vendredi 21 août 2015

«Les menaces de Daesh sont à prendre au sérieux», selon un expert

Montasser AlDe’emeh n’a pas de doute sur l’authenticité de la vidéo du djihadiste anversois.



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Les nouvelles menaces émises par l’organisation Etat islamique contre la Belgique sont à prendre au sérieux », a estimé jeudi le chercheur et spécialiste de la radicalisation islamique, Montasser AlDe’emeh, à qui la vidéo de menaces attribuée à l’EI a été envoyée.

Un djihadiste originaire d’Anvers, Abdellah Nouamane, surnommé Abu Jihad Al-Belgiki, y affirme que des victimes innocentes pourraient être prises pour cible, tout comme des écoles et des hôpitaux.

Selon M. AlDe’emeh, l’auteur du message est bien l’Anversois Abdellah Nouamane, bien qu’il existe deux djihadistes belges partis combattre en Syrie qui portent ce surnom.

« J’ai reçu cet enregistrement de la part d’un djihadiste originaire de Courtrai, qui m’a affirmé qu’il s’agissait bien d’Abdellah Nouamane. Ensuite j’ai fait écouter le message à sa mère, qui a reconnu sa voix », explique le chercheur.

AUTHENTICITÉ CERTAINE

Montasser AlDe’emeh n’a pas de doute sur l’authenticité de la menace. « Le danger ne se situe pas uniquement parmi les éventuels combattants rentrés de Syrie, il peut émaner de jeunes qui sont restés au pays mais adhèrent à l’EI. Il ne faut pas aller jusqu’en Syrie pour apprendre à commettre un attentat en Belgique », ajoute-t-il.« Nous avons toujours sous-estimé l’influence que l’Etat islamique peut exercer sur les jeunes ainsi que la frustration et la haine que certains peuvent ressentir envers la société ».

Le chercheur plaide par ailleurs pour que les autorités mènent une politique cohérente. « Certains combattants revenus de Syrie sont en prison, d’autres sont libres. Le gouvernement doit être clair: celui qui s’allie à l’EI ne peut pas revenir comme il l’entend, les candidats éventuels au djihad doivent savoir qu’ils font un choix entre la Belgique et l’organisation terroriste de l’Etat islamique », conclut-il.


 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

« NOUS AVONS TOUJOURS SOUS-ESTIMÉ L’INFLUENCE QUE L’ETAT ISLAMIQUE »  

« Le danger ne se situe pas uniquement parmi les éventuels combattants rentrés de Syrie, il peut émaner de jeunes qui sont restés au pays mais adhèrent à l’EI.  

 Il ne faut pas aller jusqu’en Syrie pour apprendre à commettre un attentat en Belgique », 

 « Nous avons toujours sous-estimé l’influence que l’Etat islamique peut exercer sur les jeunes ainsi que la frustration et la haine que certains peuvent ressentir envers la société ».

 Le gouvernement doit être clair: celui qui s’allie à l’EI ne peut pas revenir comme il l’entend, les candidats éventuels au djihad doivent savoir qu’ils font un choix entre la Belgique et l’organisation terroriste de l’Etat islamique »

Autrement dit, le Daech déclare une guerre ouverte à la Belgique, autant dire à l’Europe.

Celle-ci fait face à une double tentative de déstabilisation, la première par l’Etat Islamique et sa cinquième colonne incrustée au sein même de notre société démocratique qu’il excècre, la seconde par une marée migratoire qui constitue le défi numéro un pour les années à venir. (800.000 demandeurs d’asile en Allemagne en un an)

Aucun pays ne peut porter seul cette problématique. Mais si les Etats veulent un soutien de l’Europe, ils doivent d’abord eux, la conforter. Or ils n’ont toujours pas voté les propositions modestes mais urgentes faites par la Commission sur ce dossier. (BD)

La situation est grave mais non encore désespérée. Comment l’assumer ? Avec le sens du global et du fondamental, et non le seul souci de l’immédiat. (Edgar Morin)

 

MG

 


MIGRANTS: GÉRER, LA SEULE FAÇON D’ASSUMER

Béatrice Delvaux, éditorialiste en chef (Le Soir) 

Les CPAS wallons appellent l’Etat fédéral à l’aide : ils craignent de ne pas avoir les moyens pour assurer l’afflux de demandeurs d’asile. Cette accélération d’entrées sur le sol européen et ses conséquences en chaîne est confirmée dans d’autres pays, comme l’Allemagne qui va accueillir 800.000 personnes, soit bien davantage que les 450.000 estimées précédemment. Plus globalement, un récent rapport de l’agence européenne Frontex faisait état d’un arrivage de 100.000 migrants sur le sol européen en juillet, un record mensuel. Que dire ?

1. Cette accélération est liée à l’horreur et la désespérance à l’œuvre dans certains pays ravagés par les conflits (en juillet, la « part du lion » revient à la Syrie et l’Afghanistan). La plupart de ceux qui « débarquent » ici, croyaient vivre et mourir dans leur pays d’origine. Tout coup d’arrêt à ce flux de migrants ne sera donc effectif que si la situation s’améliore dans ces pays. On en est extrêmement loin, mais cela ne peut qu’inciter l’Europe, et d’autres avec elle, à travailler à l’élaboration de solutions de paix dans cette zone.

2. Chaque pays concerné – Belgique et Allemagne – doit poursuivre l’élaboration et la mise en place d’une politique structurée, évolutive et concertée avec tous les niveaux de pouvoir. Les dirigeants de nos pays sont confrontés à un réel défi mais qu’il faut gérer avec calme, et non dans le chaos ou le populisme.

3. Aucun pays ne peut porter seul cette problématique. Mais si les Etats veulent un soutien de l’Europe, ils doivent d’abord eux, la conforter. Or ils n’ont toujours pas voté les propositions modestes mais urgentes faites par la Commission sur ce dossier.

4. Cet afflux de migrants doit aussi être vu pour l’opportunité qu’il représente, d’un apport de main-d’œuvre pour combler le vide laissé par les populations vieillissantes d’Europe. Beaucoup en Allemagne en ont conscience, tandis qu’en Belgique aussi, la Flandre va cruellement manquer de main-d’œuvre sous peu. Une opération d’intégration efficace des nouveaux arrivants permettrait de voir l’arrivée de ces populations comme une solution, et non un problème.

Le tout à condition pour le politique, comme le disait mercredi Edgar Morin au Soir, de gérer avec le sens du global et du fondamental, et non le seul souci de l’immédiat.

 

 

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