samedi 8 août 2015

Ce n'est pas la fin des remous pour la Suédoise

Olivier Mouton  Journaliste politique au Vif/L'Express

Malgré le tax-shift, Charles Michel n'est pas au bout de ses peines... Quinze jours après l'accord fiscal, le CD&V est au bord de la rupture.


© Belga

La promesse a été tenue, oui. Mais l'édifice reste fragile. Le gouvernement Michel a bouclé le 23 juillet dernier un ambitieux tax-shift, d'une hauteur de 7,2 milliards. "De par son envergure, ce n'est pas une opération classique se félicitait Charles Michel au lendemain de l'exercice. Je n'en ai vu aucune d'une telle ampleur à la Chambre ces dernières années." Rideau. Depuis, le Premier ministre profite de vacances bien méritées - il a mis le cap sur le sud de la France, dans la maison familiale, avant une escapade en moto.

Sans doute se doutait-il que deux semaines après l'accord, la perception changerait, surtout au nord du pays. "Au moment de la communication du tax-shift, tout le monde était euphorique au sujet de l'efficacité du gouvernement Michel, reconnaît Carl Devos, politologue à l'université de Gand. Mais aujourd'hui, on s'aperçoit que l'accord fragilise fortement le CD&V, ce qui est une très mauvaise chose pour la coalition." L'histoire agitée de la Suédoise n'est donc pas finie, même si l'équipe Michel a déjà initié la plupart de se réformes structurelles et impopulaires.

Un tax-shift ambitieux ? C'est pourtant ce que le CD&V réclamait depuis des semaines. "On avait demandé une solution avant les vacances, ce qui a été le cas", se félicitait d'ailleurs son vice-Premier ministre Kris Peeters. Depuis, le constat est unanime. "Le parti qui a le plus insisté pour un tax-shift est celui qui a le moins pesé sur le résultat", analyse Dave Sinardet, politologue à la VUB. "Le parti pivot des coalitions est seul responsable de la situation infernale dans laquelle il se trouve, prolonge Pascal Delwit (ULB). Bien sûr, au CD&V on a le sens du sacrifice. Donc, on boira le calice jusqu'à la lie." "Le CD&V est ultra-dominé dans un gouvernement à consonance très libérale, acquiesce leur collègue gantois Carl Devos. Avec l'Open VLD, le MR et la N-VA, c'est du trois contre un ! Le CD&V avait fait de nouvelles promesses sociales très ambitieuses après la formation du gouvernement, mais elles sont impossibles à tenir. Le tax-shift devait être pour lui la compensation des mesures antisociales comme le saut d'index ou la réformes des pensions, mais c'est loin d'être le cas."

Les messages se multiplient pour atomiser les chrétiens-démocrates au sein de ses piliers et jusque dans ses propres rangs. "C'est un glissement fiscal dans le porte-monnaie des gens, les capitaux échappent une nouvelle fois à la danse", grince Patrick Develtere, président de Beweging.net, nouveau nom de l'ACW (Mouvement ouvrier chrétien), en référence à l'augmentation minime du précompte immobilier et à la création aléatoire d'une taxe sur la spéculation." "Avec moins de moyens, nous ne pourrons pas faire davantage", râle Luc Van Gorp, le nouveau patron des Mutualités chrétiennes : le CD&V avait promis que l'on ne toucherait plus aux dépenses sociales, mais les mutualités doivent contribuer à l'effort global à hauteur de 100 millions d'euros. "Nous restons sur notre faim au vu des résultats de la négociation", soupire Wim Soons, président des jeunes du CD&V, en regrettant la contribution minime du capital, mais aussi l'annonce d'une nouvelle régularisation fiscale.

Olivier Mouton


 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

CARTEL DES GAUCHES ?

Personne n’en parle et pourtant cela paraît évident : la seule planche de salut pour le CD&V déstabilisé par la suédoise, c’est de s’allier au SPa et aux Verts, quitte à former un cartel de progressistes ou carrément un parti des gaucheobligeant la droite à se restructurer et surtout à se positionner par rapport aux velléités d’indépendance de la NieuwVlaamse Alliantie.  Il y a de fortes chances que  ce soit la stratégie électorale de 2019, tandis que Bart De Wever cherche à rassurer sa droite nationaliste de toutes les manières.

Chassez le communautaire il revient au galop.

 MG


BART DE WEVER VEUT UNE VRAIE PETITE RÉVOLUTION

Le Vif

Source : Le Vif/l'express

Dans la revue interne de la N-VA, le dirigeant nationaliste flamand estime que le gouvernement fédéral, même s'il reflète les aspirations flamandes, n'offre pas une solution structurelle pour l'avenir de la Flandre



© Belga

"Vakantie". Bart De Wever n'a pas voulu lâcher les militants N-VA sur les routes sans une piqûre de rappel administrée via la revue interne du parti. Pas d'euphorie : la Flandre n'est pas au bout de ses peines, car "elle n'a pas son avenir en main".

Sans doute, concède le président de la N-VA dans son billet d'humeur un brin maussade, "l'actuel gouvernement fédéral reflète les aspirations flamandes, mais il n'est pas une solution structurelle". Le bout du tunnel ne sera en vue que "lorsque les entités fédérées détermineront leur propre politique, avec leurs propres moyens et sous leur propre responsabilité".

Ce qui exige une vraie petite révolution. "Il faut inverser la logique : les entités fédérées doivent percevoir les impôts et verser une dotation à l'Etat fédéral pour son fonctionnement."

A côté de ça, le tax-shift était une promenade de santé.

 

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