dimanche 23 août 2015

Charles Michel après la fusillade du Thalys: "Nous devons peut-être adapter Schengen"

BELGA La Libre Belgique



Le Premier ministre Charles Michel consultera ses collègues des pays voisins au sujet d'une adaptation de l'accord de Schengen, qui garantit la libre circulation des personnes, a-t-il déclaré samedi soir au journal télévisé de Eén

"L'accord de Schengen est important pour notre économie et nos ressortissants, mais nous sommes maintenant confrontés à de nouvelles menaces en Europe et donc nous allons peut-être devoir aller vers une adaptation et de nouvelles règles lors de contrôles des identités et des bagages", a indiqué Charles Michel.



TIREUR DU THALYS : LA PISTE DE L'ISLAMISME RADICAL SE DESSINE

Le Vif

Le tireur du train Thalys Amsterdam-Paris, maîtrisé par des passagers dont des militaires américains, s'était rendu en Syrie et était connu des services de renseignement français et espagnols pour ses liens avec la mouvance islamiste radicale. Il serait également connu des services belges.


© Reuters

Vendredi, l'homme est monté dans le Thalys 9364 à Bruxelles. Armé d'un fusil d'assaut kalachnikov avec neuf chargeurs, d'un pistolet automatique Luger et d'un cutter, il a ouvert le feu à 15H50 GMT, peu après le passage de la frontière française.

Le tireur du train Thalys Amsterdam-Paris, maîtrisé par des passagers britannique et américains, s'était rendu en Syrie et était connu des services de renseignement français et espagnols pour ses liens avec la mouvance islamiste radicale, selon les premiers éléments de l'enquête samedi.

Si son identité se confirme, ce Marocain, qui fêtera ses 26 ans le 3 septembre, a vécu en 2013 et jusqu'en mars 2014 à Algesiras, en Andalousie (sud de l'Espagne), où il était connu pour trafic de drogue, selon une source des services antiterroristes espagnols.

Transféré samedi matin d'Arras (nord de la France) aux locaux de l'antiterrorisme en région parisienne, le suspect, qui nie toute motivation terroriste, avait été signalé en février 2014 par les services espagnols à leurs confrères français "du fait de son appartenance à la mouvance islamiste radicale", a précisé le ministre français de l'Intérieur Bernard Cazeneuve.

Plus d'un an plus tard, le 10 mai 2015, il était localisé à Berlin, où il embarquait pour la Turquie, selon une source proche des renseignements français, qui disent alors avoir appris des Espagnols que cet homme était désormais installé en Belgique. Mais selon les services antiterroristes espagnols, le suspect serait en fait parti de France pour se rendre en Syrie et serait ensuite revenu en France.

Koen Geens a par ailleurs précisé que "si le nom qui circulait hier et ce matin est confirmé, je peux répéter qu'il est en effet connu de nos services", indique-t-il. Son nom a été transmis par des services de sécurité étrangers, qui le signalaient comme "potentiellement djihadiste", sans qu'il ne soit connu comme quelqu'un de dangereux. "Vous comprenez, nous recevons énormément de noms de ce genre", indique Geens.

LES ÉVÈNEMENTS

Un premier voyageur français, âgé de 28 ans et employé dans une banque aux Pays-Bas, a tenté de le désarmer alors qu'il sortait des toilettes. Le suspect a réussi à lui échapper et "plusieurs coups de feu" ont été tirés, une balle atteignant un passager franco-américain, qui était assis "sur son siège", selon Bernard Cazeneuve.

Un groupe composé d'Américains en vacances, dont deux militaires, et d'un sexagénaire britannique, est alors intervenu, réussissant à le maîtriser. Le courage de ces hommes, dont l'un a été blessé, a été salué par le président Barack Obama, le Premier ministre britannique David Cameron, et François Hollande qui les recevra tous à la présidence française "dans les prochains jours". "On a entendu un coup de feu et du verre brisé. J'ai vu un type avec une AK (kalachnikov)," a raconté à des télévisions Alek Skarlatos, 22 ans, membre de la garde nationale de l'Etat de l'Oregon, rentré il y a peu d'une mission en Afghanistan. "Mon ami (Spencer Stone, autre militaire américain) et moi on s'est baissé et puis on s'est dit +on y va+ (...) On l'a frappé à la tête jusqu'à ce qu'il perde connaissance". Dans la bagarre, M. Stone a été blessé au cutter au cou et à la main par l'agresseur, qui n'a pas fait usage de sa kalachnikov. Il a été opéré à la main mais devrait quitter la clinique samedi soir.

UNE ARME ENRAYÉE

"Pour être honnête, je ne sais pas pourquoi il n'a pas réussi à tirer mais je pense que c'est parce que son arme s'est enrayée", a déclaré à la presse Chris Norman, un consultant britannique de 62 ans qui a aidé à maîtriser l'agresseur. "On a tous eu énormément de chance", a-t-il jugé.

Sur des images filmées au téléphone portable à l'intérieur du train, on voit l'assaillant, un jeune homme mince, torse nu, plaqué au sol sur le ventre, les mains attachées dans le dos. Une kalachnikov est posée contre un siège et du sang est visible sur une vitre du wagon.

Légèrement blessé en actionnant le signal d'alarme, l'acteur français Jean-Hugues Anglade, qui se trouvait dans le train, a accusé les agents du Thalys de s'être enfermés dans la voiture motrice puis d'avoir refusé d'ouvrir aux passagers malgré leurs appels à l'aide.

Thalys a en réponse apporté son soutien à l'agent mis en cause, assurant qu'il avait mis à l'abri plusieurs passagers, et souligné "la très forte mobilisation de son personnel". Le président des chemins de fer français, Guillaume Pepy, a indiqué qu'il recevrait dans les prochains jours le comédien.

Le parquet antiterroriste de Paris, dont la compétence est nationale, s'est saisi de l'enquête. Le parquet fédéral belge a également ouvert une enquête pour terrorisme. La Belgique a par ailleurs renforcé les mesures de sécurité dans ses trains et ses gares.

Cette nouvelle attaque survient huit mois après les sanglants attentats de janvier contre le journal satirique Charlie Hebdo et un supermarché cacher de Paris. Depuis, plusieurs tentatives d'attentats jihadistes ont été déjouées en France, selon les autorités.


 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

«C’EST SANS AUCUN DOUTE LA PLUS GRANDE CRISE DE L’ASILE DEPUIS LA SECONDE GUERRE MONDIALE»,

Cette nouvelle attaque survient huit mois après les sanglants attentats de janvier contre le journal satirique Charlie Hebdo et un supermarché cacher de Paris. Depuis, plusieurs tentatives d'attentats jihadistes ont été déjouées en France, selon les autorités.

Quand Charles Michel et ses collègues prendront-t-ils conscience que l’Europe est en guerre contre l’Etat islamique et toute la mouvance islamiste radicale qui gagne du terrain au sein des communautés musulmanes?

Incapables de s’entendre sur une position commune, les pays membres gèrent dans la cacophonie l’afflux de migrants, entre rejet vers les pays voisins et édification de nouvelles barrières. Sigmar Gabriel, n’a donc pas tort d’affirmer que «l’Union a échoué lamentablement». De fait, cette crise est bien plus périlleuse pour la cohésion européenne que la crise grecque. Elle risque en effet de nous occuper pendant des décennies. L’immigration de masse plus que le retour du spirituel sera avec le terrorisme le facteur dominant de ce siècle. 

MG

 


MIGRANTS : LES VINGT-HUIT DÉPASSÉS

JEAN QUATREMER CORRESPONDANT À BRUXELLES LIBÉRATION



A Calais, les forces de l'ordre repoussent des migrants qui tentaient de s'introduire dans le site d'Eurotunnel, le 20 juillet. (Photo Olivier Jobard. )

ANALYSE 

Jamais l’Union européenne n’a été confrontée à un tel afflux de réfugiés sur son sol. La hausse, perceptible depuis janvier 2015, s’est brutalement accélérée en juillet : 107 500 entrées illégales contre 70 000 en juin, soit trois fois plus qu’un an plus tôt. Et il s’agit bien de réfugiés fuyant des zones de guerre, les migrants économiques n’étant qu’une partie minoritaire de l’afflux actuel : «Syriens et Afghans se taillent la part du lion dans le nombre de migrants entrant illégalement dans l’UE», souligne ainsi Frontex, l’agence européenne de contrôle des frontières extérieures. Irakiens et Erythréens constituent le reste de ces demandeurs d’asile. Par exemple, selon le Haut-Commissariat aux réfugiés des Nations unies (UNHCR), les 160 000 personnes entrées en Grèce depuis janvier (contre 50 242 pour l’ensemble de 2014) viennent essentiellement de Syrie, d’Irak et d’Afghanistan. Plus précisément, sur les 20 843 personnes entrées la deuxième semaine d’août, on compte 82 % de Syriens, 14 % d’Afghans et 3 % d’Irakiens, dont «la grande majorité […] devraient recevoir le statut de réfugié».

MISTIGRI

«C’est sans aucun doute la plus grande crise de l’asile depuis la Seconde Guerre mondiale»,reconnaît Patrick Weil, directeur de recherche au CNRS et professeur à l’Ecole d’économie de Paris et à l’université de Yale (Etats-Unis). A tel point qu’Angela Merkel, la chancelière allemande, a déclaré le 16 août que le sujet allait «nous occuper bien plus que la Grèce ou la stabilité de l’euro». Son pays, qui assure le traitement de 40 % des demandes d’asile dans l’Union, s’attend à recevoir 800 000 réfugiés cette année, soit quatre fois plus qu’en 2014 .Collectivement, l’Union a essayé de réagir en mettant en place, en juin, une mission navale en Méditerranée («EU Navfor Med», dont le QG est à Rome) pour lutter contre les passeurs, alors que 2 350 personnes ont péri en mer depuis début 2015. Faute d’une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU l’autorisant à recourir à la force dans les eaux territoriales libyennes, c’est-à-dire au plus près des côtes, elle permettra seulement d’identifier et de surveiller les réseaux.

La Commission a aussi proposé, en mai, que les Vingt-Huit se répartissent le traitement des demandes d’asile émanant de Syriens et d’Erythréens, afin de décharger les pays de la «ligne de front», c’est-à-dire l’Italie et la Grèce. Mais ce mécanisme de «relocalisation» obligatoire, qui ne concernait pourtant que 40 000 personnes, a été torpillé par les pays d’Europe centrale (les trois pays baltes, la Pologne, la Hongrie, la Slovaquie, l’Autriche et la Slovénie) ainsi que par l’Espagne, qui estime avoir fait sa part du travail en bloquant le départ des pateras, ces barques qui franchissent le détroit de Gibraltar. Résultat : seuls les pays volontaires ont accepté d’accueillir des demandeurs d’asile, dans la limite de 32 256 personnes…

En revanche, l’Union a accepté d’accueillir sur son sol 20 000 Syriens bénéficiant déjà du statut de réfugiés, mais résidant dans des pays tiers (Turquie, Liban, Jordanie, entre autres). Pour le reste, c’est le chacun pour soi, chacun tentant de se débarrasser du mistigri. Ainsi, la Grèce n’hésite pas à transporter à la frontière macédonienne des réfugiés syriens, sachant que ceux-ci vont traverser le pays, puis la Serbie, pour se rendre dans l’Union via la Hongrie… Le 19 août, les autorités grecques ont ainsi gracieusement envoyé dans l’ex-République yougoslave 2 600 Syriens. Les autorités macédoniennes viennent d’ailleurs de crier grâce. Les Italiens font la même chose, laissant les migrants filer chez leurs voisins, en direction surtout de l’Allemagne. D’où la récente colère de Thomas de Maizière, le ministre allemand de l’Intérieur : «Nous ne dédouanerons pas nos partenaires et la Commission de leurs responsabilités. […] La Commission doit agir contre les Etats membres qui n’assument par leurs devoirs.» Pis : les Etats européens se sont lancés dans l’érection de murs à leurs frontières, à l’image de ce qu’a fait depuis longtemps l’Espagne autour de ses enclaves marocaines de Ceuta et Melilla. La Bulgarie a décidé, fin 2014, de prolonger de 130 km le mur de 30 km qu’elle a déjà érigé à sa frontière de 275 km avec la Turquie. Le ministre de la Défense, Anguel Naydenov, a toutefois reconnu qu’il n’était «pas fier de cette clôture», ce qu’on peut comprendre de la part d’un pays qui a connu le rideau de fer durant quarante ans. La Hongrie n’est pas en reste : ce pays qui a fait tomber le mur du communisme érige à son tour une barrière «anti-immigrés» afin de rendre infranchissable sa frontière de 175 km avec la Serbie. Sur les 81 000 migrants entrés illégalement dans le pays depuis janvier, 80 000 sont, de fait, passés par ce pays. La Grèce a, elle aussi et depuis 2012, son mur «anti-immigrés » de 12,5 km afin de protéger la partie la plus vulnérable de sa frontière de 150 km avec la Turquie.

RAS-LE-BOL

Le vice-chancelier allemand, le social-démocrate Sigmar Gabriel, n’a donc pas tort d’affirmer que «l’Union a échoué lamentablement». De fait, une gestion collective de ce flux sans précédent semble hors de portée des Européens. Tout simplement parce que «s’enfermer dans une logique purement intra-européenne, c’est donner la priorité aux agendas nationaux», analyse Patrick Weil. En effet, la plupart des pays sont confrontés à un ras-le-bol de leurs populations vis-à-vis de l’immigration musulmane (hormis en Allemagne, où certains se réjouissent de l’arrivée de Syriens parfaitement formés). C’est le cas en France, avec un FN menaçant, en Grande-Bretagne, aux Pays-Bas, en Belgique, en Autriche ou encore en Suède.

«Il faut sortir du psychodrame européen dans lequel l’ONU nous a enfermés en affirmant que l’Union ne prenait pas ses responsabilités, ce qui est faux quand on voit les chiffres, poursuit Patrick Weil, en convoquant une conférence internationale afin d’impliquer toutes les parties prenantes de cette crise. Ainsi, David Cameron aura du mal à faire valoir ses contingences domestiques face à Barack Obama.» Si la Syrie, l’Afghanistan ou l’Irak fournissent aujourd’hui le gros du contingent de réfugiés, c’est en partie dû à l’action des Etats-Unis et de ses alliés britanniques, australiens, saoudiens ou des monarchies du Golfe, qui a déstabilisé la région. «Cette crise de l’asile n’est pas due à l’Europe, elle est simplement géographiquement proche de l’épicentre de la crise», insiste Patrick Weil. Une conférence internationale s’impose d’autant plus à ses yeux que plusieurs pays du Moyen-Orient sont menacés de déstabilisation : en Jordanie ou au Liban, un tiers de la population est composée de réfugiés. La Turquie abrite 2 millions de Syriens. La région est un baril de poudre et ce n’est pas la seule réforme de lois européennes qui y changerait quoi que ce soit.

 

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