vendredi 25 septembre 2015

Ados, traumatisés et seuls : "Si j’étais resté en Syrie, je serais mort aujourd’hui"

LAURE DE CHARETTE CORRESPONDANTE À VIENNE 



Si j’étais resté là-bas, je serais mort aujourd’hui." Firas, 17 ans, a fui la Syrie seul, sans ses parents. "Mon père a 75 ans, il ne pouvait pas partir à pied pour aller en Europe comme moi." Firas est parti pour éviter d’être enrôlé de force, que ce soit dans l’armée de Bachar al-Assad ou dans les rangs de Daech"Dans ma ville, tout le monde se bat", explique-t-il, avec ce sourire qui ne le quitte pas.

Ses parents ont vendu leur voiture, et lui ont donné 8 000 euros. Il s’est débrouillé pour traverser la Turquie, la Macédoine, la Serbie et la Hongrie, avant d’atteindre Vienne. Il est hébergé depuis un mois dans un centre de la capitale autrichienne qui accueille exclusivement des mineurs non accompagnés.

Comme lui, quarante-cinq garçons âgés de 14 à 17 ans, arrivés seuls de Syrie, d’Afghanistan ou de Somalie, sont hébergés ici depuis l’ouverture du centre mi-août. Tous ont été exfiltrés en urgence du camp de Traiskirchen, le plus grand d’Autriche, pour des raisons de sécurité. Klaus Schwertner, secrétaire général de l’ONG catholique Caritas, décrit ce camp comme un "lieu de la honte". Les jeunes mineurs y ont passé pour la plupart plusieurs mois. Faute de lits disponibles, ils dormaient certaines nuits par terre, parfois même dehors.

"ON NE VOYAIT MÊME PAS LA LUNE"

Massoud, lui, est arrivé d’Afghanistan. Dans sa petite chambre qu’il partage avec Muhmmad, lui aussi afghan, il raconte son incroyable périple en solo depuis Kaboul. Après un vol pour Moscou, il est arrêté et jeté en prison. Il y reste deux mois. "Nous étions vingt-quatre dans la cellule, on ne voyait même pas la lune." Un beau matin, on le libère. Il embarque de nuit à bord d’une voiture, avec un passeur, un plastique sur la tête. On le dépose dans les montagnes, où il marche pendant quatorze heures d’affilée, du haut de ses 16 ans. Après un autre séjour en geôle, il arrive enfin en Autriche, six mois après avoir quitté sa maison. "J’étais tellement content ! J’ai appelé mon oncle, il pleurait."

Le centre est en fait une ancienne auberge de jeunesse baptisée WG Junus. L’hiver, ce bâtiment sombre de trois étages, situé à côté de la gare Westbahnhof, sert de centre d’hébergement pour sans-abri, sous la houlette de Caritas. "Il a fallu tout préparer en seulement une semaine. On ne s’attendait pas à voir arriver autant de mineurs sans leur famille", explique Mirela Meric, la responsable des lieux. Rien qu’à Vienne, dans la capitale autrichienne, trois mille réfugiés mineurs ont été décomptés. Parmi eux, cinq cent voyageaient sans parents ni personne pour les protéger. "Nous voulons leur donner le sentiment qu’ils sont les bienvenus."

DES ADOS

Après un mois de cohabitation, les garçons et les bénévoles apprennent à mieux se connaître. "La parole se libère, et certains commencent à raconter leur histoire." D’autres restent muets sur leur passé. "Beaucoup d’entre eux sont traumatisés. Ils ont peur et sont encore épuisés."

Une partie de baby foot s’improvise. Ils ne parlent pas tous la même langue mais s’amusent quelques instants. "Ils sont très mûrs d’un côté, mais ils restent des adolescents."



COMMENTAIRE DE DIVERCITY

LE VRAI VISAGE DE L’EXODE


Une chose est de réagir aux reportages médiatiques et aux analyses  abstraites sur le sujet. Une toute autre chose est d’être confronté avec le récit de drames humains. Une troisième est de se rendre au parc Maxililien pour payer de sa personne en servant du café, de la soupe ou des sandwiches aux réfugiés.

Certain(e)s le font comme le bon Samaritain. Ils, elles se comptent sur les doigts d’une main.

MG 

 

 

 

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