samedi 29 août 2015

Les réfugiés n'ont pas les mêmes droits que les personnes ayant "contribué au système"

BELGA et La Libre



Les réfugiés ne disposent pas exactement des mêmes droits que les citoyens belges qui "ont contribué toute leur vie au système". "Ils ne bénéficient que de droits résiduels", précise Andrea Rea, sociologue à l'ULB, en réaction aux propos tenus par le président de la N-VA, Bart De Wever, mercredi soir dans l'émission Terzake. A leur arrivée, les réfugiés reconnus n'ont en effet pas droit aux allocations de chômage, "et ne sont en aucun cas prioritaires pour obtenir un logement social", ajoute Malou Gay, co-présidente du CIRé (Coordination et Initiatives pour Réfugiés et Etrangers). Tous deux pointent premièrement l'inexactitude des propos du bourgmestre d'Anvers. "Les réfugiés n'ont accès qu'aux droits résiduels", en ce compris le revenu d'intégration sociale, relève Andrea Rea. De plus, "ils ne sont pas nombreux à bénéficier d'un logement social, puisqu'il en existe très peu". "Et ils ne seront en aucun cas prioritaires, mais bien traités à la même enseigne que n'importe quel Belge", souligne Malou Gay.

Pour Andrea Rea, la sortie de De Wever se rapproche clairement de l'extrême-droite et vise à "faire peur à l'opinion publique". "C'est une communication populiste", renchérit Malou Gay. "On rajoute de l'huile sur le feu à une situation déjà difficile en créant des amalgames. On ne va pas faire des catégories de personnes", ajoute-t-elle. Comme tous les bénéficiaires du revenu d'intégration, les réfugiés reconnus ont ainsi l'obligation de chercher un emploi et de participer à l'économie du pays.

Une réalité bien intégrée, selon une étude menée par l'ULB et la KU Leuven; puisque quatre ans après l'obtention du statut de réfugié, seuls 25% des 108.856 personnes suivies pendant 10 ans continuaient à bénéficier du revenu d'intégration. Une sur deux avait entre-temps trouvé du travail, 13% touchaient des allocations de chômage - impliquant donc un passage par le marché de l'emploi et une participation active à l'économie du pays -, les 19 autres pour cent étant en retrait du marché du travail - majoritairement des femmes au foyer. "Une distribution quasi identique à celle de la Belgique en général", rappelle Andre Rea.

Les propos de Bart De Wever, qui a plaidé mercredi pour un statut spécial pour les réfugiés, sont également "illégaux", selon les deux spécialistes. "Cela n'a aucun sens et contredit toutes les conventions et directives" auxquelles la Belgique est partie, rappelle le sociologue. Mais moralement aussi, les mots posent question. "On ne peut pas nier que ces personnes ont fui la guerre, qu'elles ne sont certainement pas ici par choix", s'insurge la co-présidente du CIRé. Le sociologue y voit lui l'expression d'un égoïsme généralisé, "indigne de la culture et des valeurs sur lesquelles a été fondée l'Union européenne".

La sortie de l'homme fort de la N-VA a été largement critiquée jeudi, les partis de l'opposition dénonçant entre autres "une provocation méprisante et abjecte". Les partis de la majorité ont par contre peiné à parler d'une seule voix. Si le MR et le CD&V ont dit s'en tenir à la politique de gouvernement, "ferme et humaine", l'Open VLD a lui relevé l'intérêt du débat. "Notre sécurité sociale n'est pas prévue pour accueillir des grands flux de migrants ou de réfugiés venant d'Europe ou d'au-delà de l'Europe. Il vaut mieux trouver une meilleure approche que de donner naïvement de l'argent et se dire que l'on a soulagé sa conscience", a notamment déclaré la président du parti, Gwendolyn Rutten.

Theo Francken, grand absent de l'espace public jeudi, avait retweeté le passage de Bart De Wever plus tôt dans la journée.



COMMENTAIRE DE DIVERCITY

RENTREE POLITIQUE SOUS HAUTE TENSION


Jacques Attali dénonce sur son blog une « rentrée des dupes ». 

On a l’impression, en France comme en Belgique que la classe politique mesure mal le drame qui se joue actuellement sous nos yeux, en temps réel : « Pendant que le monde est en plein délire,  que la violence s’installe, que la guerre menace dans bien des lieux, que le terrorisme frappe en de maints endroits, jusque dans nos trains,  qu’une crise économique majeure se prépare en Asie, que les inégalités explosent, que le chômage ne se réduit pas, que les mouvements de population s’accélèrent d’une façon vertigineuse, que de nouvelles idéologies se forment partout, que les technologies les plus folles bouleversent nos vies quotidiennes et transforment la nature même du travail, et demain la condition humaine, la classe politique française prépare benoîtement sa rentrée, sur le mode le plus traditionnel et le plus éloigné des enjeux – bref, le plus nul, le plus indigne du pays.

Alors que ces enjeux et ces menaces appelleraient les partis politiques à s’engager dans un mea culpa sur leurs erreurs passées, dans une réflexion sur les réformes à conduire et dans la construction d’un discours pédagogique pour préparer l’opinion à entendre des choses passionnantes et à faire des choix difficiles, alors que les Français attendent de leurs dirigeants qu’ils osent leur servir de guides, nous assistons, une fois de plus, comme chaque fin d’été en France, à une rentrée des dupes. » 

 

On ne pourra pas se permettre longtemps une telle passivité. Premier signal fort : Angela Merkel a été huée lors d'une visite dans un foyer de réfugiés à Heidenau (Saxe, est), accompagnée de violentes manifestations anti-immigrés le week-end dernier. Il est vrai que l’Allemagne accueille 800.000 réfugiés cette année.

« On ne pourra pas se contenter d’une telle rentrée, si loin des défis de l’époque. (…) La France, c’est bien connu, ne fait pas de réforme, elle ne fait que des révolutions. La planète, aujourd’hui, fait la révolution tous les jours, sur tous les sujets et tous les fronts. Bientôt, notre pays fera de même, ou il disparaîtra. Regardez bien cette rentrée, vaine et dérisoire, c’est presque certainement la dernière du genre. La prochaine sera, j’en suis certain, celle de l’éveil. »

En Belgique, c’est pareil. Jacques Attali nous lance un avertissement solennel obligeant chacun d’entre nous à prendre toute la mesure du caractère dramatique de la situation avec laquelle les démocraties européennes doivent se colleter désormais.

Le populisme anti-démocratique se manifeste partout en Europe et pas seulement dans le propos provocateur de Bart de Wever. Attention : démocratie en danger ! 

« On ne pourra pas supporter longtemps une classe politique aussi éloignée de la tragédie du monde. Ou bien elle se réveille et agit, ou bien le peuple va la chasser, au profit de nouveaux venus, comme cela s’est produit dans de nombreux pays d’Europe – comme cela se profile aux États-Unis. »

A bon électeur et à citoyen lucide, salut.

MG

 

 

 

 

Aucun commentaire: