vendredi 14 août 2015

L'un des ex-chahuteurs de Caroline Fourest à l'ULB est allé en Syrie et s'explique

CH. LY. La Libre

En février 2012, des militants sabotaient un débat à l’ULB sur l’extrême droite, avec la participation de Caroline Fourest, aux cris de "burqa bla-bla". L’affaire fit grand bruit à l’époque car ces militants avaient réussi à faire taire des débatteurs dans l’université des libres-penseurs.

La presse évoqua le chef des perturbateurs, Souhail Chichah, assistant à l’université. Mais un autre militant, étudiant en sciences politiques à l’ULB, était présent à l’arrière-plan de l’auditoire. Il s’appelait Abdellah Boudami. Il était actif au sein d’un groupement gravitant autour de l’université, le Collectif Réflexions musulmanes (CRM).



Debout, en pull rayé, Abdellah Boudami à la conférence de Caroline Fouresten février 2012.

 

Ce que l’on sait moins, c’est qu’Abdellah Boudami et plusieurs membres de ce réseau sont partis ensuite en Syrie. Ils sont assez exemplaires d’un courant d’intellectuels issu de l’extrême gauche, obsédé par la question israélienne, qui a fait sien le combat contre l’islamophobie, décrit les musulmans comme une minorité opprimée et prône à un retour aux sources de l’islam.

"JE NE SUIS PAS UN CANDIDAT AU COMBAT"

Contacté par "La Libre Belgique", Abdellah Boudami confirme qu’il s’est rendu en Syrie avec un visa turc entre septembre et décembre 2013, mais sans s’engager dans les combats ou dans un groupe. "Electron libre, j’ai préféré sillonner les villes et villages jouxtant la frontière turquo-syrienne. Je soutiens la résistance contre le régime meurtrier de Bachar, et soutiens également le projet d’une résistance islamique avec un projet islamique", nous dit-il. "Je ne peux pas être considéré comme un candidat au combat, mais comme un musulman, concerné par ce qui se passe, et qui ne peut se contenter de rester inactif."

Il précise qu’il n’y a pas que des jeunes en perte de repères qui partent là-bas, mais aussi des intellectuels, des ingénieurs, des médecins, des étudiants en sciences religieuses ou profanes.

"Je crois que se joue sur le théâtre syrien autre chose que l’émergence d’une organisation connue pour fabriquer des vidéos sanguinaires comparables aux productions hollywoodiennes les plus gores, mais se joue également l’émergence, notamment à l’Ouest syrien ( hors du territoire contrôlé par DaechNdlR ), d’une résistance islamique solide et cohérente, héritage d’une méthode et d’une pensée qui se sont construites en réponse aux agissements des Etats occidentaux sur les décennies précédentes" (colonisation, Guantanamo, guerre du Golfe, Afghanistan, etc.).

Aux policiers, Abdellah Boudami a affirmé être parti en Syrie pour faire strictement de l’humanitaire..

LE "CHAÎNON MANQUANT"

Alain Grignard, expert de l’antiterrorisme belge, estime que cette mouvance d’intellectuels est devenue "le chaînon manquant entre l’extrême gauche et le salafisme". Le CRM a été créé à Bruxelles à la fin de l’année 2012 pour "propager un discours islamique authentique" selon son site Internet. Il puise son inspiration dans des textes (comme ceux d’Aissam Ait-Yahya) qui présentent "le musulman comme un colonisé de l’intérieur, obligé d’embrasser la laïcité", ajoute le policier belge. Le CRM n’existerait plus aujourd’hui, selon Abdellah Boudami.




COMMENTAIRE DE DIVERCITY

"LE MUSULMAN COMME UN COLONISÉ DE L’INTÉRIEUR, OBLIGÉ D’EMBRASSER LA LAÏCITÉ",


"L ’un d’eux m’a dit : j’en avais marre de recevoir des courriers d’huissiers ! D’autres sont des idéalistes. Puis il y a des délinquants importants qui trouvent en Syrie un terrain de jeu et peuvent commettre des crimes de guerre."(…)

"Ils sont laissés seuls dans cette grande jungle à Bruxelles", dit-il. "Jusqu’à 15 ans, les jeunes sont très fort tenus par les parents. Puis la laisse est lâchée, si je peux utiliser cette expression négative. A 17 ans, vous êtes livrés à vous-même. Vous êtes de plus en plus en phase pour avoir le réflexe de petite délinquance. Je parle ici de vols à l’étalage, pas de braquages de banques. Ce n’est pas le cas des filles sur lesquelles les parents gardent un œil."

(…) A leur retour de Syrie, les parents ne condamnent pas l’engagement de leur fils dans l’Etat islamique, mais sont juste contents de les revoir."

Tout est dit sauf que : « ’il n’y a pas que des jeunes en perte de repères qui partent là-bas, mais aussi des intellectuels, des ingénieurs, des médecins, des étudiants en sciences religieuses ou profanes. »


Reste à savoir quel contre-feu opposer à ces dérives. L’école ? 

Cette machine qui  regarde "le musulman comme un colonisé de l’intérieur, obligé d’embrasser la laïcité" ?

Restons sérieux :oui l’école, surtout l’école, dont la tâche est cyclopéenne. En effet "Jusqu’à 15 ans, les jeunes sont très fort tenus par les parents. A 17 ans, livrés à eux-mêmes, beaucoup ont le réflexe de petite délinquance.( vols à l’étalage, pas de braquages de banques). Ce n’est pas le cas des filles sur lesquelles les parents gardent un œil."

Mais, soyons lucides, l’Occident, l’Europe en particulier est le premier objectif de conquête d’ l’Etat Islamique érigé en califat autoproclamé. Tous les moyens sont bons pour recruter sur le vieux continent un maximum de jeunes paumés pour les fanatiser et en faire des combattants anti-Occident. Ne pas le voir, c’ests’enfouir la tête dans le sable.

MG

 


UN DJIHADISTE BELGE SUR DEUX A UN PASSÉ DE DÉLINQUANT


CHRISTOPHE LAMFALUSSY La Libre Belgique


Toutes les guerres attirent des idéalistes et des truands, le conflit irako-syrien n’y échappe pas. Selon le parquet fédéral belge, interrogé par "La Libre Belgique", "à peu près la moitié des djihadistes" belges partis en Syrie et en Irak avaient un casier judiciaire avant leur départ. "La plupart ont été condamnés pour des faits de vols et coups et blessures", précise le magistrat de service, Eric Van der Sijpt.

Ceci confirme donc qu’une bonne partie des candidats au djihad a eu des ennuis judiciaires en Belgique. "Une majorité a un passé de droit commun", explique Alain Grignard, expert de l’antiterrorisme à la police fédérale. "Les plus nombreux sont des délinquants, condamnés pour des vols à la tire ou des braquages. C’est pourquoi je parle plus de radicaux islamisés que d’islamistes radicaux. Certains aussi ont un profil de psychopathe. D’autres sont des intellectuels."

DES JEUNES FRAGILES

La proportion de petits délinquants parmi les djihadistes est plus grande en Belgique qu’en France, si l’on en croit un rapport rédigé en novembre 2014 par Dounia Bouzar. Celle-ci constate que sur les djihadistes français suivis par le Centre de Prévention contre les dérives sectaires liées à l’islam (CPDSI), "seuls 5 % des jeunes ont commis des actes de petite délinquance au début de leur adolescence. En revanche, 40 % d’entre eux ont connu des périodes de dépression."

La fragilité de ces jeunes explique pourquoi la propagande des groupes islamistes comme Daech ou le Front Al-Nosra fait mouche. Selon Dounia Bouzar, l’aspirant djihadiste est progressivement détaché de son milieu familial et dépersonnalisé. Une première série de vidéos persuade le jeune qu’il vit "dans un monde corrompu", une deuxième, que "des sociétés secrètes manipulent l’humanité" et une troisième, que "seule une confrontation finale avec le monde peut sauver l’humanité grâce au vrai islam".

DU PETIT DÉLINQUANT AU PSYCHOPATHE

Mais alors pourquoi tant de délinquants parmi les djihadistes belges ? Me Christophe Marchand est intervenu dans sept dossiers de terrorisme. L’avocat bruxellois constate que le départ vers la Syrie correspond souvent à un besoin de rupture. "L ’un d’eux m’a dit : j’en avais marre de recevoir des courriers d’huissiers ! D’autres sont des idéalistes. Puis il y a des délinquants importants qui trouvent en Syrie un terrain de jeu et peuvent commettre des crimes de guerre."

L’un des Belges partis en Syrie, Hicham Chaib, 33 ans, est ainsi devenu cette année le chef de la police religieuse al-Hisba de Daech dans son fief de Raqqa. Il aurait mené plusieurs exécutions. En février, il a été condamné à 15 ans de prison par le Tribunal correctionnel d’Anvers dans le cadre de l’affaire Shariah4Belgium. Son casier comportait déjà une condamnation à 1 an de prison pour avoir participé à des émeutes à Borgerhout contre la sortie du film anti-islam "L’innocence des musulmans".

Mais d’autres sont partis en Syrie avec le but d’aller rechercher des membres de la famille. Ainsi Abdelfattah Aharchi affirme avoir passé trois semaines en Syrie en janvier 2014 pour aller chercher son frère. Il est toujours détenu aujourd’hui et son procès s’ouvre en septembre.

Lâchés dans la "jungle" de la ville

Son avocat, Me Sven Mary, croit qu’une des raisons qui expliquent le passé délinquant est que des jeunes musulmans sont trop peu tenus à Bruxelles ou Anvers, d’où la plupart des djihadistes belges viennent. "Ils sont laissés seuls dans cette grande jungle à Bruxelles", dit-il. "Jusqu’à 15 ans, les jeunes sont très fort tenus par les parents. Puis la laisse est lâchée, si je peux utiliser cette expression négative. A 17 ans, vous êtes livrés à vous-même. Vous êtes de plus en plus en phase pour avoir le réflexe de petite délinquance. Je parle ici de vols à l’étalage, pas de braquages de banques. Ce n’est pas le cas des filles sur lesquelles les parents gardent un œil."

Un petit vol à l’étalage ouvre la voie à un casier judiciaire, qui devient un véritable fardeau à porter quand on recherche un emploi. "A 35 ans, quand vous voulez travailler à Bruxelles Propreté, vous avez un problème", ajoute l’avocat Mary. "La discrimination s’installe. Sans emploi, vous devenez une proie pour l’idéologie de l’Etat islamique. Beaucoup de musulmans, même modérés, entretiennent le rêve ultime du califat. Je suis frappé de voir qu’à leur retour de Syrie, les parents ne condamnent pas l’engagement de leur fils dans l’Etat islamique, mais sont juste contents de les revoir."

 

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