutôt se concentrer sur la recherche de solutions communes pour l'Europe", a déclaré le ministre hongrois des Affaires étrangères dans ce communiqué publié par MTI.

Selon l'agence de presse hongroise, M. Szijjarto a affirmé que "les déclarations (de Laurent Fabius) ne pouvaient pas rester sans réponse et que c'est la raison pour laquelle il a convoqué un représentant de l'ambassade de France au ministère des Affaires étrangères lundi pour lui présenter officiellement la position de la Hongrie". Le titre du diplomate français convoqué n'a pas été précisé.

"Il apparaît que certaines personnes en Europe sont toujours incapables de comprendre quelle pression stupéfiante et dramatique subit la Hongrie du fait de la migration via les Balkans de l'Ouest", a ajouté M. Szijjarto.

"Un bon Européen est celui qui suit les règles de l'Europe" en vertu desquelles "tous les membres de l'UE s'engagent à protéger leurs propres frontières ainsi que celles extérieures de l'UE", a poursuivi le ministre selon lequel "la Hongrie fait cela et par conséquent remplit aussi ses engagements envers l'Union" européenne.

"Quand je vois un certain nombre de pays d'Europe qui n'acceptent pas les contingents (de répartition des exilés, NDLR), je trouve ça scandaleux", a déclaré dimanche Laurent Fabius, précisant que ces pays se trouvent "dans l'est de l'Europe". Il s'est également montré très "sévère" envers la Hongrie qui, selon lui, ne "respecte pas les valeurs communes de l'Europe" en ayant érigé une clôture à sa frontière avec la Serbie.

Sur la "route des Balkans", des milliers de migrants - principalement Syriens, Irakiens et Afghans - poursuivaient leur périple vers l'espace Schengen à pied, en bus, en train.

Des centaines d'entre eux ont continué dimanche de franchir la frontière serbo-hongroise, en dépit de l'achèvement d'une clôture de barbelés par la Hongrie - qui a enregistré 50.000 arrivées au mois d'août - sur les 175 km de frontière. Rares étaient les migrants à entrer en Hongrie en se faufilant sous la clôture de barbelés, sur laquelle on pouvait voir de nombreux lambeaux de vêtements. La grande majorité empruntaient la voie de chemin de fer où aucune barrière n'a été érigée, et où les trains ne passent qu'à très faible allure. Des membres des forces spéciales de la police longeaient les champs avec des bergers allemands en muselière.

"LE PIRE DANS CE VOYAGE C'EST L'HUMILIATION"

Dans le sud de la Serbie, dans l'air poussiéreux d'un centre d'accueil de migrants de Presevo, Samar, Syrienne de 40 ans et mère de deux adolescents, était assise sur un morceau de carton en attendant que son mari finisse les démarches pour les enregistrer auprès des autorités serbes.

"Le pire dans ce voyage c'est l'humiliation", a-t-elle confié à une journaliste de l'AFP. "Nous sommes dans un labyrinthe, allant de file d'attente en file d'attente, et maintenant ici en Serbie, la police nous crie dessus comme si nous étions des animaux", a déclaré les larmes aux yeux cette réfugiée qui a fui Damas. Un employé de l'agence gouvernementale serbe pour les réfugiés et les migrants a reconnu que les services de son pays étaient dépassés par l'afflux de migrants.

"Le gouvernement serbe veut les aider mais nous n'avons l'infrastructure nécessaire que pour un millier de personnes", a indiqué Dejan Milisavisevic. Or, chaque jour, "2.000 à 3.000 personnes arrivent".

Les chiffres de migrants quittant quotidiennement la Grèce, pays par lequel ils transitent, pour l'Europe de l'Ouest varient selon les sources. Si l'ONU parle de 1.500 personnes, un employé d'ONG du côté macédonien de la frontière évoque plutôt 3.500 arrivées quotidiennes.

Par ailleurs, à Budapest, un cinquième suspect, un Bulgare, a été interpellé par la police hongroise dans la nuit de samedi à dimanche dans le cadre de l'enquête sur le camion découvert jeudi en Autriche avec 71 cadavres de migrants, a annoncé dimanche la police.

Quatre hommes - trois Bulgares et un Afghan - avaient été arrêtés vendredi. La justice les soupçonne d'être les "petites mains" d'un gang de trafic d'êtres humains. Selon les premiers éléments de l'enquête, les 71 migrants ont péri asphyxiés.

Au lendemain de cette découverte macabre en bordure d'une autoroute autrichienne,un camion transportant 26 migrants avait été intercepté dans l'ouest du pays. Trois enfants syriens, souffrant de déshydratation sévère, avait été hospitalisés dans un état de santé "extrêmement mauvais".

Dimanche, la police autrichienne a annoncé que ces trois enfants avaient "disparu" avec leurs parents, et étaient probablement partis pour l'Allemagne. Le gouvernement autrichien a annoncé qu'il allait "massivement renforcer" les contrôles à la frontière hongroise pour contrer les trafics d'êtres humains.

Autre voie de passage fréquentée par les migrants tentant de gagner l'Europe, la Méditerranée connaît également une suite de tragédies.

Sept corps se sont échoués sur la plage libyenne de Khoms (à environ 120 km à l'est de Tripoli) après un nouveau naufrage, a indiqué dimanche le Croissant-Rouge libyen, qui ignorait encore quand l'embarcation avait chaviré, ainsi que le nombre de personnes qui se trouvaient à bord.

En Italie, la justice a ordonné le maintien en détention de dix hommes - sept Marocains, deux Syriens et un Libyen - soupçonnés d'être responsables de la mort de 52 migrants par asphyxie dans la cale d'un bateau, dont les corps avaient été retrouvés mercredi.

 

 

dimanche 30 août 2015

Migrants, la stratégie des Etats

Libération

CHRISTIAN LOSSON MICHEL HENRY ET SYLVAIN MOUILLARD 

 


Un groupe de migrants, à la frontière serbo-hongroise, jeudi. (Photo Attila Kisbenedek. AFP)

ANALYSE 

De l'Italie à la Roumanie, les pays du sud-est de l'Europe gèrent l'afflux, chacun à leur manière.

ITALIE : LA PÉNINSULE SOUS PRESSION

Environ 5 300 migrants, principalement en provenance d’Afrique subsaharienne, ont été secourus la semaine dernière en Méditerranée près de la côte libyenne, a annoncé mardi l’agence Frontex, chargée des frontières extérieures de l’espace Schengen. Ce sont déjà quelque 95 000 migrants qui ont été secourus en Méditerranée centrale et emmenés dans les centres d’accueil de la péninsule. Critiquées par Berlin et Paris pour n’avoir pas encore mis en place les centres d’enregistrement de première entrée (afin de différencier les demandeurs d’asile des autres migrants), les autorités italiennes ont répondu par la voix du ministre des Affaires étrangères, Paolo Gentiloni, clamant que «l’Italie fait ce qu’elle doit faire […] et même beaucoup plus, en sauvant des dizaines de milliers de vies humaines et en accueillant les réfugiés». «Nous sommes un modèle positif au niveau international», a-t-il assuré.

GRÈCE : LA PORTE D’ENTRÉE DÉMUNIE

C’est devenu, en 2015, le premier pays d’entrée pour les migrants : 160 000 depuis début janvier, sur les 293 000 arrivées en Europe par la Méditerranée, où ont péri 2 450 personnes. Avec des situations catastrophiques dans certaines îles comme Lesbos ou Kos, que ni le gouvernement ni Frontex (l’agence européenne de surveillance des frontières) n’ont les moyens de gérer. Frontex manque d’avions, de bateaux, et surtout de gardes-frontières pour enregistrer les migrants, a expliqué mercredi sur France Inter le directeur exécutif de l’agence. Fabrice Leggeri rappelle qu’«une majorité des personnes arrivant en Grèce sont vraisemblablement des réfugiés et des demandeurs d’asile potentiels». Souvent, des Syriens et des Afghans que la législation oblige à accueillir. Mais pour cela, rappelle Leggeri, l’Union européenne doit aider la Grèce pour auditionner les arrivants et identifier ceux qui ne peuvent prétendre à l’asile.

SERBIE : L’HABITUDE DES RÉFUGIÉS

Les Serbes, notamment à Belgrade, multiplient les gestes de solidarité avec les migrants qui affluent en route vers la Hongrie. Ils ont eu l’expérience des centaines de milliers de réfugiés issus des guerres sanglantes ayant accompagné l’éclatement de l’ex-Yougoslavie dans les années 1990. Ils organisent des collectes d’aide en nourriture, médicaments, eaux et vêtements. La municipalité de Belgrade a ouvert un centre d’information, d’assistance médicale et de soutien psychologique, qui fonctionne en trois langues : arabe, ourdou et farsi. Les réseaux sociaux serbes ont joué un rôle non négligeable dans la mobilisation et la sensibilisation de la population. Mais tous ne font pas preuve du même enthousiasme. Des groupes et partis politiques d’extrême droite ont même appelé à l’édification d’une clôture à la frontière avec la Macédoine (sud), semblable à celle que la Hongrie érige pour empêcher les migrants d’entrer sur son territoire.

MACÉDOINE : LE CORRIDOR DÉBORDÉ

La Macédoine accueille chaque jour 3 000 migrants venant de Grèce, selon son Premier ministre, Nikola Poposki. La semaine dernière, Skopje avait décrété l’état d’urgence et fermé sa frontière pendant trois jours. Les autorités, débordées par la masse, ont fini par les laisser passer. Selon le Haut Commissariat des Nations unies aux réfugiés (HCR), les entrées se font désormais par groupes de 300 à 400 personnes, qui prennent ensuite des bus ou des trains pour la Serbie. La Macédoine (qui compte deux millions d’habitants) est un point de passage pour les Syriens et les Afghans qui progressent parfois à pied, le long des 230 kilomètres de la voie ferrée du Thessalonique-Belgrade. Quatorze migrants sont morts le 24 avril, percutés par un train. Depuis début juin, au moins 42 000 personnes ont franchi cette frontière - certaines transportées par les autorités grecques désireuses de s’en débarrasser.

BULGARIE : LA VIGILANCE AUX FRONTIÈRES

Des véhicules blindés bulgares ont été déployés depuis le début de la semaine aux quatre postes-frontières avec la Macédoine pour soutenir la police frontalière en cas d’afflux de migrants. «Nous estimons le risque relativement limité car la Bulgarie respecte les procédures d’enregistrement», ce qui n’est pas le cas en Grèce, en Macédoine et en Serbie, a déclaré la ministre de l’Intérieur, Roumiana Batchvarova, à la télévision Nova. La Bulgarie a accueilli depuis le début de l’année 15 000 migrants clandestins, notamment syriens, arrivés de Turquie. Les migrants arrêtés en Bulgarie sont placés pendant plusieurs mois dans des camps de réfugiés avant d’obtenir un statut leur permettant, au mieux, de voyager dans l’Union européenne, sans pouvoir s’y installer. Sofia a érigé sur sa frontière turque une clôture de 30 km dont le prolongement est envisagé, et maintient un millier de policiers pour empêcher les entrées clandestines.

ROUMANIE : LA PRUDENCE DE RIGUEUR

La Roumanie va «préventivement» renforcer la sécurité à ses frontières avec la Serbie, très touchée par l’afflux de migrants, a annoncé jeudi le vice-Premier ministre roumain, Gabriel Oprea, tout en précisant que son pays restait épargné par la crise. Bucarest assure la sécurité de 2 070 km de frontières extérieures de l’Union européenne, dont plus d’un quart avec la Serbie. Jusqu’ici, les migrants en provenance du Moyen-Orient ou d’Afrique ont rejoint l’Union européenne par la Hongrie. Cette voie devant bientôt être fermée, ces migrants seront tentés de passer par la Roumanie qui, pour l’heure, reste peu touchée. Les autorités se préparent en tout cas à augmenter leurs capacités d’accueil, lesquelles, en l’état, ne permettent de loger que 1 500 personnes maximum.

HONGRIE : LE NOUVEAU RIDEAU DE FER

Des centaines de migrants continuent d’affluer à la frontière serbo-hongroise, quelques jours avant la fermeture, prévue le 31 août, d’une clôture métallique censée empêcher leur passage, et donc l’entrée dans l’Union européenne. L’armée devrait s’y déployer dès la semaine prochaine. Au total, la Hongrie a enregistré l’arrivée de plus de 100 000 demandeurs d’asile depuis le début de l’année, soit plus du double du total de 2014. Ils arrivent de Turquie via la Grèce ou la Macédoine. Le président Viktor Orbán, nationaliste et conservateur, a lancé une campagne très dure contre l’immigration, affirmant notamment que des terroristes se dissimulent parmi les réfugiés. La majorité des arrivants sont originaires de Syrie ou d’Afghanistan, mais certains viennent aussi des Balkans, notamment du Kosovo et de Macédoine, fuyant la misère et l’absence de perspectives d’intégration de leurs pays dans l’Union européenne.

SLOVAQUIE : LA PRÉFÉRENCE RELIGIEUSE

La Slovaquie (5,4 millions d’habitants) ne fait pas partie des pays les plus accueillants : elle a accordé l’asile à 650 personnes depuis 1993, date de sa séparation avec la République tchèque. Ces derniers jours, elle se proposait d’accueillir 200 Syriens, mais uniquement des chrétiens, et en étalant cet accueil sur deux ans. Selon le ministère de l’Intérieur, les musulmans seraient malvenus car la Slovaquie, qui en compte très peu, n’a pas de mosquées. Le HCR a réagi en exhortant les pays à «n’exercer aucune discrimination». Le projet semble depuis au point mort. La Slovaquie n’est pas isolée dans cette attitude, que partagent notamment les pays baltes et la Pologne.

Christian LOSSONMichel HENRY et Sylvain MOUILLARD

 



COMMENTAIRE DE DIVERCITY

ET QUID DE LA STRATEGIE DE L’EUROPE ?

"Les états membres de l'Union européenne ont passé un mauvais été. La Grèce et l'immigration ont dominé l'agenda, laissant un goût amer dans la bouche. Si la crise grecque s'est "bien terminée" parce qu'on a évité un grexit, l'immigration reste une plaie ouverte" écrit l'ancien président du Conseil européen, Herman Van Rompuy qui nous propose son analyse dans le VIF :

(…)Le raz-de-marée de migrants n'est pas de la faute de l'Union. C'est la conséquence de guerres dans un certain nombre de pays. Nos voisins du sud se débattent dans les suites du printemps arabe. En Syrie, tout a commencé par des manifestations citoyennes pacifiques. L'instabilité y a été alimentée par une lutte entre les écoles séculières au sein de l'islam, à l'instar de celle que nous connaissions en Europe avant les traités de Westphalie en 1648. L'Union européenne subit les conséquences sous forme de terrorisme sur notre territoire et d'un raz-marée de réfugiés.

Depuis 25 ans, le climat général en Europe, nourri par le noyau dur de l'extrémisme de droite et du populisme, est mal disposé envers les migrants. Tant que la guerre se poursuivra au Proche-Orient, les migrants continueront à venir, même au péril de leur vie. C'est pourquoi il est révoltant que jusqu'à présent la Russie fasse obstacle à une solution pour la Syrie. Si la guerre prend fin en Syrie, la source principale de migration désespérée pourra diminuer. Tant qu'on ne vaincra pas l'EI en Irak, les troubles se poursuivront.

Espérons que l'accord nucléaire de l'Iran avec tous les grands pays marque le début d'une solution. Tous les musulmans ont intérêt à la lutte contre la barbarie. Entre-temps, les pays de l'UE doivent prouver qu'ils peuvent travailler ensemble sur le plan humanitaire. La tragédie humaine les y oblige. J'ai lu que les dirigeants de l'Union se réunissaient plusieurs fois par semaine quand il s'agit d'argent, mais pas quand il s'agit d'humains. C'est un jugement un peu hâtif, mais assez vrai.

La vie de nations, comme celle de l'Union, est un enchaînement de problèmes. Mais étrangement, les problèmes européens incitent certains à poser la question existentielle : pourquoi une union ? Les problèmes nationaux n'entraînent pratiquement jamais de discussion sur l'état. À moins qu'il s'agisse d'argent... »

C’est une manière élégante de nous expliquer qu’il n’existe pas, au fond, de politique étrangère européenne mais seulement un coup par coup erratique et peu efficace. Vraiment pas de quoi entonner l’ode à la joie.

MG

 

 


«DONNEZ-MOI VOS PAUVRES, VOS EXTÉNUÉS…»




Le photographe Olivier Jobard et la journaliste Claire Millet ont suivi, de Kaboul à Paris, un groupe de cinq Afghans sur le chemin de l'exil. Dans leur livre à paraître le 3 septembre (Robert Laffont), ils ont intégré des photos prises par les migrants eux-mêmes, au téléphone portable, comme ici au Baloutchistan.


LAURENT JOFFRIN LIBÉRATION

Ce sont quelques vers gravés dans le bronze, au pied de la statue de la Liberté dont la torche se dresse haut dans le ciel, à l’entrée du Nouveau Monde. Ils sont extraits d’un poème écrit en 1883 par Emma Lazarus, fille d’une famille de juifs portugais installée à New York, révulsée par les pogroms russes et sûre que son pays serait le refuge des réprouvés. «Donnez-moi vos pauvres, vos exténués, qui en rangs pressés aspirent à vivre libres. […] Envoyez-les moi, les déshérités, que la tempête m’apporte. J’élève ma lumière et j’éclaire la porte d’or !»

Les autorités américaines ont choisi cet hymne à l’accueil, à la compassion et à l’humanité pour donner une devise à la statue de Bartholdi, érigée en 1886 à l’initiative de républicains français. Elles y ont vu le symbole de leur nation, où se réfugiaient tant d’Européens chassés par la violence, la discrimination et la misère du Vieux Continent. L’Europe d’aujourd’hui, vers laquelle convergent aussi des légions de «pauvres et d’exténués», aura-t-elle le courage d’imiter l’Amérique ? Ou bien, en lieu et place de la statue de la Liberté, construira-t-elle un autre monument : une clôture de barbelés surmontée d’un mirador ?

Si l’on use de ce ton quelque peu solennel, c’est que l’Europe se trouve face à un tournant historique. Trois conflits où les pays du Nord ont été impliqués à divers titres, ceux d’Irak, de Syrie et de Libye, auxquels s’ajoutent les exactions d’une dictature implacable, celle d’Erythrée, ont jeté sur les routes de l’exil des millions de réfugiés, comme l’avait fait en son temps le conflit yougoslave. Ces hommes et ces femmes aux abois voient dans l’Europe démocratique le refuge qui leur permettra de reconstruire leur existence brisée. Jean-Christophe Dumont, spécialiste des migrations à l’OCDE, évalue à plus d’un million le nombre de ces réprouvés qui frapperont cette année ou l’année prochaine à la porte du continent. Un chiffre réaliste, attesté par l’augmentation brutale des arrivées enregistrées depuis quelques mois, qui dépassent de loin celles constatées auparavant.

Pessimiste, désabusé, rétracté par l’angoisse identitaire et le refus de l’avenir, le Vieux Continent peut choisir la fermeture. Tétanisés par la montée des partis nationalistes, les gouvernements s’ingénieront dans ce cas à ériger des barrières le long des frontières, à construire des murs de béton, à refouler sans ménagements ces réfugiés à leurs yeux trop différents. Cette politique, qu’une grande partie de l’opinion réclame, nierait les valeurs mêmes de l’Union européenne.

Elle nierait aussi bien… la réalité. Quoi qu’en disent les démagogues à la Le Pen, ces murs n’arrêteront pas des réfugiés prêts à risquer la mort pour les franchir, comme le font ceux qui s’embarquent sur des cercueils flottants pour rallier Kos ou Lampedusa. Il faudra dépenser des milliards pour barricader l’Europe, tout en comptabilisant froidement le nombre des noyés hebdomadaires.

Il existe une autre politique, plus conforme aux chartes dont on se réclame et dont le coût financier ne serait guère supérieur. Ouvrir les frontières sans conditions ? Certainement pas. Mais organiser et réguler l’accueil. Et d’abord celui des réfugiés, à qui les conventions internationales garantissent le droit à l’immigration et qu’il faut distinguer des migrants économiques.

Une fois leur qualité attestée, les pays d’Europe, comme le font les Scandinaves ou bien, à un certain degré, l’Allemagne, doivent se répartir la tâche, ouvrir des centres d’hébergement décents, prévoir des actions d’insertion, utiliser les compétences de ces immigrés qui sont souvent formés dans leur pays et emplis d’ardeur professionnelle.

Chassés de chez eux par la violence, ces arrivants n’ont d’autre but que de se faire une petite place au soleil. Nombre d’entre eux, comme le montre le précédent yougoslave, retourneront dans leur pays une fois la paix civile revenue. Réaliste et humaine, cette politique que préconisent nombre d’experts qui n’ont rien d’utopistes échevelés est la seule conforme aux valeurs qui nous réunissent, autant qu’à la logique du monde contemporain.

Laurent JOFFRIN

 

samedi 29 août 2015

Les réfugiés n'ont pas les mêmes droits que les personnes ayant "contribué au système"

BELGA et La Libre



Les réfugiés ne disposent pas exactement des mêmes droits que les citoyens belges qui "ont contribué toute leur vie au système". "Ils ne bénéficient que de droits résiduels", précise Andrea Rea, sociologue à l'ULB, en réaction aux propos tenus par le président de la N-VA, Bart De Wever, mercredi soir dans l'émission Terzake. A leur arrivée, les réfugiés reconnus n'ont en effet pas droit aux allocations de chômage, "et ne sont en aucun cas prioritaires pour obtenir un logement social", ajoute Malou Gay, co-présidente du CIRé (Coordination et Initiatives pour Réfugiés et Etrangers). Tous deux pointent premièrement l'inexactitude des propos du bourgmestre d'Anvers. "Les réfugiés n'ont accès qu'aux droits résiduels", en ce compris le revenu d'intégration sociale, relève Andrea Rea. De plus, "ils ne sont pas nombreux à bénéficier d'un logement social, puisqu'il en existe très peu". "Et ils ne seront en aucun cas prioritaires, mais bien traités à la même enseigne que n'importe quel Belge", souligne Malou Gay.

Pour Andrea Rea, la sortie de De Wever se rapproche clairement de l'extrême-droite et vise à "faire peur à l'opinion publique". "C'est une communication populiste", renchérit Malou Gay. "On rajoute de l'huile sur le feu à une situation déjà difficile en créant des amalgames. On ne va pas faire des catégories de personnes", ajoute-t-elle. Comme tous les bénéficiaires du revenu d'intégration, les réfugiés reconnus ont ainsi l'obligation de chercher un emploi et de participer à l'économie du pays.

Une réalité bien intégrée, selon une étude menée par l'ULB et la KU Leuven; puisque quatre ans après l'obtention du statut de réfugié, seuls 25% des 108.856 personnes suivies pendant 10 ans continuaient à bénéficier du revenu d'intégration. Une sur deux avait entre-temps trouvé du travail, 13% touchaient des allocations de chômage - impliquant donc un passage par le marché de l'emploi et une participation active à l'économie du pays -, les 19 autres pour cent étant en retrait du marché du travail - majoritairement des femmes au foyer. "Une distribution quasi identique à celle de la Belgique en général", rappelle Andre Rea.

Les propos de Bart De Wever, qui a plaidé mercredi pour un statut spécial pour les réfugiés, sont également "illégaux", selon les deux spécialistes. "Cela n'a aucun sens et contredit toutes les conventions et directives" auxquelles la Belgique est partie, rappelle le sociologue. Mais moralement aussi, les mots posent question. "On ne peut pas nier que ces personnes ont fui la guerre, qu'elles ne sont certainement pas ici par choix", s'insurge la co-présidente du CIRé. Le sociologue y voit lui l'expression d'un égoïsme généralisé, "indigne de la culture et des valeurs sur lesquelles a été fondée l'Union européenne".

La sortie de l'homme fort de la N-VA a été largement critiquée jeudi, les partis de l'opposition dénonçant entre autres "une provocation méprisante et abjecte". Les partis de la majorité ont par contre peiné à parler d'une seule voix. Si le MR et le CD&V ont dit s'en tenir à la politique de gouvernement, "ferme et humaine", l'Open VLD a lui relevé l'intérêt du débat. "Notre sécurité sociale n'est pas prévue pour accueillir des grands flux de migrants ou de réfugiés venant d'Europe ou d'au-delà de l'Europe. Il vaut mieux trouver une meilleure approche que de donner naïvement de l'argent et se dire que l'on a soulagé sa conscience", a notamment déclaré la président du parti, Gwendolyn Rutten.

Theo Francken, grand absent de l'espace public jeudi, avait retweeté le passage de Bart De Wever plus tôt dans la journée.



COMMENTAIRE DE DIVERCITY

RENTREE POLITIQUE SOUS HAUTE TENSION


Jacques Attali dénonce sur son blog une « rentrée des dupes ». 

On a l’impression, en France comme en Belgique que la classe politique mesure mal le drame qui se joue actuellement sous nos yeux, en temps réel : « Pendant que le monde est en plein délire,  que la violence s’installe, que la guerre menace dans bien des lieux, que le terrorisme frappe en de maints endroits, jusque dans nos trains,  qu’une crise économique majeure se prépare en Asie, que les inégalités explosent, que le chômage ne se réduit pas, que les mouvements de population s’accélèrent d’une façon vertigineuse, que de nouvelles idéologies se forment partout, que les technologies les plus folles bouleversent nos vies quotidiennes et transforment la nature même du travail, et demain la condition humaine, la classe politique française prépare benoîtement sa rentrée, sur le mode le plus traditionnel et le plus éloigné des enjeux – bref, le plus nul, le plus indigne du pays.

Alors que ces enjeux et ces menaces appelleraient les partis politiques à s’engager dans un mea culpa sur leurs erreurs passées, dans une réflexion sur les réformes à conduire et dans la construction d’un discours pédagogique pour préparer l’opinion à entendre des choses passionnantes et à faire des choix difficiles, alors que les Français attendent de leurs dirigeants qu’ils osent leur servir de guides, nous assistons, une fois de plus, comme chaque fin d’été en France, à une rentrée des dupes. » 

 

On ne pourra pas se permettre longtemps une telle passivité. Premier signal fort : Angela Merkel a été huée lors d'une visite dans un foyer de réfugiés à Heidenau (Saxe, est), accompagnée de violentes manifestations anti-immigrés le week-end dernier. Il est vrai que l’Allemagne accueille 800.000 réfugiés cette année.

« On ne pourra pas se contenter d’une telle rentrée, si loin des défis de l’époque. (…) La France, c’est bien connu, ne fait pas de réforme, elle ne fait que des révolutions. La planète, aujourd’hui, fait la révolution tous les jours, sur tous les sujets et tous les fronts. Bientôt, notre pays fera de même, ou il disparaîtra. Regardez bien cette rentrée, vaine et dérisoire, c’est presque certainement la dernière du genre. La prochaine sera, j’en suis certain, celle de l’éveil. »

En Belgique, c’est pareil. Jacques Attali nous lance un avertissement solennel obligeant chacun d’entre nous à prendre toute la mesure du caractère dramatique de la situation avec laquelle les démocraties européennes doivent se colleter désormais.

Le populisme anti-démocratique se manifeste partout en Europe et pas seulement dans le propos provocateur de Bart de Wever. Attention : démocratie en danger ! 

« On ne pourra pas supporter longtemps une classe politique aussi éloignée de la tragédie du monde. Ou bien elle se réveille et agit, ou bien le peuple va la chasser, au profit de nouveaux venus, comme cela s’est produit dans de nombreux pays d’Europe – comme cela se profile aux États-Unis. »

A bon électeur et à citoyen lucide, salut.

MG

 

 

 

 

vendredi 28 août 2015

Demandes d'asile: Chastel vise De Wever, Francken partage les vues de son président

BELGA 

La Libre




Le MR a haussé le ton vendredi après une première réaction prudente aux déclarations du président de la N-VA, Bart De Wever, sur la création d'un statut à part pour les réfugiés. 

"Il dit des contre-vérités", a asséné le président du MR, Olivier Chastel, au micro de Bel-RTL. M. De Wever a enflammé le débat sur l'asile mercredi soir en plaidant pour un statut social particulier du réfugié. Selon lui, il est difficile d'expliquer aux citoyens qui ont cotisé et payé des impôts toute leur vie qu'une personne reçoive les mêmes droits sociaux alors qu'elle est arrivée depuis peu dans le pays. Le président des nationalistes flamands visait les allocations familiales, le chômage ou le logement social.

Ces affirmations ont été largement contredites, notamment pour le chômage auquel ne peuvent prétendre les réfugiés tant qu'ils n'ont pas travaillé un certain temps en Belgique ou le logement social, domaine dans lequel les réfugiés ne reçoivent pas de traitement de faveur. Plusieurs partis politiques, y compris le MR, ont en outre rappelé que le statut du réfugié était réglé par des conventions internationales.

Jeudi, le MR a invité M. De Wever à préférer les textes parlementaires aux petites phrases. "Je pense qu'il n'y aura pas de texte. Je pense que ce sont des phrases destinées probablement à l'électorat de la N-VA, sans doute pour contrer l'excellent travail de Theo Francken (secrétaire d'Etat à l'Asile, N-VA) dans ce gouvernement", a souligné M. Chastel vendredi.

Interrogé lors de son arrivée au comité ministériel restreint, M. Francken a quant à lui soutenu les propos de son président de parti. "Je suis membre de la N-VA. Bart De Wever est le président de mon parti. C'est normal que je partage ça. Mais c'est clair aussi que je suis membre d'un gouvernement, et c'est normal que dans un gouvernement, on parle de sujets comme l'immigration", a-t-il déclaré, interrogé par la RTBF.




 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY

KROLL A TOUT COMPRIS


Comme d’habKroll ose la synthèse et envoie son crayon efficace comme en exocet en plein cœur de la cible. Rien de plus subversif et de plus politique qu’un bon dessin satirique. Faisons le circuler partout sur les réseaux et de préférence en Flandre.

RENTRÉE DES CLASSES LES ÉCOLES ISLAMIQUES NE PEUVENT RÉPONDRE À LA DEMANDE CROISSANTE.


Les trois écoles fondamentales islamiques du pays ainsi que l’école secondaire qui ouvre pour la première fois ses portes en septembre - toutes situées à Bruxelles - ne parviennent pas à répondre aux nombreuses demandes d’inscriptions. "Oui, la demande est toujours là, et nous ne pouvons malheureusement y répondre", explique Mohamed Allaf, le secrétaire général de l’ECIB, le pouvoir organisateur.

Les trois écoles fondamentales, qui sont situées à Etterbeek (Al-Ghazali), à Molenbeek (La Plume) et Schaerbeek (La Vertu), ont chacune dû refuser entre 50 et 70 élèves. "Ce ne sont pas les mêmes enfants car les familles doivent venir s’inscrire sur place le même jour et elles le font généralement dans une seule école", indique Naomé Limpach, la directrice de l’école La Plume.

A ce manque de places en maternelle et en primaire, se rajoute celui observé dans la nouvelle l’école secondaire (NdlR : à La Vertu). Au total, les écoles de l’ECIB auront dû refuser pas moins de 200 enfants. Pourtant, plusieurs nouvelles classes ont été ouvertes cette année. A Molenbeek, deux classes de 5e primaire et une de maternelle ont ainsi vu le jour.

Preuve que la demande est importante dans la capitale : le centre musulman El Hikma de Forest vient de parvenir à récolter auprès de Bruxellois le million d’euros qui devrait lui permettre d’ouvrir une école fondamentale en 2016. "Cela va nous faire du bien si cette école voit le jour", explique même soulagé Mohamed Allaf.

 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

«ISLAMISATION  GALOPANTE ? »

Boualem Sansal a intitulé son dernier livre "2084". Le sous-titre, c’est "La fin du monde", et il annonce qu’une islamisation galopante des continents est en marche. Ce n’est donc pas lui qui va me sortir de la perplexité. (Jean Daniel in l’Obs)

J’ai commencé ce roman, c’est absolument terrifiant. Dans « Soumission » de Houellebecq » le nouveau au président français d’origine musulmane ne réclame qu’un seul ministère, celui de l’éducation en vue de l’islamisation rapide et massive de la jeunesse française. C’est pure fiction mais quand même cela incite à la réflexion.

La création et le succès des écoles islamiques à Bruxelles est une mauvaise nouvelle pour le dialogue interculturel.  Le sondage qui révèle que 72,8% des Belges estiment que le pays accueille trop de migrants en est une autre. Surtout quand 74,3% des sondés préconisent des contrôles plus sévères pour contrôler la crise.

Les écoles islamiques vont se multiplier à Bruxelles comme champignons sous la voûte tandis beaucoup de démocrates militent pour le remplacement des cours de religion par un cours de deux heures de citoyenneté obligatoire pour tous. Il serait grand temps qu’on remette sur rail, dans le prolongement de cette revendication, le projet de création d’un réseau d’écoles unique. C’est un dossier clivant qui devrait semer la zizanie entre le PS et le CDH.

Une affaire à suivre et de très près.

MG

 


L’ÉCOLE ET LE DÉFI DES MIGRANTS

La Libre 

L’afflux de demandeurs d’asile devrait venir gonfler les rangs des écoles progressivement cette année. Le défi est aussi est de gérer la scolarisation des migrants au long cours.

SEPT BELGES SUR DIX PENSENT QU'IL Y A TROP DE MIGRANTS

BELGA 


Selon un sondage iVOX réalisé pour RTL, La Dernière Heure, VTM et Het Laatste Nieuws, 72,8% des Belges estiment que le pays accueille trop de migrants tandis que 74,3% préconisent une action aux frontières et des contrôles plus sévères pour contrôler la crise. Au total, 76,8% des Belges sondés se disent concernés par la problématique des migrants en Europe.

Mais 25% de la population se dit prête à faire du volontariat ou du bénévolat dans un centre d'accueil pour demandeurs d'asile. Huit pour cent seraient même prêts à accueillir un migrant chez eux et 41% accepteraient l'installation, dans leur quartier, d'un centre temporaire d'accueil.

L'étude a été réalisée par le bureau d'étude iVOX les 26 et 27 août auprès de 2.000 Belges âgés de 18 à 79 ans. La marge d'erreur est de 2,1%.